‹ De la coxalgieChapitre 48 sur 60 · OBSERVATION XXXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXIII

Coxalgie traumatique passée de la forme capsulaire à la forme osseuse. — Allongement notable , puis raccourcissement de 10 centimètres. — Tuméfaction de la hanche, imminence d'abcès. — Application de l'appareil. — Guérison.

Le nommé Nusb... (Henri), d'Ancy-le-Franc (Yonne), âgé de quatorze ans, d'une constitution vigoureuse, parvenu à un développement physique au-dessus de son âge, ayant toujours joui d'une parfaite santé, fut, le 10 juin 1860, victime d'un accident qui se produisit dans les circonstances suivantes. Étant occupé avec ses condisciples à soulever une pièce de bois d'un poids considérable, la charge tout entière retomba sur le levier dont il se servait. Dans l'effort qu'il fit pour résister à la chute d'une masse aussi pesante^ le bassin fut violemment dévié de gauche à droite. Or, en ce moment, le membre pelvien droit était vigoureusement fixé dans Textension ; par con-séquent, les fibres du ligament capsulaire dans un état de tension complète, étaient enroulées autour du col fémoral (1). La violence subie par le bassin a porté le centre articulaire en dehors, et a déterminé l'adduction forcée du membre : position incompatible avec les conditions physiologiques de l'articulation. Il en est résulté une distension, peut-être môme une déchirure de la partie antéro-postérieure de la capsule, et particulièrement du ligament de Berlin. Si l'effort avait été plus considérable, il

(1) Voy. Consldéraiions analomiques, pages 39 et 43.

est probable ({ii'il se serait produit une luxation de la tête fémorale dans la fosse iliaque externe. Toujours estil que le jeune homme ressentit une douleur tellement vive, qu'il put à peine regagner la maison paternelle.

Dans les temps qui suivirent, le membre malade présenta un excès de longueur relativement à son congénère. Durant l'espace de plusieurs mois, malgré l'usage de bains prolongés et l'observation d'une diète sévère, les douleurs persistèrent; longtemps elles furent accompagnées d'un état fébrile.

Tout à coup, étant au lit, le malade éprouva la sensation d'une secousse à la région malade, et presque aussitôt le membre malade parut notablement raccourci.

Plusieurs médecins furent appelés en consultation. Constatation d'un raccourcissement de 8 centimètres.

Diagnostic : luxation en haut et en dehors du fémur.

Prescription : cautérisation transcurrente ; — onctions mercurielles belladonées: —bains. Sur le refus des parents de soumettre le malade à l'action du fer rouge, on attacha à son pied un sac rempli de pierres qu'on prit le soin de charger de nouveau de temps en temps.

Les douleurs provoquées par ce mode d'extension furent atroces. Le raccourcissement allait en augmentant.

Enfin, le 18 octobre, nous voyons le malade conjointement avec M. Michon, et nous constatons entre le niveau es deux talons, une différence de 10 centimètres. Le bassin est dévié; la crête iliaque du côté droit est beaucoup plus élevée que celle du côté gauche. Les tissus qui environnent l'articulation sont considérablement tuméfiés, et l'on perçoit une fluctuation assez évidente pour faire croire à la présence d'une collection purulente ; par inter-

510 TRAITEMENÏ.

valles, les douleurs offrent encore une grande acuité.

L'appareil est appliqué. Les douleurs cessent immédiatement pour ne plus revenir. Au bout de quelques jours, la tuméfaction et la fluctuation se prennent à diminuer, et finissent par n'être plus sensibles.

Grâce à des tractions douces et appropriées aux indications de chaque jour, nous parvenons à rétablir l'horizontalité du bassin, et à ramener les deux talons au même niveau.

Le 5 avril 1864, l'appareil est levé. La progression s'accomplit à l'aide de deux béquilles , puis avec une seule et une canne. Plus tard, le malade peut faire quelques pas sans soutien et sans claudication.

Il est permis d'espérer qu'il ne tardera pas à recouvrer la liberté complète de ses mouvements.

OBSERVATION XXXlV.

Coxalgie capsulaire. — Six récidives. — Passage à la forme osseuse. Raccourcissement apparent porté à ik centimètres. — Adduction forcée. — Guérison.

