‹ De la craniectomie: Chez les microcéphalesChapitre 9 sur 11 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

F. Antoine, 5 ans, demeurant à Saint-Etienne, entre le 12 juin 1893. Salle Saint-Roch.

Antécédents héréditaires : Père bien portant, de caractère très calme, sans aucune tare constitutionnelle, pas alcoolique. Mère bien portante, un peu nerveuse, d’un caractère un peu vif et emporté, n’a jamais eu de crises nerveuses.

Aucun renseignement sur les ascendants ou les collatéraux.

Un frère bien portant.

Grossesse normale, accouchement normal et à terme. Aucune frayeur; mais des chagrins et des ennuis pendant la gestation.

La sage-femme remarque, au moment de l’accouchement, que les sutures ainsi que les fontanelles ne peuvent être trouvées au toucher. Tête normale comme dimensions.

Dans le bas-âge, la santé à été bonne; il à grandi, mais son crâne pas plus que ses facultés psychiques et intellectuelles ne se sont développés. Les parents l’amènent à la consultation gratuite pour essayer une intervention.

Etat actuel :

L'aspect général est celui d’un idiot. La tête est petite, le front fuyant mais enccre assez élevé, la mâchoire inférieure en léger prognathisme.

Le crâne est petit et dur, se terminant en pointe. Le cuir chevelu n'est pas tendu ; on peut le saisir entre deux doigts et le plisser en gros bourrelets comme la peau des autres régions du corps; on dirait qu’il y à « de la peau en trop. »

On ne sent en aucun point les sutures ou les fontanelles. Les deux moitiés ne sont pas symétriques et, du côté droit, on trouve de l’aplatissement du pariétal. La tubérosité occipitale est assez déve-

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loppée et relevée, l’écaille occipitale est abaissée, ce qui forme une surface bosselée à trois points surélevés. L’arrière-crâne se trouve, de par cette disposition, sur le même plan et sur un plan se rapprochant beaucoup de celui par où passerait l’axe du rachis.

Voici les différents diamètres :

Circonférence passant par la glabelle et le point sous-occipital : Moitié droite, 19. Moitié gauche, 19.

Circonférence passant par la glabelle et la tubérosité occipitale : Moitié droite, 18,3. Moitié gauche, 19.

Longueur passant par la glabelle et la tubérosité occipitale : 252,5,

Diamètre :

D PRET RES DORE ARE 12.5 Mento bregmatique..…....l......... 15.2 = JAMDAONEr en Rohan, 17.8 S. mento lambdoïde....,... Sarthe 15.3 DOCCIDILO DPEBMA. à... vies 0 CO Inio bregma...... ST TL RE BRU ON Re same ace 10.2 BIRCMDOTAIE eee ce eu rectee 10 Biipariétalsr mnt nb fc à00 ss M8:

OccinitoArontal eee Denon 10.1

L’état intellectuel n’est pas absolument nul; il ne parle pas, mais pousse des cris inarticulés. Il manifeste sa joie ou sa peine au moyen des yeux, du sourire, battements des mains et des pleurs. Le déplaisir est plutôt de la peur; alors il s’agite, se tourne, ouvre de grands yeux, se cache la figure et se met à pleurnicher, mais tous ces états sont de courte durée. Il est difficile de fixer son attention sur un objet, toutefois on peut y arriver.

Il a un peu la mémoire des figures, Ainsi, il reconnaît très bien sa mère et manifeste sa joie quand elle vient le voir. Les jours de visite, s’il ne la voit pas entrer dès que les premiers visiteurs sont dans la salle, il montre la porte du doigt, crie et fait des signes d’impatience.

Il entend les bruits, mais ne paraît pas comprendre ce qu’on lui dit; tout au moins, il ne manifeste aucune réaction. Son attention n’est tixée que par les objets extérieurs.

Son caractère n’est pas irritable ; il ne se fàche pas et ne pleure

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pas en temps ordinaire. Quand il veut quelque chose, :1 tend les bras vers l’objet désiré qu’il voit. Quand il ne veut pas, il fait le signe de non avec la tête, se renverse et fait avec les mains le geste de repousser l’objet.

Au point de vue des autres fonctions, on note :

La sensibilité est intacte et paraît plus développée à droite qu’à gauche.

Les réflexes patellaires et tendineux sont normaux : légère diminution à gauche; pas de trépidation épileptoïde ; pas de cerises d’épilepsie; pas de convulsions; pas de tremblements. Toutefoïs, il ne peut rester longtemps sans bouger, constamment il remue la tête, les lèvres, les mains et tient alors les doigts écartés. Ces mouvements sont automatiques à forme choréique ou de tics.

Il à de la parésie des membres inférieurs. Il ne peut les lever audessus du plan du lit; il ne les remue pas ni ne les balance. Il ne peut se tenir debout; ses pieds sont en valgus très prononcé; il s'appuie sur ses malléoles internes si on le tient debout.

Pas de troubles trophiques.

Les membres supérieurs sont normaux. La vue est normale. Les pupilles sont dilatées et régulières ; elles réagissent à la lumière.

