‹ De la craniectomie: Chez les microcéphalesChapitre 8 sur 11 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

S. Jean, 7 ans et demi.

Entré en novembre 1893.

Père ni alcoolique, ni syphilitique.

Mère d'apparence chétive. Surmenage pendant la grossesse. Huit jours avant son accouchement, elle fait une chute sur le ventre qui lui occasionne une grande frayeur. On la porte évanouie à son domicile. De plus, les parents sont cousins germains.

L'enfant était chétif à sa naissance, mais la tête paraissait proportionnée au corps. Il fut confié à une nourrice vieille et épuisée qui avait 43 ans et avait allaité dix nourrissons. Au bout de 10 mois, seconde nourrice alcoolique.

L'enfant est franchement idiot. Il regarde ses mains constamment. Il ne reconnait pas ses parents.

Il ne grandit pas. La tête reste petite, le corps malingre. A dixhuit mois, rougeole. Quelques mois plus tard, scarlatine.

A sept ans et demi, il ne marche pas encore. Aucune manifestation intellectuelle. Il a de l’automatisme et, si après avoir enlevé sa chemise on essaie de l’en revêtir, il aide aux mouvements en mettant de lui-même ses bras dans les manches. Il est gâteux. Si toutefois on le met sur le vase, il contracte ses muscles abdominaux et essaye de déféquer. Le crâne est très petit et pointu. Il ne s’est pas développé. Circonférence du crâne à la base, 35 centimètres.

Il ne sait pas manger seul. Le regard est sans expression. Il est sans cesse dans une agitation extrême, pousse des cris, projette la tête à droite et à gauche ou se la frappe violemment avec les mains. Il a des crises de rire inconscient.

Tout son corps est frêle et n’a pas suivi le développement normal : les membres inférieurs sont atrophiés, la marche est impossible.

19 octobre. — Opération du trépan.

L’instrument est appliqué à trois endroits différents sur le côté gauche du crâne, à 3 centimètres de la ligne médiane.

Les trois couronnes ainsi obtenues sont réunies par la section à lemporte-pièce des ponts osseux qui les séparent. L’une d’elles

intéresse la suture fronto-pariétale, qui est particulièrement résistante et ossifiée.

Les suites de l’opération sont simples. Le soir, le petit malade est très calme, sa température s'élève à 382,5.

20 octobre.— Le lendemain, l'agitation a disparu. Si on lui présente un verre, il le porte à sa bouche et boit : avant l’opération, il fallait

appliquer le bord du verre à ses lèvres pour qu’il exécutàt des mouvements de déglutition.

26 octobre. — L’agitation reparaît.

4 novembre. — L'état général est toujours satisfaisant. La plaie opératoire est complètement fermée.

Pas d'amélioration notable du côté de la force des membres : les jambes sont toujours aussi faibles.

L’agitation persiste, mais, au dire de la sœur de la salle, serait moins intense qu'avait la cràäniectomie. |

Le petit malade semble avoir fait quelques progrès intellectueis. On peut le distraire avec un jouet ; il ne le rejette pas de suite comme auparavant.

Il mange seul un morceau de pain, porte le verre à sa bouche, choisit ses aliments et reconnait ceux qu’il affectionne particulièrement, le chocolat par exemple.

Un autre enfant de la salle s'amusant avec lui, quand on les met ensemble, il manifeste sa joie en battant des mains et en poussant de petits cris.

15 novembre. — Les résultats obtenus ne se sont pas maintenus. Après ces quelques lueurs passagères, qui s'étaient manifestées durant quinze jours, l'intelligence est redevenue aussi obtuse.

L'agitation augmentant progressivement à de nouveau atteint presque le même degré qu'avant l'intervention.

30 novembre. — L'état est resté stationnaire. L'enfant quitte l'hôpital.

Janvier 1892. — L'enfant devient plus obéissant. Il comprend un peu mieux, dort mieux la nuit, crie bien moins, boit tout seul, mange mieux, balance moins en marchant, marche plus facilement.

2 février 1892. — L'agitation diminue beaucoup. Les cris ont presque cessé. Il s'arrête de crier dès qu’on le gronde. Il marche beaucoup mieux et tombe bien moins.

9 avril 1893. — L'enfant est de moins en moins agité. Il ne crie plus. Plus de cerises, ni de pleurs. Il marche beaucoup mieux, se

ramasse seul. Il devient obéissant, dit non, à pour joli, adeu pour adieu, nonne pour donne, comprend bien mieux, s’est développé. Tous ceux qui le voient notent chez lui un changement notable.

11 juin 1893. — L'amélioration s’accentue. Il prononce bien adieu, assez, marche bien mieux, dort bien.

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