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ri(pies. Mais il ii’oii fst point ainsi ; les aérolithes ont dans leur chute une vitesse de translation horizontale très-grande, et quelquefois comparable à celle qui fait circuler notre planète dans son orbite note 11).
On a encore supposé que les aérolithes étaient lan- (;és sur la terre par les volcans lunaires , et on a appuyé cette hypothèse sur la circonstance que la lune n’est point entourée d’une atmosphère dense. Mais, pour qu’il pût en être ainsi, il faudrait démontrer l’existence des volcans lunaires, existence contestée avec raison par la plupart des astronomes, il faudrait également que l’apparition des météorites fut aussi irrégulière que le sont les éruptions volcaniques. Il est d’autant moins probable que de pareilles éruptions ont lieu dans notre satellite, qu’il paraît que ce (pie l’on avait pris pour des phénomènes volcaniques dans la lune ne sont (|ue des eft'ets de lumière. Par conséquent, la base de l’explication (pii les considérerait comme provenant des volcans lunaires .serait une hypothèse de plus et purement gratuite.
Du reste, les volcans admis ainsi que la non-périodicité des aérolithes , l’explication du phénomène n’est plus qu’une question de mécanique rigoureuse (note 12).
D’après l’hypothèse proposée par Chladni, les aérolithes seraient des fragments de planètes , ou de petites planètes, qui, circulant dans l’espace, entrent
dans l’atmosphère terrestre, perdent graduellement leur vitesse par la résistance de l’air, et viennent enfin tomber à la surface de la terre.
On a découvert récemment de si petites planètes, qu’il en existe peut-être de plus petites encore, et telles, que les météores pierreux puissent en provenir. D’un autre côté, cette hypothèse s’accorde parfaitement avec toutes les circonstances qui accompagnent la précipitation des pierres météoriques ainsi qu’avec leur périodicité. Elle ne serait pas d’ailleurs repoussée par l’uniformité à peu près générale de leur composition, lors même qu’elle serait aussi réelle qu’on l’a supposé. Cette composition est si loin d’être identique, que les unes sont charbonneuses, les autres ferriques, et certaines siliciques.
Les aërolithes paraissent souvent aux mêmes époques que les étoiles filantes; leurs apparitions ont principalement lieu pendant les mois de juillet, d’août, de septembre, d’octobre et de novembre. Ainsi, sur environ deux cent vingt chutes d’aérolitbes à peu prés constatées, il y en aurait eu quarantecinq en octobre ; trente-cinq en novembre ; di x -neuf en septembre ; dix-huit en août ; dix-sept en juillet, en juin et en mars; seize en avril; quatorze en mai; douze en janvier et en février , et huit seulement en décembre.
Or, précisément les mois d’octobre, de novembre,
d’août et de septembre, sont ceux où l’on remarque k plus d’étoiles filantes, en sorte que ces deux phénomènes auraient lieu aux mêmes éixxjues. Ils seraient même périodiques, puisque l’on peut déjà prévoir, dans l’état d’imperfection où sont encore à cet égard les observations, leurs retours successifs.
Les astéroïdes se meuvent dans l’espace ou dans l’atmosphère, lorsqu’ils la traversent avec une extrême rapidité. Leur vitesse est quelquefois égale à celle du soleil dans son orbite. Ces astres paraissent se mouvoir dans une direction inclinée à 1 horizon. Après avoir répandu pendant quelques instants une lueur très-vive, ils éclatent avec un grand bruit, souvent à une grande hauteur, et jusqu’à plus de dix lieues audessus de la surface de la terre.
On s’est assuré de ce fait, en évaluant leur parallaxe d’une manière approximative, d'après les observations faites simultanément, par exemple, à l’instant de leur explosion dans les lieux où on les avait aperçus. Du reste, ceux qui pénètrent dans l’atmosphère ne paraissent affecter aucune direction déterminée par rapport à la terre. Les uns vont d’orient en occident; d’autres d’occident en orient, du nord au sud, ou du sud au nord , quoique leur direction prédominante ait lieu du N.-E. au S.-E. Néanmoins, les astéroïdes paraissent émaner de tous les points du ciel et suivant toutes lés direetiona.
Le» ob»erTation8 qwie M. Petit a eai l’occsMiô» de foire à Avignon lors de la chate dol’aëroHtb«d« 9 juin 1 &40, aéroüthe également apet-eœ â Touldnséi conûrment ta sujqmtatioQ d après taqnelle oA terait la formation de ce» météore» s nn«> eatise êtmklaUe à «elle <pii a prodnfo le» planète», D’apré» les calculs parallactiques auxquels- Ce physlcieh s'esf livré, ces météores seraient de v^itaWes pknétes douées d’un mouvemeat analogue à celai de^ ta l«Pe/ (^ut à celui qiM fut visible à AvignoBy sa hauteur ëïak d envireu 50 lieue», et sa vites»^ tcès>^peit diHléreftte de celle de notre globe. ^
Les aérolitbe» qui tombent sur kt> terre j arriveut presque eousummeal dans ttU> étal de déflagradou ardente. Celui qui, le îlo février a> étd projeté
sur le toit d’un pressoir, dans la eommrme de Chantét- Loup, arrondissementde Goutaoees, en est ime preuve irrécusable; il y mit le feu avec une si graûdo'rtipiï. dité, qu’on ne peut guère en comparer te» e«etsv qti’à l’embrasement d’une piéee d’artHiee,' Os trouve é^*. lement mentionné dau» le- tome Uv dès yérmetks 4ei voyages un météore igné qui anirak eaiKë un' hicUU^ die dans des iles voisine» de? t’aoebipel' de CWIoét >
Ces événements, arrivés en plein jour, viennent à l’appui de ce fait phénofflénat, douf fflT. Ærlf^a le premier fait connaître la réalité, c’est que la chute des météorites peut produire des incendies.
La cause de l’inflammation des bolides, des météores pierreux ou des étoiles filantes ne peut pas être attribuée, dans l’état actuel de nos connaissances, au contact de l’atmosphère terrestre. Du moins toutes les données physiques que nous avons sur la hauteur de ce phénomène ne permettent pas, ainsi que l’a fait observer M. Biot, de la porter à moins de 45 ou 50,000 métrés. Cependant ces météorites se montrent à l’état igné lorsqu’ils se trouvent à des élévations bien plus grandes. Aussi le fait incontestable de la présence de ces eorps dans l’espace doit être rapporté à quelque cause physique plus éloignée et jusqu’ici inconnue. Lorsque l’ignition des astéroïdes a été opérée hors de l’atmosphère, ou du moins par des causes indépendantes de sa présence, l’oxydation superficielle s’achève naturellement, ou peut être supposée s’effectuer par le contact de la masse aérienne traversée (1).
Cette hypothèse s’accorde parfaitement avec toutes les circontances qui accompagnent la précipitation des pierres météoriques, ainsi qu’avec leur périodicité. On ne peut pas la rejeter en supposant l’imiformité à peu près générale de la composition de ces
(1) Comptes rendus des séances de V académie des scienees, t. xili, n< 2, deuxième semestre, 12 juillet 1841, pag. 62.
pierres, puisqu’il en est au moins de trois sortes, de charbonneuses, de ferriques et de siliciques. Lorsqu’elles offriraient les mêmes éléments essentiels, ce ne serait pas un motif suffisant, ainsi que nous le ferons observer plus tard, pour la repousser ; car il ne serait pas impossible que toutes les planètes assez petites pour former des aérolithes fussent de même nature et composées d’éléments semblables réunis dans les mêmes proportions.
Les aérolithes ont donc été d’abord considérés comme des météores formés dans l’atmosphère. Mais il faudrait prouver que l’atmosphère contient les élé> ments qui forment les pierres météoriques, et qu’elle les contient en assez grande quantité pour produire instantanément des masses aussi considérables. D’ail> leurs, la vitesse horizontale de ces corps, vitesse quelquefois comparable à celle de la terre dans son orbite, montre bien que ces corps sont formés hors de l’air atmosphérique ; sans quoi leur chute serait à peu près verticale.
Si ces pierres se formaient dans l’espace vers la limite de l’atmosphère par la réunion subite de matières terreuses et métalliques qui s’échapperaient de la terre à l’état de vapeur, il serait fort difficile de comprendre la gazéification de ces corps fixes par les moyens ordinaires. D’un autre côté, le volume énorme
(jiii (l«vraieiU solidifier pour former ces pierres , Ir vide que ce4e solidification produirait dans l’atiposphéro, lo trouble géuéi al qui en résulterait à surfaep de la terre, trouble qu’on n’a jamais obw sçrvë, rendent pette supposition tout à fait inadmissU ble. M. Qay-Lussac avait montré en quelque sorte son impossibilité, en prouvant qiie l’air présente la même composition à toutes les hauteurs de l’atmosphère. Quant à l’inflammation ainsi qu’à la lumière brillante que répandent je plus constamment ces météores, il est certain, d’après la méthode des parallaxes employée pour déterminer leur hauteur, que eps bolides §e trouvent souvent à plus de 200 lieues d’élévation» Or, d’après la loi de Mariotte, il semblerait qu’à une pareille hauteur la quantité d’air doit être si miqime, qu’elle ne serait pas anfiisante pour la production dé météores essentiellement lumineux.
Mais, puiseju’à 200 lieues et plus ces météores s’enflamment, U faut que la masse d’air y soit assez considérable pour opérer d’aussi violentes combustions, ou, si eUe esl insuflisante, que la matière nébuleuse S puisse en être raUraept, tout comme son ébranlement produirait |e développement de lumière qui caractérise ces astres.
Parmi ces bolides nouvellement observés, et qui ont présenté quelques particularités de ce çenre re-
marquable , on peut citer celui qui a été aperçu le 20 juillet 1841, à 8 heures 40 ^minutes du soir, terme moyen, à Prégny, dans le canton de Genève. Sa couleur était blanchâtre, et son éclat était presque aussi brillant que celui de Jupiter ; mais il ne présentait aucune traînée lumineuse. Sa marche de l’est à l’ouest était lente, et s’effectuait dans une région plus élevée que celle où se voyaient de légers petits nuages, derrière lesquels il a passé en perdant un peu de son ' éclat, mais sans cesser d’être visible. Ce météore a présenté un phénomène très-singulier durant la trajectoire qui a été d’environ 25".
Il a paru s’éteindre dans trois quarts de seconde, au moment même où il se trouvait dans une région du ciel parfaitement pure, puisque les étoiles y étaient très-distinctes ; après quoi il a repris son état primitif. 11 a ensuite disparu en l’air sans s’ahaisser vers le sol, et sans faire entendre aucun bruit. L’année précédente, on avait aperçu par un ciel tout à fait serein un beau météore aussi éclatant que la planète Vénus ; après avoir brillé pendant l’espace d’une seconde, il s’était éteint tout à coup pendant un instant trèscourt, et reprit ensuite de nouveau son éclat primitif. Ce météore continua d’être visible pendant environ une seconde et demie; après quoi il disparut en l’air, mais sans faire explosion.
L’hypothèse qui attribue les aérolithes aux volcans
lunaires rendrait parfaitement compte de ces phénomènes, si l’on pouvait admettre l’existence des volcans dans la lune, fait que l’observation directe repousse de manière à ne pas permettre le doute.
La théorie de la formation de ces corps dans l’atmosphère, ne pouvant pas plus être adoptée que celle de leur projection par les volcans lunaires, il devient nécessaire de les considérer comme des astres planétaires qui, circulant dans l’espace, sont portés dans la sphère d’attraction de la terre. Leur vitesse s’affaiblit graduellement par la résistance de l’air, et ils finissent par tomber à la surface du globe, enflammés soit de leur nature, soit par le frottement qu’ils ont éprouvé en traversant l’air atmosphérique (note 13).
Le seul fait que l’on pourrait opposer à cette hypothèse, c’est que la composition chimique des aérolithes est peu variée, bien qu’elle ne soit pas constante, et diffère peu des matériaux terrestres ; ce qui rend étonnant que ces corps soient produits à de si grandes distances de la terre, et même du système solaire. Cette objection n’est pas néanmoins suffisante pour faire abandonner une théorie qui acquiert chaque jour une nouvelle consistance par les observations auxquelles donne lieu ce phénomène.
Ainsi, par exemple, la chute de l’aérolithe qui est tombé, le 12 juin 1841, auprès de Château-Renard, est venue démontrer une sorte de périodicité dans les
mêmes espèces de météorites (note 14). Celui de Château-Renard, ou plutôt de Triguère, est une variété de l’espèce la plus commune, c’est-à-dire de celle qui comprend les pierres tombées en juillet 1 803, à l’Aigle, département de l’Orne. Cette variété a , sous les rapports minéralogiques, les plus grandes anologies avec les variétés qui sont tombées à Barbatan (Landes), le 24 juillet 1790; à Berguillas (Vieille-Castille), le 8 juillet 1 81 1 ; et auprès d’Angers (Maine-et-Loire), le 3 juin 1822. Elle parait tellement identique avec la variété tombée à Vouillé (Vienne), le 1 8 juillet 1 831 , que, sans étiquettes, il serait impossible de l’eu distinguer.
Cette identité minéralogique est confirmée par l’analyse chimique. Ainsi depuis à peu près un demisiècle, lorsque la terre s’est trouvée dans la partie de son orbite qui correspond au solstice d’été, les bolides météoriques qu’elle a rencontrés dans les espaces célestes étaient précisément de même nature. Si le phénomène se reproduit par la suite, il sera utile de chercher à déterminer, s’il y a uniformité dans la direction de la trajectoire suivant laquelle chacun de ces petits corps de nature semblable, continuerait de nous arriver de temps en temps, vers la même époque de l’année.
L’ensemble des observations prouve également que les chutes des aérolitbes coïncident constamment avec
l’apparition des étoiles filantes, et par suite avec celles des aurores boréales. Les époques principales de ces chutes sont les 17 et 29 juillet et 29 novembre, ou plutôt enfin la plupart des jours du premier de ces mois (note 15).
Une pareille coïncidence entre les époques d’apparition de ces phénomènes jusqu’ici regardés comme entièrement étrangers les uns aux autres, autorise à les eonsidérer comme résultant d’une même cause, et animés des mêmes mouvements. Ainsi une première condensation de la matière nébuleuse produit cette matière lumineuse évidemment magnétique qui donne lieu aux aurores boréales. A un état supérieur de condensation, ces nébulosités ont assez de masse pour manifester des phénomènes de gravitation, en vertu desquels nous les voyons se mouvoir dans l’espace à l’état d’étoiles iilantes. De ces étoiles filantes, celles qui rencontrent la terre sont pour nous des aéroli thés. Enfin, si leur masse est sulïisamment grande, elles peuvent circuler dans les espaces planétaires sous forme de comètes ; ces astres tendent, comme nous l’avons déjà fait observer, d’une manière manifeste à prendre un cours plus régulier que celui qu’ils suivent ordinairement.
— iW — vn. Des eomèles.
, De« modifications non moins grandes que celles que nous avons remarquées dans les apparitions des aurores boréales , des étoiles filantes et des aérolithes , s’observent également dans le cours que suivent les astres chevelus, auxquels on a donné le nom de co> mètes (note 1 6 ).
Ces astres , pourvus le plus souvent d’une atmosphère très-étendue, nommée queue, circulent autour du soleil suivant des lois régulières, et se meuvent comme les planètes, à cela près que leurs orbites sont des ellipses très-allongées. Us décrivent donc des orbes plus ou moins dépendants de l’attraction des planètes, mais presque entièrement déterminés par l’attraction prépondérante du soleil. Aux premières
époques de leur formation, ces astéroïdes finissent peut-être par devenir dans le cours des siècles des astres assez analogues aux planètes, quant à leur constitution physique, La condensation des vapeurs dont elles sont formées les y ramène , et cette condensation leur fait perdre ces immenses prolongements de leurs atmosphères, ou leur queue. Les comètes qui les ont perdues sont les plus anciennes et les plus avancées, puisqu’elles ne s’en montrent privées qu’après un grand nombre de retours successifs. •
Parmi le.s comètes qui ont perdu leur queue, on
peut citer celle à courte période, qui fait sa révolution dans l’espace de 3 ans et im tiers. Son orbite actuel est si peu ancien , qu'il ne parait pas remonter au delà de 1786 (note 17).
Probablement , lorsque les molécules gazeuses qui composent les astres nouveaux seront complètement condensées, ces corps célestes disparaîtront tout à fait comme tant d’autres , dont la petitesse du noyau est telle, qu’il n’est plus possible de les apercevoir au milieu de l’immensité de l’espace.
Les comètes sont donc aux premières époques de leur formation ; par cela même , elles tendent constamment à se condenser , à s’approcher de l’état solide ; elles finissent même par être plus ou moins analogues aux autres corps planétaires.
Dans l’état où certaines comètes se présentent à nous, les plus légers nuages, qui flottent dans les couches supérieures de l’atmosphère, et qui, au coucher du soleil , semblent comme inondés de lumière , sont des corps denses et massifs comparativement à la contexture déliée et légère de ces astres. Mais, par suite de la condensation des vapeurs qui les composent, les comètes finissent par avoir vers leur centre un noyau plus dense que celui qu’elles possèdent aux premières époques de leur formation.
Celles qui sont dans ce dernier cas n’ont pas même d’apparence de noyau central ou de disque. Parmi
les comètes sans noyau apparent et qui semblent de simples masses globulaires de vapeurs légèrement condensées vers le centre, on peut citer celles de 1795, de 1797, de 1798, observées par Olbers, et la petite comète de 1804, dont la nébulosité avait environ 2,000 lieues de diamètre. Aussi aperçoit-on à travers leur portion la plus condensée la lumière des étoiles , qui n’éprouve pas dans sa marche la plus faible déviation ni le moindre affaiblissement dans son intensité. La matière de la nébulosité est si rare , si diaphane , que les lumières les moins vives peuvent la traverser dans une immense profondeur sans cesser d’être visibles.
Cette faible densité est une conséquence de la petitesse delà masse de ces astres, comparativement à leur volume , quelquefois si grand , qu’il est presque égal à celui du soleil. L’état de condensation, vers lequel tendent toutes les comètes rend leur retour souvent impossible ou du moins bien difficile à fixer; car si le rapprochement de la matière qui les compose a lieu d’une manière rapide , elles perdent la plus grande partie de leurs atmosphères et sont réduites à de très-petites masses. Elles deviennent alors à peu près invisibles avec les meilleurs instruments. On ne les retrouve plus dans l’immensité du ciel.
Ces astres portent en eux-mêmes les preuves de leur peu d’ancienneté. Ils sont distincts des planètes.
en ce qu’ils décrivent des orbites trés-aliongés et dam tous les sens indiSeremiuent. On ne saurait les coorfondre avec les aérolithes , puisqu’ils sont assujettis à des lois plus régulières, qui permettent de déter> miner leurs mouvements.
En second lieu, leur peu de densité est manifesté par leur apparence vaporeuse et la transparence de quelques-uns à la lumière des étoiles , qu’ils laissent passer, sans lui faire éprouver la moindre déviation ni la plus légère altération.
La différence des comètes aux autres astres est aussi sensible sous le rapport de leurs autres propriétés physiques. Ainsi, la nébulosité et la queue qui les accompagnent témoignent de l’immense atmosphère qui les enveloppe. Cette atmosphère se condense à chaque révolution de l’astre, vers le périhélie, et d’une révolution à l’autre , en vertu du refroidissement.
Les comètes ne diffèrent pas moins, entre elles, que des autres astres, soit stellaires, soit planétaires ; cequi fournit une preuve assez positive de l’état éminfttnmenf. transitoire où elles se trouvent actuellement, et qu’elles ne sont point parvenues à un état vraiment définitif.
Les unes ne sont qu’une nébulosité légèrement condensée vers le centre;, les autres, paraissent avoir un noyau solide. Ces, noyaux varient d’ailleurs dans le degré de leur transparence, de leur éclat et de leur opacité. Les différences relatives à leur gjipiip , à
8a forme , à sa direction , à sa longueu» et à son éclat, ne sont pas moins remarquables.
Si certains de ces astres perdent leurs queues ou la plus grande partie de leurs atmosphères, d’autres en acquiérent au contraire de nouvelles. Telles ont été les comètes de 837, 1097, 1399, 1436, 1744 et 1 823. Celles-ci ont eu deux , trois , et jusqu’à six queues différentes épanouies en éventail.
D’autres fois, les comètes semblent se partager en deux portions distinctes , par suite de l’inégalité de kt condensation de la matière nébuleuse qui les compose. Mais ce qu’il importe de faire remarquer, c’est que ces circonstances dépendent d’effets et d’actions qui régissent le globe terrestre et sont communs à ceux dont nous éprouvons l’influence.
Lorsque l’atmosphère de ces astres est composée d’un seul gaz ou de deux également dilatables, elles n’ont qu’une seule queue, et ne se partagent jamais en plusieurs. Lorsqu’au contraire leur atmosphère est formée par plusieurs gaz d’une dilatabilité dilférente, les conaètes ont plusieurs queues, etcellesi-ci se sépa-' rent souvent. Ces astres, composés de matières vaporisables à des degrés différents de températui’e , en se rapprochant du soleil, reçoivent une chaleur plus ou moins considérable. Dés lors , les vapeurs les plus dilatables doivent tendre à se séparer de celles, cpui le sont moins, à peu prés œmoie en que nous pro-
duisous par l’effet d'une température élevée sur tous les corps et particulièrement sur les gaz. En se séparant, ces vapeurs, ainsi dilatées, produisent probablement dans l’espace de nouvelles comètes qui, en s’éloignant du soleil, tendent à sc condenser, comme celles dont elles sont provenues.
Au delà de cette terre, les lois dépendantes de la pesanteur et de la température régissent donc les corps célestes comme elles déterminent ici-bas les faits d’ensemble et les faits de détail. Une pareille similitude prouve que les phénomènes célestes et terrestres sont essentiellement comparables, puisque les uns et les autres dépendent des mêmes causes et sont soumis aux mêmes conditions.
Les comètes sont évidemment des astres aux premières époques de leur formation, puisqu’elles éprouvent des modifications sensibles par une suite naturelle de leur cours. Ainsi, le 1 5 octobre 1 835 , la comète de Halley présenta dans sa nébulosité de forme circulaire , nommée chevelure , quelque peu au sud du point diamétralement opposé à la queue, un secteur compris en deux lignes sensiblement droites , dirigées vers le centre du noyau. La lumière de ce secteur surpassait notablement celle de tout le reste de la nébulosité'. Ses deux rayons limites étaient nettement définis.
Le lendemain 16, après le coucher du soleil, on
reconnut que le secteur du 1 5 avait disparu , mais sur une autre partie de la chevelure au nord. Cette fois, il s’était formé un secteur nouveau, du point diamétralement opposé à l’axe de la queue. Il méritait bien ce nom , à raison de la place qu’il occupait , de son éclat vraiment extraordinaire, de la parfaite netteté des rayons qui le terminaient, et de sa grande ouverture angulaire, dépassant 90”. Le 1 7, le secteur de la veille existait encore. Sa forme et sa direction ne paraissaient pas notablement changées; mais la lumière, beaucoup moins vive , paraissait grandement affaiblie.
Le 1 8, l’affaiblissement avait fait de nouveaux progrès. Les jours suivants , le ciel fut trop couvert pour permettre d’observer cette comète. On aperçut le 21 à 6 heures trois quarts de l’après-midi, dans la nébulosité, trois secteurs lumineux distincts. Le plus faible et le moins ouvert était situé sur le prolongement de la queue.
Le 23, il n’existait plus que des traces à peine sensibles des secteurs, et la comète avait totalement changé d’aspect. Le noyau, qui jusqu’à cette époque s’était montré si brillant, si net, si bien défini, était devenu tellement large , tellement diffus, qu’on ne croyait à la réalité d’une variation aussi grande, aussi subite, qu’après s’être assuré qu’aucune humidité ne couvrait ni l’oculaire ni l’objectif des lunettes employées dans les observations.
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— Iflî —
Ce même jour, 2.‘i octobre, la région orientale de la nébulosité, considérée en masse, n’était peut-être pas plus étendue que la région opposée ; mais elle la surpassait incontestablement en intensité.
CeS faits, observés à Paris par M. Arago, l’ont été également à Dessau par M. Schwabe. Ce dernier a même dessiné avec la plus grande exactitude les divers changements qiife la comète de Ilalley a éprouvés à ses différentes phases; M. Schwabe parait avoir encore aperçu le 26 octobre de faibles rayonnements vers le hoyau. Ënlin, d’après lui, la nébulosité généralement circulaire auèait toujours offert une dépression, un enfoncement local très-sensible dans sa partie tournée vei s le soleil.
Un sectehr semblable sous le rapport de la forme; de la position et de l’éclat à ceux qui avaient été vus à Paris, les 15, 16, 17 et 18 Octobre, fut observé en Irlande, le 19, par M. Cooper. M. Amici, de Florence, s’assura de plus que le 13 octobre (Jour où la comète ne put être observée ni à Paris ni à Dessau) cet astre répandait six rayons lumineux très-vifs, partant, en divergeant du noyau, et s’étendant à des distances inégaleé dans la nébulosité; mais, chose singulière, les jours suivants ce phénoménë avait complètement disparu.
Des changements non moins remarquables ont eu lieu de tout temps , relativement à la formé et aux
ciïSpositions 'de ia comète 'de flalley. Ils ont été si marqués, que l’on s’est demandé si ces chauigements n’étaient pas un caractère distinctif de- cot astre. Il . paraît pourtant certainique si'leSG août 1759 le noyau ressemblait à une étoile de seceodeigrandeur, il était à'peine discernable 'le 11 septembre suivant , tant la comète était diffuse d’après l’assertion de la Hire.
Toutes 'les observations feites depuis d305 jusqu’en 1835 prouventégalementcombien ont été nombreux les changements et les modifications que <%tte comète a subis. Mais, en suivant avec .soin .toutes les* circonstances de son apparition,' il n’en est aucune de laquelle on puisse induire qu’elle *se >soit affaiblie. Il résulterait plutôt -de d’ensemble des observations dont elle a été l’objet, et'particuliéreiaeBtdes deux passages de 175fi et '1835, q«e cet astre aunait^randi dans l’intervalle.
