CH. 11. — LES ÉPITRES DE SAINT PADL
des points tout à fait secondaires et comme perdus dans le développement des Épîtres , des rapports tellement exacts et tellement imprévus, si bien d'accord et si peu cherchés, qu'on ne les peut rapporter ni au hasard ni à l'artifice, et qu'il y faut bien reconnaître l'empreinte de la réalité même. Un Anglais, le docteur Paley, a fait tout un livre de cette sorte d'arguments, rapprochant les Épîtres entre elles ou les comparant à l'histoire contenue dans les Actes. Nous réservons cette dernière partie : l'accord étant bien établi, il nous paraît préférable de conclure des Épîtres aux Actes, que des Actes aux Épîtres, puisque les Épîtres ont par efles-^mêmes tant de moyens de se démontrer. Nous nous bornerons donc aux preuves qu'elles nous offrent; et après le travail dePaley, il nous sufBrad'en présenter un rapide aperçu.
Dans la première Épître aux Corinthiens (xvi, 1-3), il est question d'une collecte à faire pour les fidèles de Jérusalem; et dans la seconde (viii^ 10 et 11 et lï, 5, 7) il est dit qu'elle est près de se faire : dans l'Épître aux Romains (xv, 25) on voit* qu'elle est faite et que l'Apôtrè va la porter en Palestine ; ce qiii moiitre par une preuve nouvelle que les Épîtres aux Corinthiens sont antérieures à l'Épître aux Romains, antérieure ellemême, on l'a vu, à la perséteution de Néron. — Dans la première Épître aux Corinthiens (xvi, 1-5) l'Apôtre annonce l'intention de passer par la Macédoine ; dans la seconde, on voit qu'il y'est, par une allusion tout à fait indirecte : « Je connais, dit-il, votrei zèle, et je m'en glorifie chez les Macédoniens (ix, 2); » et on a d'ailleurs un peu auparavant un teite où il est parlé de son arrivée en ce pays (vu, 5) . — Citons encore une de ces
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coïncidences parfaites, en dehors de tout calcul, entre l'Épître aux Colossiens et TÉpître à Philémon, Dans cette dernière, on voit que Philémon est le maître d'Onésime, et qu'il réside au même lieu qu'Archippe : c^r TApôtre, dans son préambule, s'adresse à Archippe en même temps qu'à Philémon (v: 2). Quel est ce lieu? on y arrive par deux voies détournées mais très-sùres. Dans l'Épître aux Colossiens, il est dit qu'Onésime est des leurs (iv, 8) : or il n'a pas d'autre .domicile que celui de son maître. Philémon est donc de Colosses.; et c'est aussi le pays d'Archippe : car on voit par un mot de l'Apôtre aux Colossiens (iv, 17), qu'il était diacre de leur Église * . ,
Ce sont là des rencontras qui arrivent sans qu'on y songe, quand on vit au milieu des faits, mais qu'on ne songerait pas à chercher hors du temps où les faits se passent, et qu'en cherchant on n'obtiendrait même pas. On en peut juger en jetant les yeux sur les souscriptions ou indications sommaires placées pq.r des ahnotateurs au bas des Épîtres. La souscription de la première Epîtreaux Corinthiens dit qu'elle a été écrite de Philippes; et l'on voit, par l'épître même (xvi, 8)^ qu'elle l'a été d'Éphèse. Celle de l'Épître aux Galates porte qu'elle est écrite de Rome; mais elle a suivi de prèsle dernier voyage de l'Apôtre en Galatie ; or, son .voy£|,ge à Rome eut^Ueu dix ans plus tard. Paley a relevé de pareilles erreurs dans les souscrçtions des deux Épîtres aux Thessalpniciens, de la preijiière à timothée, de l'Épître à Tite : et sans le suivre dans l'énumération des bévues
