LE RÉGIME DE LA CONFIANCE
Ecole professionnelle créée de toutes pièces ou établissement pénitentiaire désaffecté de sa condition primitive et élevé au rang d'école professionnelle, il importe peu en définitive puisqu'il est entendu que toute apparence de coercition en sera bannie, et que l'enfant devra pouvoir en franchir le seuil sans crainte et sans arrièrepensée.
Aussi bien est-ce là un point très important de la question. D'un côté, tout mettre en œuvre pour inspirer la confiance, de l’autre ne pas suspecter a priori la bonne foi de l’enfant, voilà où réside le premier remède (1).
Et en effet, ne sont-ils pas en général plus à plaindre qu’à blâmer, les malheureux dévoyés qui n’ont pas trouvé autour d’eux, dans leurs plus tendres années, ce foyer de mutuelle affection et de confiance réciproque qu'est la famille, unie dans l’amour du travail et la pratique du bien? À l’âge où tant d’autres épanouissent leur âme
-(4) 1 faut, dit M. Guignot dans l’ « Enfant » (1906, p. 334), prodiguer à l’enfant la confiance pour le pousser à la mériter.
aux genoux d’une mère souriante et respectée, eux, délaissés ou maltraités, ont dû refouler au plus profond d'eux-mêmes toutes leurs pensées, étouffer leur désir d'aimer et d’être aimés, fuir les regards et, s’habituant peu à peu à ne voir autour d'eux que des visages hostiles, ne plus croire en personne et n’espérer en aucune bonté.
De là ils se sont aisément réfugiés dans le mal, dont l'attrait n’a été pour eux aussi vif que parce qu’on leur a fait perdre toute confiance dans le bien.
De quel empire ne saurait donc être sur ces âmes où la sensibilité, neuf fois sur dix, est plutôt assoupie qu'anéantie, un accueil non seulement aimable par le décor extérieur de l'établissement (1), mais encore et surtout, engageant par le regard et les paroles de ceux qui doivent refaire leur éducation ?
Il faudra souvent peu de chose pour ramener à vous les yeux qui vous évitaient d’abord obstinément: pour rouvrir les lèvres qui se fermaient dans un mutisme défiant ; pour rappeler les larmes que l’habitude du mal-
heur avaitrefoulées ; en un mot, pour faire rejaillir l'âme
(1) Loin de nous toutefois la pensée de ne pas accorder à cette question toute l'importance qu’elle comporte et que nul d’ailleurs ne songe à contester. [l est bien évident que sans tomber dans l'excès, on ne saurait trop, pour attacher l'enfant à l'école, donner à celle-ci un aspect encourageant, séduisant mème, qui dès son arrivée le réconcilie déjà avec ce qu'il considérait comme une prison, et le prépare utilement à l'éducation qu'il va recevoir. Il v a là un phénomère analogue à celui qui fait élever, à la place des vieilles écoles primaires d'aspect rébarbatif, des maisons remplies de lumière et de gaieté.