'Les secteurs, dont la manifesta ticm et la destruction ont lieu d’une manière aussi'subite que> le renouvellement, ont une si grando étendue , qu’ils n’ocoupent pas' moins de deux' cent mille lieues dans l’espaeç. 'D’après cette circonstance remarquable, et celle que jamais aucune' comète ne s’est présentée i avec une phase évidente,^ ces astres doivent être- aux premières époques de leur formation. • Usi ne> sont donci pas , comme les planètes,' éternels, dans les Cormes' et les dispositions sous lesquelles ils se présentent à. nous.
C’est seulement après un grand nombre de révolutions successives autour du soleil, que leurs nébulosités sont assez condensées pour circuler dans l’espace avec un noyau solide, analogue à celui qui compose les planètes du système solaire.
Il ne faut pas croire que les anomalies et les variations dont nous venons de rendre compte soient uni- ' quement propres à la comète de Halley. Elles sont au contraire communes à la totalité de ces astres. Aussi n’est-il pas impossible qu’il se manifeste dans leur noyau, et dans la totalité ou dans quelques parties de la chevelure et de la queue, des changements d’intensité presque subits.
Sans rappeler ces apparitions et ces disparitions successives des secteurs, lumineux dont nous avons déjà parlé, il suffit de considérer que, le 1 8 novembre , le ciel étant de la plus grande pureté , la longueur de la queue de la comète ne semblait plus guère que la moitié de ce qu’on l’avait trouvée le 16 par des circonstances moins favorables. L’astre, comparé dans son ensemble à ce qu’il avait été la veille, avait éprouvé un affaiblissement extrême. Cependant dans l’intervalle la comète s’était rapprochée du soleil, en sorte que, loin de diminuer d’éclat, sa splendeur aurait dû au contraire s’augmenter , puisqu’une grande partie de la lumière de ces astres leur vient du soleil.
On se demande enfin si ce n’est pas plutôt à des changements réels, plutôt qu’à la conséquence de l’interposition de quelques vapeurs atmosphériques entre l’astre et l’œil de l’observateur qu’il faut attribuer les variations remarquées chez le plus grand nombre des comètes. Ainsi, d’après Kepler, la queue de celle de 1607, d’abord fort courte, devint longue en un clin d’œil. Vendelin, Sendelius, le P. Cysat ont également assuré avoir aperçu sur les bords de la queue de la comète de 1618 des ondulations telles qu’on aurait pu les croire agitées par les vents.
D’un autre côté , Pingré affirme qu’étant en mer, près des Canaries, il vit distinctement dans la longue queue de la comète de 1 769 des ondulations semblables à celles que les aurores boréales présentent. Certaines de ces étoiles, qui paraissaient décidément renfermées dans la largeur de la queue , en étaient peu de temps après sensiblement éloignées. Comment ne pas admettre, d’après ce que l’on a reconnu lors de la dernière apparition de la comète de Halley, que ces circonstances dans les variations éprouvées par ces astres, sont bien réelles et ne dépendent nullement de l’interposition de l’atmosphère terrestre?
Il est dans l’observation de Pingré un fait bien important, surtout s’il venait à se généraliser ; c’est celui des ondulations qu’il a remarquées dans la comète de 1769 et qu’il a comparées à celles des aurores bo-
réales. Ce sovait une liaison de plus entre deux ordres de phénomènes qui' paraissent avoir tant de rapports.
D’un autre côté, les variations extraordinaires qu’a éprouvées dans ses dimensions la nébulosité à courte période, lors de son apparition en 1 829, son{ telles que dans un intervalle de deux mois sou diamètre apparent a été réduit au vingtième. Le vrai a été restreint au vingt - cinquième, et son volume au TTffj. Une aussi étonnante diminution dans un si faible intervalle de temps a suggéré à M. Valz l’idée de rechercher par le secours de l’analyse quelles seraient les modifications que pourrait faire subir à une pareille nébulosité l’interposition d’un fluide éthéré qui ne la pénétrerait pas.
Il résulte de cette comparaison entre le calcul et l’expérience une admirable concordance avec les six observations qu’il a été possible à ce physicien de réunir. Deux d’entre elles ont sufti pour déterminer le rapport suivant des densités de l’éther D et 0' aux distances r et r' du .soleil.
Les observations extraordinaires qui ont conduit à un résultat aussi remarquable ne sont pas du reste les seules de ce genre. Elles sont confirmées par les recherches d’Hevelius sur la comète de
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1652 et par celles du P, jCysat spr cp)le de 1619.
On peut juger de l’accord ds la ppécédepte théppje ^vec des observations quj lui sont antérjeures (Je depx siècles, en comparant le^ donnéps déduitçs du calcul théorique avec les obseryations de la jderniére cpipète de 1618 faites par le F. Cy^at à Ingolstadt. Le rapport qui existe à cet égard est d*autant plus djgnp <J’at~ tention, que ce? obsepyatiou? opt éf-è faites à Pfie époque où venait d’inventer les jupettes, flont le premier emploi ne pompprtait saps doute pncpre que de grossières approxjipatiops de leprs nébulosités. En voici le tableau :
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D’après ce tableau , la plus grande différence entre les nébuleuses observées et Ips nébuleuses calculées ne s’élève pas à ejle est si faibje, qu’op est sur-
pris qu’un observateur de cette époque se soit si fort rapproché de la vérité. En 1 652 , avant même l’invention du premier micromètre, Ilevelius, plus habile astronome, n’oflre dans ses observations que des difl'érences bien plus légères , puisqu’elles ne sont que d’une minute. Ces différences sont analogues à celles qu’on ne peut éviter avec des nébulosités aussi peu favorables à des mesures rigoureuses.
Du reste, les conclusions qu’IIevelius a tirées de ses calculs (livre vi de la Cosmographie), quoique sujettes à quelques rectifications, pourraient déjà faire soupçonner l’existence d’un fluide étbéré disséminé dans l’immensité des espaces. L’interposition d’un pareil fluide entre les corps célestes, démontrée aussi bien par la théorie que par l’expérience, on a cherché à expliquer par ce moyen la formation des queues des comètes. .
On peut concevoir, en effet, que l’accroissement de température qu’acquièrent ces corps célestes en se rapprochant du soleil volatilise les parties solides qui en sont susceptibles. Si les vapeurs produites se trouvent d’une densité moindre epie celles de l’éther, elles s’échapperont dans la direction opposée au soleil, et produiront par leur écoulement continu l’apparence que présentent les queues des comètes.
Cette hypothèse se vérifie assez bien par l’analyse, et les résultats du calcul se rapprochent autant qu’il
est possible de l’espérer, des déterminations fournies par l’observation. Celle-ci nous apprend que les queues des astres cométaires ont une si faible densité et une si grande diaphanéité, qu’elles laissent apercevoir à travers leur grande étendue de fort petites étoiles , et ne donnent aucune trace sensible de réfraction. Cette circonstance doit bannir toute e.spèce d’appréhension sur les résultats fâcheux de leur rencontre et de leur mélange avec notre atmosphère, dans laquelle elles ne sauraient pénétrer profondément ni même parvenir à l’état gazeux.
Avant le passage au périhélie d’une comète parabolique, la direction de l’émission des vapeurs, opposée en partie à celle du mouvement de progression antérieur, rend généralement leur vitesse moindre que celle de la comète, ce qui lui faitdécrire des ellipses jtandisqu’après la même époque, la résultante étant au contraire plus grande, il s’ensuit des hyperboles. Les queues ne pouvant plus ainsi revenir vers la comète qui les' a produites, et s’en éloignant au contraire de plus en plus, donnent naissance à de nouveaux corps cosmiques, en se concentrant partiellement dans l’espace.
Les plus considérables pourraient parvenir ainsi à produire de nouvelles petites comètes, qui seraient alors elliptiques et selon l’occurrence à courte période, comme celles qu’on a déjà reconnues depuis la petite ellipse désespérée de 1770. Lorsque l’exiguïté de ces
nouveaux corps les rend imperceptibles dans l’espace, ils forment pour lors les aurores boréales, les étoiles filantes , les aérolitbes , les bolides et tous ces astéroïdes divers dont la cbute a été constatée stir le globe, du moins pour certains, depuis que ces corps ont fixé l’attention des physiciens.
Ainsi s’explique assez naturellement la formation des petites comètes à courte période que l’on voit se multiplier de nos jours, et qui paraissent être les moins importantes par l’exiguïté de leurs masses.
On peut citer, entre autres, celle de cinq ans et demi, dont la grande proximité en 1770 prouva qu’elle n’était pas même de la terre; celle de 3 ans ÿ, qui laissa apercevoir des étoiles de la 1 0' et de la 1 1 '' grandeur à travers sa partie centrale, et enfin celle de 6 ans ÿ, Il y en a sans doute bien d’autres que leur petitesse ne laisse entrevoir que dans des circonstances favorables, et dont on n’a pas pu par cela même reconnaitre encore la périodicité.
Il parait qu’à chaque nouvelle apparition d’une même comète, elle perd toujours plus de matières volatilisées, et que sa queue doit progressivement diminuer d’étendue et se former toujours plus tard. Ainsi en 1 45ü , la comète d’IIalley étala une queue de G0'“, la plus étendue qu’on ait vue depuis lors. Elle parait même avom eu une queue anomale dirigée vers le soleil et qui n’a plus reparu. En 1607, Kepler
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et Longomontanus distinguèrent à la vue simple la queue de la même comète, l’un à Copenhague et l’autre à‘ Prague, trente jours avant sup passage au périhélie. Auparavant et en Messier n’avait pu reconnaître au télescope aucune trace de queue à cette comète, vingt-six jours seulement avant cette époque. Ces décroissements indiquent -peut-être que l’orbite actuel est d’une assez faible antiquité, ou que le petit nombre de retours n’a pas encore permis une plus grande fixité dans l’état de ces astres. r -
D’autres faits semblent également annoncer i que les comètes sont des corps célestes aux premières époques de leur formation. Un assez grand nombre d’entre elles paraissent être sans aucune trace de noyau. Elles sont pour lors uniquement composées de vapeurs excessivement déliées et subtiles. Mais les comètes chez lesquelles il existe un noyau dans leur centre offrent les parties de la nébulosité qui eu sont voisines ordinairement peu lumineuses, rares et parfaitement diaphanes.
A quelque distance du centre, leur propriété éclairante éprouve un accroissement subit ; à partir de ce point, on aperçoit un anneau lumineux plus ou moins large, qui semble ainsi comme suspendu autour du second d’entre *eux. Quelquefois on en a reconnu deux et même jusqu’à trois concentriques séparés par des intervalles dans toute l’étendue desquels ja lu-
mière était à peine sensible. Il est aisé de concevoir que cet anneau circulaire en projection doit en réalité être une enveloppe sphérique.
S’il y a des comètes sans noyaux, il en est d’autres, au contraire, qui en possèdent d’assez semblables aux planètes par la forme et l’éclat. Ils sont généralement très-petits, quoiqu’il n’en soit pas tou jours ainsi. Le diamètre du noyau de la comète de 1 798 avait en effet onze lieues, et celui de la comète du mois de décembre de 1805 en avait jusqu’à douze. Les comètes de 1807 et de 1811 offraient des noyaux de dimensions bien autrement considérables ; celui de la première était de 222 lieues, tandis que le noyau de la seconde s’étendait jusqu’à 1089 lieues.
Aux yeux de certains astronomes, les noyaux cométaires, ceux-là mêmes qui par la vivacité de leur lumière ressemblent le plus aux planètes, jouissent d’une complète diaphanéité. Les comètes seraient donc toujours de simples amas de vapeurs.
Cette opinion est évidemment trop absolue ; car s’il est certain qu’il existe des comètes sans noyau, et qui dans toute leur étendue sont de simples agglomérations d’une matière gazeuse, ayant presque le même éclat, il en est une foule d’autres qui offrent un noyau central plus ou moins solide ; un degré de concentration de ces vapeurs plus avancé donne souvent naissance, dans le centre de la nébulosité, à un
noyau remarquable par la vivacité de sa lumière.
A une époque plus avancée dans la condensation, le liquide suflisamment refroidi s’enveloppe d’une croûte solide, et peu à peu toute transparence du noyau tend à cesser. Alors son interposition entre nous et une étoile produit une éclipse tout aussi réelle, tout aussi complète, que celles qui résultent journellement des déplacements de la lune et des planètes.
Il existe donc des comètes à noyau solide; il est même d’observation que ces astres ne sont pas façonnés sur un modèle uniforme. En effet, certaines comètes se montrent sans noyau ; d’autres ont un noyau peut-être diaphane, et plusieurs en offrent de tout aussi brillant que celui des planètes dont le centre est probablement solide et opaque. Ces circonstances semblent annoncer que toutes les comètes ne sont pas arrivées au même état de condensation. Sans doute elles tendent à y parvenir , et il est probable que toutes l’atteindront. Mais, d’après les phases diverses par lesquelles les comètes doivent passer pour arriver à un degré de condensation analogue à celui des planètes, ces astres sont loin de pouvoir être considérés comme des corps célestes et totalement terminés.
Cette conséquence résulte encore des grandes différences que les comètes offrent entre elles sous le rapport de la longue traînée lumineuse dont elles sont
souvent accompagnées, et à laquelle on a donné le nom de queue.
Ordinairement la portion très-éelairée, ou la queue, est placée derrière la comète à l’opposite du soleil ; ma*s la ligne qui joint les deux autres ne se confond presque jamais exactement avec l’axe de la queue. QueUiuefois le défaut de coïncidence est considérable; il arrive même que ces deux lignes forment un angle droit.
Des différences non moins grandes s’observent dans l’étendue occupée par les queues des comètes. En général, elles remplissent des espaces immenses. Ces astres, mesurés quant à leurs dimensions angulaires, ont donné povir leur longueur, d’abord la plus petite comète, ou celle de 181 1 , 23°; celle de 1G69, 63“; celle de 1080, 90"; celle de 1TG9, 97“ ; et enfin la comète de 1G18, 10V. Quant à l’étendue des matières nébuleuses qui composaient les astres cométaires de 1G80, de 17G9 et de 1G18, elle était si considérable qu’elle pouvait atteindre l’horizon et se coucher, tandis qu’une portion de leur queue était encore au zénith.
Enfin, ces astres différent tellement les uns des autres sous le rapport de l’étendue de nébulosités qui les accompagnent, que tandis que la plupart ont des queues soit simples soit multiples, il en est cependant où l’on ne saurait en découvrir. Telle est, par exemple, la comète à courte -période, où l’on n’a
jamais vu de queue proprement dite. Si do^c certains de ces corps célestes n’ont pas de queue sensible, plusieurs paraissent également sans noyau apparent. On n’en voit point de dépourvue de cette espèce de nébulosité ou brouillard nommé chevelure par les anciens.
L’amas de nébulosités nommé queue est dans certaines circonstances perpendiculaire à la ligue menée du soleil au noyau; mais souvent ejle ♦ffre une courbure très-considérable. Ces queues, ordinairement simples, s’étendent dans certains de ces astres à tel point, qu’on en observe jusqu’à six à la fois. On voit pour lors ces traînées lumineuses naître et s’évanouir en très-peu de jours ; elles forment entre elles de si grands angles, dans certaines positions particulières de la terre, que la comète de 1813 parut avoir, pendant plusieurs jours, une queue dirigée vers le soleil et une queue tournée à l’opposite.
D’un autre côté, on a des indices, dans des queues multiples, d’un mouvement de rotation très-rapide et qui devrait amener en peu de temps leur entière dispersion dans l'espace. Enfin les anomalies sont si grandes à cet égard que, malgré toutes les présomptions, certaines comètes, dont la nébulosité semble extrêmement légère, n’offrent cependant aucune apparence de queue. Quoique probablement la résistance de l’éther soit pour beaucoup dans la plupart
de ces phénomènes, il n’en résiille pas moins que des différences très-considérables se manifestent chez les corps célestes qui les présentent.
Nous ne devons pas passer sous silence que, d’après Herschel, le noyau solide de la comète découverte en 1807 par M. Pigoli brillait d’une lumière propre. De très-petites étoiles lui parurent s’affaiblir beaucoup lorsqu’on les voyait à travers la chevelure ou à travers la qtieue de la comète.
Néanmoins sur les seize comètes télescopiques que cet astronome distingué observa avec ses grandes lunettes, quatorze n’avaient aucun corps solide visible à leur centre. Les deux autres avaient une lumière centrale très -mal terminée, qu’on pouvait bien appeler un noyau; mais assurément cette lumière ne méritait pas le nom de disque.
En comparant attentivement la comète de 1807 et la belle comète de 1811, sous le point de vue des changements de distance du soleil et des modifications physiques qui en sont la conséquence, Herschel a mis hors de doute que ces modifications ont quelque chose d’individuel, de relatif à un état spécial de la matière nébuleuse. En effet, sur tel astre, les changements de distapce produisent d’énormes effets ; sur tel autre, au contraire, les modifications sont insignifiantes ; il lui parait donc que les comètes sont loin d’être arrivées à un état fixe et stable, et qu’elles
ont bien des phases à subir avant d’y être parvenues.
En résumé, parmi cette multitude d’astres de nature, d’éclat et de formes diverses, que le (irmaracnt offre à nos regards, si les uns sont tout à fait achevés, il en est une foule d’autres qui sont loin de l’être. Les faits rapportés ci-dessus nous autorisent à comprendre dans la même catégorie, non-seulement les comètes, mais encore les aurores boréales, les étoiles filantes et les aérolithes.
Il parait certain que les intervalles des retours des comètes au périhélie ne sont pas constamment les mêmes. Celui de 1531 à 1607 a été plus long de trois mois que celui de 1607 à 1682, et celui-ci a été de dix-huit mois plus court que le retour de 1682 à 1750. Les mouvements des astres cométaires sont donc sujets à être troublés, comme ceux des planètes, et d’une manière encore plus sensible.
La comète de 1770 offre un exemple frappant de ces inégalités. Comme elle fut longtemps visible, on fit sur sa marche un grand nombre d’observations ; mais il fut impossible de les représenter par une parabole. Lexell trouva que l’on ne pouvait y satisfaire que par une ellipse, dans laquelle la durée de la révolution serait de cinq ans et demi. La plus légère différence dans cette durée supposerait des erreurs trop fortes pour être admises ; cependant on n’a jamais revu cette comète. Burkardt, ayant refait ces
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calculs avec un soin extrême, est parvenu à peu prés aux mêmes résultats que Lexell. 11 n’y a donc aucun doute que l’orbite de cette comète n’ait été changé depuis 1770, circonstance qui s’accorde avec celles que nous avons déjà fait'connaitre.
La comète de Bremiker, qui a été récemment l’objet d’observations suivies, a confirmé ces résultats. "Sa petitesse est telle, qu’on n’a pu l’apercevoir qu’à l’aide des plus forts télescopes. Le noyau égalait à peu près une étoile de dixième'ou de onzième grandeur ; il était entouré par une nébulosité qui tranchait tout à coup ^sur son fond. Lorsqu’on employait des grossissements de 63 à G5 , cette distinction devenait très-évidente; on s’est servi de ce dernier grossissement les premiers jours où l’on a observé la comète.
Le noyau de cet astre a été visible les 14, 16, 19 et 24 du mois de novembre 1 840 ; seulement le 1 9 du même mois , il parut plus excentrique vers le nord. Du 3 au 22 décembre, il y eut une série de nuits pendant lesquelles les nuages empêchèrent de l’apercevoir. Dans cet intervalle, son diamètre devait être devenu plus étendu et plus brillant, puisqu’on put Fobserver lorsque les étoiles de quatrième grandeur étaient à peine visibles à l’œil nu. Cet astre fut aperçu pour la première fois le 29 décembre ; son noyau ressemblait tout à fait à une étoile, et la né-
bulosité paramsait plus épaisse et plus étendue.' On évalua la grandeur du diamètre à une minute un quart ; mais la comète n’avait plus aucune apparence de queue.
Les changements divers qui s’opèrent dans tous les astéroïdes disséminés dans le système de l’univers, ou du moins dans le système solaire, sont donc des faits constants et acquis à la science. L’état de condensation vers lequel tendent tous les corps célestes produit probablement les modilications qu’ils éprouvent ; en même temps il rend leur retour didicile et souvent impossible à fixer. Si le rapprochement de la matière qui les compose a lieu d’une manière rapide , les astéroïdes perdent la plus grande partie de leurs atmosphères et sont réduits à de très-petites masses. Ils deviennent alors à peu pi'ès invisibles avec les meilleurs instruments, et l’on ne peut plus les retrouver dans l'immensité du ciel (note 1 8 ).
Ces circonstances se manifestent particulièrement chez les comètes. Leurs variations sont si giandes que leurs différences les éloignent autant les unes des autres que des corps célestes avec lesquels on voudrait les comparer. Il est dilKcile de ne point supposer que ces variations tiennent à l’état éminemment transitoire où elles se trouvent actuellement. Certaines sont uniquement des nébulosités légèrement
condensées vers le centre, tandis que les autres paraissent avoir un noyau solide ; ces noyaux varient d’ailleurs dans le degré de leur transparence, de leur éclat et de leur opacité. Les différences relatives à leur queue, à sa forme, à sa direction , à sa longueur et à son éclat, ne sont pas moins remarquables.
Un phénomène des plus importants pour l’objet qui nous occupe, c’est qu’une même comète peut éprouver les différences les plus grandes relativement aux circonstances que nous venons d’énumérer ; car, sans parler des perturbations qu’elle ressent dans sa marche, on la voit à des intervalles très-rapprochés changer complètement de forme et d’éclat. Telle a été surtout la comète de Halley dans ses deux derniers passages. En effet, elle a varié de forme et d’aspect presque d’un jour à l’autre, ainsi qu’il est résulté de toutes les observations dont elle a été l’objet.
Ces faits nous montrent que les comètes, comme les autres corps célestes dont nous avons décrit les phases, sont encore aux premières périodes de leur formation, ce qui justifie la théorie que nous en avons donnée.
Les divers phénomènes célestes appelés aurores boréales, étoiles filantes, aérolithes ou comètes, ont donc entre eux des analogies évidentes. Aussi un grand nombre d’étoiles filantes sillonnent le ciel dans la région qu’occupent les aurores boréales. Dés lors
il est probable que les unes et les autres proviennent d’une source commune, et dépendent de la même cause. Cette hypothèse est d’autant plus admissible, que les retours annuels des météores lumineux ou des étoiles niantes ne sont pas bornés à cet ordre de phénomènes. Ils paraissent communs aux aurores boréales, dont les apparitions sont également périodiques.
Des retours aussi constants et aussi remarquables ne peuvent être ramei\^s par une cause purement fortuite. Cette périodicité dépend probablement de ce que les aurores boréales, comme les étoiles filantes, tendent à être soumises à des retours fixes et réguliers. Ceci est surtout évident pour les comètes, astres plus avancés que ne le sont les autres astéroïdes aux premières époques de leur formation.
Sans doute la vraie nature des phénomènes que nous venons d’étudier est encore imparfaitement connue; mais nous devons espérer que les astronomes, livrés maintenant à leur observation, nous mettront à même de mieux l’apprécier, et de remonter sans incertitude jusqu’à leur cause première. Mais, dans l’état actuel de la science, l’hypothèse qui, à raison de la liaison et de la périodicité de tous ces astres nouveaux, les rattache à une même origine^ est la seule vraisemblable; elle a aussi l’avantagé d’Â're plus conforme à l’unité du plan suivi par la nature dans toutes ses œuvres.
11 résulte donc de l’ensemble de ces faits :
1° Que dans l’espace planétaire. il y a des bandes ou des courants de matières nébuleus(;s plus ou moins subtiles et déliées dans un état de magnétisme plus ou moins prononcé, bandes que la terre traverse succeasivementdans les différents jours de l’année, pendantsa révolution périodique ;
2 ° Que les plus impalpables, pour ainsi dire, de ces particules se précipitent sur les pôles magnétiques de notre globe, et occasionnent les aurores boréales ;
3“ Que les parties moins ténues et moins petites (dans lesquelles, indépendamment des forces magnétiques, les effets de la gravitation universelle commencent à se manifester) sont attirées par la terre, et se montrent sous forme d’étoiles filantes ;
4® Que ces mêmes parties dans un état plus avancé donnent lieu de la même manière à des apparitions plus éclatantes, connues sous les noms de globes de feu , de météorites ignés , et enfin d’aérolithes. Ceux-ci, en raison de leur plus grande masse , parviennent, sans se consumer et sans se réduire pour ainsi dire en cendres, jusqu’à de très-petites distances de la surface de la terre ; mais alors ils éclatent presque toujours par accumulation d'électricité et de chaleur, peut-être pour prévenir un choc trop rude contre la partie solide de la terre ;
5° Que les comètes, dont la masse est généralement
très-petite, sont néanmoins les plus gros de ces aérolithes. Elles sont de véritables uranolithes qui , échappant à l’attraction des planètes , ont eu assez de temps pour suivre dans l’espace planétaire leur cours indépendant, et recruter assez de matière pour être vues de la terre;
6“ Que les états divers dans lesquels ces astres se présentent à nous, les phases, les modifications qu’ils subissent dans leurs cours , annoncent qu’ils sont aux premières périodes de leur formation ; dès lors, il est rationnel de les considérer comme des astres nouveaux qui , comme les autres corps célestes , tendent à prendre un état fixe et stable , pareil à celui qu’ont acquis les planètes du système solaire.
En effet, les comètes passeront peut-être un jour à l’état de planète , en ce qui concerne l’excentricité et l’inclinaison de leur orbite. Il suffit , pour la confirmation de la théorie que nous venons de proposer, que ces astres tendent à se rapprocher de ces corps sous le rapport de leur état physique, c’est-à-dire qu’ils tendent à acquérir un noyau solide et à perdre leur enveloppe nébuleuse. Or, ce fait ne saurait être contesté.
D’un autre côté, on ne doit pas perdre de vue que les comètes , ainsi que l’a présumé Laplace, paraissent d’origine étrangère an monde que nous hahitons.^'Aussi les comètes y sont entraînées à peu près
par hasard , cédant à l’action prépondérante du soleil dont elles s’étaient trop approchées. Dés lors il n’est point étonnant que leur orbite diffère en inclinaison et en excentricité des orbites planétaires.
Enfin, parmi les faits qui tendent à confirmer l’hypothèse de Laplace et d’IIerschel sur la formation de la lumière, on peut citer particulièrement l’existence de l’anneau de Saturne. Parmi les théories qui ont été successivement imaginées pour rendre compte de sa formation , aucune n’a encore expliqué la cause qui l’a produit. La théorie de Laplace est la seule qui nous la fasse concevoir d’une manière assez probable , et qui jierraette d’en déduire des conséquences remarquables.