Le goût est ordinaire.

La bouche est normale, pas d’asymétrie, pas de déformation de la voûte du palais. Sur les arcades dentaires, on ne trouve que deux dents, une incisive en haut à gauche, une incisive en bas à droite. Elles seraient apparues au moment de la première dentition normale environ.

L’appétit est bon. La déglutition ne se fait pas toujours facilement et il faut le surveiller quand il mange ou boit.

I] ne retient ni son urine ni ses matières.

Rien au cœur, rien aux poumons.

Opération : La tète est soigneusement rasée et désinfectée. Le malade endormi au chloroforme.

Sur le pariétal gauche, au niveau environ de la sissure de Sylvius, on fait sur le cuir chevelu une incis'on, le crâne est dénudé et on applique quatre couronnes de trépan. Les ponts osseux sont réséqués.

On a aussi une brèche osseuse linéaire de 5 à 6 cent. de longueur sur 2 cent. environ de large. La 4° rondelle contient la suture lambdoïde, pariéto occipitale synostosée.

Pendant l'opération, on signale plusieurs phénomènes : L'enfant se met, malgré l’anesthésie, à pleurer, et le caractère de ses pleurs a changé : ils sont continus et ressemblent aux pleurs des autres enfants, caractère qu’ils n’avaient pas auparavant.

En second lieu, on note l’expansion du cerveau qui bombe à travers la brèche osseuse.

La dure-mère ne présente aucune altération, et les vaisseaux deviennent plus apparents.

La plaie du cuir chevelu, une fois l’hémostase faite, est suturée, on place un petit drain. — Pansement.

Les quatre rondelles sont très épaisses pour un crâne d’enfant, 5"m environ, très dures, formées de tissu osseux compact.

La face péricrànienne est lisse. Sur la face dure mérienne, on voit les arborisations creusées pour les vaisseaux et sinus.

Sur la 4,on sent très bien au toucher de petites rugosités. Restes de la suture complètement ossifiée. On ne voit pas les dentelures de cette suture.

Les suites de l’opération ont été bénignes, huit jours après on enlevait les fils et le dixième jour, le drain.

Deux jours après l’opération, on trouve l’enfant plus tranquille; son attention est plus facilement fixée sur les objets qui sont autour de lui; il n’a plus ces états de frayeur aussi accentués, les mouvements automatiques sont moins fréquents.

Cinq iours après, il commence à articuler un mot « mama », que l’'infirmier lui a appris à prononcer. Il le dit à sa mère lorsqu'elle vient le voir.

Il s'amuse avec les objets qu'on lui donne et les garde bien plus longtemps qu'avant l'intervention.

La plaie est complètement cicatrisée et le malade est rendu à sa famille.

Depuis il a été revu. Il a appris à dire « papa» et « tata ».

L'amélioration au point de vue des impulsions motrices s’est maintenue.

Les membres inférieurs se sont fortifiés, surtout le membre gauche qui était, avant la crâniectomie, plus faible et un peu plus amaigri que le droit. Le valgus s’est amélioré. Il commence à se tenir debout tout seul. Les facultés amatives se sont développées. Il ne pleure plus quand il voit une personne étrangère.

Nous devons à l’obligeance de M. le professeur Poncet,

= 96 = une observation de crâniectomie, pratiquée il y à trois ans, à l'hôpital Beaujon, par M. le D: Tuffier, sur une petite fille âgée de huit ans, et qui était entrée le 8 novembre 1893, dans son service de l’Hôtel-Dieu.

Au dire des parents de la petite opérée, il y aurait eu, après la crâniectomie, une amélioration appréciable, mais l’état psychologique de l’enfant ne se serait pas dans la suite notablement modifié et nous publions ici, #r extenso, son observation qui nous à été communiquée par M. le professeur Poncet.

Supposant qu’un arrêt de développement du corps thyroïde ou peut-être seulement des fonctions de cette glande, pouvait avoir eu une influence néfaste sur le développement des centres nerveux au point de vue intellectuel, M. Poncet a pratiqué sur cette enfant qui lui avait été amenée, sur la recommandation de M. Diday, l’opération à laquelle il avait eu recours déjà dans un cas plus ou moins similaire et qu'il a désignée sous le nom de thyroïdo-éréthisme (Lyon médical : communication à la Société de Médecine). L'enfant a été opérée le 10 novembre dernier. Après avoir mis complètement à découvert la glande thyroïde, M. Poncet a placé sous chacun des lobes une petite flèche d'ivoire aseptique de 12 à 15 millimètres de longueur, et cela dans le but d’irriter d’une façon continue le parenchyme thyroïdien.

La réunicn de la plaie s’est faite par première intention et la petite malade à quitté le 17 novembre l'hôpital, sept jours après l'intervention. Il appartient à l'avenir de nous fixer sur la valeur des thyroïdo-éréthismes en pareils cas, alors que cette opération est d'autant plus justifiée qu’elle doit être considérée comme complètement innocente.

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