* Paley, Horœ Paul, xiy^ 1. Dans la deuxième Épitre à .Timothée (iv, 20), saint Paul dit qu'Éraste est deqneuré à Corintbe* On volt qu*il était trésorier de cette ville par l'Épître aux Romains (xvi, 23). Voy. dans le livre de Paléy diverses autres coïncidences de la même sorte. ,
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qiie les plus .sayants hommes ont commises en rassemblant, sous forme d'histoire, les domiées éparses d'un autre tçmps, on peut conclure avec lui que jamais un faussaire n'aurait pu établir une si parCaite harmonie entre les plus légers incidents des épîtres, quand une indication auési fondamentale que celle du lieu d'où la lettre est écrite, a été , six fois sur onze,, donnée en contradiction avec le corps même de l'écrit * . Un seul ouvrage apocryphe, la seconde des deux épîtres faussement rapportées à saint Paul échappe, il faut en convenir, à cette périlleuse épreuve des rapprochements : c'est l'Épître apocryphe aux Corinthiens, suivie de la réponse des Corinthiens à saint Paul. Mais comment? A la condition d& mettre en scène des p^rsonnages entièrement inconnus, de ne se rattacher par rien à aucune des autres Épîtres, d'être aussi étrangère à la vie de saint Paul qu'ellç l'est à sa manière, à sa pensée et à son style ^. C'est donc avec raison que Bossuet s'écriait : « Les seules Epîtres de saint Paul, si vives, si originales, si fort du temps, des affaires et des mouvements qui étaient alors, et enfin d'un caractère si marqué, suffiraient pour convaincre les esprits bien faits, que tout est sincère et original dans les Écritures que les Apôtres nous ont laissées. '»
Pour compléter cette démonstration, Paley a signalé certains détails familiers , qu'inventerait bien un faiseur de romans, mais non le faussaire qu'on imagine ici : comme les prescriptions de saint Paul à Timothée pour qu'il ménage ses forces : « Ne bois pas d'eau.
• Paley, Horœ Paul. xv.
' Fabric. Cod. apocr, N. T. t. HI, P. ii, p. 668-^0.
^ Discours sur VHist, univ, U. 28.
tout défaut? Saint Paul avait déjà répondu et pour lui et pour tous les auteurs sacrés, quand il disait dans cette mêmeépître (i, 27, 29) : « Dieu a choisi ce qui était fou selon le monde pour confondre les sages ; il a choisi ce qui était faible selon le monde pour confondre Içs puissants. Il a choisi ce qu'il y avait de plus méprisable et de plus vil selon la monde, et enfin ce qui n'était pas pour détruire ce qui était, afin que nul homme ne se glorifie devant lui. » Mais c'est surtout depuis que l'on dispute sur l'authenticité des Livres saints que l'on peut voir la sagesse de la Providence dans cette disposition de l'Écriture. Si l'Écriture se présentait à nous comme une grande Composition, d'un sjyle aussi parfait que la pensée, on aurait pu prétendre qu'elle est l'œuvre de quelque grand génie ; et peut-être serait-^il moins facile de répondre à qui le voudrait soutenir. Mais dans l'état des choses, une telle supposition est impossible. Cette variété du style, ces imperfections de la forme dans \e développement d'une même doctrine, font voir clairement, sous le souffle d'une même inspiration, le caractère propre de chaque auteur ; et ainsi les traces mêmes de l'imperfectionhumainedans l'œuvre divine, sont comme le sceau de l'authenticité de ces ouvrages, c'est-à-dire, ainsi que le prouvent toutes les tendances de la polémique moderne, la garantie la plus forte de la divinité des Livres saints.