D’après ce grand géomètre, l’atmosphère nébuleuse du soleil s’est successivement condensée par zones de vapeurs; ces zones ont circulé autour de cet astre. Par l’effet du refroidissement et de la condensation, ces amas de vapeurs se sont divisés et ont formé un certain nombre de noyaux solides. Ces noyaux ont circulé tous ensemble autour du soleil, et ont été enveloppés par une atmosphère nébuleuse.
Cette atmosphère en se refroidissant a pris la forme de cercles concentriques à chacune de ces planètes. Or, l’existence de ces anneaux est invisiblement prouvée, puisqu’il en existe encore dans l’un des astres du système solaire. D’un autre côté , d’après les ol>
servations récentes des jésuites de Rome , l’anneau de Saturne est composé de sept cercles concentriques, qui dépendent probablement des condensations successives dont nous venons de parler.
On pourrait' se demander pourquoi il n’en reste plus maintenant qu’un seul. Pour le concevoir, il suffit de remarquer qu’un anneau aussi grand ne pouvait être composé de parties réguliéta^ÿit dispo* sées et de substances également dilatablei^ar suite de l’absence de cette condition , il s’est séparé en plusieurs fractions qui ont continué à circuler séparément autour du soleil. La plus grande de ces fractions a pu réunir à elle toutes les autres par son attraction, de sorte qu’au lieu d’un anneau on a eu une seule masse qui, en vertu de son mouvement et des lois de l’équilibre des liquides, a dû prendre la forme d’un ellipsoïde aplati aux pôles.
Mais, lorsque ces fractions se sont trouvées trèspeu inégales , elles ont formé de petites planètes distinctes animées de vitesses différentes. C’est dans cette dernière classe que paraissent rentrer les quatre planètes télescopiques de notre système, et auxquelles on a donné les noms de Vesta,de Junon,de Gérés et de Pallas.
Lors même que la portion connue généralement sous le nom d’anneau de Saturne ne serait point formée ou composée par de véritables cercles concentri-
ques, mais serait au contraire de petits corps ou des astéroïdes rangés autour de la planète, ainsi que le présume M. Chasles, cette circonstance ne contrarierait nullement rhypolhèsê que nous avons adoptée et que semblent confirmer tous les faits.
Diaprés les observations dont nous venons de rapporter les principaux, résultats , il est presque démontré que h*s espaces célestes sont remplis par un milién exoèss'ivement rare et subtil, surtout lorsqu’on le compare avec les milieux que nous connaissons. Il est néanmoins impénétrable, et présente une densité et une résistance sensible , quoique peu considérable.
Un pareil milieu élastique et soumis à l’attraction doit se condenser autour des corps célestes, suivant les mêmes lois que l’atmosphère autour de la terre. Il doit en résulter encore une condensation croissante de la nébulosité des comètes, à mesure qu’elles s’approchent du soleil. Cette condensation est analogue à celle qu’éprouve un ballon dans l’atmosphère. Or les lois de diminution du diamètre apparent de l’astre ont été calculées d’après ces diverses hypothèses par M. Valz ; elles ont été comparées à la comète de 1 786, et ont fixé son retour en octobre 1829; elles ont donc concordé avec les résultats des observations de cet astronome surcederniercorps. 11 en a étédemêmedes
comètes de 1618 et de 1652, dont les observations ont été conservéeff.
Ces faits curieux conûrment l’heureuse hypothèse de l’astronome Encke , qui le premier avait expliqué par la résistance de l’éther le retard de trois heures éprouvé successivement par la comète de 1 786. Ils sont une preuve irrécusable de l’existence du milieu éthéré. C’est sur eux que M. Vak s’est appuyé pour fixer la densité de l’éther à 0""", 00029. Cette hypothèse donne d’ailleurs une explication aussi simple que naturelle de la queue des comètes.
L’existence de la matière éthérée une fois admise, nous avons été comme forcés d’apprécier l’hypothèse cosmogonique de Laplace, qui en est une conséquence toute naturelle. Ainsi, puisque l’éther, analogue aux corps que nous connaissons, a une densité, une élasticité propre, il doit aussi avoir une certaine température ; car il est difficile de concevoir un corps dépourvu de toute espèce de calorique. Mais, si l’éther a une chaleur propre, elle doit diminuer par l’effet du rayonnement; cette diminution de température doit avoir nécessairement pour effet une condensation progressive et continue de l’éther.
Si nous nous reportons par la pensée aux premiers âges de la création, nous voyons cet éther se condenser d'abord vers un centre unique, former une immense atmosphère autour d’un noyau solidifié. Par l’effet du
refroidissement, l’atmosphère se contracte, la vitesse de rotation s’accélère, et l’accroissement de la force centrifuge limite cette même atmosphère. Des zones gazeuses abandonnent successivement le noyau central, sans cesser zl’opérer leur révolution autour de lui ; elles finissent enfin, par de nouvelles condensations, à former les planètes et leurs satellites.
Si nous réfléchissons sur cette théorie, nous sommes conduits à reconnaître que ce qui s’est passé jadis pour le système solaire doit continuer à se passer tous les jours, tant qu’il existera dans l’espace un milieu susceptible de se refroidir et de se condenser. On peut donc conclure avec probabilité qu’il se forme aujourd’hui, comme autrefois, de nouveaux corps célestes, de nouveaux systèmes analogues à celui dont nous faisons partie. Les faits sont entièrement d’accord avec ces idées théoriques, et nous allons les résumer afin de les rendre plus présents à l’esprit.
Il existe dans les nébuleuses des masses immenses de matière soit gazeuse, soit liquide, soit même certaines qui commencent à se solidifier, autant qu’on peut en juger par les variations de leur éclat j ces masses sont les matériaux des mondes nouveaux. Leur forme, leur splendeur éprouvent des changements non moins nombreux que leur étendue ; ces changements indiquent un état de fluctuation dans la matière qui les compose, et qui ne peut se rapporter
qu’à des astres aux premières périodes de leur formation. ^
C’est aussi à la condensation plus ou moins avancée de cette matière nébuleuse que nous avons rapporté la cause des principaux phénomènes sur lesquels nous avons fixé l’attention. Nous allons seulement dans ce résumé constater les rapports intimes qui existent entre eux.
D’abord la position des aurores boréales par rapport au méridien magnétique prouve les propriétés éminemment électriques de la matière qui donne lieu à ce phénomène. Il en est de même de l'influence si grande et si constante tout à la fois qu’elles exercent sur l’aiguille aimantée, même dans les lieux où elles ne sont point aperçues.
Mais le point le plus important de ce phénomène, c’est l’époque de son apparition ; car, si l’on peut citer des aurores boréales dans les divers mois de l’année , on peut cependant affirmer qu’elles ne sont jamais plus fréquentes qu’aux deux époques du retour périodique des étoiles filantes, c’est-à-dire vers le milieu d’octobre. Cette époque est celle où régulièrement chaque année on constate un très-grand nombre d’aurores boréales, ce qui prouve qu’il y a réellement une loi de périodicité dans ce phénomène. Si cette périodicité se trouve quelquefois en défaut, il n’en faut accuser que le peu de densité de ces va-
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peurs nébuleuses, qui les rend sujetles à un très-grand nombre de perturbations. Quoi qu’il en soit, il suffit d’avoir constaté la relation des aurores boréales avec les étoiles filantes , pour être certain que les unes et les autres sont soumises aux mêmes lois et dépendent probablement de la même cause.
L’observation attentive des étoiles filantes prouve que ces astres traversent le ciel dans toutes les directious. Leur grosseur et leur éclat sont très-variables, et leur distance à la terre est tout à fait inconnue. Très-rares à certaines époques, elles se monti'ent tellement communes à d’autres à peu prés fixes, que l’on est naturellement conduit à admettre qu’elles forment des groupes ou courants qui viennent rencontrer l’écliptique à des époques déterminées.
Les nombreuses recherches dirigées récemment sur ces astéroïdes annoncent que leurs principales apparitions ont lieu vers le \ 0 août et le 13 novembre. Nous admettrons donc, avec MM. Hermann et Chasles, l’existence de deux courants placés sur l’écliptique, vers 316° à 318° et 50° .à 51° de longitude. Leur conjonction avec la terre est prouvée par l’extinction notable des rayons solaires , et même quelquefois par un obscurcissement sensible du soleil. Elle a, du reste, constamment coïncidé avec une diminution de ses effets thermométriques, particulièrement le 1 2 mai, époque de l’une de ces oonjmictioos.
Les observations anciennes s’accordent panfaitt'-ment avec cette hypothèse, comme on peut le voir dans les tableaux de MM. Hermann et Chasles. Les recherches récentes de M. liiot üls sur les étoiles Filantes observées en Chine leur prêtent également leur appui ; car, évidemment, elles n’ont pas été faites par suite d’idées préconçues et dans l’intérêt d’un système. Quant au mouvement de translation (|ue paraisseï t avoir sur l’écliptique les dowx courants d’étoiles (Hantes, en vertu des observations cidessus mentionnées, les hypothèses des physicivns que nous venons de citer ne sauraient encorg être appréciées à leur juste valeur, vu le défaut de recheiv ches à cet égard.
ü’un autre côté, l’absence d’étoiles Ulantes en novembre de l’an 528 à l’année 1123, et à l’invqrse leur périodicité vers les mois de février et mars, dans le même intervalle, font supposer à iM. Chasles que le courant d’astéroïdes qui produisait alors ces phénomènes est le même dont l’action opère les phénomènes actuels du 18 novembre. Seulement, dans ces 1300 ans, le retaid de leurs apparitions a été de neuf mois ; ce qui ferait environ un mois pour 125 années.
M. Hermann pense que de 845 à l’époque actuelle le retard n’a été que de deux mois environ, parce qu’il admet une vitesse de rétrogradation bien
différeate. D’après cette vitesse, les phénomènes rapportés par les chroniques, pour le viii* ou le ix* siècle, pendant les mois de février et de mars, étaient dus à la même cause qui produit de nos jours un abaissement notable de température vers le 1 2 mai.
Sans doute, il est difficile aujourd’hui de se décider entre ces deux opinions ; mais l’une et l’autre n’en prouvent pas moins que ces astres varient singulièrement “ïlans leur marche et dans leurs retours. Dès lors, leur cours est loin d’être soumis à des lois fixes et régulières ; son irrégularité annonce que les astres qui la présentent doivent être aux premiers âges de leur formation. Quant à la distance des étoiles filantes, il est évident qu’elle est trop grande pour que ces astéroïdes puissent se former dans l’atmosphère.
11 résulte donc de ces faits que si les variations entre les étoiles filantes et les aurores boréales nous forcent à leur attribuer une origine commune, d’un autre côté, l’éclat incomparablement plus grand des étoiles filantes, leur réunion en moindres masses et leur condensation, qui rend sensibles chez elles les effets de la gravitation, doivent nous les faire regarder comme parvenues à un état plus parfait ou, pour mieux dire, à une condensation plus avancée.
Quant à l’hypothèse qui attribue les aérolitbes aux volcans lunaires, elle rendrait parfaitement compte de ce phénomène , si l’on pouvait admettre
l’existence des vQleans dans la lune, fait que l’observation directe repousse d’une manière à ne pas permettre le doute. Il en est de même de celle qui attribuerait leur formation comme s’opérant au milieu de l’atmosphère.
Ces deux hypothèsês devant être rejetées, il devient pour ainsi dire nécessaire de considérer les aérolithes comme des corps planétaires qui circulent dans l’espace et se tronvent portés dans la sphère d’attraction de la terre. Leur rapidité s’affaiblit graduellement par la vitesse de l’air j ils finissent par tomber à la surface du globe enflammés, ‘soit en raison de leur nature, soit par le frottement qu’ils ont éprouvé en traversant l’air atmosphérique. * ’
Le seul fait que l’on puisse opposer à cette hypothèse, c’est qtie la composition chimique des aérolithes est peu variée. Quoiqu’elle ne soit pas constante, elle n’en diffère pas moins de tous les matériaux terrestres; ce qui rend probable la formation de ces corps à de grandes distances de la terre et même du système solaire. Cette objection n’est donc pas suffisante pour faire abandonner une théorie qui reçoit un si grand degré de probabilité de tous les faits observés, et dont nous nous bornerons à rappeler les principaux.
11 résulte des recherches récentes que les chutes des aérolithes coïncident constamment avec l’apparition des étoiles filantes et avec celle des aurores bots
— iÇi4 —
réalcS. L«'S <^pn(|iirs rcmarqiiahlcs dr ces chutes sont (cft t7 Cf jnillr! ( ( novcmhn-. C<'I(P [u^riodicitc es! inronfcs(flî)lc (!’:\|très les fnils que nous avons déjà <‘num<'‘r<'s.
Une pareille eoïneideuce entre les (‘poipieS des Ap- .parhinns do tjois pllénoinènes Oe.jjàrdds jusqit’iei eortinie ontièrefnont éfCafigors (cs uns aux autres, :tiitorise ri los considérer comme Oésultant d’iine même eailse ef aidinés des mêmes mouvements. Ainsi, une pecmièic cundefisation de la matière éthérëe produit eCftc matière iiéfntleuse éminemment magnétique (l«ti donné lieu aux atirofcs boréalesC
A fut état snpérîefir de condcTtsafién , Ces nélmlosités ont assez de masse pour manifester dés phénomènes de gravitafiofi, ert verfii desquels nous les voyons Sé mouvoir dans l’espace à l’état d’étoileS filantes.
I.éS aérolUhes sont léS asté<>s qui rencontrent la terré, et, lorsipie leurs masses sont snflisamment grandes, elles peuvent éirculer dans les espaces pUlnéfaires sous forme de comètes.
(les' derniers astéroïfle^ portent du moins en euxmêmes l’empreinie de leur peu d’aficiennelé. Ils sont distincts deS planètes en cé qu’ils décrivent déS orhilés très-allongés et dans touS les sens indifféremment. Ils Ile saiiraieiit être eonfondns aA'Oc les aérolifhes, puisqu’ils sont assujettis à des lôis pftrs régulières, qüi
p'êrniettent de déterminer leurs mouvements, tlureëte, ces astres ne paraissent point parvenus à ùn état parfaitement définitif.
En second lieu, leur peu de densité nous est manifestée paé leur apparence vaporéûse et la transparence dequelqucS-ttncs à la lumière des étoiles qu^ellés laissent passer sans lui faire éprouver la moindre altération.
La différence des comètes ave'è leS autres astres eSt aussi sensible sous le rapport de leürs propriétés physiques. Ainsi , là nébulosité et la queue qui leS accompagnent témoignent dé ritnmense atraosphéée qni se condense à chaque révolution de l’astfe vers lé périhélie, ét d’ünc révolutioti àf l’autre en vertu du refroidissement.
Vlli. De la formation de la terte, et des matériaux qui en font partie.
Nous croyons avoir démontré que le système de l’univers, considéré dans son ensemble, est loin d*’être totalement terminé ; il ne nous reste donc plus qu’à savoir s’il en est de même de la terre.
. L’origine des corps célestes du système solaire, réglée par des lois semblables à celles qui régissent notre globe, peut bien servir à éclairer la formation dé la terre. C’est aussi pour mieux comprendre les causes qui ont concouru â amener notre planète dans
l’état où nous l’observons aujourd’hui, que nous avons cherché à connaître les lois qui président à la. constitution des astres nouveaux. L’cnsemhle des faits nous annonce que la terre a passé successivement par différentes phases avant d’arriver à l’état stable auquel elle est parvenue maintenant. Ces phases ou, si l’on veut, ces modifications que l’on a considérées comme des révolutions et de grandes catastrophes, étaient toutefois nécessaires au maintien des plantes et des animaux qui devaient embellir et animer notre planète. L’analogie rend également probable que de pareilles modifications ont eu lieu chez les autres planètes du système solaire, comme par delà ce système.
En effet, la terre n’a pas toujours été telle qu’elle se présente aujourd’hui à nos regards. Sa figure et sa forme nous apprennent qu’elle a dû être fluide, et des faits non moins positifs nous disent également que cette fluidité a été due à l’action de la chaleur élevée dont le globe a joui à son origine. Toute masse fluide, mue avec une grande vitesse de rotation, prend à la longue une figure sphéroïdale aplatie dans le sens de l’axe de rotation et renflée à l’équateur. Cet aplatissement, à part quelques irrégularités, est d’autant plus grand que le mouvement de rotation est plus rapide, d’après les lois de l’équilibre des fluides (note 19).
Cette forme est précisément celle que la terre, ainsi que les autres planètes du système solaire, présente
d’après ces lois immuables j aussi les corps célestes qui , comme Jupiter et Saturne , ont un mouvement beaucoup plus rapide que celui de la terre, offrent un aplatissement plus considérable. Par exemple, Jupiter, qui fait une révolution sur son axe en 9 heures 56 minutes de temps, a un aplatissement de La terre, dont la révolution exige 24 heures, et' dont le mouvement est par cela même moins rapide, a aussi un aplatissement plus faible. Il est seulement de m.
On peut pourtant se demander si la fluidité originelle du globe a été réellement produite par l’effet d’une chaleur excessive, qui maintenait les corps les plus fixes et les plus denses dans un état de fusion complète, ou si elle n’aurait pas été opérée par un dissolvant aqueux.
Pour résoudre ce doute , on doit ne pas perdre de vue que, quoique l’eau occupe plus des trois quarts de la surface de notre planète , elle forme à peine la cinquante millième partie de sa portion solide. Or, un dissolvant quelconque ne peut dissoudre une quantité de matière qui lui soit de beaucoup supérieure en poids ; si donc le liquide aqueux avait été aidé dans sa force de dissolution par des réactifs puissants , on en trouverait certainement quelques traces dans la portion aujourd’hui solide. Il n’en est rien cependant; nous verrons en effet plus tard que le chlore, par exemple, que l’on pourrait considérer comme un de
ces agents, a été au conli-aire des plus rares aux premiers âges du monde. Dès lors on est en droit de considérer l’état primitif du globe, soit fluide, soit gazeux, comme dû à une température élevée et à une chaleur excessive, dont le centre est encore animé.
Ainsi la matière qui compose notre planète a été à son origine, ou dans le principe des choses, à l’état gazeux; elle a ensuite passé successivement de l’état liquide à l’état solide. Elle parait même être restée dans les prerniers de ces états, tant (jue le calorique a opposé une grande résistance à la condensation de cette matière, contre-balançant non-seulement l’action de la pesanteur, mais encore celle'des aflinités chimiques (note 20).
Or, comme il est extrêmement probable que la chaleyr s’est opposée jusqu’à un certain point à l’efiet de l’attraction dans le soleil, Jupiter et Saturne, et dans les divei s astres du système solaire, il est logique d’admettre que la chaleur a résisté jadis et peut résister encore dans notre planète, avec moins d’énergie seulement, à l’attraction moléculaire.
Cette conclusion est d’autant plus admissible que la résistance à la contraction de la matière a dû se manifester dans le principe des choses avec une plus grande intensité que dans le moment actuel. Il serait sans doute curieux d’apprécier les effets probables qui résulteraient d’un mélange de toute la matière
lerresliTti l’état de gaz ou de vapeur. Mais il est bien dinicile de f^ire cette évaluation; car nous sommes loin de connaître les divers matériaux qui se trouvent au-dessous de la surface du globe.
Lors même que nous les connaitrions, il faudrait se livrer à des calculs tellement comj)|i(|ués, qu’il est douteux que, dans l’état de nos connaissances, oii pût ai river à un résultat satisfaisant. Ce serait donc d’une manière hypothétique ipie nous pourrions nous former quelque idee des effets qui résulteraient de la dimjnution de la température sur les ()rincipales substances qui constituent les parties solides, liquides ou gazeuses de l’écoice du globe.
Nous abandonnei'ons cet oï dic de recherches, parce qu’il ne pourrait nous amener à rien d’utile; nous admettrons seulement comme un fait démontré (pie toute la matière terrestre était, lors de son origine, à l’état gazeux, par suite d’une chaleur ass(‘Z puissante pour conire-balaneer jusqu’à un certain point l’action de la pesanteur.
Dans cette supposition, chacune d(*s deux forces opposées, la chaleur d’une part et la pesanteui de l’autre, devaient agir avec une énergie immense. Leur action était d’autant plus grande que le volume des fluides gazeux est en raison inverse du poids qui les comprime, et (jue la pression sur les parties intérieur(‘s de la sphère ou du sphéroïde teirestre devait être
extrêmement considérable. Aussi, lorsque, par l’effet du rayonnement dans les espaces planétaires, la pesanteur est devenue plus puissante que la chaleur, son action a sulli seule pour former des liquides et des solides.
Les molécules des matériaux terrestres qui à leur surface auraient conservé la forme gazeuse, auraient pu, à une température égale et même supérieure, si elles avaient été comprimées par la pesanteur, prendre dans leur intérieur la forme liquide et même solide. Nous obtenons tous les jours de pareils effets sur les différents composés, en faisant agir sur eux des pressions plus ou moins grandes, suivant la résistance c|u’ils opposent à leur changement d’état.
1“ De l’almosphère.
L’atmosphère, comme on le sait, est une vaste couche aériforme qui environne la terre de toutes parts. Ses limites sensibles ne paraissent pas dépasser 100,000 mètres. L’air atmosphérique qui la compose est un mélange de deux gaz, l’azote et l’oxygène ; ils ne s’y trouvent donc pas en rapports dé- Gnis.
Les proportions .du premier sont de 792 parties, et de 208 pour le second. On y découvre de plus Environ d’acide carbonique et une quantité varia-
ble de vapeur aqueuse , dont on n’a pas encore d’appréciation bien exacte (note 21).
Parmi les corps qui entrent dans la composition de ce mélange , il en est un qui a eu la plus haute influence dans la formation de notre planète. Ce corps est l’oxygène. 11 forme lui seul un cinquième de l’air atmosphérique, le tiers en volume, et «nvîton les neuf dixiémes du poids de l’eau. En outre , les matériaux solides qui font partie des couches terrestres sont pour la plupart des corps oxygénés. L’oxygénation de ces divers matériaux est diflicile à comprendre, ceux-ci se trouvant en contact avec le chlore, gaz avec lequel certains d’entre eux, les substances métalliques, par exemple, ont plus d’aftlnité qu’avec l’air vital. Comment dès lors, lorsque la diminution de la température a fait prendre aux métaux l’état liquide ou solide, ont-ils pu, indépendamment de toute combinaison formée, et lorsqu’ils étaient à l’état de vapeur, s’unir plutôt à l’oxygène qu’au chlore? Ces corps étaient non-seulement on présence les uns des autres , mais même en contact , ainsi que nous venons de le faire, observer ; ce fait résulte, du reste, de la composition particulière aux terrains des anciennes époques.
Cette différence entre les proportions des combinaisons oxygénées et des chloridées doit tenir à la grande quantité d’oxygène qui a toujours existé sur
le globe, comparée aux proportions du chlore. Fei|tTêlre devons - nous à celle circonslance le fait remarquahle de la dist/ihution inégale des siihsiances oxydées en comparaison des chloridées , «“I enfin l’état différent sous lequel le sodium se présente dans les roches et dans l’eau. I.es premières l’offrent presque constamment à l’état d’oxyde ou de sonde, tandis qu’il' est au contraire à l’état de chlorure dans l’eau des mers et les eaux minérales qui découlent des profondeurs du globe. Ainsi, la presque totalité du chlore de l’écorce terrestre est combinée avec le sodium et dissoute dans l’eau de; la mer. Les eaux marines sonj aussi la mine la plus riche de sel gemme, ou de celte production secondaire que l’on ne découvre point dans les U-rrains stratifiés plus anciens que le calcaire conchylien (Muschelkalk) 'note 22).
ün conçoit plus facilement pourquoi l’azote, ce corps si particulier aiujuel nous n’avons pas pu faire perdre sa forme gazeuse, offre si peu de combinaisons dans la portion solide de notre planète. En effet, il forme à peu près les 80 centièmes de l’atmosphèie; aussi est-ce aux dépens de ce gaz que les végétaux et animaux ont pris celui dont ils sont composés. Si celte supposition est aussi fondée qu’elle est vraisemblable, l’azote solidifié dans les couches terrestres serait de formation secondaire, aussi bien (jue celui qui entre dans la composition des substances
minérales d’origine organique, comoje la houille p^r exemple.
Le docteur Thompson a trouvé jusqu’à 15,96 centièmes d’azote dans la houille collante d’Angleterrp : cette proportion peut sans doute paraître assez considérable; cependant elle est encore bien au-dessous de la réalité. On le présume du moins en considérant la grande quantité de produits ammoniacâtix fournie par la distillation de ce combustible, Si donc il Existe de l’azote dans les couches terresti es^ il est très-probable que les roches où existent des restes de végé-
taux ou d’animaux seront les seules à en fournir; sa proportion sera même d’autant plus considérable que ces restes ont été enfouis vivants ou du moins avec leurs chairs et leurs téguments. L’observation s’accorde assez avec cette dernière supposition.
On trouve dans l’atmosphère, et jes matériaux fossilifères, ainsi que dans les végétaux et les animaux une quantité d’azote assez grande pour concevoir pourquoi des combinaisons azotées sont si rares parmi les véritables espèces inorganiques. 11 en est tout le contraire de l’acide carbonique; ce gaz, peu abondant dans l’atmosphère, entre pour beaucoup dans la composition de la portion solide du globe. M. Théodore de Saussure a re-
connu, par des observations rigoureuses, que 10,000
parties d’air atmosphérique contiennent au plus 4,0 d’acide carbonique. Cependant un grand nombre
de sources minérales et de Bsssures de l’écorce du globe versent constamment cet acide dans l’atmosphère ; il en est de même des orifices volcaniques. Malgré ces sources constantes, les proportions de cet acide sont loin d’être en rapport avec les autres gaz qui composent la couche aériforme dont notre globe est enveloppé.
(Test surtout dans les masses calcaires des terrains les plus superficiels que se trouve la plus grande quantité de carbone. Du moins l’acide carbonique étant composé de volumes égaux de vapeur de carbone et d’oxygène, le volume de la vapeur de carbone condensée dans les couches calcaires doit être immense. Aussi est-il probable que si tout l’acide carbonique qui constitue les matériaux calcaires et les autres carbonates venait à s’échapper, le volume de celui qui entre dans la composition de l’air atmosphérique en serait considérahlement augmenté.
