‹ De la création d'écoles professionnelles pour les pupilles difficiles de l'assistance publiqueChapitre 7 sur 14 · LE RÉGIME DE LA CONFIANCE · texte numérisé non relu

LE RÉGIME DE LA CONFIANCE

d'avant la chute, avec ses aspirations méprisées et ses émotions incomprises.

Or, l'âme d’un enfant que l’on retrouve est comme ces sources pures qui à leur naissance se sont égarées en des souterrains mystérieux d’où elles ressortent corrompues ; heureux alors celui qui les découvre, car il peut, en les dirigeant à travers de saines et fertiles prairies, !es débarrasser peu à peu de leurs souillures et les restituer intactes et bienfaisantes à leur tour !

U n’est donc pas exagéré de dire qu’en premier lieu, le régime de l'Ecole de préservation devra être le régime de la « confiance » ; et tous ceux qui, à un titre quelconque, seront appelés à participer au relèvement de l'enfant, devront se persuader de cette vérité que suspecter dès l’abord sa bonne foi, c’est compromettre Le but cherché en ne favorisant pas sa franchise.

Aussi bien nous déclarerons-nous très partisans, quelque hardi que le procédé puisse paraître, de ce système que nous qualifierions volontiers d’ « homéopathique », et dont M. Bonjean entretenait dès 1881 la Revue pénitentiaire (1) :

Traiter par exemple les petits voleurs en leur confiant des sommes d’argent à porter, même à plusieurs kilomètres ;

Guérir les jeunes incendiaires en leur donnant la garde

(1) « Pour obtenir la réforme morale des enfants, disait en

propres termes M. Bonjean, il faut surtout faire appel à leur confiance. »

des étables etdes écuries, ou encore en les préposant à la manœæuvre de la pompe à incendie (1).

Sans doute il y aura lieu parfois de retirer, au moins momentanément, sa confiance à l'enfant qu'on en avait d’abord gratifié. Mais qu’on y prenne bien garde : cette mesure ne doit intervenir qu'après une première tentative loyalement faite et demeurée infructueuse.

Ce grand principe de la confiance dans l’enfant devra présider à tous les rapports qui existeront entre le personnel et les pupilles. Certes, nous ne voulons pas impliquer par là un amoindrissement de la surveillance générale qui pourrait devenir dangereux; mais nous pensons, et nous en avons vu le bien-fondé, qu’il faudra offrir à

l'enfant, toutes les fois qu'on le pourra, l’occasion de q P

(1) C'est la même opinion qu’exprime M. le professeur Garçon dans le récit de sa promenade à l'établissement belge de Ruysselede.

« Comme nous visitions les jardins, dit-il, nous vimes un enfant qui s’éloignait dans un chemin. très loin. Celui-là, nous dit le directeur, fait le service du télégraphe. il porte les dépèches. Il va presque tous les jours à trois, quatre kilomètres et même plus loin. Quelquefois.il rentre à la nuit, mais il est toujours revenu. Depuis troisannées avec tant de liberté, et j’ajouterai de tentations. il n’y a eu qu'une évasion à Ruysselede. Que voulez-vous ? C'est un fait qui supprime toute objection. Est-ce que le meilleur moyen de garder les enfants ne serail pas, après tout, de montrer une grande confiance et de leur faire aimer la maison ? »

Voici encore un exemple à l'appui de notre théorie : un enfant qui élait l’auteur de plusieurs incendies avait été placé à l'établissement d’Orgeville (Eure). Quelque temps après, en plein hiver, le feu éclate dans la localité, et toute l’école est bientôt sur pied pour porter secours aux habitants. On cherche le jeune incendiaire, et on le trouve. plongé dans l’eau glacée d'une mare et déjà occupé à faire la chaine.

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répondre à une marque de confiance. L'exemple cité par M. le professeur Garçon et que nous relatons plus haut, peut trouver son équivalent de mille manières.

Voici une école de préservation organisée principalement en vue de l’agriculture, et où la quantité de lait journalière est assez considérable pour qu’on en puisse vendre aux particuliers. Ne sera-ce pas une excellente chose que de confier à un enfant la mission d'aller luimême porter chaque matin ce lait à destination et en toucher le prix ?

Tel encore le fait suivant, dont nous avons été témoin et qui vient à l’appui de notre dire. L’un des surveillants d’une école de préservation devait aller à une foire voisine pour vendre une vache et acheter des moutons. Qu'’a-t-on fait? On a choisi le pupille qui s’occupait principalement de la vacherie, et on lui a dit : « Mon garçon, demain, de bon matin, tu partiras avec telle bête pour le bourg de N... Là, tu nous attendras sur la place du marché. » Ainsi fut fait. L'enfant s’en fut avec l'animal sans que personne le surveillât, et, comme il avait emmené la vache, il ramena les moutons. Ajoutons qu'il en était très fier et très heureux.

C’est par de tels procédés, croyons-nous, que l’on finit par étouffer dans l'âme de ces malheureux le désir du mal; car celui-ci provient souvent d’un sentiment général de défiance, défiance du prochain qui provoque la haine, puis défiance de soi-même qui écarte insensi-

blement du droit chemin.

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