Nous avons indiqué en quelques traits les raisons sur lesquelles se fonde l'authenticité des Épîtres de saint Paul; et ces préliminaires pourraient sembler inutiles, puisque la chose n'est pas contestée. Toutefois il était bon de montrer qu'elle ne le peut pas être, afin d'ôter jusqu'à la pensée de revenir sur cette décla-
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ration. Car, ce point admis, nous croyons qu'on pourrait se dispenser d'aller plus loin dans cette enquête. Pourquoi, en effet, attaque-t-on l'authenticité desÉvangileis ? c'est afin d'échapper aux conséquences des faits qu'ils attestent: pour ruiner l'autorité des témoignages, on supprime les témoins. Le docteur Strauss n'a-t-il pas avoué que le système qu'il défend serait fort compromis, s'il était prouvé que l'histoire biblique a été écrite par des témoins oculaires, ou, du moins, par des hommes voisins des événements * ? Or nous avons un témoin de cette sorte, un témoin de la plus haute valeur et du plus grand caractère, saint Paul. Saint Paul tel que nous le connaiissons par ses Ëpîtres , est bien l'homme dont la parole se peut le moins récuser. C'est un homme d'action et de discussion, procédant non par l'extase, mais par la logique ; l'esprit le plus judicieux , le plus ferme, le plus droit. Assurément nul n'est plus capable de témoigner de ce qu'il a vu et entendu. Et d'abord' il a vu les premiers témoins de la Foi : il a vu Pierre, il a vu Jacques, et, par la suite, Jean et les autres Apôtres ^ ; non-seulement il lésa vus, mais il a conversé et discuté avec eux, de toutes les matières d^ k Foi '. Un jour même, sur une question de conduite, il a résisté à Pierre et l'a rangé de son avis ^ ; et cet incident n'est pas sans valeur pour l'autorité de sa parole :*on Toit que non-seulement il était plein de zèle pour s'instruire, allant aux meilleures sources, mais que, fort de la mission qu'il avait reçue hii-même , il était incapable de rien ' recevoir aveuglément. Avec un pareil
> Vie de Jésus, S ^3« t» 1, p. 09. -- ' GalaL i, IS, 10; ii, 9. » Col. 11, 2. - * Gai II, 11-14.
94 PART. I. — ACTHflNTlClTÉ DU TEXTE.
témoin, il n'y a point de malentendu à craindre. Or, dans les Épîtres de saint Paul , on ne trouve pas seulement la doctrine évangélique, on retrouve les faits sur lesquels l'autorité de cette doctrine se fonde : Jésus fils dé David et fils de Dieu ^ , conversant parmi les hommes, et, au moment de les quitter, leur kissailt à toujours par le plus grand des miracles, son corps rompu pour nous , son sang versé pour nous ^ ; crucifié pour nos péchés , mort et mis au tombeau ; mais aussi , le troisième jour , .ressuscitant, pour ne ,plus mourir ; se faisant voir, après sa résurrection, à Pierre d'abord^ puis aux onze Apôtres, puis à plus de cinq cents frères, dont plusieurs étaient encore vivants, puis a Jacques et à tous les Apôtres ; enfin montant au. ciel pour être assis à la droite de Dieu*. Voilà ce que saint Paul atteste, non-seulement d'après sa propre révélation , et cela suffit pour les fidèles , mais aussi d'après les Apôtres qui l'ont vu et qu'il a lui-même entendus. Ce qu'il affirme vaut donc ce qu'affirmeraient ses devanciers dans l'apostolat. Mais quoi ?. ce qu'il affirme, c'est ce qu^ils affirment eux-mêmes dans celles de leurs Épîtres qui ne sont pas eontestées ^.
* Rom, 1, 3; viii, 3; ix, 5; GaL iv, 4; Hebr. i, 2, etc. » I Cor. XI, 23-29.
"* Notum autem vobis facio, fratres, Evangelium qiiod et accepistis et in quo'statis... tradidi enini vobis in primis quod et accepi : quoniam Gbristus mortous est pro peccatis nostris secuntlum Scripturas ; Et quia sepuUus est et quia resurrexit tertta die secundum Scripturas ; Et quia visus est Cepbae, et post bîec undecim. Deinde visus est plus qUam quingentis fratribus simul : ex quibus mtilti usque adbuc manent ; quidam autem dorraierunt ; Deinde visus est Jacobo, deinde Apostolis omnibus. Novis— simeautém omnium tanquam dbortivo visus est et mihi. (i Cor. xv, 1-8; cf. Rom. VIII, 32. — Hebr. ii, 18; xiii, 12. — I Cor. ii, 2 et II Cor. xiii, 4.
— Rom. IV, 24 ; vi, 9 ; viii, 34 ; xiv, 9. -- II Cor. v, 15. — I Thess. i, 10.
— II Tim. Il, 8. — Ep^hes, i, 20; iv, 8. — Hebr. iv, 14.)
* Benedîctus Deus et Pater Domini nostri Jêsu Gbristi,- qui secundum misericordiam suam magnam regeneravit nos in spem vivam, per