‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 16 sur 66 · CE. II. — LES ÊPITRES DU SAINT PAUL · texte numérisé non relu

CE. II. — LES ÊPITRES DU SAINT PAUL

Que faut-il davantage pour qui veut des témoins ? Et s'il n y a pas de doute sur les témoins, y en a-t-il sur le sens et la portée de leur témoignage? La résurrection est-elle une chose de nature équivoque? Est-ce un mythe ? Mais un tel mythe inventé Iç lendemain de la passion, c'est un mensonge ; et avant d'établir que les Apôtres ont voulu tromper les autres , il faudrait dire où ces hommes faibles, simples et ignorants ont trouvé tout à coup le géme de l'invention et l'audace de l'imposture. Est-ce un fait naturel? C'est un grand fait sans dotite, et il faut bien admettre qu'il s'est passé quelque chose entre la Pâque et la Pentecôte, pour expliquer comment Içs Apôtres , dispersés par l'arrestation de Jésus, abattus par sa mort, et refusant, même après le rapport des saintes femmes, de croire à sa résurrection, s'en vont bientôt prêchant devant le peuple et devant le conseil Jésus-Christ mort et ressuscité * . Aussi les partisans du fait naturel ne nient-ils pas que les Apôtres aient vu Jésus^Christ ; seulement ils supposent qu'il n'était pas bien mort : mais ils se trouvent dans un grand embarras pour le. faire disparaître *. Les mythologistes qui se moquent de leurs inventions

resurrectionem Jesu Christi ex'mortuis (I Pet. i, 3). Quia et Christos passtfâ est pro nobis, exemplum Tobis reliDquens ut sequamini Testigia ejus... Qui cum ma)ediceretur, dod maledicebat; cum pateretur, non comminabatur : tradebat autem judicanti se injuste. Qui peccata nostra ipse pertuUt in corpore suo super lignum : ut peecatis raortui, justitix Tlvamus : cujus livore sanati estis {ihid, ii, 21-24; cf. I Joan, 1,3; m, 8; IV, 2, 9. — Ibid. i, 7; ii, 2; iv, 10 et 14). Quia et Christus semel pro peecatis postris mortuus est, justus pro injustis, ut nos offerret Deo^ moitiGcatus quidem éarne, vivificatus autem spiritu (I Pet. m, 18)... per resurrectionem Jesu Christi.' Qui est in dextera Dei, deglutiens mortem, Qtvitae aetern^ haeredes efficeremur : profectus in cœlum, subjec^is sibi AngeKs et potestatibus et yirtutibus (t6tcl. 21-22).

* Âct. II, m et IV

' Paulus, Exeg, Handb. g 12S, t, III, p. S24 et suiv.; § ^^y ibid, p. 911,920; Strauss, § 136, t. II, p. 661 ; Tholtick, iv, 3, p. 380 et suiv.

ridicules , ne sont guère plus habiles à résoudre le problème. N'admettant pas que lés Apôtres aient vu Jésus- Christ, ils supposent qu'ils ont cru le Voir * : ce qui n'est pas répondre : car si tous les Apôtres ont cru le voir, c'est qu'ils l'ont vu.

Mais <;*est en vain qu'on trouverait le moyen d'expKquer naturellement la résurrection, pour échapper à l'autorité d'ito témoin comme saint Paul attestant le miracle. Outre ce grand miracle qui comprend tous les autres, il en est d'autres qui , depuis la Pentecôte, se faisaient tous les jours par la vertu dé ces grâces abondantes répandues parmi les fidèles avec le Saint-Esprit : les dons des langues , des prophéties , des guérisons , etc. Saint Paul en parle comme de choses qui se passent sous ses yeux * . Je sais que la façon dont il s'en exprime çn un passage prête aux objections. Il parle du don de prophétie comme servant surtout à l'édification des fidèles, et du don des langues comme s'exerçant quelquefois, non plus devant des peuples divers étoniiés d'entendre chaciun dans sa langue la prédication de l'Évangile {Act. n), mais devant une assemblée qui n'y comprenait rien ^. Toutefois, remarquonsi-le. bien, c'est saint Paul lui-même qui signale l'abus qu'on en fait ; et en même temps qu'il en signale l'abus, il ei;i constate le légitime usage *. Or, si cela eût été pur charlatanisme , l'eût-il souffert? l'eût-il rangé parmi les dons du Saint-Esprit journellement répartis aux fidèles ? se

* Strauss, $ 137, t. H, p. 681 et sui?, ' 1 Cor. XII, 1-10, etc. — "* Ibid. xiv.

* Itaque linguae in signum sunt non fidelibus, sed infidelibus : prophétise autem non infidelibus, sed fidèlibus. {Ibid. 2â.]

CB. II. — ^ LEâ ÉPITRES DE SAINT PAL'L. 97

serait-il fait gloire enfin de le posséder * ? Quand il le dit, il l'en faut croire. Et pour le don de prophétie qu'il ne revendique point, nul douté qu'il ne s'agisse de la faculté de prédire l'avenir. Si saint Paul ne le marque pas en termes plus exprès, cela résulte suffisamment de la manière dont on en use dans les Actes ^. Il ne se borne pas à attester seulement ces miracles de la parole; il parle des oeuvres, des guérisons, des faits surnaturels qui s'accomplissent encore tous les jours devant lui ^. Et il n'en parle pas seulement comme simple spectateur; il en parle à titre personnel , comme en ayant éprouvé , comme en ayant opéré les effets. Ainsi il parle de sa conversion miraculeuse * : c'est le fondement de son apostolat ; il parle de ses ravissements ' ; il parle des prodiges qu'il fait lui-même, et il en parle à ceux devant qui il les a faits, aux Galates, aux Corinthiens, aux Thessaloniciens '. Il n'entre pas dans les détails que les Actes donneront et pour saint Pierre, et pour les autres Apôtres, et une fois pour lui-même ; mais il n'est pas douteux non plus qu'il n'exprime par ces termes généraux des faits extraordinaires de même ordre. Car les mots dont il se sert sont précisément ceux dont on fait usage, dans l'Évangile , pour les exprimer : oTipieTa, répaTa, ^uvaptetç, in signis^ in prodigiis^ in virtutibus ^ ; et

* Gratias ago Deo meo quod omnium vestrum liagua loquor. Sed in ecclesia volo quinque verba sensu meo loqui, ul et alios instruam, quam deccm miUla verborunfi in lingua. {Ibid, 18, 19.)

' Aci. XI, 28; XX, 23; xxi,4, 10, 11. — ^ I Cor. xii, 9, 10; Hebr. ii, 4.

* I Cor. IX, 1 ; XV, 8; cf. Gai. i, 12-16. — ^ Il Cor. xii, 2 et suiv.

* Qui tribuit vobis spiritum et operatur \'irtutes in vobis (Gai. m, 5); signa autem apostolatus mei facta sunt super vos >n omni patienlia, in siguis, in prodigiis et virtutibus. (H Cor. xii, 12 ; Cf. I Cor. ii, 4 et 5; 1 Thess. I, 5 ; Rom. xv, 18, 19 ; Ephes. m, 7.)

' Voy. Paley, Horœ Paulinœ, xvi, 7.

Page 1