Cette proportion serait plus forte encore si le carbone que recèlent les restes des anciens végétaux ensevelis dans le sein de la terre venait à se combiner avec l’oxygène de l’air. En effet, le carbone contenu dans les" houilles est de 75 pour cent, et ces combustibles ne sont pas les seuls qui en présentent dans leurs combinaisons. Les lignites, les graphites, les bois altérés , les diverses résines végétales fossiles et les tourbes en renferment également. ,
Ces amas de carbone et l’acide carbonique des masses calcaires rendent très-bien raison de l’excès de ce gaz dans l’atmosphère .d^ premiers âges. Ils nous apprennent qu’un temps assez long a été nécessaire pour l’absorber ; car ses fortes proportions ont empêché primitivement les animaux à respiration aérienne de venir animer et embellir notre planète (note 23).
L’atmosphère a donc varié pendant les phases successives par lesquelles la terre a passé ; il s’agit maintenant de s’assurer si de pareilles modifications sont encore possibles , ou si au contraire depuis les temps historiques l’atmosphère est arrivée à un tel état de fixité , que sa composition soit la même dans tous les lieux et à toutes les hauteurs.
Il résulte des expériences les plus positives, que l’azote et l’oxygène sont dans des rapports non définis dans l’air atmosphérique, mais que néanmoins ils sont constants. Ils n’ont pas du moins varié depuis trente -cinq ans environ; à cette époque (1807), MM. de Humboldt et Gay-Lussac ont fixé la composition de l’air d’une manière irréprochable , dans les limites de sensibilité de leurs instruments.
On pourrait croire que cette composition devrait varier lorsqu’il pleut beaucoup, puisque l’eau qui se condense dissout et entraine avec elle plus d’oxygène que d’azote. On pourrait le supposer encore en ce que
— ûoé —
ce liquide, en passant à l’état solide, abandonne de l’oxygène tout comme l’eau lorsqu’elle s’évapore. Les combustions, la respiratlbn des animaux enlèvent également cè gaz à l’air; mais, d’un autre eôté, les plantes lui en rendent chaque jour par leurs parties vertes , sous l’influence solaire.
Ces causes et une foule d’autres tendent sans doute à troubler l’équilibre des éléments de l’atmosphère, dans un point donne, les unes dans un sens et les autres dans un sens difTéreht ; mais la tendance des gaz à se mêler , aidée par les courants verticaux , fait disparaître rapidement les différences momentanées résultant de l’action locale de toutes ces causes. ï.a différence de température, favorisée d’aillèurs par les vents qui transportent et èonfondent sans cesse les couches horizontales de l’air , tend également à mêler d’une manière indéfinie les portions d’air dont la composition peut être particulière, et contribue puissamment à rendre celle de l’atmosphère à peu près uniforme partout.
Le rapport de l’oxygène à l’azote dans l’air , quoiqu’on ne puisse pas l’exprimer par des nombres simples en volume , n’en est pas moins invariable , au millième près, dans des latitudes éloignées, à des époques assez distantes et à des hauteurs fort différentes. !.,eS phénomènes de la vie organique , les décompositions spontanées des animatix et des plantes ,
l<‘s combusiioris ou oxydations qui s’accoirf|ilKsê'ut à la sdi'faCf ritf la toriT, tous ces événements, <|iic riotre ima.qination se |)Iaîl à grandir, sont de ces faits qiti passent pour ainsi dire inaperçus en ce (pji concerne la conqiosifion générale de l’air (jui nous entoure.
l’arune prévision providenlieUe, la nature n’a pas voulu que les altérations possibles de l’atmosphère par le jeu régulier des forces qui agissent a la surface de la terre, pussent jamais approcher, même de loin, de la limite oh la vie des animaux et celle des plantes pourraient en soulTfir. La constance d<- la com|)ositîon de l’air donne la mesure et la preuve d’une des plus belles harmonies natuielles, celle <pii liant les deux régîtes organisés l’un à l’autre, par l’intermédiaire de l’atmosphère, les place ainsi dans une dépendance mutuelle.
Quoique l’air atmosphérique ne soit qu’un mélange ma is non une combinaison en proportion déOnie d’iizoti; et d’oxygène, ce mélange est à peu prés constant. Les quantités de vapeur d’eau et d’acide carbonique disséminées dans l’atmosphère paraissent s’y maintenir également dans des moyennes assez, fixes; du moins* elles ne paraissent pas les dépasser. Mais cette stabilité a-t-elle été totijours constante ? îS’a-t-elle pas éprouvé de grandes variations dans les temps géologiques, et lie pciil-on pas prévoir de pareils chan-^ gertiétits à Favetiii’ i C’est ce qu’il convient d’examiner^
U n’est aucun fait positif duquel on puisse induire que les rapports entre les quantités d’azote et d’oxygène qui existent dans l’atmosphère aient été différents de ceux qu’ils présentent maintenant. Seulement, d’après l’observation des couches fossilifères, la vapeur d’eau et l’acide carbonique y ont été jadis plus considérables qu’au vourd’hui.
En effet, la primitive végétation qui a couvert de magniGques forêts le sol de l’ancien monde était composée d’arbres et de plantes dont les analogues vivent uniquement dans les lieux les plus chauds et les plus humides. Cette chaleur était fournie aux anciens végétaux par l’excès de celle qui existe dans l’intérieur de la terre , et qui avait également pour effet d’opérer une grande évaporation. Comme la masse d’eau répandue pour lors à la surface du globe était plus grande qu’actuellement , cl la température plus élevée, l’humidité devait être plus forte (note 24).
D’un autre côté, cette végétation a laissé dans les couches terrestres des amas si immenses de charbon, qu’elle devait rencontrer quelque part un excès de carbone ou plutôt d’acide carbonique. Cet excès ne pouvait lui être fourni par le terreau , puisque cette matière n’existait pas encore ; dès lors on ne peut en trouver la source que dans celui disséminé avec profusion dans le vaste bassin de l’ancienne atmosphère.
Il est remarquable que, précisément à l’époque où il n existait pas encore de terreau ni d’animaux terrestres, la végétation ait pris le plus grand essor et ait été la plus florissante. Cependant les animaux paraissent indispensables a la vie des végétaux à raison de 1 azote qu’ils leur fournissent.
On se demande où donc les plantes puisaient les matières azotées qui leur étaient indispensables, et dont elles ne pouvaient se jrasser. Par une admirable prévision de la nature, un des effets les plus simples de la haute température dont le globe a joui aux plus anciennes époques géologiques semble leur en avoir fourni les moyens.
Les foyers volcaniques étaient jadis bien plus nombreux et plus actifs que maintenant. Eh bien, ces foyers lançaient et vomissaient des torrents d’acide carbonique et de vapeurs ammoniacales bien suilisants à toutes les exigences de la respiration du monde végétal. Ces foyers ont non-seulement fait parvenir la température de la surface du globe à son état actuel , mais ils ont en outre suppléé aux excrétions animales, si favorables au développement de la végétation.
D’un autre côté, dans les contrées où les animaux sont rares, et la température est très-élevée, des décharges électrifpies produisent dans l’air des combinaisons ammoniacales au profit des végétaux.
•L V. IK- pareillos ciivonslauces devaient bien plus se repiéscnter aux aiieieimes épo(]ues ;;éolof;i(pie8, par Kiiile (le la iiaule teiiiix^iauire el (b; l’humidité plus i^oiisidérabli' (|ui r(*»{uaieiit à la surface de la terre; ces causes, esseutiellemeut dominantes pour lors, devaient produire un (»rand développement de combinaisons ammoniacales, dévelop|)ement utile à l’activité et à l’éneryie des forces vitales.
L'ancienne végétation jmisait sans doute tà toutes ces sources une jtarlie de Tazole (pii lui était nécessaire; du moins les plantes a' iuelles absorbent et prennent (îc à l’état de combinaison ammoniacale. l.es unes l’emprUntent à l’atmosphère, et les autres le tirent du sol ; aussi ces dernières ont été des plus raies dans les temps géologicpies. Leur [teu de fréipiencc a probablement dépendu de l’absence de terreau. Le sol ne pouvait donc pas fournir aux végétaux cette snbst ince niiccssaire à leur développement; mais il n’en était pas de même de celles qui, soutirant l’aiote. des combinaisons ammoniacales dissémitiées dans l’air atmosphérique, yen trouvaient des quantités snllisantes. Aussi seules, elles ont prospéré et ont acquis un accroissement remarquable, qu’aucun des végétaux actuels n’a pas encore dii- |>assé.
D'antres faits aussi positifs semblent umeuer aux mêmes coiiséqueuces. Les aniiuaux terrestres, ou
ceux qui l espirent l’air en naj.ure, n’oiu pa$ été contemporains de cette ancienne végétation. Elle a été à peu prés uniquement accompagnée par des animaux marins. Or, ces derniers vivent à l’aide de l’air en dissolution dans l'eau , air toujours plus riche en oxygène que celui du bassin atmosphérique. L’eau ne paraît pas se charger d’acide carbonique en traversant l’atmosphère; elle n’en contient pas plus après qu’avant. Dès lors les premiers animaux de l’ancien monde trouvaient dans les gaz en dissolution dans l’eau une quantité d’oxygène sullisantc à leur existence; tandis que les espèces terrestres n’auraient pas pu vivre, à cause de l’excès d’acide carbonique répandu pour lors dans l’atmosphère.
On doit le supposer avec d’autant plus de raison que les premiers animaux terrestres qui ont paru sur la scène de l’ancien monde ont été essentiellement des reptiles. Quoique l’organisation de ces premières espèces fût très-dilîérente de celle qui les constitue aujourd’hui, il paraît que ces animaux ont toujours préféré les lieux les plus infects, les plus chauds et les plus humides. Du moins, c’est surtout auprès des marais ou dans les localités à demi inondées qu’on découvre le plus grand nombre de reptiles. Il en a été de même de ceux de l’ancien monde, et ils y ont trouvé des conditions tout aussi favorables à leur existence que les espèces vivantes. Dés lors.
^ » comme l’humidité , la chaleur et une atmosphère chargée d’une grande quantité d’acide carbonique "ont caractérisé les premiers âges , il est tout simple et tout naturel que les reptiles aient été les premiers animaux terrestres (note 25).
La composition de l’atmosphère n’a donc pas été la même à toutes les phases du globe; elle a éprouvé au contraire, comme les autres couches terrestres , des modifications plus ou moins importantes dans sa constitution. Ces modiûcations ont été loin d’être sans effet sur les êtres vivants, et à mesure qu’elles éprouvaient des changements considérables, il en était de même de l’organisation de ces êtres, par suite des nouvelles conditions auxquelles elles les soumettaient. Il nous reste maintenant à savoir si l’on peut prévoir de pareils changements , et s’ils sont possibles.
On ne saurait admettre des variations notables dans la composition de l’atmosphère , que si de grandes modifications s’opéraient dans la température du globe. Elles paraissent maintenant arrivées à un tel point d’équilibre, et leurs moyennes sont si semblables entre elles , la chaleur de la surface du globe étant à peu près uniquement déterminée par l’influence solaire, qu’elles sont par cela même sans influence sur l’air atmosphérique.
Il en est ainsi des combinaisons chimiques ; comme
nous en connaissons à peu de chose près les limites et l’étendue , elles semblent tout à fait impuissantes à cet égard. L’influence de la végétation actuelle est sans effet sur celte composition, et nous l’avons déjà assez fait sentir pour n’avoir pas à y revenir. Nous, ’ ferons seulement observer que s’il en était autrement, l’atmosphère serait loin de présenter dans tous tes climats , comme à toutes les hauteurs , une uniformité de composition réellement remarquable. Ce qui le prouve enfin , c’est que les serres où nous entassons tant de végétaux des climats les plus différents ne présentent pas plus d’acide carbonique , le jour ou la nuit, qu’à l’air extérieur (note 26 ).
Enfin, si les végétaux sont impuissants pour modifier la composition de l’atmosphère , les calculs de Dalton semblent prouver que les animaux n’ont pas plus d’influence. D’après ce grand physicien, les animaux qui se sont succédé à la surface du globe n’y ont produit pendant cinq mille ans , qu’un mil- •
lième d’acide carbonique. Cette quantité a d’autant moins d’importance, qu’elle a été compensée par l’oxygène fourni à l’atmosphère par les végétaux qui, du reste, se sont emparés et ont absorbé cette faible proportion d’acide carbonique.
On pourrait, du reste, prévoir ces faits à priori ; l’air est aussi nécessaire aux végétaux qu’aux animaux. Ces deux classes d’êtres on absorbent des
quantités plus ou moins considérables selon les be^ soins de leur organisation , ou d’après ce qu’exigent leurs conditions d’existence. Us le font dans des rap> ports déterminés pour chaque espèce. Ces rapports ne peuvent pas être dépassés ; car, s’ils pouvaient l’étre, il s’ensuivrait qu’un animal à respiration incomplète pourrait acquérir une respiration complète ou même double. Il en serait de même des végétaux ; car autrement les plantes cellulaires devraient finir par absorber autant d’air que les plantes vasculaires (note 27).
Or, commede pareilles transformations dans les organes respiratoires n’ont jamais lieu , et sont même impossibles dans le système général de l’organisation, il fallait que le mélange des deux gaz qui forment l’air atmosphérique fût uniforme, tout au moins dans toute la couche de l’atmosphère où devaient être plongés les êtres vivants. Sans cela les animaux n’auraient pas pu se déplacer sans danger, et les végétaux qui, par suite de la légèreté des organes à l’aide desquels ils doivent se reproduire, se transportent souvent si loin des lieux où ils ont pris naissance , n’auraient pas pu le faire sans compromettre leur existence. Tel ne pouvait pas être le dessein de la nature; et, pour maintenir la perpétuité des êtres vivants dans des bornes en quelque sorte immuables, elle a dû rendre la composition de l'atmosphère uniforme et constante à cliaque époque et à chaque phase de la terre.
^ Ainsi, quoique l’air atmosphérique n’ait pas eu toujours Iff même nature, ou au moins qu’il ait varié dans les proportions des {jaz qui s’y trouvent à-rélal de mélange, il n’est nullement probable qu’il puisse éprouver de pareils cbangeiuents, tant que les êtres dont la terre est peuplée ne viendront point à changer. 11 faudrait que ceux qui existent niaintcuanl fussent remplacés par d’autres espèces. Celles-ci devraient avoir des conditions d’existence totalement différentes, et exiger par cela ntême une diversité plus ou moins prononcée dans les milieux ambiants, - Mais tant que les espèces vivantes resteront ce qu’elles sont maintenant, il n’est aucune tpiise actuellement agissante qui puisse faire prévoir |e moindre changement dans la composition du mélange <|ui comjmse l’air atmosphérique.
Ce mélange varie si peu, que; les saisons, les courants, la température, la lumière, et l’électricité elle -même, celte cause si active et si puissante, sont presque sans action et sans inllnence sur .sa composition.
Si les variations des saisons, qui amènent l’engoui dissement des plantes et suspendent tout à fait la végétation , sont insensibles sur la projK>rlion d’acide carbonique contenu dans l’air atmosphérique, on doit être peu surpris d<- voir qu’il en soit de même des autres causes physiques, bm effet, l’expérience direele
démontre qu’il n’y a pas plus d’acide carbonique dans la saison chaude que pendant les rigueurs de l’hiver.
Dans l’examen de la plupart des phénomènes naturels et particulièrement dans celui qui nous occupe, il ne faut pas les considérer d’une manière isolée, et par rapport à un seul coin de la terre. En effet, l’air, par suite de la mobilité de ses molécules, circule constamment, et les couches d’une région sont bientôt transportées dans une autre par suite de l’agitation de l’atmosphère. Celle circonstance rend le mélange qui constitue l’air atmosphérique constamment le même dans tous les lieux , comme aux hauteurs les plus élevées auxquelles l’homme ait pu atteindre.
Mais l’air se trouve dans d’autres pays où la végétation, loin d’être suspendue, est au contraire dans toute son activité, et où, par conséquent, elle réclame une grande quantité d’acide carbonique. Ainsi, tandis que l’air de nos climats se charge d’un excès de cet acide , les végétaux des régions équatoriales l’épuisent bientôt, et par cela même une plus forte proportion n’existe réellement pas dans l’atmosphère.
Une semblable compensation s’établit entre les quantités d’eau que les plantes tropicales réduisent pendant l’hiver , lorsque les végétaux des contrées tempérées n’exercent plus aucune action à cet égard. L’oxygène que la végétation des premières rejette n’est pas pour cela en excès dans la saison des frimas ;
car il est absorbé par les animaux, ainsi que par toutes les combinaisons qui s’opèrent continuellement à la surface, du globe.
Par ces admirables'combinaisons et l’agitation des coucbes aériformes qui ne se ralentit jamais, l’harmonie se maintient dans l'air atmosphérique j comme
dans l’ensemble des choses créées.
Ce que nous venons de dire a pu faire saisir que la température et les variations qu’elle éprouve dans son • intensité n’exercent pas d’action sur la composition de l’air atmosphérique. Mais, pour nous en assurer, voyons dans quelles limites ces changements sont possibles.
La température actuelle de l'atmosphère y est entretenue par plusieurs causes , dont la principale est l’action des rayons solaires. Celle des astres stellaires et de la chaleur centrale n’y a du moins presque aucun effet. Tout au plus la première sert-elle à tempérer le froid des nuits , car sans son influence il serait insupportable au coucher du soleil, lorsque cet- astre est tout à fait au-dessous de l’horizon. La seconde affecte au plus la surface du globe d’un trentième de degré, valeur beaucoup trop faible pour exercer la moindre action et être en quelque sorte appréciable.
Ces causes, dont les limites sont si restreintes, ne sont donc rien auprès des effets que les rayons du soleil produisent sur l’atmosphère ; aussi peuvent-elles
être négligées surtout dans l’examen que nous faisons des actions qui pourraient être sensibles sur la chaleur de la teri’e.
La température de l’atmosphère , et par suite celle de la surface du globe, se trouve donc sous la dépendance du soleil. Or, si cet astre verse sur notre planète des quantités égales ou à peu près égales de chaleur, la température de la terre doit par cela même être constate et n’éprouver d’autres variations que celles qui dépt'udeut de la position du soleil par rapporta elle.
C’est aussi ce que nous apprennent les faits, soit lorsqu’on apprécie la chaleur que nous envoie simultanément le soleil,. soit lorsqu’on porte son attention sur l égalité des températures moyennes d’un lieu quelconque, appréciée par leur observation constante pendant environ dix années.
Cette première valeur est égale à celle qui .serait nécessaire pour fondre une couche de glace de quatorze mètres d’épaisseur , qui couvrirait toute la superficie du globe. Celte énorme chaleur n’est cependant que de deux billions trois cent quatre-vingt-un millions de la chaleur totale rayonnée dans toutes les directions.
La chaleur solaire règle donc tous 1(!S mouvements qui ont lieu dans l’atmosphère et à la surface de la terre. Elle détermine la marche de l’évaporation, et règle la chute de l’eau qui retombe en pluie. Cette
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chaleur est encore la cause des combinaisons et des recompositions chimiques qui en développent des quantités latentes plus ou moins grandes, ainsi que des efilux de lumière et d’électricité. Elle fixe ici-bas, dans des limites précises, la distribution de la vie par les effets de sa répartition inégale , soit comme chaleur, soit comme lumière (note 28).
L’observation des températures moyennes terrestres faite sur dix années prises au hassrd amène à peu près aux mêmes conséquences. Le décroissement de la chaleur, à mesure qu’on s’élève dans les régions de l’atmosphère, n’est pas moins constant ni moins régulier que la chaleur de l’air à la surface du sol. Quoiquesa diminution ne soit pas rigoureusement proportionnelle à la hauteur, et qu’il y ait quelques variations suivant les localités, elle peut être fixée à 1® par une élévation de 190 à 195 métros au-dessus du sol. Mais ce qu’il importe de faire remarquer, c’est que celte diminution est à peu près constante dans les régions tempérées.
Les températures moyennes annuelles ont été particulièrement l’objet de l’étude des physiciens modernes; M. de Ilumboldt a porté sur elles .son attention, et il les a évaluées d’après le. calcul de plus de' vingtcinq mille observations thermoméiriques. Elle l’ont conduit à ce résultat que les extrêmes de leurs variations ne s’élèvent pas, d’une année à l’autre, dans
aucune contrée de la terre, à plus do 1® à 2“ du thermomètre centigrade. Ainsi , malgré ce que semblent nous dire les produits variables des récoltes, ou le témoignage de nos sens, il faut réduire à cette faible différence leurs plus grandes modifications. Enfin, ce qui est non moins digne d’attention, ces points extrêmes donnés par l’observation de plusieurs années, sont bien rarement dépassés , soit dans un sens , soit dans un autre.
Il y a donc une grande fixité dans la chaleur que la terre reçoit dans le cours d’une année de l’astre qui l’éclaire et la vivifie. Il en est de même lorsque nous voulons évaluer la loi du décroissement qu’éprouve le calorique à mesure que nous nous élevons dans les régions supérieures de l’atmosphère. Ce décroissement', d’autant plus rapide que l’on s’approche des régions septentrionales, et d’autant moins qu’on s’en éloigne, est du reste soumis à des lois de stabilité tout aussi fixes que les autres circonstances atmosphériques.
Le phénomène de la distribution de la chaleur à la surface du globe, bien interrogé et bien apprécié, nous dit donc que la chaleur solaire, celle qui règle et détermine les climats , est maintenant parvenue à une fixité et à une régularité qui annoncent celle des causes qui la produisent (note 29).
Si nous transformons la totalité de la chaleur que
la terre reçoit du soleil dans le cours d’une année, en quantité de glace fondue, on trouve qu’en la supposant uniformément répartie sur tous les points du globe, et qu’elle soit employée sans perte aucune à fondre de la glace, elle serait capable d’en fondre une couche qui envelopperait la terre entière et qui aurait une épaisseur de 30"‘,89 ou près de 31 mètres. Telle est la plus simple expression de la quantité totale de chaleur , que d’après les observations de M. Pouillet, la terre reçoit chaque année du soleil.
Les mêmes données fondamentales qui ont permis à ce physicien de résoudre cette question lui ont même donné le moyen de trouver la totalité de la chaleur qui s’échappe du globe entier du soleil dans un temps donné, sans supposer autre chose , sinon que toutes les portions égales du globe émettent d’égales proportions de chaleur. Ce fait parait jusqu’à présent confirmé par l’expérience, puisque les différents aspects que nous présente le soleil par l'effet de sa rotation ne semblent avoir aucune influence marquée sur les températures terrestres.
Si l’on transforme , de même que nous l’avons fait pour le cas précédent, la chaleur du soleil exclusivement employée à fondre une couche de glace appliquée sur le globe de cet astre et qui l’envclopperaitde toute part, cettcquantité dechalcur serait capable de fondre en une minute une couche de 1 1 "‘,80 d’épaisseur, et en
un jour de lü,992'" ou ’t lieues Celle délermiiiatiou ne repose sur aucune hypothèse ; elle est indépendante de la nature propre du soleil, de la matière qui le compose , de son pouvoir rayonnant, de sa température et de sa chaleur spécifique. Elle est simplement la conséquence immédiate des principes les mieux établis par rapport à la chaleur rayonnante et du nombre auquel on est parvenu par l’expérience directe.
Il importe encore de faire remarquer que la chaleur solaire est maintenant parvenue à un tel état de Gxilé , que depuis les temps hisloriqucs aucun climat ne parait avoir sensiblement varié, ainsi que nous le prouverons plus tard par l’observation des faits agronomiques et d’autres phénomènes physiques.
La composition de l’atmosphère étant à peu près invariable dans tous les lieux et à toutes les hauteurs, et la température de la terre étant soumise à des causes régulières et constantes, on peut présumer qu’il doit eu être de même de la pression barométrique. En elfet , les oscillations du baromètre , qui nous font connaître les diverses variations de la pesanteur de l’air, ont des maxima et des minima réglés par des moyennes que ces variations ne dépassent presque jamais. Seulement l’étendue d^ ces oscillations est d’autant plus considérable qu’op les observe dans les régions septentrionales, et d’autant
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moindre qu’on les étudie dans cuiurées méridionales et surtout dans les régions équatoriales.
La constance et la régularité des marées almosphérûjiies est un des faits les plus constants cl des jdus digues d’attention parmi les phénomènes physiques du globe. C’est surtout lorsque des pertui’hations passagères viennent en liouhler l itarmonie pendant quelques instants, qu’elles paraissent encore plus admirables. Cette cause de trouble momentané une fois passée, on leur voit reprendre tout aussitôt leur cours ordinaire , comme si aucune perturbation ne l’avait interrompu ; et la marée atmosphérique continue sa marche comme si rien n’en avait dérangé le cours et la régularité.
C’est surtout sous les tropiques que les variations dans la pesanteur de l’air sont extrêmement limitées ; leur idus grande amplitude s’élève à peine à 2 millimètres; tandis que dans les régions tempérées les variations barométriques s’étendent dans le cours de l’année de 20 à 50 millimètres. Aussi est-il possible, avec le secours du baromètre de prédire l’heure où l’on se irouvo, et mèuie dé juger, par le dérangementque l’on voit s’opérerdans sa marche ordinaire, qu’une tempête va succéder au calme de l’atmosphère.
La pression barométrique, lorsqu’on l’obserfe au milieu des mers, parait suivre les mêmes lois, et
varier dan* des limites si faibles ([u’elie esta peu prés la même partout. Seulement elle semble moindre dan* l’hémisphère austral que dans le boréal , où se trouve le plus grand nombre de terres sèches , élevées au-dessus des eaux, et où les continents ont pris le plus d’étendue.
D’après ces faits, tout serait donc achevé pour l’atmosphère terrestre, soit dans sa composition, soit dans sa température, soit encore relativement à sa pression.
â" Des eaux salées et des eaux douce*.
L’état gazeux primitif par lequel la terre a passé avant d’arriver à sa constitution actuelle, a été loin de s’opposer à la production d’un océan, dans lequel serait combinée la plus grande proportion d’hydrogène, d’oxygène et même de chlore. En supposant que, par suite de l’intensité de la chaleur des premiers âges, cette combinaison ne fut point d’abord absolument liquide, elle l’est devenue nécessairement, lorsque le rayonnement de la chaleur a été assez avancé pour permettre l’existence d’une surface solide refroidie au-dessous des gaz ainsi combinés.