Mademoiselle Blanche de C. . . , âgée de cinq ans, d'une constitution lymphatique, appartenant à une famille aisée, et entourée de toutes les conditions hygiéniques que le confortable permet, commença au printemps de l'année 1851 à niarcher avec difficulté. Le membre pelvien droit n'était pas le siège de douleurs; mais sa mobilité était lente et ses mouvements incomplets. Le pied raclait le sol à chaque pas; il occupe un plan plus bas que le pied du côté opposé. Il y a apparence d'élongation. Aucune cause appréciable ne peut rendre compte de l'apparition de ces désordres.

OBSEKVATIONS. 511

M. le doeteui' Taveniier (d'Amiens) est coi]sullé.

Diagnostic : coxalgie.

Traitement : repos absolu, application d'une série de vésicatoires volants.

Au bout d'un mois, le membre a recouvré sa longueur normale.

Saison de bains de mer.

Reiour dans un état très-satisfaisant au mois de septembre 185J .

En décembre, rallongement du membre 'apparaît de nouveau.

M. le docteur J. Guérin, consulté, prescrit l'application de deux cautères qui devront être entretenus à la racine de la cuisse. De plus, tous les deux jours, on pratique avec un stylet rougi une cautérisation ponctuée.

Au bout de quelques mois, le membre recouvre sa longueur normale. La progression est possible j pourvu qu'elle s'accomplisse avec ménagements.

Au printemps de 1852, troisième atteinte : apparence d'allongement du membre, claudication , douleurs aiguës au niveau du genou.

Application de deux nouveaux cautères et cautérisations ponctuées comme en 1 851 .

Au bout de peu de jours : amendement des douleurs.

Persistance de l'allongement et de la claudication.

Au mois de juin, la malade est conduite aux bains de mer.

Au mois de septembre, le membre a recouvré sa lon-° gueur normale et la souplesse de ses mouvements.

Au printemps de 1853, quatrième atteinte. Douleurs très-vives au genou et à la hanche ; allongement apparent.

512 TR.AITEMENT.

Claudication.

Même traitement que l'année précédente; cautères potentiels et actuels; saison balnéaire.

Même résultat qu'en i85'2. Cependant cette année, le jeu de l'articulation reste moins libre, ses mouvements sont moins étendus. '

Consultation de M. le professeur Yelpeau.

Diagnostic : coxalgie au déclin.

Prescription : eaux sulfureuses ; onctions résolutives sur la région malade; huile de foie de morue.

En 185/i, au printemps, cinquième atteinte. Douleurs plus tenaces qu'à l'année précédente.

Même traitement.

La douleur cède plus lentement sous l'influence des cautérisations» Les mouvements articulaires restent plus étroitement limités!

En 1855, (février) sixième atteinte.

Douleurs d'une violence extrême au genou; élancemenls au niveau de l'articulation coxale; obstacle absolu aux mouvements les plus limités; contractions spasmodiques nocturnes des muscles; insomnies prolongées.

M. le docteur J. Guérin prescrit l'usage de potions opiacées, et des onctions loco dolenti, avec une pommade stibiée.

La santé générale commence à s'altérer; application de deux larges cautères ayant chacun environ 20 centimètres de diamètre aux environs du grand trochanter.

La position du membre offre quelque modification. L'allongement qu'il a toujours paru présenter depuis le commencement de la maladie persiste, mais la pointe du pied tend à se porter en dedans.

Elle est maintenue au moyen d'un appareil et craltelles. Mais au bout de peu de jours, à l'allongement offert par le membre succède un raccourcissement assez notable.

La malade est conduite à la campagne jusqu'au mois d'avril 1856; état stationnairc.

A cette époque, les douleurs du genou sont moins

vives, mais la hanche n'a pas cessé de souffrir. Le membre

malade est sensiblement plus court que son congénère.

Le pied est dévié en dedans, les muscles sont rétractés.

On propose l'extension continue et la section sous-

cutanée des brides musculaires.

La malade refuse de se soumettre à ce traitement. En 185/1, le degré du raccourcissement augmenta rapidement dans des proportions notables. Cependant l'acuité des douleurs ne reparut pas. Elle avait fait place à un engourdissement et à un sentiment de pesanteur qui obligeaient le séjour prolongé au lit.

A la fin de 1858, la malade marchait à l'aide de béquilles. Elle fut placée dans une maison d'éducation où elle séjourna jusqu'en 1860, sans que son état ait présenté d'autres modifications qu'une difficulté de plus en plus grande de la marche.

C'est le 16 janvier 1860 que la malade fut soumise à l'examen de M. le docteur Michon.

