‹ De la création d'écoles professionnelles pour les pupilles difficiles de l'assistance publiqueChapitre 12 sur 14 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

C’est, — nous avons eu l’occasion de le dire, — une des questions les plus angoissantes du problème qui nous intéresse, que celle du personnel appelé à concourir dans les écoles de préservation au relèvement de l'enfance insoumise et déchue. Il n’y a pas en effet que la tâche du Directeur de délicate, et si la sienne est particulièrement difficile à raison même de sa complexité, celle de ses subalternes exige, toutes proportions gardées, autant de tact et de soin, et suppose le même amour de l'enfant, le même dévouement et la même patience.

On conçoit que, dans ces conditions, il soit souvent malaisé pour un Directeur de trouver à s’entourer comme il le souhaiterait dans son œuvre de bien, et de réunir à ses côtés un personnel dont il soit d’abord absolument sûr à tous points de vue, et sur lequel il puisse compter comme sur lui-même. Sans doute, les demandes ne lui

feront pas défaut (1); mais sur la quantité, combien de-

(1) Beaucoup d’anciens militaires, la plupart sous-officiers, postulent pour cet emploi. Mais, comme l’a dit très justement M. Puiba-

vront être prises en considération et combien mériteront d'être définitivement accueillies? Enfin, même parmi ces dernières, que de fois l'avenir ne justifiera pas les espérances qu'elles avaient fait naître ! Tant de qualités sont requises : patience, probité, justice, énergie, sobriété, moralité, ardeur au travail, avec, comme guide des moindres paroles et des moindres actions, un cœur qui compatit, qui aime, et qui se donne tout entier !

Aussi bien, la difficulté de recruter un personnel qui soit à la hauteur de sa mission est-elle une des raisons pour lesquelles on ne peut, dans une école professionnelle, diviser le contingent en fractions aussi réduites qu'il serait théoriquement désirable. Trois établissements comportant chacun un effectif de 60 élèves divisé en groupes de 10, à raison d’un maître par groupe, nécessiteraient à eux trois un ensemble de 18 maîtres. Que l’on fasse les groupes de 30 enfants au lieu de 10, le nombre de maîtres nécessaire tombe de 18 à 6. II y a lieu de s’arrêter à cette différence qui permettra, dans la seconde hypothèse, de se montrer plus exigeant quant au recrutement du personnel, et de réparer, grâce à ce choix, la légère infériorité résultant du plus grand nombre d’en-

fants par section. :

raud dans son rapport au Comité de défense (3 janvier 1904), en plus des qualités de courage, d'autorité, de sang froid. d'obéissance absolue qui sont leur patrimoine commun, il faut des qualités de cœur, le goût de l'enfance, la vocation, c’est-à-dire l'aplitude.

EL voilà qui n'est pas donné à tout le monde.

Le projet de règlement d'administration publique ne tient aucun compte de la difficulté que nous envisageons en ce moment, et au lieu de raisonner comme nous venons de le faire, il se place à un point de vue purement théorique : un maître, dit-il, par 40 élèves (titre IV, art. 20). Sans doute, nous le répétons, si pour chaque fraction de 10 élèves il pouvait y avoir un très bon maître (1), cette solution serait excellente; mais dans la réalité des choses, on se heurte à l’une ou l’autre de ces impossibilités : ou bien ne pas trouver assez de maîtres réunissant les conditions requises, et alors se voir contraint, pour rester dans les limites du règlement, de réduire l'effectif des élèves ; ou bien être obligé d’accepter tous les candidats qui se présentent sans pouvoir les choisir, et risquer, par ce procédé, de compromettre l’éducation même des enfants.

Mieux vaut donc un personnel restreint, mais sur l'énergie, la moralité et la bonté duquel on puisse se reposer, qu'un nombre considérable d'agents recrutés forcément un peu au hasard (2) et donnant trop souvent

lieu à des mécomptes.