11 y a donc eu jadis un état du globe dans lequel le chlore s’est uni avec l’hydrogène et le sodium, tandis que d’un autre côté l’hydrogène s’est combiné avec
loxygéne. Ces quatre éléments, en se réunissant ensemble, ont posé les bases de l’Océan actuel; ils ont fini par constituer l’ensemble des mers qui environnent les continents. Cet océan primitif couvrit d'abord la surface totale du globe, la matière qui en compose aujourd’hui les matériaux durcis ne s’étant pas encore solidifiée.
Lorsqu’elle se précipita, l’océan retint les sels les plus solubles auxquels les eaux des mers doivent aujourd’hui leurs caractères particuliers. Partie de ces sels se déposèrent ensuite lorsque les mers se retirèrent des lieux qu’elles avaient d’abord occupés; ils constituèrent plus tard ces amas de sel gemme, si abondants au milieu des terrains secondaires. Peu à peu, et par suite de l’extension des matériaux solides et du redressement de ces mêmes matériaux, l’océan primitif diminua non-seulement dans son étendue, mais il abandonna certaines portions de ses eaux dans l’intérieur des continents (note 30).
Ces portions délaissées par l’ancien océan ont
constitué les mers intérieures ou les méditerranées si ^
nombreuses dans l’ancien continent, et qui ne sont guère représentées dans le nouveau monde que par de grands lacs, qui abondent surtout dans l’Amérique méridionale. Plus tard enfin, et par le redressement du sol recouvert par l’océan et les méditerranées, les mers diminuèrent d’étendue et rentrèrent dans les
bassins et les limites qu’elles n’ont plus dépassés depuis lors. Aussi tout SLMuble achevé aussi bien pour l’océan que pour les mers intéric'iircs (note JH).
Ce tpji est arrivé aux eaux salées [tarait s’être égalemeiit opéré [tour les eaux douces, soit pour celles que i’üu voit soumises à un coin s régulier, soit pour les eaux stagnantes accumulées dans des bassins plus ou moins étendus. Seulement la séparation de ces dernières, ou, si l’on veut, leur distinction d’avec les salées ti eu lieu assex tard, lors des temps géologiques. Mais les unes et les autres paraissent avoir été plMs abondantes pendant celte grande période que dêpuja l’époque historiipie, où leur volume parait avoir grandement diminué (note .T2).
t)n est jpiii dp trouver sur la surface terrestre ainsi que dans l’atatosphére des masses d’eaux courantes OP des apias de vapeurs d’eau assez considérables popr produire des [ibénomènes comparables à ceux auxquels sont dus les dépôts diluviens, ba grandeur et rép ndtiedes matériaux qui composent ces immenses déjiüts est au-dessus de topt ce que les eaux actppllps, ep doublant ou eu triplant même leur volume et leur action, [jourraient effectuer. Les alluviopset les atterrissements de l’époqiip historique annoncent que, comipe les autres phénomènes de perlurbaiiop , les eaux sont rentrées dans des bornes si restreintes, qup leur violence est peu à craindre dans
l’éCatcies cliüses, àraison de leur diminution et de leur moindre abondance.
Il eu serait encore de même lorsque toute l’eau qui se maintient à l’état de vapeur dans l’atmosphère viendrait à se précipiter sur la terre d’une manière subite et instantanée; elle n'y produirait qu’une lame de neuf décimètres d’épaisseur, quantité beaucoup trop faible pour y produire des causes de désordre comparables à celles qui ont dispersé les dépôts diluviens. Aussi est-il probable que la vapeur aqueuse qui, dan les temps (jéolo ji jiies, se trouvait dans l’atmosphère, y était en plus forte proportion, à en juger par la température plus élevée et la plus grande masse d’eau existant pour lors à la surface du globe.
C’est dans tout cet excès d’eau, ainsi que dans la chaleur dont le globe jouissait dans les temps géologiques, que nous devons chercher la cause de ces terribles inondations dont les dépôts diluviens nous démontrent les derniers effets. On conçoit que, par suite de l’alfaiblissement de cette température et de la diminution de l’évaporation, de pareilles alluvions ne soient plus possibles aujourd’hui.
L’eau domine tellement encore à la surface de notre planète qu’elle annonce l’immense proportion d’oxygène disséminé dans les différentes couches qui la composent. Ce corps compose environ les vingt centièmes de la couche aériforme, et se montre combiné
avec la plupart des matériaux solides du globe. Sans doute il n’entre dans la composition de la couche liquide que pour le tiers de son volume, l’hydrogène formant les deux autres tiers. Mais ces deux gaz cons> tituent toute la vapeur d’eau disséminée dails l’atmosphère , ce qui annonce leur importance relativement à notre globe.
Sans doute nous ne pouvons guère estimer la proportion de la vapeur aqueuse disséminée dans l’atmosphère ; mais, malgré ses variations, elle existe constamment au milieu des couches aériformes, et cela pour répondre au grand objet auquel est destinée l’enveloppe gazeuse de notre planète. Dès lors elle annonce dans quel rapport l’oxygène et l’hydrogène sont disséminés sur la surface du globe.
Mais, puisque deux volumes de ce dernier gaz s’unissent dans k production de l’eau avec un volume d’oxygène, il s’ensuit qu’en ne prenant en considération que ce liquide, le volume de l’hydrogène est double de celui de l’air vital. Le premier de ces gaz estdonc bien abondant ; il le parait surtout lorsqu’on fait attention à la grande étendue des mers. A la vérité, on doit déduire trois ou quatre centièmes de la masse totale liquide pour les sels qui en font partie. Cette déduction a du reste bien peu d’importance. Aussi, en supposant à l’Océan une profondeur moyenne d’environ 5,000 mètres, il existe par cela même un volume
immense d’hydrogène en combinaison avec l’oxygène.
Il faut en outre ajouter aux masses d’eau superficielles les eaux intérieures ou profondes et celles qui sont mécaniquement engagées dans les roches. Sans doute une grande partie de ces dernières, reçues de l’atmosphère pour jaillir ailleurs sous forme de sources, n’est contenue dans les roches que comme dans un réservoir momentané , mais elle n’en augmente pas moins la quantité totale.
On ne peut du reste rien imaginer de plus simple ni de plus admirable que cette circulation de l’eau destinée à l’entretien de la vie des végétaux et des animaux. Quelque grande que puisse être cette quantité, ce n’est point encore la seule qui démontre combien est considérable la proportion d’hydrogène et d’oxygène à la surface ou dans l'intérieur du globe. Il existe en effet de l’eau disséminée dans les roches à un état ■ •
latent. Elle paraît même y être en proportion notable.
C’est surtout dans les couches qui servent de canaux souterrains aux sources que la proportion d’eau disséminée doit être énorme ; car elles font l’office de filtres, et ne doivent permettre le libre passage de ce liquide que lorsqu’elles en sont complètement saturées.
Les roches qui entrent dans la composition de notre planète contiennent donc de l’humidité disséminée; car la plupart d’entre elles, exposées à une chaleur convenable, donnent toutes de l’eau. Quel-
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qiies serpentines, ainsi que d’autres matériaux primitifs, eu recèlent jusqu’à 1 2 ou 1 5 centièmes, et bien des sels en renferment près de la moitié de leur poids. Cette proportion , et celle qu’on observe dans un grand nombre de minéraux, indique encore que l’eau provenant de celte dernière cause n’est pas sans quelque importance relativement au globe terrestre (note 33).
Mais si, d’après les faits que nous avons exposés, l’almospbère est maintenant parvenue à un état de fixité réellement remarquable, on peut se demander s’il en est de même de l’Océan et des mers intérieures qui n’en sont que des relaissées.
Pour résoudre celte question, il faut considérer si les eaux des mers ont varié dans leur étendue depuis les temps historiques, et si elles ont éprouvé également quelques changements dans leur niveau, leur salure et leur pesanteur spécifique.
L’étendue des eaux salées a été évidemment plus considérable dans les t<'mps géologiques qu’actuelleraent; car les produits marins fourmillent dans une infinité de couches terrestres fort éloignées du bassin des mers actuelles. Ces faits sont si connus que nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps, d’autant que nous les avons dijà discutés; on doit se demander, cependant, si une pareille diminution a eu lieu depuis les temps historiques.
Sans (foute, il est des points d’où les mers semblent se retirer par suite de l’accumulation des limons (jue les fleuves y apportent ; mais il en est d’autres qu elles paraissent au contraire envahir et venir occuper. Il y aurait donc compensation à cet égard ; elle doit en elFct avoir lieu , puisque le niveau des mers ne varie pas d’une manière sensible, ainsi cpie nous le prouverons plus tard. D’un autre côté, l’évaporation, qui enlève un(î certaine quantité d’eau à la masse liejuide, est dans une moyenne à peu près invariable; elle est d’ailleurs compensée par celle qui est entraînée dans le bassin des mers par les fleuves, et les rivién's , en un mot, par toutes les eaux courantes.
On a cependant prétendu que certains amas d’eaux salées, et par exemple la mer Glaciale, avaient diminué d’étendue depuis les temps historiques. Un s’est fondé sur l’extension immense qu’a dû avoir autrefois cette mer, au nord des steppes marécageuses et glacées de la Sibérie. Elie aurait été successivement hérissée de glace et par conséquent rétrécie dans les points où elle était jadis navigable, surtout vers le nord de l’Asie centrale. Ces faits ont été déduits de cartes chinoises et japonnaises; il parait en résulter que la Sibérie, à l’exception du Kamchatka, se serait étendue au nord, depuis le v« au vi' siècle, de plus de 7 " à 8“ de latitude, portant ainsi de plus
en plus loin au nord les eaux douces des fleuves de la mer Glaciale. .
Ces cartes n’offrent pas de degrés de latitude ; elles montrent seulement les steppes de la Sibérie au septentrion du mont Altaï et du grand désert de sable, fort peu étendues dans cette dernière direction. M. Paravcy, sentant combien ces cartes étaient imparfaites, a chercbé .à les appuyer sur des mesures plus précises de l’Océan Arctique en Sibérie. Pour cela, il a cité un astronome de Pékin qui estime ses bords .à 62“ ou 63“ de latitude nord.
C’est sur ces uniques preuves et sur des cartes aussi mal construites (jue l’on voudrait faire admettre que la mer Glaciale aurait cbangé d’étendue. Elles sont d’autant plus impuissantes pour justifier une pareille conclusion, qu’on découvre sur les bords actuels de celte mer, empâtée dans les terrains gelés à une grande profondeur, de grands animaux antédiluviens. Ce fait positif, et dont la réalité ne repose pas sur des monuments incomplets, prouve d’une manière évidente ijue les limites de la mer Glaciale n’ont pas varié depuis les temps historiques.
Il parait donc que les mers gagnent d’un côté ce qu’elles perdent de l’autre; du moins, il n’est aucun fait certain duquel on puisse induire que leur étendue ou, si l’on veut, leur masse totale ait réellement diminué depuis la dispersion des dépôts diluviens.
On doit d’autant plus le supposer, que leur profondeur et leur niveau ne paraissent pas non plus avoir varié depuis lors ; cependant cette profondeur, comme leur niveau, est extrêmement différente d’une mer à l’auti e, et même comparativement à l’Océan (note 34).
La profondeur des mers semble assez en rapport avec leur étendue et même avec la hauteur des côtes qui les bordent. L’Ocean est par cela même la' mer la plus profonde et celle dont l’élévation doit être la plus considérable. 11 est non moins remarquable de voir, dans l’état de repos, les eaux de l’Océan et celles de la Méditerranée faire partie du même horizon.
La comparaison entre les niveaux de ces deux mers * a occupé dans ces derniers temps les physiciens et les géographes; il était d’autant plus important à déterminer, que longtemps on avait admis un abaissement dans la hauteur de la Méditerranée. On avait même voulu y voir la cause du courant qui de l’Océan se dirige vers le détroit de Gibraltar, courant dû à l’énorme évaporation annuelle, que ne compensent pas les masses d’eau apportées dans cette mer intérieure par le Nil, le Rhône, le Pô, et les autres fleuves qui s’y déversent.
Des preuves directes et démonstratives de cette absence de compensation manquent complètement ; dès lors, cette hypothèse ne saurait être admise; mais il est certain qu’en été, à parité de latitude, les eaux
de la Méditerranée aont de 8° à 3“ 5 centigrades jîlus chaudes que celles de l’Océan. Les premières éprouvent donc une évaporation plus considérable que les secondes , et cette circonstance expli(pie trés-naturcllcmeut la petite différence de niveau qui peut exister entre les deux mers à cette épotjue.
Cette cause doit sullire en effet, si elle produit entre les hauteurs dec(*lte mer une différence quelconque^ mais sensible. Ce problème est donc en définitive nue question de fait. Le calcul et l’expérience peuvent seuls nous faire savoir de combien l’Océan Atlantique est plus haut que la Méditerranée, si toutefois il existe quelques différences de niveau entre les deux mers.
Le calcul, faute de bases sullisantes, ne peut avoir une grande précision, et l’expérience seule peut satisfaire les esprits les plus exigeants. Delambre a trouvé dans la grande chaîne de triangles de la méridienne de France, qui s’étend depuis Dunkerque jusqu’à Barcelone, le moyen de rattacher directement ensemble le niveau des deux mers. Les triangles compris entre Rodez et la Méditerranée lui ont donné pour l’élévation verticale de cette ville un résultat qui s’accorde, à une fiaclion de mètre près, avec la hauteur rapportée à l’Océan, qu’on déduit de la portion de chaîne interposée entre Rodez et Dunkerque.
Sans doute, pour faire servir ces observations à la
déterrpination d’une différence de niveau, il aurait fallu les répéter plus souvent, et les calculer avec le plus grand soin, au moyen de méthodes suflisamment exactes.
Cependant les ingénieurs français, MM. Delcros et Corabeuf, ont profité de ces chaînes diversement orientées, des triangles du premier ordre, qui couvrent toute la surface de la France, pour soumettre la question du niveau des deux mers à un nouvel examen. Nous devons au dernier un travail remarquable par sa précision, et dont le résultat a été que la ^ station duCrabère, qui sépare l’Océan de la Méditerranée, présente une différence moyenne entre la hauteur de cette montagne au-dessus de l’une et de l’autre de ces deux mers de 0‘",73 (ou 2 pieds 3 pouces). Cette différence est trop légère pour ne pas en conclure, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, que dans l’état de repos les eaux de l’Océan et celles de la Méditerranée sont au même niveau. En tout cas, on ne saurait douter que s’il existe à cet égard quelque* diversité elle ne soit insensible.
Les deux mers principales epii couvrent la. plus,
grande partie de la surface du globe ont donc un ^ même niveau, et il ne parait pas avoir varié depuis. * les temps historiques. 11 en est de même des variations de l’élévation des mers intérieures, dont la hauteur est supérieure ou inférieure à celle de l’Océan.
Ainsi, l’élévation de la mer Caspienne est moins considérable que celle de l’Océan , les eaux qui la composent s'étant accumulées dans la grande dépression de la partie centrale de l’Asie; sa surface se trouve donc de beaucoup au-dessous de l’Océan, et n’a point varié depuis les dépôts diluviens.
Celte mer, comme les autres mers intérieures, est une relaissée de l’ancien Océan : on ne saurait prétendre le contraire parce que les poissons qu’elle nourrit sont presque tous analogues à ceux des eaux douces, et que l’on y voit peu d’animaux réellement marins. On ne peut pas non plus supposer que la mer Caspienne n’a jamais été unie avec la mer Noire, les mêmes espèces de poissons et d’animaux marins ne se trouvant pas dans ces deux méditerranées.
Il est facile de juger que depuis l’époque historique la mer Caspienne, accumulée dans une des plus grandes dépressions de la surface du globe, doit recevoir, par cela même, un certain nombre de fleuves et de rivières qui. ont dû avoir des effets marqués sur sa salure. D’un autre côté, les fleuves qui s’y rendent ne * sont |>as les mêmes que ceux qui se déversent dans la mer Noire; par conséquent, leurs eaux y apportent » de, nouvelles espèces de poissons. 11 est donc naturel qu’îUeri soit de même des autres mers intérieures. En éffet, dans la première, le Volga y entraîne ses eaux, et la mer Noire reçoit au contraire le Danube, un des fleuves
les plus considérables de l’Europe, et dont le cours est totalement différent des premières eaux courantes.
Evidemment, l’Océan a constitué, lors de son origine, une seule mer avec la Méditerranée ; cependant les poissons et les animaux marins qui se trouvent dans l’une et dans l’autre, sont loin d’être identiques, quoiqu’elles aientle même niveau. Ainsi, aux anciennes époques géologiques , les mers intérieures ne composaient qu’une même mer avec l’Océan ; pendant longtemps encore après cette séparation, les premières communiquaient toutes ensemble, et ce n’est que peu à peu qu’elles sont rentrées dans leurs bassins respectifs, et qu’elles on t eu des végétaux et des animaux particuliers.
Ainsi, jadis la mer d’Aral était liée à la mer Caspienne, et celle-ci avec la mer Noire. Il serait par cela même facile d’établir une ligne de canaux qui mettrait en communication les bassins de la mer Caspienne et d’Aral avec la mer Noire et la Baltique au moyen du Volga. De pareilles communications bâteraient singulièrement la civilisation et la diffusion des lumières au milieu de ces vastes régions. Mais il importe de faire observer que, comme ce projet présente peu de difficultés , celte circonstance se’mble nous apprendre que toutes ces mers n’en formaient jadis qu’une seule avec le Grand-Océan.
Le soulèvement du sol secondaire a opéré la séparation des mers intérieures avec l’Océan primitif. Les
méditen allées dont les eaux se sont aceuinulées dans les lieux les plus abaissés de la surface du globe ont maintenant leur niveau non-seulement inférieur aux aulres mers intérieures, mais encore à l’Océan lûimème.Or, c’est un fait désormais acquis pour la physique du globe, qu’il existe dans la partie centrale de l’ancien continent une grande et immense dépression. 11 est dès lors tout simjile que le niveau de la mer Caspienne soit très-inférieur à celui de tous les amas d’eau salée, puisque cette mer se trouve dans le point le plus abaissé de la surface du globe.
Ce fait n’a pas sans doute d’analogie sur la terre; mais il en existe un grand nombre dans l’hémisphère visible, de la lune, où des profondeurs immenses descendent bien au-dessous de la surface générale de cette planète.
A l’inverse, certaines mers, par des causes qui nous sont inconnues, ont leur niveau supérieur à celui d’autres amas d’eau s,îlée. Telle est, par exemple, la mer Rouge, dont les eaux sont plus élevées que celles de la Méditerranée d’environ dix mètres, ainsique les anciens l’avaient admis, quoiqu’elles communiquent avec rOcéan. H parait également certain que les unes et les autres ont conservé le même niveau depuis les temps historiques, à [leu près comme divers amas d'eaux douces et salées disséminées à la surface de notre planète. Seulement l’industrie humaine a pu
d’au(ant plus aisément les dessécher, que leur hauteur a été supérieure à celle des mers les plus voisines.
Ainsi les eaux douces et salées, <à qiieltpie classe (pi’apparliennent ces dernières, c’esl-à-diie, qu'elles soient courantes ou slajjnantes, ne paraissent pas avoir varié ni dans leur étendue ni dans leur niveau, iilles n’ont pas éprouvé depuis les dépôts diluviens de notables changements, parce que la cause qui les entretient, ou l’évaporation, est elle-même dans un état de stabilité réellement remarquable.
11 eq est de même des autres phénomènes qui se fapporten|; aux eaux salées, tels que leur pesanteur spécifique, et le degré de leur salure; car évidemment cette salure ne pourrait éprouver de changement notable, que si les eaux des mers venaient à diminuer ou à augmenter. Or, rien n’annonce qu’il en soit ainsi, la densité et la salure des mers est aussi invariable que leur niveau; et ces deux circonstances, liées à l’existence de leprs eaux, conservent cette stabilité qui carpclérise d’une manière si éminente les phénomènes actuels.
Toutefois, |a proportion des matériaux salins confenns dans l’eau des mers, et particulièrement dans l’Océan, varie selon les latitudes, et d’après certaines conditions; mais çes variations sont si légères qu’elles sont sans ipiporlance dans la généralité de ce phéqppaéne. Aipsj, il est toui simple et tout naturel que la
salure diminue dans les lieux où de grands fleuves se mêlent à l’Océan ; quelquefois même , lorsque leurs courants sont extrêmement considérables, elle s’affaiblit plus ou moins, et quelquefois même jusqu’à d’assez grandes distances des côtes (note 35).
Les mers intérieures, même celles qui communiquent avec l’Océan , présentent cependant des exceptions à cette loi générale; car, elles sont presque toujours moins salées. 11 n’en est pas de même de la IMéditerranée ; du moins d’après la pesanteur de ses eaux et quelques faits non encore publiés, elle paraîtrait recéler une proportion de sel plus forte que celle qu’on lui a supposée.
Quant aux autres mers ou lacs salés sans communication avec rOcéan , leur degré de salure pourrait changer dans la suite des siècles , si l’évaporation leur enlevait plus d’eau que les fleuves qui s’y perdent n’en apportent. En effet , si à une époque quelconque il y a égalité entre l’évaporation et les masses d’eau douce qu’elles reçoivent , les dépôts entraînés par les fleuves comblant peu à peu leur fond , leur niveau devra s’élever et leur surface s’étendre. L’évaporation deviendra par cela même plus considérable, et augmentera en proportion de l’étendue qu’auront prise les eauj^. La salure, ainsi de plus en plus prononcée, pourradonner lieu à des dépôts abondants. L’industrie , en mettant en réserve dans de grands
bassins des dépôts d’eaux des mers, opère par le seul effet de l’évaporation des produits salins dont elle tire ensuite parti (note 36).
Cette diversité , dans le degré de salure des eaux , ne laisse pas que d’exercer une certaine influence sur la distribution des animaux. £lle parait du moins empêcher la plupart d’entre eux de remonter les fleuves, et les rendent tout à fait propres aux mers dont ils ne peuvent et ne sauraient s’écarter. Cette remarque s’applique surtout à la Baltique et à la nier Noire, où la proportion des matières salines ne parait pas s’élever au delà du tiers de ce qu’elle est dans les eaux de l’Océan Atlantique.
Les grandes pluies et la fonte des glaces et des neiges diminuent encore la salure des mers sur certains points, particuliérement sur les plus rapprochés des côtes. L’eau de la mer en se congelant repousse en quelque sorte le sel qu’elle contient. Aussi la résolution en eau d’une grande quantité de glace ne peut qu’affaiblir la salure dans les lieux où elle s’opère , tout comme leur formation ne peut que l’augmenter. Mais l’agitation constante des eaux des mers, les courants et les tourmentes qui mélangent sans cesse les eaux des différentes latitudes et même des diverses profondeurs, tendent à rétablir à cet égard leur uniformité primitive. Aussi, malgré les causes
accidentelles que nous venons de signaler, elle est raie
rement troublée d’une maniéré notable, du moins d’après ce que nous a appris M. Gay-Lussac. En effet, cet habile physicien, de eonceit avec M. Despretz, a essayé et analysé de l’eau de l’Ücéan Atlantique prise en pleine mer à peu près à toutes les latitudes , depuis le tropique du Capricorne jusque dans nos latitudes; la proportion de sel contenu dans toutes ces eaux n’a varié que d(> 3,48 à 3,77 pour cent parties d’eau. Irwiny a trouvé la quantité des substances salines entre 3,30 et 3, .50 dans de l’eau de l’Océan puisée au 80'' degré de latitude nord, presque sous les glaces du pôle, variation qui, comme on le voit, est bien légère.
D’un autre côté, d’après Irwing et Marcet, l’eau prise à de grandes profondeurs , comme par exemple à 1,250 mètres et au delà, ne présente pas de différence sensible dans la salure.
Les eaux du Grand-Océan seraient donc également salées partout, lien est de leur composition comme de celle de l’atmosphère; elle est à peu près la même dans toutes les latitudes. Si le mélange des gaz qui forment l’air atmosphérique et le degré de salure des mers avaient éprouvé des changements notables, l’existence des animaux terrestres et marins aurait pu être singulièrement compromise; aussi de pareilles variations ne pouvaient entrer dans les desseinsde la nature(note 37).
La stabilité dans In salure et la densité de l’eau des
mers a été soumise à un nouvel examen. Ces questions ont été examinées lors du voyage de la Bonite^ D’après les physiciens qui ont fait partie de cette expédition, ces deux circonstances éprouveraient toutefois quelques variations , suivant la hauteur des couches de l’Océan ; mais elles sont infiniment légères. Ainsi , comme les eaux du fond sont un peu plus salées que celles de la surface, la densité de l’eau prise en ce point est moindre que celle de l’eau puisée à une certaine profondeur. Cependant la quantité d’air tenu en dissolution dans l’eau est moins considérable à la surface de la mer que dans les bas-fonds; la différence parait s’élever jusqu’à un centième du volume de l’eau.
Les gaz recueillis à une grande profondeair renferment plus d’acide carbonique qu’il n’en existe dans l’eau puisée à la surface. Cette dernière est parfaitement limpide, tandis que celles qui proviennent au contraire des bas-fonds tiennent en suspension dea matières floconneuses en proportion plus ou moins considérable. Aussi est-il probable que l’acide carbon nique des eaux profondes dépend de la décomposition de ces matières, ou peut*être encore y est-il tout formé. C’est ce que des analyses faites sur les lieux nous permettront sans doute de décider.
Si ces observations sont exactes, elles ne.soni pas de nature à modiller les conclusions que nous avons dé-
ihiit>‘s des faits ci-dt ssus rap})orté8. Üu reste, toutes les eaux, quelle que soit leur nature^ s’imprègnent des gaz qui reposent sur leur surface. Cette absorption s’opère par une sorte d’allinité qu’elles exercent sur les différents gaz. Lorsqu’on étudie ses effets sur l’oxygène et l’azote , ces deux principes constituants de l’air atmosphérique , on la trouve plus forte pour le premier que pour le second. 11 en résulte que les eaux des fleuves et des mers, toujours en contact avec l’atmosphère , se chargent à la longue d’un mélange gazeux où l’oxygène domine.
Par une conséquence nécessaire de ces propriétés , la vaste étendue des mers, qui recouvrent une grande partie du globe, tient en dissolution un mélange gazeux dont les proportions prés de la surface doivent être égales à celles que contiennent les eaux continentales. Du moins, M. Biot a trouvé dans l’eau de la mer puisée à 1,000 mètres, un mélange d’air qui présentait en volume ‘28 d’oxygène sur 100. Une pareille proportion a été rencontrée dans la Méditerranée.