En présence des déformations profondes de l'articulation coxo- fémorale, de l'immobilité presque absolue des parties articulaires, et des faibles espérances qu'offrait h^ guérison, le chirurgien consedla de ne rien tenter. Ayant cru, de notre côté, reconnaître une légère mobilité dans l'articulation, nous sollicitons une réunion avecM. Michon.

F. MARTIN ET COLLINEAU. 33

5iA TRAITEMENT.

Nous recoinuinies ensemble que le membre pelvien droit était porté dans une adduction forcée, et qu'il était impossible de l'écarter de son congénère. Le grand trochanter, très-saillant, était rapproché de la crête iliaque. Les mouvements dont l'articulation coxo-fémorale était susceptible, étaient tellement obscurs qu'on pouvait mettre en doute leur réalité.

La malade étant étendue sur un plan horizontal, nous constatons entre les deux talons une différence de hauteur de là centimètres.

La crête iliaque du côté droit est beaucoup plus élevée que celle du côté gauche.

La hanche porte la trace des nombreuses applications caustiques qui ont été pratiquées. Les cicatrices qu'il en est résulté se confondent entre elles et offrent l'aspect d'une large plaque irrégulière.

Des désordres aussi considérables, remontant à une date aussi reculée , obligeaient à une grande réserve dans le pronostic du traitement que nous résolûmes d'instituer.

Toujours est-il que le 19 janvier J8()0, à titre de tentative seulement, l'appareil fut appliqué.

Graduellement, le membre recouvra sa longueur normale. Les douleurs qui revenaient encore de temps à autre cessèrent complètement.

La santé générale s améliora sensiblement.

Le 21 juin, l'appareil est levé. La malade marche quelques jours à l'aide de béquilles, puis à l'aide d'une petite canne, et retourne dans sa famille le 7 août de la même année.

Au total, la durée d'application de l'appareil a été de 15i jours; celle du séjour à Paris de 201 jours.

OBSERVATIONS. f/.O

îl a persisté un léger degré de claudication; mais d'assez longues courses peuvent être faites sans fatigue,

Au mois de février I8G0, quelques nouvelles douleurs sont survenues. — La malade s'est soumise spontanément pendant un mois à l'action de l'appareil.

Depuis, elle n'a éprouvé aucun symptôme de l'afFec tion qui Ta si longtemps tourmentée.

Coxalgie passée de la forme capsulaire à la forme osseuse. — Raccourcissement apparent de 24 centimètres réduit à 2 centimètres au bou^ de six mois d'application de Vappareil. — Pas de récidive. — Locomotion possible.

En l85/i, nous avons été appelé à Saint- Germain en Laye, par M. le docteur Lamarre, pour y donner nos soins à une jeune fille de douze ans , dont la maladie remontait à huit années.

Nous reconnaissons que le membre gauche paraissait raccourci de 2â centimètres. — Adduction, rotation interne.

On nous rapporta qu'à l'âge de quatre ans, la malade avait accusé des douleurs violentes à la hanche et au genou, et que pendant deux ans au moins le membre du côté malade avait présenté un excès de longueur sur celui du côté sain, puis qu'à cet allongement avait succédé le raccourcissement dont nous venions de constate^^ le degré extrême.

Diagnostic. —* Coxalgie passée de la forme capsulaire à la forme osseuse. Participation de la totahté des parties articulaires aux désordres, imminence de la suppuration.

Traitement. — Application de l'appareil. Reconstituants. Régime analeptique.

Au bout d'un temps fort court, les douleurs disparurent, l'appétit se réveilla, le sommeil reprit sa régularité.

Au sixième mois du traitement, la diiTérence de niveau entre les deux talons se réduisait à 2 centimètres.

Le malade a conservé une claudication dont le degré est resté stationnaire jusqu'à ce jour; mais elle est capable de courses assez longues et n'en éprouve qu'une fatigue modérée -

Coxalgie passée de la forme capsulaire à la forme osseuse. — Déviations extrêmes. — Douleurs violentes. — Application de V appareil. Apaisement remarquablement rapide des douleurs. — Guérison avec un raccourcissement définitif de 35 millimètres.

Le nommé Ch. T..., âgé de douze ans, n'ayant jamais fait de maladie sérieuse, jouissant d'une constitution assez vigoureuse, fut pris, au mois de mars 1853, de scarlatine. La fièvre éruptive suivit un cours irrégulier et se compliqua de pneumonie.

Le 18 mai de la même année, l'enfant, complètement guéri de sa récente maladie ^ prit un bain froid par un temps pluvieux.