(1) Et nous entendons par là celui qui ne se contente pas, comme on le voit trop souvent, de surveiller les enfants qui lui sont confiés, en leur donnant de temps à autre un avis ou un encouragement; mais bien qui se mêle à leur vie, qui travaille et qui peine comme eux, en un mot qui est pour eux un exemple vivant de tous les instants.

(2) Pour obvier à cet inconvénient, on a songé à faire des écoles spéciales pour ceux qui désireraient entrer comme maitres dans un

Deux observations, d’une grande importance chacune, termineront cette courte étude sur le personnel des écoles de préservation.

Tout d’abord, pour les enfants au dessous d’un certain âge, le personnel féminin devra être préféré. Il y a, en faveur de cette décision, des considérations d’ordre pédagogique et moral qui n’échappent à personne (1). Le projet de règlement d'administration publique fixe cet âge à 10 ans (art. 21) ; nous ne le verrions pas, quant à nous, reculé avec déplaisir, et celui de 12 ans nous semblerait une limite judicieusement établie (2). C’est d’ailleurs

celui auquel s’est arrêté le Comité de défense (5° vœu). q

établissement de préservation. N’y a-t-il pas lieu de craindre qu'une telle préparation soit surtout théorique, et qu'au jour de leur entrée en fonctions, les nouveaux maîtres ne se trouvent en présence de difficultés qu’ils n'avaient point prévues ?

(1) M. Puybaraud a dit très justement :

« d'estime qu’il n'y a point d'œuvre d'éducation et de moralisation pour les jeunes enfants en dehors de l'action de la femme. Les femmes exercent sur les garçons, sur les plus mauvais garçons, pourvu qu'ils leur soient remis jeunes, une influence dont les hommes ne possèdent pas le secret. »

A l’appui de cette assertion, il citait deux établissements donnant d'excellents résultats et tous deux exclusivement administrés par des femmes : la colonie de Chanteloup à St-Hilaire (Vienne), et l'école de Frasnes-le-Château (Haute-Saône), dont nous disons quelques mots ciaprès.

Il concluait, pour les petits vagabonds et les petits mendiants âgés de moins de 12 ans, à leur envoi dans des écoles de préservation privées où il mentionnait spécialement pour l'éducation « les soins de femmes que leurs aptitudes ou leur vocation auront fait agréer pour cette œuvre ».

(2) La colonie de Frasnes-le-Château (Haute-Sadne), bien que

Puis, relativement au personnel masculin, il sera sage de décider que celui-ci devra être marié. C’est une mesure adoptée par plusieurs établissements et qui, si elle entrave peut-être un peu le recrutement des maîtres et des surveillants, offre des garanties trop sérieuses pour qu’on

ne l’impose pas d’une façon générale aux écoles professionnelles.

Le Comité de défense avait sagement prévu cette exigence : « Elle (l’école de préservation) s’attachera très particulièrement au choix des maîtresses et des maîtres;

ceux-ci, dans le personnel laïque, devront de préférence

être mariés. » (5° vœu.)

comportant des jeunes gens de 18 à 20 ans, est exclusivement dirigée par des religieuses.

Ce sont elles qui donnent tous les enseignements (primaire et professionnel) et elles dirigent jusqu'aux exercices militaires. Elles n’emploient dans leur tâche ni domestiques ni conveises, obtenant ainsi une unité de direction et une influence morale toutes particulières.

Il peut sembler étonnant que des femmes parviennent à conduire aussi facilement des esprits indisciplinés de 15 ou 20 ans; mais il ne faut pas oublier que la maison ne reçoit que des enfants de 12 ans et au-dessous.

Placés à cet âge sous cette autorité « à la fois douce et ferme, dit M. A. Mouret (Rev. Pénit. 1900, p. 1523), qui est spéciale à la femme, ils y contractent des habitudes de respect et d’obéissance qui deviennent pour eux comme une seconde nature. »

Si en effet nous ouvrons la Revue lPénitentiaire de 1877, nous y constatons qu’au 31 décembre de cette année, l’école de Frasnes-le- Château comptait 109 « petits garçons », dont le plus âgé n'avart pas 12 ans.

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