C’est encore là une de ces harmonies qui prouvent combien la nature a veillé au maintien et à la durée des êtres vivants, et par conséquent à ce que toutes les causes qui pourraient compromettre leur existence fussent essentiellement limitées dans leurs variations.
La salure et la densité des eaux des mers différent donc bien peu à leur surface. En effet, d’après les expériences du docteur Marcel, les limites des pesanteurs spécifiques de l’Océan seraient entre 1 ,0272 à 1 ,0297; tandis que la densité des mers intérieures serait a peu prés de 1 ,0141 à 1 ,0293.
Néanmoins, à mesure qu’on s’enfonce dans la profondeur des mers, la pesanteur spécifique de leurs eaux doit augmenter , à raison de leur compressibilité. L’effet de cet accroissement dans la pression empêche les végétaux et les animaux de vivre dans le fond de l’Océan ; ils résistent d’autant moins à cette augmentation , qu’à cette influence vient s’ajouter l’absence de la lumière. '■
Les causes qui font varier les eaux des mers dans . leur salure et leur densité ontdonc des effets extrême- . ment restreints ; dès lors ou doit les considérer comme arrivées à un état fixe et stable.
Voyons maintenant quel peut être l’effet de la température sur les eaux des mers.
La chaleur des couches liquides et solides est à peu de chose près produite par l’action des rayons solaires, avec cette différence, que l’effet de ces rayons pénètre moins bas dans les premières que dans les secondes. Cette diversité dépend de ce que les couches liciuides s’échauffent moins que les solides , par suite (le leur évaporation plus facile, de
leur mobilité et de leur plus faible conductibilité. D’un autre côté, l’eau étant compressible, sa température s’augmente par l’effet de la pression ; aussi le maximum de densité de ce liquide est-il à environ + 4 “, 5 .
■ Cependant, d’après les observations du docteur Hope , l’eau de mer, différente en cela de l’eau pure, se dilaterait par la chaleur à toutes les températures au-dessus de son point de congélation , et se contracterait par le froid. Cette observation est trop en opposition avec les faits les plus positifs et les mieux établis, pour être admise jusqu’à ce qu’elle ait été pleinement confirmée.
Quoi qu’il en soit, une infinité de causes variables en intensité, agissent simultanément sur la chaleur des eaux des mers ; dès lors, leur température doit éprouver des différences assez considérables. Deux causes tendent cependant à la rendre susceptible de variations moins étendues que les terres sèches. Premièrement la faible conductibilité des couches liquides pour le calorique les empêche de s’échauffer autant que les solides. En second lieu , et en supposant que les observations du docteur Hope ne soient pas exactes , le maximum de densité de l’eau des mers est, comme celle de l’eau pure, à + 4°,5 ; toutes les fois qu’elle a acquis cette température, elle doit tendre à descendre, et les couches les plus basses
doivent s’élever pour remplacer celles-ci. 11 existerait donc des courants ascensionnels et descendants plus ou moins forts dans les eaux des mers, courants d’aUtant plus constants que la cause qui les occasionne l’est elle-même.
Aussi, d’après M. Dumont d’Urville, dans toutes les mers libres , la température générale des couches inférieures, à des profondeurs de 600 brasses et plus, est presque constante. Elle est assez rapprochée d’une lirai te comprise entre -f- et + 5", qui est le maximum
de densité de l’eau. Cette température se modifrc pnv gressivement , à mesure qu’on s’élève vers la surface, pour se rapprocher de la température des eaux su- •
perficielles, suivant la saison de l’observation. Enfin • dans la zone la plus voisine de Eéquateur, c’est-àdire entre 10° de latitude notd ét 10° de latitude * sud, une cause particulière semble occasionner dans les couches sous-marines, jusqu’à cent brasses, un . refroidissement plus brusque qu’on aurait lieu de l’attendre.
D’après l’observateur que nous venons de cher, les lois de la distribution de la température' ne sont pas>’ • » les mêmes pour la Méditerranée que pour l’Océan.
En effet, celle des couches inférieures jusqu’à cent cinquante brasses parait dépendre de la chaleur des couches supérieurès, et d’une manière d’autant -plus sensible que celles-ci ont été plus échauffées. Au delà
de ces cent cinquante brasses , les couches inférieures sont soumises à une température égale* à peu de chose prés, à + 13°.
La diminution de la chaleur des eaux des mers à mesure qu’on s’approche des terres offre, toutes circonstances égales d’ailleurs , presque autant d'exceplions qu’il y a d’observations qui la confirment. 11 en est de même du fait généralement admis qu’un thermomètre plongé dans l’eau s’élève graduellement lorsque, partant d’un port ou d’une l>aie, on fait voile vers la haute mer.
La présence d’un banc ou d’un haut-fond, quelquefois sensible et évident par ses efi'ets sur la température des eaux des mers y est souvent sans aucune influence. Ainsi, le 1 4 août 1 838, la frégate la Vénus, approchant de l’archipel des Marquises, passa sur une grande langue de terre située auprès de ces iles. Elle la franchit et ne se trouva plus que par 6 à 8 brasses de. profondeur; tandis que, peu d’heures auparavant, le fond de la mer n'était pas atteint au moyen d’une ligne de 200 brasses. .
Cet énorme changement n’amena cependant aucune différence sensible dans la température de l’eau. 11 n’est donc pas exact de prétendre que l’eau des mers est toujours plus froide sur un banc que près des grandes profondeurs. 11 parait pourtant qu’un refroidissement sensible est souvent la con-
séquence ordinaire d’un banc , et peut même en faire prévoir la rencontre; mais certaines circonstances accidentelles, et encore peu appréciées, en masquent quelquefois les effets , et en rendent l’impression presque nulle.
Du reste, les observations sur k chaleur des eaux des mers dans le voisinage de l’équateur , loin des continents et loin des grandes iles, sont de la plus haute importance pour la détermination des températures terrestres. Elles en ont une d’autant plus grande , qu’entre les tropiques et en pleine mer la chaleur des eaux de l’Océan varie peu. La température moyenne déduite de dix , douze ou vingt observations analogues faites sans choix , entre 1 0® de latitude nord et 10® de latitude sud, a présenté partout les mêmes résultats , à une fraction de degré près.
On peut, à l’aide de ces faits, attaquer avec succès une question capitale restée jltSqu ici indécise, celle des températures terresli es. Avec leur secours on n’a plus du moins à s’inquiéter des influences locales, naturellement fort circonscrites, comme le déboisement des montagnes et des plaines , les changements opérés par la culture sur la forme et la nature du .soi, et enfin le dessèchement des lacs et des marais.
Chaque siècle, en léguant aux siècles futurs quelques chiffres bien faciles à obtenir, leur donnera le moyen peut-être le plus simple, le plus exact, le plus
direct, de décider si le soleil aujourd’hui, source première et source à peu près exclusive de la chaleur de notre globe, change do constitution physique et d’éclat, comme la plupart des étoiles, ou si au contraire cet astre est arrivé sous 'ce rapport à un état permanent.
Les observations de la F’énns confirment puissamment cette seconde proposition. La température de rAll?.nti((ue, voisine de l’équateur, a été trouvée à midi, dans le mois de janvier 1837, par les navigateurs à bord de celte frégate, de + 26",6, et en mai 1839, de + 2G",8. D’un autre côté, l’Océan Pacifique leur a donné pour la région équatoriale correspondante à 130° de longitude occidentale, dans le mois de juin 1837, -|-2t)‘',9; et enfin, dans un méridien plus rapproché de celui de l’archipel des Galapagos, dans le mois de février 1839, de 26",9. Ces mesures prouvent que la température de l’Océan varie peu, et en même temps que la chaleur solaire est arrivée maintenant à un état de fixité et de stabilité réellement remarquable. -
Il résulte encore de l’ensemble des observations qu’il existe pour la température de l’air à la surface du sol, et pour c<‘lle de l’air qui repose sur le bassin des mers, un maximum et un minimum qui ne sont jamais dépassés. Les moyennes déduites de l’ensemble des observations faites sur les climats terrestres
et dans les lieux les plus diiïérents conduisent à un pareil résultat.
En effet, dans aucune contrée de la terre sur le continent, et dans aucune saison de l’année, un thermomètre élevé de 2 à 3 mètres au-dessus du sol et à l’abri de toute réverbération , n’atteint pas au delà de + 46 à + 50° centigrades.
Ceci ne fait pas qu’un thermomètre, mis en contact avec un sol qui, par suite de sa nature, s’échauffe d’une manière considérable, ne puisse s’élever jusqu’à -f- 60", ou que, lorsqu’on le recouvre d’une mince couche de sable ou même de terre végétale, il ne parvienne quelquefois à + 72°, ou même + 75"; mais ces effets calorifiques, dépendant de circonstances particulières, ne peuvent être tenus en compte comme des résultats directs de la chaleur solaire. •
En pleine mer, la température de l’air surmarin, quels que soient le lieu et la saison, n’atteint jamais + 31" à + 34°.
Quant au degré de froid le plus extrême qu’on ait observé sur le globe avec un thernioinélre suspendu dans l’air, il ne parait pas avoir été au-dessous ^de — 56° à — 58°. 7
Ainsi, par exemple, le capitaine Back a vu le-thermomètre à — 56°, 6 sur les côtes de l’Amérique sep- . tentrionale, à 67°,46 de latitude, et le capitaine Parry a éprouvé dans Pile Melville un froid de — 47°.*
Les plus haules températures de l’air qui aient été observées sous la zone torride se sont élevées à + 45” ou + 55°; car Lyon et Ritchie ont vu leur fher.nométre à + 54° à l’oasis de Mourzouck, et les degrés les plus inférieurs ne sont pas descendus à — 57". La limite des variations extrêmes de l’air à la surface de la terre est donc d’environ 112°.
La plus basse des températures de l’air qui ait été reconnue est celle qu’a éprouvée le capitaine Back sur les côtes de l’Amérique septentrionale; elle a cela de remarquable d’être extrêmement rapprochée de celle qui parait caractériser les espaces planétaires. On sait que l’on considère celle-ci comme assez rapprochée de — 60" ou de — 66", d’après les observations récentes combinées avec les calculs de Fourier et de Swamberg.
Cette coïncidence et les résultats de l’expérience prouvent que Poisson n’était pas fondé à supposer que la chaleur de l’espace se maintenait constamment à — 13", tandis qu’elle lui est inférieure d’au moins 47". D’un autre côté , la température de l’eau des mers ne s’élève jamais sous aucune latitude et dans ' au«iine saison de l’année à + 30" centigrades. C’est à ce lefme que la température moyenne se maintient dans^ les régions équatoriales aux bords de la mer. Quant au minimum de cette température, il ne s’abaîsse pas au-dessous de 0, en sorte que les variations
que pciil éprouver la couche liquide sont moins du tiers de celles que ressent la couche.aériforme.
En résumé, la température de l’air et des eaux, et même la chaleur centrale, est maintenant dans un état de stabilité remarquable à la surface du globe ; car cette dernière ne fait pas varier le thermomètre d’un trentième de degré. La chaleur de l’espace parait elle-même presque constante, et les températures moyennes terrestres ne varient pas non plus d’une année à l’autre de plus de 1 à 2“ centigrades. Ce fait est d’autant plus digne d’attention, que depuis l’extrême minimii jusqu’au maxiina le plus élevé, le thermomètre parcourt dans l’année jusqu’à 108®. A la vérité, ces deux points extrêmes n’ont jamais lieu dans la même localité. En effet, les maxima sont uniquement bornés aux régions équatoriales, comme les miiiima aux régions polaires, ou du moins aux pays les plus septentrionaux, en sorte que la température n’atteint jamais ces deux points extrêmes dans les mêmes lieux ni dans la même contrée.
On peut encore voir une preuve de la stabilité des mers dans leur densité comparée à celle de la terre ; elle est même beaucoup moins considérable qu’elle le parait à la surface des couches terrestres , puisque la densité de celles-ci s’augmente à mesure que ces couches s’approchent du centre. Les déterminations fournies par le pendule, les degrés du méridien et
enfin l’attraction des montagnes, en sont des preuves précises et certaines.
Cependant plusieurs causes irrégulières, telles que les vents et les tremblements de terre, agitent la mer et la soulèvent à de grandes hauteurs; elles vont même, dans certaines, circonstances, à la faire sortir de ses limites. Mais ces perturbations sont toujours momentanées , et les eaux des mers tendent bientôt à reprendre leur état d’équilibre; les frottements et les résistances de tout genre finiraient même par les y ramener sans l’action du soleil et de la lune.
Cette tendance constitue l’état d’équilibre et de stabilité auquel lés mers sont maintenant arrivées , condition que les causes agissantes ne sauraient leur faire perdre. Elles ne le pourraient que si leur moyenne densité était moindre que cèlledela terre, ce que rien ne peut fairesupposerdans les temps actuels.
La densité des mers parait même n’avoir jamais varié ; si cependant des produits marins se trouvent à plusieurs milliers de mètres au-dessus de leur niveau , ce n’est pas que leurs eaux aient atteint pour cela une pareille élévation. Le soulèvement des couches qui les renferment les y a portés. Les débris des végétaux etdes animaux marins ont donc été exhaussés du fond'des mers à une hauteur aussi considérable, et l’on ne doit pas- attribuer leur présence à quelques mil* liers de métros au-dessus du niveau, des mers actuelles
au défaut d’équilibre et de stabilité qu’auraient eu , lors de leur soulèvement, les eaux de l’ancien Océan.
Au contraire, dans l’état primitif et liquide du globe terrestre, les matières les plus pesantes se sont rapprochées du centre, et cette condition a déterminé la stabilité des mers. Cette stabilité, comme celle des autres phénomènes terrestres, n’a éprouvé depuis lors aucune sorte de dérangement, les causes actuellement agissantes étant tout à fait impuissantes pour en détruire l’ordre et l’harmonie. En effet, les causes fortuites ou constantes qui troublent l’équilibre des mers sont assujetties à des limites qui ne peuvent être franchies. La pesanteur spécifique des eaux étantbeaucoup moindre que celle de la terre solide, les oscillations de l’Océan sont toujours comprises entre des limites fort étroites, ce qui n’arriverait certainement pas si le liquide répandu sur le globe était beaucoup plus pesant.
L’observation des débris de corps organisés marins à 4,342 mètres dans le nouveau monde , et dans l’ancien continent de 3,410 à 3,500 mètres, tient uniquement à cette cause. Les soulèvements seuls les ont exhaussés avec les couches qui les renfermentà d’aussi grandes élévations. Du moins, les marées, quelque violentes qu’on les suppose, car elles paraissent avoir été constamment limitées dans des bornes assez étroites , n’ont jamais |)rës( nié une ]»areille grandeur, el
par cela même elles n’ont pas pu produire de pareils effets.
Aussi Dolomieu a prétendu sans fondement que des marées de sept à Imit cents toises avaient emporté de temps en temps le fond des mers , et l’avaient jeté en montagnes et en collines dans les vallées ou sur les plaines primitives du continent. Ce sont là des hypothèses gratuites, dont on pouvait tout au plus se contenter dans l’origine de la science, mais que le progrès de nos connaissances rend tout à fait invraisemblables. Ceci n’empêche pas cependant que les eaux douces ou salées, stagnantes ou courantes, n’aient point d’action sur les parties du sol qui les supportent. Elles agissent au contraire, soit chimiquement, soit mécaniquement sur les diverses portions des continents où elles sont accumulées. La première de ces actions est même d’autant plus énergique qu’elle est favorisée par la chaleur de la croûte solide du. globe.
Indépendamment de cette action , les grandes masses d*'eau exercent une autre influence sur les continents, elles établissent une égalité de température dans lest parties qui en sont. rapprochées. Les couches li- ’quides qui les composent s’échauffent en effet beaucoup moins que les matériaux solides. Il suffit de se rappeler que, tandis que la température de l’air à la surface de la terre dépasse parfois + 46 degrés cen-
li(j;i'ades, ou 50 degrés, celle de l’eau de ruer ue s’élève jamais au delà de + 30 degrés. Il en résulte que l’air sur-marin est généralement plus froid et plus dense que celui qui repose sur les continents.
Cette circonstance doit établir conséquemment des courants d’air à peu près constants des mers sur les terres , et maintenir dans un équilibre plus marqué la température de l’intérieur des terres. Ainsi , dans des lieux voisins situés aux mêmes latitudes et aux mêmes hauteurs , mais dont l’un est rapproché des mers et l’autre en est éloigné, la proximité des grandes masses d’eaux salées diminue considérablement les extrêmes du froid et de la chaleur. Les étés et les hivers sont plus égaux entre eux, et leur température est plus uniforme. Ces effets sont même sensibles dans les lieux peu distants, dont l’un est rapproché et l’autre situé à peu d’éloignement du bassin des mers. Aussi est-il certain que les climats littoraux ont une plus grande égalité dans la distribution de la chaleur qu’ils reçoivent que les climats continentaux.
Ces effets tendent à maintenir la température de la surface du globe dans un état remarquable de fixité ; ils dépendent de la faible conductibilité des couches liquides pour la chaleur. Cette cause contribue avec leur grande capacité calorifique à rendre extrêmement lents les changements tfe température qui s’opèrent dans la profondeur des mers, lorsque leurs
eaux changent de latitude. Sans cette circonstance, les mers seraient sillonnées par des courants d’une telle rapidité que toute navigation deviendrait presque impossible. Ce qui aurait lieu, par exemple, si l’eau avait la faible capacité et la conductibilité du mercure. 11 est diiïicile de ne pas voir dans ces faits une de ces harmonies admirables, dont la nature nous fournit un si grand nombre d’exemples.
$* Des terres sccties et déconvertes, ou des continents.
Si la terre a eu dans son origine une température assez élevée pour avoir maintenu les matériaux dont elle est formée à l’état gazeux, comme pai’aissent être les éléments des comètes et des astres nouveaux qui se préparent et s’achèvent au milieu des espaces planétaires, il faut nécessairement qu’elle conserve audessous de sa surface durcie «t solidifiée quelque chose de cet excès de chaleur (note 38).
Les faits sont ici d’accord avec ce que la théorie fait présumer à priori. Le globe terrestre possède dans son intérieur un reste de cette haute tempéralui e dont il a joui aux premières époques de sa formation. A son alTaiblissement a été due la consolidation des matériaux qui composent aujourd’hui les continents, ‘comme à cette chaleur centrale il faut attribuer leur exhaussement et leur alignement en ohiiiiies plus ou moins étendues.
La terre est donc un globe qui se refroidit; il paraît' du moins qu après avoir été maintenue à l’état de fluide incandescent, la consolidation de sa surface a produit le sol primitif. On peut dés lors concevoir qu’à une température plus élevée toutes les matières qui constituent la terre ont pu être fluides et lumineuses, et qu’elles ont pu même être antérieurement à l’état de gaz ou de vapeur.
En remontant ainsi des faits à leurs conséquences, les géologues modernes sont arrivés aux mêmes hypothèses que le génie des Leibnitz, des Descartes, des Newton, des Buflbn, des Laplace, des Fourier, des Herschel avait émises à priori ou aii moins en partant de considérations d’un autre ordre.
D’un autre côté, une diminution de chaleur pourrait amener la solidilication de l’atmosphère et de tous les liquides qui se trouvent à la surface et dans l’intérieur du globe. Ces changements dans l’état des divers matériaux terrestres pourraient même avoir lieu plusieurs fois alternativement, sans la moindre infraction aux lois de la nature , et sans que notre planète cessât de leur obéir.
Si la chaleur de l’intérieur de la terre est un reste de celle qui, primitivement, a maintenu les matières les plus fixes et les plus denses dans un état de liquidité complète, elle doit être tout à fait indéjiendante de l’action solaire. Elle l’est tellement qu’elle ne se
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manifeste -qu’au-nlessous de la couche à ü-avers laquelle les rayons du soleil peuvent exercer leur action. Loin de diminuer, comme cela devrait être, si le soleil était la seule source de chaleur pour le globe, elle augmente an contraire à mesure qu’on s’enfonce dans sa profondeur et qu’on s’éloigne des couches échauffées par les effets de ses rayons.
Le globe a donc une chaleur à lui propre ; cette source de chaleur pour la terre ne doit rien aux rayons vivifiants du soleil, elle n’en emprunte pas les feux. Seulement, à peu prés insensible sur sa surface, elle n’affecte le thermomètre que d’un trentième de degré; son influence paraît pourtant avoir été fort considérable dans les temps géologiques , à en juger par les végétaux et les animaux des régions tropicales ensevelis sous les glaces du pôle ou dans les régions tempérées.
Indépendamment de l’accroissement de température que les tbermomètres éprouvent au-dessous de 28 ou 30 mètres, point où cesse l’action des rayons solaires, d’autres faits ne peuvent guère se concevoir et encore moins s’expliquer si l’on n’admet point cette chaleur propre du globe. Les eaux thermales et les sources qu’à l’aidé des sondages on fait arriver au dehors témoignent assez de la température de l’intérieur de la terre et de la lenteur de son abaissement. Elles en sont des preuves évidentes, puisque feurcha-
leur est d’autant plus grande qu’elles arrivent de plus bas. Il en est de même encore des eaux thermales qui découlent des hautes montagnes. Les plus élevées de ces eaux et dont les sources sont placées le moins profondément sontaussi les plus pures ou les moins chargées de matières salines. Leur température est aussi la moins élevée. Celles, au Contraire, qui s’écoulent à la base des montagnes, et qui paraissent provenir des plus grandes profondeurs, présentent une chaleur considérable. Elles contiennent aussi l’acide sulfhydrique en quantité notable, ainsique des sels à base de soude, matières qui caractérisent essentiellement les eaux thermales des terrains primitifs (note 39).
La constance de la chaleur des eaux thermales, aussi bien que celle des sources dérivées des puits artésiens, démontre d’une part, que la cause qui la produit est générale et agit en même temps d’une manière bien uniforme. Elle prouve que son affaiblissement doit être bien faible, et qu’il doit s’opérer avec une extrême lenteur, puisque les variations de ses effets sont presque insensibles. Le calcul annonce que sa diminution est à peine de degré par siècle; ce décroissement est si minime qu’inappréciable pour nos instruments, il est par cela même tout à fait insensible sur les changements de la caloricité des eaux thermales.
Parmi les causes qui peuvent opérer des effets aussi
constants et aussi uniformes, il n’en est pas de plus générale que la chaleur propre du globe, dont l’abaissement est si faible et si insensible, ainsi que nous venons de le faire observer. Aussi en faisant la pqrt des erreurs possibles dans les expériences, et en ayant égard à l’accumulation de la chaleur produite par la combustion des lampes et la respiration des mineurs, et enfin à l’influence que peuvent avoir les réactions chimiques sur la chaleur développée, on arrive toujours au même résultat.
1° En Europe et dans la plus grande partie de l’ancien continent, l’accroissement de la température est, au-dessous de la couche traversée par les rayons solaires, de 1 ° par 25 ou 30 mètres de profondeur ;
2“ En Amérique, continent plus nouveau, cette augmentation parait marcher plus rapidement, et n’être pas moindre de 1 ° par 1 2 ou 1 5 mètres.
La même mesure, appréciée à l’aide du sondage ou des puits artésiens, donne des nombres tellement rapprochés des premiers, qu’il est diflicile de ne pas y voir une confirmation de leur exactitude. En effet, d’après les eaux qui en découlent, l’accroissement de la chaleur de l’intérieur du globe serait de 1° par 31 ou 32 mètres de profondeur.
L’épaisseur des couches terrestres traversées par les travaux des mines ou par les sondages artésiens , est sans doute peu considérable relativement au dia-
mètre terrestre ; elle est néaatnoins assez forte pour faire présumer d’après la chaleur observée aux profondeurs auxquelles on est parvenu, qu’elle serait plus grande encore s’il était possible de s’enfoncer plus avant dans l’intérieur de la terre. L’imparfaite conductibilité des matériaux solides qui composent l’écorce du globe donne à cette supposition un certain degré de vraisemblance. Si donc vers la surface de la terre cet accroissement suit une progression arithmétique, il doit présenter une marche plus rapide dans de plus grandes profondeurs, et probablement il arrive pour lors à tracer une progression géométrique (note AO).
En se fondant sur l’ensemble de oes faits , on a cherché à évaluer l’épaisseur que pouvaient avoir maintenant les matériaux solides qui cômposent l’écorce solide du globe. D’après des calculs assez plausibles, elle serait peu considérable ; carelle ne s’étendrait pas à plus de 25 ou 30 lieues au - dessous de sa surface. Cette mince couche nous sépare donc dans l’ancien continent des fournaises ardentes qui maintiennent les matériaux les plus 6xes et les plus denses dans un état de fusion complet , et cela à peu de distance du sol que nous foulons à chaque instant. Ces vingt-cinq ou trente lieues nous mettent ainsi à l’abri de ces foyers brûlants, à peu près comme l’atmosphère qui nous entoure et dont la hauteur est en-
core moias considérable, nous préserve du froid glacial ( — 66°) des espaces interplanétaires.
On peut opposer à cette théorie, que jusqu’à présent des thermomètres n’ont été portés dans les mines qu’à, de très-petites profondeurs , car on n’a pa§ encore pénétré à plus de 500 mètres au-dessous du niveau de l’Océan. Cette profondeur est beaucoup trop petite pour faire juger d’un accroissement de .température assez grand pour rendre les matériaux les plus fixes et les plus denses dans un état complètement liquide à quelques lieues au-dessous du sol. En étendant ces observations à 25 ou .‘ÎO lieues , on les apprécie à une profondeur de 200 ou de 240 fois plus grande que celle qui a été réellement évaluée.
Il en est de même des sondages ; car, si dans quel- . ' ques points on les a poussés au-dessous de 500 mètres, il ne parait pas que l’on ait jamais atteint une pareille profondeur au-dessous du niveau de l’Oeéan. Ainsi la première de ces mesures fixe l’épaisseur la plus considérable qui nous est connue au-dessous des mers. Quelque minime qu’elle puisse paraître, elle est néanmoins suHisaute pour nous faire comprendre les principaux faits géologiques, et conduire avec d’autres faits à "T existence extrêmement probable de la chaleur ])ropre du globe.
