PRATIQUE DES IRRIGATIONS
irrigation d'hiver. — Pendant l'hiver, on ne doit irriguer les bons prés d'une manière suivie que dans les climats chauds, comme la Lombardie, le sud de la France ou en Allemagne dans des conditions exceptionnelles de température; il faut excepter le cas où l'on ne veut faire usage que de l'action destructive de l'eau [41].
43. irrigation de printemps. — L'arrivée du printemps et le développement de la végétation engagent souvent à commencer de bonne heure l'arrosage des prés. Cette pratique est incontestablement nuisible pour les prés établis suivant les règles de l'art, tant que les couches inférieures du sol sont encore gelées; sur les prairies ordinaires, au contraire, elle accélère le départ de la neige et de la glace.
Une irrigation puissante et chargée d'engrais peut devenir au printemps facilement nuisible ; car, comme elle doit être exécutée continuellement pendant une semaine, elle arrête la croissance de l'herbe, l'eau étant presque toujours à cette époque à une température plus basse que celle de l'air.
Il suffit donc, pendant les mois de mars, d'avril et de mai, d'arrosages de vingt-quatre à quarante-huit heures, répétés à plusieurs jours d'intervalle, car l'eau ne doit agir à cette époque que par ses facultés conservatrices et dissolvantes [39].
On doit régler l'arrosage d'après les conditions atmosphériques. Dans l'appréhension de gelées blanches, il faut donner l'eau le soir, et la retirer le matin et, en général, ne jamais choisir d'autres heures pour ces opérations.
On doit irriguer pendant les jours froids et par un ciel couvert, lorsque l'air est plus, froid que l'eau, et mettre à sec par le soleil pour faire profiter l'herbe et le sol de la chaleur.
Un certain développement de l'herbe pendant le mois de mai indique qu'il faut cesser complètement l'irrigation, de peur de salir les plantes par du limon et de rendre ainsi le fourrage nuisible aux animaux.
Il suffit, par un temps sec, d'humecter les prés en remplissant seulement les canaux et rigoles.
44. irrigation d'été- — Les règles précédentes servent jusqu'à l'époque de la récolte. Un léger arrosage la veille du fauchage facilite beaucoup le travail.
Les avis sont partagés quant à l'opportunité d'irriguer immédiatement après la récolte, ou de différer de 8 à 15 jours. Quand on
dispose d'une masse d'eau assez considérable pour abreuver le sol dénudé et le protéger contre le soleil desséchant de juillet pendant huit à quinze jours, il ne faut pas se hâter, mais, quand l'eau fait défaut, on ne doit pas négliger de s'en servir pour humecter les prés immédiatement après la récolte.
Il n'est pas avantageux de vouloir favoriser la croissance de la seconde coupe par une irrigation fertilisante et persistante. Il suffit à cet effet d'arrosages de courte durée, mais souvent répétés, pour humecter simplement le sol et dissoudre les principes fertilisants qui s'y trouvent.
Avec la croissance de l'herbe, et à l'arrivée des fortes rosées automnales, on cesse complètement l'arrosage, surtout dans les prés humides et froids.
45. Règirs générales. — De même que l'irrigation peut procurer un bénéfice considérable, de même elle peut être nuisible si on l'applique à contre-temps.
Cette pratique demande des soins et une application persistante pour donner des résultats sûrs et continus dans toutes les circonstances, comme on peut l'observer dans le pays de Siegen, où les procédés par lesquels on obtient le plus haut produit sont appréciés et employés depuis longtemps.
Il faut notamment tenir compte de l'humidité et de la fraîcheur naturelle du sol, et ne pas perdre de vue que les prés à pente faible et où l'on dispose de peu d'eau doivent être traités avec beaucoup plus de soins que ceux qui sont fortement inclinés et pour lesquels on a l'eau à discrétion.