Dès les premiers moments de l'immersion, il ressentit à la racine de la cuisse gauche une douleur profonde et aiguë qui ne lui permit qu'à grand'peine de regagner le rivage.

Les jours suivants, la douleur était localisée à l'articulation coxo-fémorale , où elle était très-modérée, et à l'articulation du genou où elle était très -violente.

Un médecin est consulté. Il constate un allongement de 5 centimètres.

Diagnostic. — Coxalgie au début.

Traitement. — Repos au lit. Application au niveau du grand trochanter d'un vésicatoire, puis de quatre plaques de cautère.

Anriélio ration passagère : recrudescences soudaines.

Cet état persiste jusqu'au mois de mai 185/!. Le malade passe ce laps de temps, tantôt au lit, tantôt debout.

A partir du i"' mai 185/1, les douleurs présentent une remarquable exacerbation. La station debout ou assise est impossible. Le séjour constant au lit est indispensable. L'acuité des douleurs localisées au genou et à la hanche excite dans les muscles pelvi-féraoraux de fréquentes contractions spasmodiques^ trouble le sommeil, enlève l'appétit.

Le membre est fléchi et déjeté légèrement au dehors. Il paraît allongé.

Bientôt (au bout d'un mois et demi) les douleurs du genou s'amendent, celles de la hanche s'exaspèrent, le membre qui jusque-là avait paru allongé de o centimètres, se raccourcit de 8 centimètres. Puis, le degré de la flexion de la cuisse sur le bassin, et de la jambe sur la cuisse s'accentua fortement. Bref, le membre pelvien gauche arriva à un degré d'adduction tellement prononcé qu'il reposait sur son congénère.

C'est dans cette situation que nous trouvâmes le malade lors de notre premier examen.

Le 1 "juillet 185^, l'appareil est appliqué. Deux heures s'étaient à peine écoulées que le malade accusait un apaisement notable dans ses douleurs. Peu de jours après, elles avaient disparu intégralement pour ne plus revenir.

Graduellement, le membre fut ramené à une position

plus régulière. Le raccourcissement considérable qu'il avait présenté et qui, à cause de l'excès même de la position vicieuse, n'avait pu être mesuré avec exactitude, devenait de moins en moins sensible. Les fonctions de l'articulation malade recouvraient quelque liberté. Le Il février 1855, l'appareil fut levé.

La locomotion fut d'abord possible à l'aide de béquilles, puis à l'aide d'une canne, qui ne tarda pas elle-même à cesser d'être indispensable.

Le degré du raccourcissement, conservé par le membre mesuré avec exactitude, est évalué à o5 millimètres,

OBSERVATION XXXVH,

Rougeole. — Chute sur la hanche. — Coxalgie passée de la forme capsulaire à la forme osseuse.— Application de l'appareil : guérison avec claudication.

En 1858, la nommée Romaine Luc..., âgée de six ans, douée d'uîie constitution vigoureuse et d'une activité extrême, était convalescente de rougeole, lorsqu'elle fit sur la hanche une chute, après laquelle elle éprouva de vives douleurs au genou et à Tarticulation coxale du côté droit.

Le médecin de la famille crut d'abord avoir affaire à une sciatique et dirigea le traitement en conséquence.

Le mal continua à faire des progrès, le membre finit par présenter une élongation apparente, et par se porter dans la demi-flexion, dans Tabduction, et dans la rotation externe; puis tout à coup, vers la fin du mois d'août 1860, il affecta l'adduction et la rotation interne et offrit un notable raccourcissement.

OnSERVATIOlNS. 519

Vers ccll(3 époque, M. le professeur Velpeau appelé en consultation, reconnut l'existence d'une coxalgie, et conseilla l'application de notre appareil. La différence de niveau entre les deux talons était de /i centimètres. Le membre était rivé dans l'adduction forcée, et dans la rotation interne.

Les douleurs, extrêmement vives, arrachaient des cris continuels à l'enfant.

L'appareil fut appliqué le 18 octobre 1860.

Les douleurs disparurent dans un bref délai; mais deux mois s'écoulèrent avant que le parallélisme se rétablît entre les deux talons.

Le traitement fut prolongé jusqu'au mois de mars 1861 .

A cette époque l'enfant put commencer à marchera l'aide de béquilles, qu'elle abandonna bientôt pour y revenir plus tard, puis les abandonner définitivemeni.

Aujourd'hui (8 août 185/i), elle marche sans le secours d'aucun appui; mais elle a conservé une légère claudication .

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