CHAPITRE IV
PATHOGENIE
Une explication toute naturelle, et qui vient tout d’abord
à l'esprit, pour nous faire comprendre les faits que nous avons
exposés, est de penser que le malade en puissance de syphilis réagit envers elle comme il réagirait vis-à-vis d’une infection quelconque.
Devant cette infection, il se présente avec ses tares, son hérédité, et tel de ses organes en état d’infériorité sera tout désigné pour en subir les plus rudes assauts. Et par le fait même que l’infection s’acharnera sur cet organe plutôt que sur un autre, la maladie prendra une forme particulière.
« Chacun fait sa syphilis suivant sa santé habituelle, son tempérament, ses habitudes, sa prédisposition héréditaire ou acquise, son hygiène, son milieu, ses tares morbides et aussi suivant la façon dont on la traite. »
Cette phrase du Professeur Fournier fait comprendre à merveille les manières diverses dont se comporte la syphilis visà-vis de ceux qu'elle atteint, en même temps qu'elle résume les différents facteurs étiologiques des symptômes qui s’observent au cours de son évolution.
Mais cela n’explique pas tout.
Pourquoi celui-ci fera-t-il une syphilis bénigne, alors que celui-là, traité de la même façon et avec la même intensité, présentera de graves accidents?
Nous ne faisons qu'indiquer la question, trop générale pour que nous cherchions à y répondre. Nous avons remarqué d’ailleurs, parmi tout ce jque nous avons pu lire se rapportant au
sujet, que les auteurs se contentent de rapporter les faits, de
faire remarquer combien cela est loin de la classification de Ricord, mais ne donnent aucune explication, sans doute parce qu'il n’y en a pas, qu'il ne peut pas y en avoir dans la limite de nos connaissances actuelles.
Nous allons donc essayer, en nous aidant du choix d'observations qui précède, de voir quels facteurs peuvent influencer, si peu que ce soit, la marche de la syphilis et la faire s’écarter de son cours normal.
Tout d’abord, il est des causes imputables à la maladie exclusivement. Il est des syphilis qui naissent et restent bénignes, même médiocrement et imparfaitement traitées, Et inversement, il en est d’autres qui sont d’essence de mauvaises syphilis. Ecoutons Fournier :
« Bien que mystérieuses et indéfinissables jusqu'ici, les causes de ce genre n’en sont pas moins réelles, authentiques,
-indéniables, et nous ne les constatons que trop de par leurs
résultats... À preuve celles qui, sous le nom de syphilis malignes précoces, naissent tertiaires d'emblée. Qu'est-ce qui constitue la gravité, la malignité de telles syphilis? On ne saurait le dire; mais bien qu'inexpliqué, le fait n’en est pas moins constant, avéré, authentique. »
Mais si, dans certains cas, seule Ja qualité de la syphilis peut être mise en cause, il en est beaucoup d’autres, et ce sont les plus nombreux, où nous sommes en droit de rechercher l’existence d’autres facteurs. 4
Nous dirons quelques mots des conditions d’âge. Dans les observations qui précèdent, on pourra en relever certaines ayant trait à des vieillards. Il est bien établi maintenant que la syphilis contractée à un âge avancé est très souvent grave. C’est chez le vieillard que nous verrons la maladie se développer avec une malignité, une perniciosité telle qu’elle peut devenir mortelle à échéance étonnamment courte, Rien d’étonnant alors à ce que nous trouvions chez le vieillard la coexistence des accidents secondaires et des accidents tertiaires.
Il ne faudrait pas en conclure, toutefois, que seul le vieil-