Les éruptions volcaniques nousaimoncenf encore par la violence de leurs feux, comme les eaux thermales,
les sources des puits artésien» et certaines circons> tances géologiques non moins influentes, que la terre possède dans son intérieur une chaleur immense, reste de, celle dont elle a joui à l’origine des choses. Ces phénomènes nous apprennent que le globe a une température qui lui est propre; en efifet les torrents de chaleur que les volcans répandent au dehors ne proviennent pas plus de l’action solaire que la lumière qui accompagne leurs éruptions.
Ainsi les foyers volcaniques sont comme des sortes d’évents qui épanchent au dehors l’excès de chaleur qui existe dans l’intérieur de la terre. Cet excès était plus prononcé encore dans les temps géologiques qu’actuellement; aussi non-seulement d’abondantes matières ignées ont été rejetées à toutes les époques du sein du globe ; mais leur nombre a notablement diminué depuis l’époque historique.
Les volcans encore en activité sont en effet restreints aux portions de la terre les plus abaissées et les moins éloignées du bassin des mers. Leurs phénomènes généraux ont entre eux de si grandes analogies qu'ils doivent être produits par une même cause située à de grandes profondeurs.
Cette cause donne aux sources thermales une température constante; elle opère égalèrnent la fonte des glaces éternelles par leur partie inférieure.
L’hypothèse de la chaleur centrale s’accorde donc
avec l’ensemble des faits observés ; elle explique la circonstance remarquable de l’élévation de la temj)érature terrestre à de petites profondeurs, c’est-àdire au-dessous de28oude 30 mètres. Cette dernière ne coïncide en effet presque jamais avec la température moyenne de l’atmosphère. On la voit du moins constamment supérieure à cette dernière. Elle coïncide aussi avec les observations intéressantes de Wahlenbcrg répétées par Kupfer. D’après ces physiciens, plusieurs plantes à racines profondes ne fleuriraient dans les régions du Nord que parce que la température moyenne de l’intérieur de la terre y est plus élevée que celle de l’air.
- L’irrégularité et la convexité des lignes isothermes , à mesure qu’on se rapproche des régions polaires, semble confirmer cette influence. Elle parait dépendre de ce que, par suite de la moindre accumulation et de la grande quantité des fissures des couches solides dans cette partie du globe, la température propre de la ten e y exerce encore quelque influence. Les lignes isothermes ne coïncident du moins dans leur direction avec les parallèles terrestres que sous la température moyenne de plus -f- 25°.
- D’autres faits viennent à l’appui de l’hypothèse de la chaleur propre de l’intérieur du globe, chaleur que sa surface a en grande partie perdue par les effets du rayonnement. Ainsi, l’eau des mers et des lacs
paraît se distribuer d’après sa pesanteur spécifique et les lois particulières à la dilatation de ce liquide, dont le maximum de densité est, comme on le sait , à + 4°, 5. La température de ces eaux ne prouve . donc rien généralement, ni pour ni contre la théorie de la chaleur centrale. Cependant , dans plusieurs localités des hautes latitudes, on reconnaît une augmentation de température avec la profondeur, qui ne s’accorde point avec la distribution de l’eau d’après les lois connues de sa pesanteur spécifique. Cette augmentation de température qui s’interpose dans les effets de la densité paraît due à la chaleur du fond de la mer. Quoiqu’elle produise un effet sensible sur des eaux qui approchent, autant que celles des hautes latitudes , de leur maximum de densité , elle ne parait pas cependant perceptible dans les climats chauds, peut-être à raison de leur température élevée.
D’après les lois de la nature, et ces harmonies que l’on découvre à chaque pas dans les choses créées, la liquidité du fond des mers n’est pas uniquement produite par la température j elle tient aussi à la circonstance que l’eau pure se solidifie seule, en sorte qu’en passantà l’étatde glace elle abandonne les sels qu’elle tenait auparavant en dissolution. CeS $els..en se précipitant au fond des eaux, en augmentent la ‘ salure; par conséquent, ils éloignent le point de sa congélation. Cette prticularité tend à maintenir l’eau
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à l’état liquide, et l’empêche de se prendre en masse et toute à la fois. Aussi la surface des eaux des mers passe seule à l’état solide, et les poissons \ivent ainsi tranquilles dans leur profondeur, quoiqu’ils soient souvent couronnés de dômes de glace de plus de quarante mètres d’épaisseur. Les couches d’eau congelée qui surnagent et pèsent sur la portion liquide en retardent nécessairement la congélation. Les effets de la pression qui augmentent la densité des couches profondes par celh; qu’exercent les portions qui les surmontent y contribuent également.
Ainsi, par une de ces heureuses et admirables combinaisons, preuve de l’intelligence supérieure qui a veillé à la durée des choses créées , les animaux peuvent parcourir les mers, jusque dans les plus hautes latitudes , sans avoir à craindre d’être saisis par la congélation instantanée de l’élément qui leur a été donné en partage.
Si on ajoute à ces faits celte circonstance extrêmement probable d’une chaleur qui contre-balance dans le soleil et certaines planètes les effets de la ptv santeur, et si on se rappelle que la figure de la terre indique un ancien état des choses dans lequel les . molécules de la matière jouissaient d’une libre cir- "* culation , il est diflicile de ne point admettre que le globe possède une chaleur à lui propre. Ce feu central a dû être plus considérable dans les temps géo-
logiques qu’aetuellemeiit ; car tous- les phénomènes qui se sont succédé à la surface de notre planète annoncent qu’il a éprouvé un abaissement graduel et successif.
Les physiciens qui n’admettent pas l’existence du feu central sont cependant forcés, pour rendre raison des différents phénomènes physiques, d’avoir recours à une chaleur très-intense agissant d’une manière générale sur la croûte du globe. D’après eux, l’ensemble des roches des terrains stratifiés inférieurs composerait des dépôts' semblables à ceux qui se forment de nos jours. Ces roches auraient même recélé jadis des débris des êtres organisés, dont les restes auraient été détruits par suite de la chaleur élevée qu’ils auraient éprouvée. Il y a plus encore, leurs caractères actuels seraient dus , selon eux, à l’action d’une grande chaleur qui aurait totalement changé leur structure initiale.
Ces suppositions sont trop contraires aux lois de la physique et à la composition des couches terrestres, que l’on prétendrait produites de cette manière, pour mériter la moindre discussion . En effet, une pareille explication des faits se réfute assez d’elle-même, pourne pas exiger de plus longs détails. Nous ferons seulement ol>server que les terrains stratifiés inférieurs , répandus sur l’universalité du globe avec des caractères identiques, annoncent qu’ils ont dû éprouver avant leur re-
maniement une température extrêmement élevée ; cette chaleur, aussi générale que leurs dépôts, doit être la même que celle dont le centre de la terre ressent encore l’influence. L’extinction du feu central à la surface de la terre empêche les formations peu étendues qui s’y produisent encore d’éprouver des modifications comparables à celles qu’ont subies les matériaux des premiers âges. Si de pareilles modifications n’ont plus lieu , la cause qui les a opérées dans les anciennes phases du globe a cessé depuis longtemps d’exercer une action sensible, du moins sur la surface de notre planète, par son aifaiblissement et sa diminution constante et progressive (note 41).
La terre, examinée dans son ensemble comme dans ses détails, nous apprend, par les phénomènes qui s’y sont succédé, que toutes les matières qui la composent ont été à l’état de gaz ou de vapeur. La température qui les maintenait à l’état aériforrae s’est affaiblie par degrés ; les effets de cette diminution les ont ramenés en partie à l’état liquide , et enfin à l’état solide, état naturel vers lequel tendent tous les corps. En effet, on peut regarder l’étàt de vapeur ou de gaz comme une sorte d’état transitoire , que la matière abandonne lorsque la chaleur diminue et la pression augmente.
Aussi l’attraction moléculaire, la pression et les réactions chimiques ont amené les corps à l’état so-
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lide, lorsque la chaleur n’y a plus mis d’obstacle. La condensation, en triomphant de la force d’expansion due au calorique , a rapproché les molécules les unes des antres; elle les a co-créées de manière à rendre leurs masses fermes et compactes , dés que rien ne s est plus opposé à l’action de la pesanteur. Les éléments qui y ont obéi ont pris une disposition , une forme et des apparences bien plus saisissables pour nos sens que celles qu’elles avaient auparavant. Cependant, quoique nous disposions des forces qui tendent à l'approcher les molécules des corps , il en est une foule que nous ne sommes point encore parvenus à solidifier.
Ces substances, qui ont résisté à tous les agents dont nous disposons, composent cependant les matériaux les plus d urs et les plusdenses du globe; mais elles sont toujours eornbinéesavecd’autreséléments. Eneffet, parmi elles, on peut citer l’oxygène, l’hydrogène et Taxote qui, en combinaison, entrent tout à la fois dans la partie solide et liquide de la terre. Ils changent même chaque jour d’état, et pour ainsi dire sous nos yeux, à la température et à la pression ordinaires.
Si nous avons été jusqu’à présent impuissants pour ramener l’oxygène, l’hydrogène et l’azote à l’état liquide ou solide, la possibilité d’un pareil changement est cependant probable, depuis que nous avons rendu liquide le chlore , ce gaz presque aussi combu-
rant que l’air vital. U a sufti pour y parvenir de le soumettre à une pression de quatre atmosphères , et à l’influence d’une température de — 15", 56. Cette possibilité est devenue pour ainsi dire assurée depuis que nous avons liquéfié le gaz acide carbonique, au moyen d’un abaissement de température de — 25°, et que nous l’avons solidifié en portant cet acide carbonique liquide à — 55°, 5 (note 42).
La résistance de ces gaz à passer à l’état liquide ou solide par les moyens qui sont à notre pouvoir est d’autant plus extraordinaire , que l’azote , par exemple, devient fluide lorsqu’il est uni à deux fois son volume de carbone. Le cyanogène exige seulement la faible pression de 3°,6 d’atmosphère, et une température de 7°, 22 pour être liquéfié. D’un autre côté , l’oxygène , en se combinant avec différents corps, devient solide à toutes sortes de températures.
Ainsi, les mêmes efl'ets qui ont lieu dans les corps célestes dont la formation s’opère sans cosse dans l’immensité de l’espace , sont également produits sur notre globe. La chaleur y a longtemps triomphé , comme elle triomphe encore dans la plupart de ces astres, aux premières périodes de leurs phases. Mais peu à peu la pesanteur a contre-balancé les effets du calorique; elle a fini même par exercer une action plus puissante , dont l’influence a été le passage
de certains corps gazeux à l’état liquide ou solide.
Ce qui est arrivé sur la terre paraît se passer dans les globes nouveaux dont l’apparition frappe chaque Jour nos regards. Ces globes augmenteront ainsi le nombre des corps planétaires du système solaire , comme de tout autre système stellaire.
On peut du moins présumer, depuis la découverte, faite par Herschel, d’Uranus et de ses six satellites , de Cérès et de Junon par Fiazzi, de Pallas et de Vesta par Olbers, que le système des planètes qui entourent le soleil de leurs orbes concentriques et diversement inclinés, a été complété en grande partie. En effet les planètes de ce système paraissent disposées autour du grand astre dans des rapports simples de leurs dimensions relatives (note 43).
Les faits que nous venons de rapporter , et auxquels il serait facile d’en ajouter d’autres , semblent annoncer que la terre, comme probablement les autres corps planétaires du système solaire , est passée par des phases diverses avant d’arriver à son état actuel. Il ne s’agit donc plus que de savoir si la terre est destinée à éprouver de nouvelles modifications, ou si, au contraire, elle est achevée et a reçu s® perfection définitive.
Examinons donc les corps divers que notre globe nous présente ; voyons si chacun d’eux est complètement fini dans ce sens] qu’il n’y ait plus , par rapport
à eux, de créations nouvelles. Nous n’avons presque pas besoin de définir cette expression , dont le sens est clair et précis; mais, afin d’éviter toute équivoque, nous dirons que l’on ne doit considérer comme telles que la production d’une matière ou d’un être qui n a jamais existé , et qui est tiré du néant par une puissance supérieure.
Ainsi, en appliquant cette définition aux êtres vivants , il est évident que leur création n’était point terminée aux époques géologiques, puisqu’à chacune de ces époques ont correspondu de nombreuses générations sans aucune analogie avec celles qui les avaient précédées, ni avec celles qui allaient leur succéder. Ces êtres qui apparaissaient tout à coup étaient sans antécédents comme sans aïeux ; dès lors ils doivent être considérés comme de véritables créations nouvelles, puisque rien ne les avait précédées, et que l’on peut même remonter jusqu’à l’époque où elles ont commencé.
Mais en est-il de même aujourd’hui ? On le supposelait én voyant .de nouveaux individus succéder à leurs parents , comme les premiers ont été suivis à leur tour par des êtres stîrablablfi^ à eux; la chaîne des êtres actuels n’offre donc pas 4’lnlerrqption) et nous la voyons se prolonger d’une ipapiére constante et continue. Pour si peu cependant qpe l’on y réfléchisse, il est facile d’arriver jusqtx’aux preoflçcs ^n-
iieaux-de cette chaîne, et de reconnaître 'que leur succession est la conséquence nécessaire de la puissance ou de la faculté donnée par la nature aux êtres vivants de se perpétuer indéfiniment. Dans cette continuation, il y a bien succession, mais non pas création dans le sens précis et littéral de la valeur de cette expression. Lors de l’apparition de l’espèce dont sont provenus tous ses descendants, il y a bien eu création; tandis que, depuis lors, il n’y a plus eu que continuité de la même espèce, et point formation ou production d’un autre type.
Toute la question se réduit donc à savoir si depuis les temps historiques, c’est-à-dire, pendant ceux auxquels nous appartenons, des espèces nouvelles ont apparu sur la surface de la terre. Les faits les plus précis et les plus positifs démontrent qu’aux races actuellement vivantes il ne s’en est jamais ajouté de nouvelles. En effet, les êtres animés se maintiennent ici-bas dans une stabilité et une fixité remarquables , dont l’homme par sa puissante influence peut seul troubler quelques instants l’harmonie. Ainsi, depuis ces temps , dont nous pouvons évaluer la durée, il n’y a pas eu sur la terre de nouvelles créations d’êtres vivants , et tout parait complètement terminé par rapport à eux.
Sans doute, s’il existait de véritables ou de réelles générations spontanées, ou des êtres vivants opérés par le
seul concours de la matière, il y aurait pour lors de véritables créations nouvelles, ces êtres n’ayant point d’antécédents. Mais un pareil pouvoir a-t-il étéattribuéà la nature brute? Peut-elle donner ce qu’elle ne possède pas , et animer, par suite d’une puissance dont rien ne constate la réalité , une portion des matériaux qui la composent ? Sans vouloir entrer dans les discussions que soulève la question des générations prétendues spontanées, uous dirons seulement qu’elles ne peuvent pas soutenir un examen un peu attentif, du moins les observations microscopiques les plus délicates n’en démontrent pas la réelle existence (note 44).
Ces recherches prouvent que les générations spontanées sont tout au plus des transformations d’une forme à une autre, qui dérivent constamment d’un point organisé ou d’une mère commune. Lorsqu’elles ont lieu chez des êtres qui semblent se rapporter aux végétaux, elles proviennent constamment de globules ou de globulins. On remonte toujours jusqu’à ces premiers linéaments de l’organisation végétale; ils montrent que le moindre point animé dérive sans exception d’une mère ou d’une souche commune.
On les retrouve encore chez les êtres doués du mouvement volontaire, ou chez les animaux ; ceux-ci proviennent de globulins infiniment simples, comme Us êtres où se produisent de pareilles transformations.
En effet, ces changements de formes ne sont (|ue des états transitoires par lesquels passe le plus bas des degrés de la vie végétale et animale.
Les apparitions subites de certains végétaux et animaux, qui ont lieu toutes les foisquedes circonstances favorisent le développement de leurs germes, se remarquent uniquement chez les êtres les plus simples ou les plus inférieurs de la série ; ce sont aussi ceux dont les dimensions sont les plus exiguës. On ne voit jamais des transformations de ces points, à peine animés, en d’autres êtres dont la vie serait moins problématique. On nepeutpasnon plus en suivre les progrès chez les végétaux assez compliqués pour présenter d’une manière distincte de la matière verte, assimilée par certains à la matière nerveuse des animaux. On ne lepeiit pas davantage chez lesanimaux même les plus simples, surtout chez ceux qui offrent déjà quelques tracesou <juelque ébauche de systèmé nerveux; comme sont, par exemple, les monadés hétérogènes ou composés. Si l’on a paru le supposer pour les monadés homogènes ou simples, le peu de complication de leur organisation, (jui a rendu plus diflicile l’appréciation des moyens à l’aide desquels ils perpétuent leurs espèces, en a été probablement la cause. Toujours est-il que CCS animaux n’ont ni nerfs ni fibre musculaire distincte, ni aucun organe apparent de respiration, de circulation, de reproduction, ni même de locomotion.
Les végétaux qui présentent de pareilles incertitudes sont également des plus simples. Les plantes mucédinées formées par un amas considérable de globulins nous en fournissent du moins des exemples. Ces globulins n’ont besoin, pour se développer, que du concours de circonstances favorables ; mais il est presque toujours possible de remonter jusqu’à leur point de départ. On les voit, à l’aide du microscope, dériver d’un autre corps, c’est-à-dire, de la souche qui leur a donné naissance. Les productions spontanées, que l’on ferait mieux de désigner sous le nom de transformations spontanées, s’effacent par l’observation des êtres auxquels elles donnent lieu. En effet l’expérience directe les repousse aussi bien que l’analogie; car il n’est aucun fait duquel on puisse induire que la matière bru te jouisse de la facultédepouvoir s’organiser d’elle-môme. Cette propriété devrait être démontrée, pouradmettre l’existence de véritables productions spontanées, et, tant qu’elle ne le sera pas, celles-ci ne pourront être considérées comme réelles et manifestes.
Ce qui prouve qu’elles n’ont d’existence que parles germes qui les produisent, c’est que lorsqu’on détruit ces germes on ne voit plus rien s’opérer, toute transformation cesse d’une manière complète. Il suffit pour cela de faire macérer les infusions végétales qui donnent lieu à de pareilles formations de globules dans
une atmosphère chargée d’acide sulfurique concentré. On peut rendre également ces infusions impuissantes pour faire naître des corps organisés quelconques en les lavant avec une solution alcaline.
Il sullit de porter à une chaleur rouge l’air dans lequel on doit placer une matière organique animale ou végétale en macération dans l’eau pour lui ôter toute faculté productive. Ces divers agents ne pourraient enlever à la matière inorganitpie la faculté de s’organiser si elle possédait véritablement la propriété organisatrice. Cette matière n’en jouit donc pas; car CCS agents, loin de. la lui enlever, l’activeraient au contraire si elle était réelle. Il est, du reste, facile de concevoir l’action destructrice qu’ils exercent sur les germes fécondateurs, unique cause de ces transformations.
La matière animée a donc seule le pouvoir de donner cette faculté incompréhensible nommée, la vie, soit par voie de génération, soit par voie évolutive, soit par mode de transformation. Ce dernier mode en est peut-être le plus simple; aussi parait-il réservé aux êtres les moins compliqués et les moins avancés en organisation. Il faut rechercher les conditions fondamentales de la génération chez ces êtres, puisque cette fonction, y est réduite à ses derniers termes, et débarrassée de tout ce qui n’est pas indispensable.
En effet, toute partie vivante se sépare du type, soit
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pour continuer à se développer seule, soit pour chercher dans une autre les moyens nécessaires à son développement ultérieur. La loi est donc toujours la même, soit que la fonction puisse être accomplie par un seul individu, soit qu’elle doive être partagée entre deux organes distincts. La vie ne se reproduit pas instantanément par un acte unique et isolé; elle se développe d’une manière lente et progressive, sans interruption, comme une continuation, une conséquence de la nutrition. La matière inerte s’organise et devient vivante dans l’organisme souche, avant d’acquérir une existence indépendante, et la vie se propage ainsi sans interruption appréciable.
Si cette manière de considérer la reproduction est exacte, elle repousse toute idée de génération spontanée; car, la vie ne pouvant résulter que de la séparation d’iine partie vivante, la matière inanimée ne peut donner ce qu’elle ne possède pas elle - même. Dès lors il y a impossibilité ([ii’il y ait réellement prodjietion vivante spontanée résultant d’une eombinaison quelconque de la matière inorganique (note 45). .
Du reste, les matériaux organiques qui semblent prendre des formes nouvelles, et simuler en quelque sorte de véritables générations spontanées, sont uniquement celles qui offrent la composition la plus complète. Elles sont du moins les seules chez lesquelles l’analyse démontre les quatre éléments généraux des
corps vivants, le carbone , rhydrogène , l’oxygéne'et l’azote.
Ces matériaux n’affectent jamais la forme cristalline; vus au microscope, ils présentent des surfaces arrondies, et constituent par leur réunion des globules ou des fibres, enfin une sorte de tissu. Lorsqu’on les met en contact avec l’eau sons rinfluencede l’air et d’une certaine température, ils entrent dans un état particulier que l’on a nommé putréfaction , faute de pouvoir mieux le signaler. Enfin ces matériaux organiques, qui ont aussi vécu, ont aussi le pouvoir de s’organiser d’une manière plus complète; ils donnent lieu à une foule de matières dont la vie paraît moins obscure et plus manifeste que les substances dont' elles proviennent.
Il en résulte parfois des animalcules microscopiques qui peuvent digérer dans l’estomac d’un autre animal vivant et entrer dans la composition de ses fluides nourriciers. Ces matéj i.uix, qui ont constitué et ont fait partie des organes des animaux et des végétaux, sont dans de certaines circonstances su.sceplibles de se transformer en de nouveaux êtres. Mais ces transformations s’arrêtent au premier terme do la. série végétale et animale, et ne s’étendent pas au delà ; elles ont en outre cette particularité remarquable, de ne jamais se produire que chez des substances organisées de la manière la plus simple.
. Ces productions obscures , et sur l’existence desquelles il existe tant d’incertitudes , ne sauraient faire admettre que la création des êtres vivants n’est point achevée. Il serait encore plus dilFicile de voir dans ces ébauches, ou dans ces premiers linéaments de la vie, des précurseurs des végétaux et des animaux les plus parfaits. En juger ainsi serait aller tellement loin qu’il suflit d’énoncer une pareille proposition pour faire saisir (ju’elle ne peut pas être adoptée.
Ainsi, en bonne philosophie, comme d’après l’observation directe, tout parait achevé dans la création actuelle. On peut en trouver une preuve tout aussi évidente dans la comparaison entre l’organisation des anciennes générations et celle qui constitue les races actuelles.
Sans doute, les lois qui ont réglé l’organisme des êtres vivants ont été constamment les mêmes à toutes les phases de la terre. Elles ont toujours établi un rapport et une harmonie parfaite entre la structure des végétaux et des animaux et les conditions d’existence auxquelles ils étaient soumis. Aussi, d’après ces rapports manifestes nous pouvons juger des mœurs et des habitudes propres aux espèces de l’ancien monde, tout aussi bien que nous le faisons pour celles du monde auquel nous appartenons.
Seulement, à en juger d’après l’ensemble des ca-
ractéres de certaines de ces anciennes espèces, leurs conditions d’existence devaient exiger parfois des organismes très-complexes, et à tel point que le même animal offrait des dispositions propres à plusieurs tribus, ou à plusieurs familles, ou à plusieurs classes.
Ainsi le genre r/j/«cojaMTOi’d’Owenoirraitdes particularités extrêmement remarquables, dans la forme de son crâne , la structure de ses vertèbres , de ses côtes et de quelques-uns de ses os longs. Il présentait d’une manière simultanée les caractères des crocodiles, des lézards et des tortues. Ces combinaisons de familles aussi diverses par leurs mœurs que par leur organisme, essentiellement manifestes dans les formes et les rapports des os du crâne , indiquent des conditions d’existence toutes particulières au reptile qui réunissait à la fois le système propre aujourd’hui aux sauriens et aux cbéloniens.
Cette grande complication de structure n’annoncet-elle pas que le reptile chez lefJUel on l’observe n’était pas arrivé à un degré complet d’organisation comme nos espèces actuelles qui n’oifrentja mais des caractères propres à plusieurs tribus. Du moins, lorsque les reptiles actuellement vivants .sont arrivés à leur état parfait ou normal, on les voit ou sauriens, ou cbéloniens, ou batraciens, ou ophidiens; inais ils ne réunissent jamais les dispositions particulières à plusieurs de ces tribus.
D’autres reptiles de l’ancien monde offraient une organisation encore plus complexe, puisqu’ils étaient à la fois poissons, oiseaux et mammifères, to’it en conservant le type caractéristique du premier ordre. En étudiant l’ensemble de l’organisme de ces animaux , on les dirait comme des sortes de tâtonnements ou des essais à l’aide desquels la nature tendait à des formes plus arrêtées et phis perfectionnées.
Comme ces reptiles réunissaient des caractères propres à différentes classes , les combinaisons de leur structure, leur donnaient l’aspect le plus bizarre et le plus étrange. Ces combinaisons, aussi diverses que singulières, les faisaient ressembler aux animaux fantastiques de l’ancfenne mythologie. Ainsi l’ichtbyosaure avec la mâchoire d’un dauphin avait les dents d’un crocodile, la tête et le sternum d’un lézard , les extrémités d’un cétacé , mais au nombre de quatre ; ces animaux marins en ont seulement deux. Leur tronc et leur queue avaient les mêmes proportions et les mêmes parties qu’un quadrupède ordinaire.
Cet étrange reptile,organisé pour respirer l’air, avait une suraddition de nageoires verticales postérieures ; elles équivalaient à la queue horizontale si essentielle aux cétacés pour-faire arriver leur tête à la surface de l’eau afin de respirer. Une queue verticale était admirablement appropriée à la forme roide des icbthyo-
saures, dont le cou était des plus courts. Celle queue leur pern>ettait de suivre avec une sullisante rapidité les mouvements latéraux de leur tête, mouvements nécessaires pour qu’ils pussent saisir leur proie.
Une organisation non moins complexe caractérisait bien d’autres reptiles ; parmi ceux-ci, nous nous bornerons à citer le^ plésiosaures et les ptérodactyles.
Les premiers avec un cou d’une longueur excessive avaient le corps d’un serpent, et des organes du mouvement analogues aux membres antérieurs des cétacés. Leur cou, extrêmement prolongé, supportait une tête analogue à celle d’un crocodile; comme cette dernière , elle était armée d’un grand nombre de dents aiguës et acérées. Quant à leur tronc, ses proportions étaient fort rapprochées de celles qui caractérisent celte partie chez un quadrupède ordinaire.
Des anomalies non moins étranges signalaient un autre j cplile de l’ancien monde, dont les formes étaient tellement paradoxales , qu’il a été considéré par un grand nombre de naturalistes comme ayant apparlénu aux oiseaux. Cependant, quoiqu’il ait pu se soytenir dans les airs, et avec bien plus de facilité que les dragons actuels, il se rapportait pourtant aux reptiles. La particularité qu’il présentait d’avoir ses ailes fixées entre ses doigts lui a fait donner le nom de ptérodactyle.
Ce reptile volait donc comme les chauves-souris ; mais la membrane à l’aide de laquelle il se soutenait dans les airs était supportée par un seul doigt, les autres indépendants ne servaient pas à cet usage. Ces habitudes rendaient ces animaux tout à fait différents des sauriens actuels ; car les dragons font tout au plus usage, tomme de parachute, des membranes étendues placées sur leurs flancs.
Ce n’était pas là, du reste, les seules particularités des ptérodactyles. La forme de leur tête et la longueur de leur cou étaient semblables à celles de ces parties chez les oiseaux. Leurs ailes s’approchaient de celles des chauves-souris, tandis que leur queue et leur corps rappelaient très-bien ceux des mammifères. Ces caractères, joints à un crâne étroit, comme celui des reptiles, et à un bec garni de soixante dents aiguës, offraient une combinaison d’anomalies en apparence tout à fait extraordinaires.
Cependant, à l’aide de leur museau allongé et de leurs dentsaiguës, les ptérodactyles pouvaientsaisirune proie vivante que leurs yeux leur permettaient d’apercevoir de loin et probablement même pendant la nuit. Leurs ailes, desquelles partaient des doigts terminés par de longs crochets semblables à l’ongle recourbé du pouce des chauves-souris, leur permettaient de voltiger à leur gré. Au moyen de ces crochets, qui formaient une griffe puissante, ces reptiles pouvaient
ramper ou grimper ou même se suspendre aux arbres. Enfin ils paraissent avoir été doués de la faculté de nager, faculté que l’on n’observe chez aucun reptile vivant qui peut en même temps se soutenir dans l’air.
En effet, aucune de leurs espèces,- après avoir parcouru les vastes plaines de l’air, ne pourrait s’enfoncer dans la profondeur des eaux ou ramper à la surface de notre planète. Il fallait, pour que ces animaux pussent vivre ainsi alternativement dans l’air et dans l’eau, qu’ils fussent composés de parties essentiellement disparates. Ces étranges reptiles semblent avoir été si peu construits pour durer, qu’ils n’ont pas longtemps persisté sur la scène de l’ancien monde. Leur vie semble avoir été aussi courte qu’elle était éphémère, se faisant entre eux une guerre continuelle.
Lors donc qu’on compare ces types des premier» âges où la vie s’est manifestée à la surface 'du globe, avec les types des races actuelles, non-seulement on ne trouve entre eux aucune analogie; mais on ne voit pas de pareilles et d’aussi grandes complications se présenter chez aucun être actuellement vivant.
11 n’y a donc point de |>arité entre l’organisation paradoxale des anciens reptiles et celle qui caractérise les animaux de cette classe de notre époque. On ne saurait en trouver non plus entre la disposition, toute
anormale qu’elle est, d’un des mammifères de la Nouvelle-Hollande, qui est muni d’un bec analogue à celui d’un oiseau. 11 peut paraître singulier d’observer àTextrémité de labouched’un ornithorhynque un bec analogue à celui d’un canard. Mais l’étonnement cesse lorsqu’on voit cet animal, dont toutes les habitudes sont aquatiques, offrir, comme les autres mammifères, deux dents placées partout au fond de la bouche.
D’après ces faits, les espèces des temps géologiques, dont les conditions d’existence devaient être extrêmement complexes, à en juger par leur organisation, n’étaient pas des espèces complètes et parfaites comme les races actuelles. Elles étaient, en quelque sorte , comme des pierres d’attente de créations plus avancées et plus perfectionnées. Aussi la vie a-t-elle marché constamment du simple au composé, et les êtres se sont succédé sur la terre en raison directe de la complication de l’organisation.
Quoique le progrès vers une organisation plus compliquée soit la loi la plus générale des anciennes créations, il ne parait pas qu’elle s’étende jusqu’aux générations actuelles. Tout progrès parait avoir cessé pour elles depuis le moment où l’homme, le plus parfait entre les êtres vivants, a apparu ici-bas comme pour couronner et comprendre les œuvres merveilleuses de la création.
Ainsi, les corps organisés, comme la terre qui les supporte et qu ils embellisent , sont maintenant complètement achevés. Rien n’annonce qu’ils soient des pierres d attente ou comme des sortes de passage pour des i>rogrès à venir; car il faudrait admettre en même temps que 1 homme lui-même est susceptible d’un perfectionnement physique ultérieur, ce qu’aucun fait n’indique ni ne laisse présumer.
En supposant que notre planète soit achevée, par rapport aux êtres qui 1 animent et l’emhellissent , on peut se demander s’il en est de même des dépôts inorganiques qui la composent et la constituent?
Pour résoudre cette question , il faut nécessairement étudier la composition du globe terrestre. Avant d’entrer dans les détails qui peuvent nous la faire connaître, il est essentiel de s’arrêter quelques instants sur une observation préliminaire.
La terre, avons-nous dit, comme probablement tous les astres du système solaire et des autres systèmes, a été, dans le principe, formée d’une matière gazeuse. Par l’effet de la condensation, cette matière, d’abord à l’état de vapeur, a passé peu à peu à l’état liquide et enfin à l’état solide. Une partie a cependant conservé la forme gazeuse et a constitué l’atmosphère.
La terre, considérée d’iine manière absolue, a donc été formée dés son origine par la même matiére.qui
la compose aujourd’hui. Seulement cette matière a changé successivement d’état; dés lors on peut admettre qu’elle n’a pas été achevée jusqu’au moment où les principaux matériaux dont elle est l’assemblage ont pris l’état et la consistance nécessaire à sa stabilité. Ainsi, tant que les matériaux terrestres n’ont pas reçu leurs formes et leurs dispositions définitives , et que par leur étendue ou leuf abondance ils devaient avoir de l’importance dans la composition du globe, il n’y a eu rien de fixe ni de stable ici-bas, et par conséquent rien de terminé.
Si l’on voulait étendre cette conséquence jusqu’à l’absolu, il n’y aurait encore rien d’achevé sur la terre, puisque, par le seul effet des volcans, une grande quantité de matériaux terrestres doit changer
d'état et de forme, et souvent même doit être modifiée dans sa nature. Sans pousser cependant cette conséquence aussi loin et l’admettre d’une manière aussi rigoureuse, il suffit que nous observions les matériaux inorganiques dont le globe est composé dans un état a peu prés complet de fixité, pour présumer que tout est achevé pour notre planète.
Etudions donc les faits qui peuvent nous faire juger si la terre a réellement acquis cette stabilité vers laquelle elle a tendu dès son origine, et à laquelle elle n est parvenue qu 'après bien des modifications.
Doux circonstances paraissent essentielles à cette
fin; du moins dans tous les temps elles ont exercé la plus grande influence sur l’état des corps naturels. Ces circonstances sont d’une part la température , et en second lieu la pression. En effet, ces deux causes amènent les corps à des états divers d’autant plus variés qu’ils sont loin d’être simples ou à l’état élémentaire. L’eau en est un exemple frappant : quoiqu’elle se vaporise à zéro de température, et qu’elle passe à ce terme à l’état solide , elle se maintient néanmoins liquide au-dessous de ce degré à la pression ordinairç et dans certaines circonstances, surtout si elle est en repos. Mais elle passe en entier à l’état aériforme lorsqu’on porte sa température à + 100°, et qu’on la maintient à ce degré.
Cette chaleur suffirait donc pour vaporiser toute l’eau qui existe à la surface du ^lobe. Elle augmenterait nécessairement de beaucoup celle qui se trouve disséminée d’une manière constante dans l’atmosphère. La même quantité de chaleur serait suffisante pour rendre liquide ou même vaporiser une foule des corps que l’on rencontre aujourd’hui à l’état solide. De même un abaissement daqs la température du globe , qui la ramènerait à zéro , donnerait aux rochers de glace une permanence tout aussi grande que celle des roches les plus solides et les plus fixes.
L’état des corps naturels dépend donc de la température ; il est facile de concevoir que, par l’effet d’une
chaleur très-considérable , à peu près tous prendraient la forme de vapeurs, tout comme l’état solide, si l’abaissement de la température descendait audessous d’un certain terme.
On ne doit pas cependant rapporter au refroidissement actuel de la terre les divers abaissements de la température climatérique , lors même qu’ils seraient aussi réels qu’on a voulu le supposer.
Il est mathématiquement prouvé que si l’intérieur de la terre passait à un refroidissement total, la chaleur climatérique ne serait abaissée que d’un trentième de degré , ce qui est tout à fait indifférent pour celle de la surface du globe. Le calcul prouve encore qu’à une lieue de profondeur la température la plus élevée serait presque sans influence sur la superficie de notre planète, et qu’elle ne ferait monter le thermomètre que d’environ un trentième de degré.
Du reste, la terre, comme tous les corps qui se refroidissent, a nécessairement diminué de volume, et par conséquent son mouvement de rotation s’est accéléré. Or, les observations astronomiques les plus anciennes, celles des Chaldéens, qui remontent à deux mille ans, ne laissent pas supposer que la révolution diurne de la terre se soit jamais accomplie en un temps plus long qu’actuellement.
Il semble dès lors naturel de conclure que la terre n’a pas dû éprouvei’ un refroidissement appréciable
depuis les temps historiques. Cette conclusion est cependant erronée, et tient uniquement au long espace de temps nécessaire à ce que l’affaiblissement de cette chaleur soit sensible et puisse être apprécié par nos instruments. En effet il faudrait plus de trente, mille années pour changer quelque chose à la durée du jour, et pour que la température extérieure fût abaissée d’un trentième de degré. Eourier, voulant donner une idée sensible de l’extrême lenteur que la terre met à se refroidir, la comparait à un boulet porté au rouge qui aurait un pied de diamètre.
D’après cet habile physicien , si ce boulet et la terre étaient placés dans les mêmes circonstances de refroidissement, douze cent quatre-vingt mille ans seraient nécessaires pour qu’elle perdit une quantité de calorique égale à celle que le boulet perdrait en une seconde. Du reste, d’après ce que nous venons de faire observer, quelque rapide (pie fût l’affaiblissement de la chaleur centrale, il serait sans effet sur la surface du globe, en raison de l’épaisseur des couches solides qui la composent.
Si maintenant le feu central est devenu insensible sur les climats superficiels , il n’en a pas été toujours ainsi. La chaleur propre du globe, en s’ajoutant à celle du soleil, a produit nécessairement aux premières époques une température plus égale sur tous le.s points de la terre : elle parait même avoir été plus
uniforme qiie celle qui y domine maintenant. Ces deux circonstances ont dû créer et entraîner d’autres conditions d’existence pour les êtres vivants. Aussi, eii étudiant les diverses couches qui composent le sol, on reconnaît les traces des divers états ou des phases diverses du globe signalées et caractérisées par les générations éteintes dont on y découvre les débris qui se sont succédé tour à tour ici-bas.
Pour les expliquer, il n’est nullement nécessaire de recourir à des faits exceptionnels, et d’attribuer, ainsi qu’on l’a fait, les déluges et les changements dü climat à l’influence et au choc d’une comète, oii à un déplacement dans l’àxe de rotation de la terre. Il n’est pas impossible, sans doute, que, dans leur marche irrégulière, l’une ou plusieurs des cinq çents comètes observées ne viennent à rencontrer la terre; mais on peut aîTirmer que cela n’a pas eu lieu depuis la première consolidation du sol. D’un autre côté, il y a 281 millions à parier contre l’unité que cela n’aura pas lieu pendant l’existence terrestre de l’humanité.
Sans doute les comètes se meuvent dans toutes les directions, et parcourent des ellipses extrêmement allongées qui traversent le système solaire et coupent les orbites des planètes ; il n’y a donc pas impossibilité physique qu’elles rencontrent quelques-uns de ces astres, et qu’élles les choquent; mais cette cir—
donstancf eél très-peu probable. L’évidence de celle dfernièrepl'oposition est complète, sî l’on compare au petit volume de la terre et des comètes l’immensité de l’espace dans lequel ces astres sc meuvent.
Il est du moins certain que la terre n’a jamais été heurtée par de pareils astrfes. En effet les observations de latitude qui se font avec une extrême exactitude sont loin d’ahnoncer qlie l’axe de la terre ait jatnais thangé, èt què l’équateur ait éprouvé des déplacements considérables.
Aussi, en sefondant surces faits inexacts, on a voulu attribuer aux grandes comètes les inondations et les brouillards secs de 178.1 et de 18.11j mais il en est de cette supposition comme de celle à l’aide de laquelle Whiston a prétendu expliquer le grand cataclysmfe, ou si l’on veut le déluge de Noé.
On sait que cé physicien attribuait à la terre uhe structure toute autre que celle qu’elle présente réellement , et qu’il faisait noyer notre globe avec la comète de 1680. Cet astre, en passant auprès de notre planète, le 21 novembre 1 680, n’y occasionna pourtant aucune sorte de dérangement. Sa distance était moindre à celte dernière époque que lors du délugè. Ce simple aperçu suflit pour faire comprendre que la manière dont Whiston a voulu expliquer le déluge n’est basée sur aucun fait réel et positif.
L’hypothèse de ce géologue a longtemps joui d’une assez grande célébrité. Il en a été de même de celle de Halley, qui, embrassant cette question d’une manière encore plus générale, a supposé que la présence des productions marines loin des mers et sur les hautes montagnes, tenait à l’effet produit par le choc d’une comète.
Outre que ce choc est peu probable, et qu’il ne paraît pas avoir jamais eu lieu, on chercherait vainement dans les effets de cette rencontre une explication des phénomènes observés. La stratification des dépôts marins , l’étendue et la régularité de leurs couches , leurs positions, l’état de conservation parfaite des coquilles les plus délicates et les plus fragiles, tout exclut l’idée d’un transport violent et subit. Tout démontre, au contraire, que ces dépôts se sont faits tranquillement et sur place, et que, si leur hauteur est souvent supérieure au niveau des mers, de violents soulèvements les ont portés du fond de leurs bassins à des élévations plus ou moins considérables.
Le choc d’une comète n’a pas plus produit de pareils effets qu’il n’a changé la latitude des divers points du globe, et transporté les feux de l’équateur sous les glaces du pôle. La science est assez avancée pour rejeter sans embarras comme sans difficulté de pareilles et d’aussi fausses explications.
On s’est enfin demandé si les brouillards secs de 1781 et de 1831 étaient réellement des matières détachées des queues.de quelques comètes.
Le premier dura un mois, et commença à peu près le même jour dans des lieux fort éloignés les uns des autres. Il s’étendit depuis le nord de l’Afrique jusqu’en Suède, couvrant aussi une grande partie de l’Amérique septentrionale, mais sans s’étendre sur la mer. Ce brouillard paraissait s’élever au-dessus des plus hautes montagnes; les vents les plus violents, pas plus que les pluies les plus abondantes, ne purent le dissiper. S’il avait été produit par la queue d’une comète, on aurait du apercevoir la tête de cet astre; car ce brouillard n’était pas assez épais pour empêcher de voir chaque nuit les étoiles.
Cette explication est encore moins appliquable au brouillard de 1831, qui offrit une si grande ressemblance avec celui de 1783. En effet, celui-ci n’ayant pas occupé toute la sui face de l’Europe, l’invisibilité du noyau de la comète serait encore plus surprenante. D’aiileurs tous les points du globe compris entre les parallèles auraient dû être successivement recouverts par l’elfet du mouvement de rotation, et cependant le brouillard finissait à cinquante lieues des côtes.
L’origine de ce phénomène lient peut-être aux révolutions intérieures dont notre glohe est encore agité, quoiqu’elles tendent singulièrement à diminuer par
la consolidation dé l’écorce terrestre. En effets en 1783, l’année même d’un de ces brouillards, la Calabre fut bouleversée par d’effroyables tremblements de (erre; le mont Hécla, en Islande, fit une des plus grandes éruptions dont on ait conservé la mémoire , et de nouveaux volcans s’élevéreht à la même épotjUe dti sein des mers.
11 SC pourrait donc que des matières gazeuses d’une nature inconnue fussent pour lors Sorties des entrailles du globe, déchiré par ces violentes Commotiôhs, et eussent produit lé brouillard qui se manifestas cette époque. Cette supposition est d’autant plus admissible, qu’en pleine mer on n’en voyait aucune trace.
Il existe du reste, sur la côte occidentale de l’Afrique, un phénomène analogue. C’est un brouillard sec et périodique amené par un vent appelé dans le pays havmatau. Ce vent fait craquer les meubles, courbe les reliures des livres, dessèche les plantes, et exerce sur le corps humain une influence non moins fâcheuse. Ce brouillard ne s’étend pas non plus en pleine mer.
Quoiqu’on en ignore la cause, il est certain qu’elle ne dépend pas d’une comète; car il a lieu souvent, lorsqu’il n’en existe aucune sur l’horizon. Ce brouillard, évidemment terrestre, peut servir à expliquer et à faire concevoir ce qu’il en est de ceux dont nous venons de donner une idée.
Si les comètes introduisaient dans l’atmosphère de
nouveaux éléments gazeux, la terré ne serait pas dès lors terminée; mais il est certain que la science n’a pas eu encore aucun événement de ce genre à enregistrer. Cette supposition toute gratuite ne saurait donc infirmer les faits que nous avons développés pour prouver son peu de fondement.
Des circonstances, diverses soit dans la température, .soit dans les agents atmosphériques, soit enfin dans les milieux ambiants , entraînent nécessairement des modifications dans l’orgartisation dea êtres qui y sont soumis et qui se trouvent peu étl harmonie avec ces changements; il faUt, pour que ces êtres puissent durer, que ces variations dans les conditions extérieures soient extrêmement limitées. Ainsi le plus simple r.'iisonnement nous dit assez que si les agents extérieurs, dont l’influence est si grande sur les corps vivants, éprouvaient des modifications trop considérables, ceux-ci seraient inévitablement détruits. Ce n’est pas la loi du monde actuel, où tout passe pourtant et où tout s’évanouit.
Aussi toutes les causes (^ui ont quelque influence sur les végétaux et sur les animaux sont-elles arrivées à un état de fixité remarquable, et, d’après la régularité des phénomènes terrestres, la stabilité est la loi la plus absolue du monde auquel nous appartenons.
Comment pourrait-il en être autrement, puisque la chaleur solaire, règle tous les mouvements qui ont lieu
à la surface de la terre et s’y maintient dans un état d’équilibre réellement admirable. Cette chaleur détermine tous les phénomènes physiques qui ont quelque influence sur notre planète , tout aussi bien que sur les êtres qui l’animent et l’embellissent.
En efl’et elle régularise la marche et la quantité de l’évaporation , et par là fixe le retour de l’eau et sa distribution sur la surface du globe. C’est elle encore qui met ces deux actions en harmonie, et qui en compense les effets par son action puissante sur les corps solides et liquides dont la terre est composée; elle entretient l’électricité atmosphérique, dont la stabilité est tout aussi grande que celle des autres phénomènes terrestres.
Elle est aussi la grande cause de toutes les combinaisons et de toutes les décompositions qui ont lieu à la surface des couches terrestres, et qui développent des quantités de chaleur, de lumière et d’électricité auparavant latentes. Mais, comme l’action solaire qui produit tous ces effets et en règle l’étendue , se maintient dans des limites à peu près fixes, il en est de même des phénomènes qui sont sous sa dépendance.
L’inégalité de la répartition des rayons solaires, considérés soit comme chaleur, soit comme lumière , est donc la mesure de la distribution de la vie ici-bas. Aussi voyons-nous les êtres vivants d’autant plus nombreux et doués des formes les plus majestueuses, en
même temps que leurs dimensions deviennent plus considérables dans les lieux où la puissance calorifique est la plus grande et la plus active. En effet, la vie décroît d’une manière sensible des régions équatoriales aux régions polaires, à peu près comme des plaines au sommet des montagnes élevées où , passé une certaine hauteur, le silence et la mort succèdent à la vie et à l’activité.
Partout où nous portons nos pas, nous trouvons des preuves frappantes de l’influence de la chaleur solaire ; partout nous la voyons fixer et régulariser l’ensemble des phénomènes terrestres. Partout enfin ces phénomènes nous apprennent que cette cause puissante a exercé son action sur la surface de la terre, depuis que l’homme y a apparu, avec le même degré d’intensité et une stabilité remarquable. Ainsi la durée et la perpétuité des générations actuelles sont à jamais assurées, si des causes perturbatrices en dehors des causes maintenant agissantes ne viennent pas troubler l’harmonie établie. Ces générations n’ontplus à craindre les vicissitudes nombreuses qui tour à tour ont anéanti tant de végétaux et d’animaux différents, dont l’histoire est écrite en traits ineffaçables dans les vieilles couches du globe.
A la vérité, l’affaiblissement de la température n’a pas été la seule cause qui ait fait disparaître ces anciennes races de la surface du globe j bien d’autres
y ont encore concouru. On peut citer parmi celles-ci les dérangements et les fractures du sol , ainsi que les soulèvements qui en exhaussaient la masse et par conséquent troublaient les êtres qui y étaient disséminés. Peut-être l’organisation de certaines de ces espèces, qui parait si incomplète , n’était pas de nature à leur permettre de durer et de supporter les grands changements de la température et des milieux ambiants.
Ces causes réunies ont non-seulement modifié les êtres vivants de l’ancien monde, mais elles enontéteint les races, de sorte qu’aux différentes phases de notre planète, des êtres nouveaux ont succédé à ceux qui les avaient précédés. Ceux-ci ont présenté une organisation particulière , du moins dans quelques-uns de ses détails. Cette circonstance n’a pas fait toutefois que les lois de leur structure aient été différentes de celles auxquelles avaient été soumises les races qui les avaient précédées sur la scène de l’ancien monde, comme avec celles qui ont régi les espèces des temps actuels.
De pareilles et d’aussi grandes modifications n’ont plus été possibles depuis l’apparition de l’homme , toutes les causes perturbatrices étant arrivées à un état d’équilibre et de stabilité doi)t elles pe se sont plus départies. Cette stabilité , comparée à l’état de trouble passé, nous prouve que si, relativement aux
temps géologiques , les espèces vivantes n’étaient pas encore achevées et n’avaient pas reçu leur complément , il n’en est pas ainsi de celles de la création à laquelle nous appartenons nous-mêmes. Ces dernières sont totalement Gnies; les faits dans lesquels nous enti’erons plus tard le démonti eront, nous l’espérons du moins, de la manière la plus évidente.
11 importe cependant de s’assurer si les températures terrestres n’ont pas varié depuis les temps historiques , ainsi que nous venons de le supposer. Nous ne pouvons pas apprécier la valeur des anciens climats parles nombres exprimés parles thermomètres. L’invention de ces instruments est trop moderne pour cela; elle ne date en effet que de 1597, époque à laquelle Galilée en fit les premiers essais. Mais les thermomètres ne sont devenus comparables entre eux que depuis 1672, où Newton reconnut les deux points fixes sur lesquels sont fondés les moyens d’apprécier leur marche (note 46).
Pour savoir si les climats modernes sont ou non différents des anciens, il faut avoir recours à d’autres moyens. Nous interrogerons donc les plantes hahitiiellement cultivées dans une zone bien déterminée, ainsi que les époques de leur floraison et de la maturité de leurs fruits. On peut également le reconnaître au moyen des temps, de l’arrivée et du départ des oiseaux voyageurs , ou de l’époque de l’édu-
catioQ des vers à soie , el enfin en interrogeant quelques circonstances météorologiques liées à certains faits naturels.
En examinant sous ces divers points de vue les températures moyennes de la Palestine et de l’Egypte , il paraîtrait, d’après la comparaison des productions végétales et animales des premiers âges historiques avec celles de notre époque, qu’elles n’ont éprouvé aucune sorte de variations. Ainsi, les animaux et les végétaux ensevelis dans les anciennes catacombes ne présentent aucune différence avec les espèces auxquelles ils se rapportent. Par exemple, l’ibis qui péchait dans le Nil du temps des Pharaons ne diffère pas de celui qui y pèche de nos jours.
De même, dans les temps antérieurs à Moïse, le palmier dattier donnait en Palestine des fruits qui y mûrissaient bien, et la vigne y prospérait également. Or, la limite thermométrique de la datte est d’environ + 21°, et celle où la vigne peut être cultivée avec avantage ne dépasse guère + 25°. C’est donc entre -r 21° et 25° qu’il faut fixer la température de la Palestine.
Ainsi, à Catane en Sicile, par une température moyenne de -t- 1 8 à 1 9 degrés centigrades , les dattes ne sont pas” mangeables. Au contraire, à Alger, dont la température moyenne est de -f 21", ces fruits y mûrissent bien et sont d’un bon goût. La tempéra-
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ture de Jérusalem était donc de + 21° au moins^ ou d’un nombre plus fort, puisque les dattes y donnaient des fruits excellents et parfaitement mûrs.
D’après M. de Biich, la limite méridionale de la vigne est à l’île de Fer , dans les Canaries , dont la température moyenne est entre +21° ou + 22”. Ces limites , M. de Bucli les a établies, non pas sur les latitudes où la vigne végète, mais sur celles où elle cesse de fructifier de manière à pouvoir donner du vin. On trouve en Egypte, sous une température moyenne de + 22°, et surtout dans les environs du Caire, quelques ceps dans les jardins, mais pas de vigne proprement dite. A Abushner en Perse, dont la température moyenne ne surpasse pas + 23°, on ne peut cultiver la vigne que dans des fossés, ou à l’abri de l’action directe des rayons du soleil.
Dans des circonstances particulières, et probablement par suite du voisinage du bassin des mers, cette plante est cultivée avec avantage dans certaines localités très-chaudes. Tels sont les vignobles qui prospèrent à la Guadeloupe et à la Martinique ej sur les côtes du Pérou , où la température moyenne se maintient à environ + 25°.
La vigne, cultivée eii grand dans la Palestine, annonce que la température moyenne de cette contrée ne devait pas être au-dessus de 25°, tandis que la culture du palmier nous apprend qu’elle ne pouvait pas
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