‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 21 sur 66 · CH. III. — LES ACTES DES APOTRES · texte numérisé non relu

CH. III. — LES ACTES DES APOTRES

résidence ordinaire était à Ântioche. Pour toutes ces causes, on conçoit que les Juifs, moins contenus, aient pu donner plus libre carrière à leur haine contre les chrétiens * .

Cette persécution fut suspendue pourtant, comme les Actes en témoignent (ix, 3 1) ; et l'histoire l'explique, comme elle en a expUque l'impunité. Caligula avait succédé à Tibère dans l'Empire, et ce prince, qui voulait se faire adorer comme un dieu, trouvait à Jérusalem un temple sans idole : il envoya Pétrone remplacer Vitellius, avec ordre d'y établir ses images. Les Juifs ne le pouvaient souffrir. Mais comment résister aux volontés d'un tel empereur? ils négociaient, cherchaient à gagner du temps; et dans cette situation, ils étaient trop justement inquiets sur eux-mêmes pour songer beaucoup à inquiéter les autres, au risque de provoquer par des violences l'attention du terrible empereur. Ils ne furent sauvés, eux et Pétrone, que par sa mort * .

Mais les temps changent. Le jeune Agrippa, petitfils d'Hérode le Grand, que Caius a tiré des fers et investi de la tétrarchie de Philippe, puis de la Galilée, reçoit de Claude la Judée, la Samarie et la tétrarchie de Lysanias '. Jérusalem redevient un royaume : la persécution va recommencer, mais cette fois ouvertement et avec tout l'appareil de la puissance pubUque.

' Sur la haine des Juifs et la modération des Romains, jusqu^à Néron, à regard des chrétiens, voy. Lardner, I, viii, 3, 1. 1, p. 180. Caligula, en arrivant au pouvoir, envoya Harullus en Judée avec le titre d*hipparque (général de cavalerie) ou peut-être d^éparque f chef) ; mais c*est toiiyours Vitellius qui garde la haute main sur les affaires du pays (cf. ibid. VIII, 2).

» Jos. Ant. XVIII, VIII, 2-9 ; B. Jud, II, x ; Ant. XVIII, vi, 10.

* Jos. Ant. XVUI, VI, 10 et XIX, v, 1. B. Jud, II, ix, 6 et xi, 5.

Hérode (c'est le nom que reprend le jeune roi dans les Actes) fait périr Jacques par le glaive, et, voyant qu'il plaisait aux Juifs, il fait arrêter Pierre afin de leur donner aussi, après la«fête des Azymes, le spectacle de sa condamnation et de sa mort *. Ce que raconte l'auteur des Actes est donc conforme au droit qu'avait retrouvé momentanément la Judée. Tout concorde dans son récit, et le temps et le lieu de la scène. La scène est à Jérusalem, et le roi résidait communément à Césarée : mais la chose arrive au temps de Pâques (v. 3) ; et le roi devait être à Jérusalem en ce temps-là. Même fidélité dans la peinture du caractère du prince. Il le faisait pour plaire aux Juifs (v. 3) ; et Ton sait par Josèphe combien il était attentif à capter leur faveur ^.

Les trois années du règne d'Hérode-Agrippa sont les seules où la Judée ait recouvré le droit du glaive, depuis la déposition d'Arcliélaûs jusque vers l'an 63, où elle ne le ressaisit que pour périr. Le prince n'ayant laissé qu'un fils de dix-sept ans, nommé Agrippa, Claude envoya, comme préfet, en Palestine, Cuspius Fadus, auquel succédèrent, Tibérius Alexander, Cnmanus, Félix, frère de Pallas, et Festus ^ : ces deux derniers viennent en leur temps, dans le récit des Actes. La Judée est donc retombée sous les procurateurs. Elle aura, comme auparavant, sa loi et son administration civile et religieuse, son conseil, ses magistrats :

» Act, XII, 1-4. — 2 Jos. ÀnL XIX, VII, 3.

» Jos. Ant. XIX, IX, 2; XX, v, 2, 3; vu, 1 ; viii, 9. È. Jud, II, xi, 6; XII, 1, 8; XIV, 1 Josèphe constate, k propos des deux ppemiers, envoyés après la mort d'Agrippa, que rien ne fut changé aux coutumes des Juifs.

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mais la juridiction suprême appartiendra au procurateur.— C'est ce que Ton Yoit dans les Actes. Les Juifs arrêtent saint Paul ; mais le tribun de la cohorte romaine le tire du milieu d'eux et le prend sous sa garde. Le sanhédrin se réunit pour Tentendre ; mais Taccusé entendu, c'est devant le procurateur romain que le procès va se poursuivre : devant Félix,, puis devant Festus * . Le jeune Agrippa, dont il a été parlé plus haut, parait pourtant dans les Actes, et il y paraît avec le titre de roi. — Il l'était en effet. Claude n'ayant pu, en raison de son âge, lui laisser la Judée à la mort de son père, lui avait donné Chalcis à la mort de son oncle ^ ; et, quatre ans plus tard, « il le promut, dit Josèphe, à un plus grand royaume, en lui donnant au lieu de Chalcis, la tétrarchie de Philippe (Batanée,. Trachonitide et Gaulanitide) et le royaume de Lysanias ^ . » Il était donc roi comme saint Luc le dit ; et l'on voit combien ce titre même aurait pu induire en erreur un historien d'un autre temps : Agrippa est roi, fils d'Hérode-Agrippa qui régna en Judée ; il s'y trouve luimême, il assiste au procès de saint Paul, et saint Paul s'adresse directement à lui. Mais un auteur contemporain ne s'y pouvait méprendre. Saint Luc le nomme roi, c'était son titre ; mais il lui donne la vraie place à laquelle, malgré jce titre, il se trouvait réduit en Judée. Si le jeune Agrippa vient a Césarée, c'est pour rendre visite au gouverneur romain qui l'y reçoit * ; s'il as-

* Âet, XXI, 30 et suiv.; xxii, 30, xxiv-xwi. ' Jos. Ant XX, V, 2; 5. Jud. Il, xii, 1.

^ Jos. Ant. ibid. vu, 1 et B, Jud. ibid. 8. Néron y ajouta plus tard quelques parties de la Galilée et de la Pérée : Tibériade, Jullas, etc, Ant. XX, Tiii, 4.

* Desceuderunt Cxsaream ad salutandum Festum. (Act. xxr, 13.)

118 PARt. I. — AUTHENTICITÉ DU TEXTE.

siste au procès de saint Paul, c'est comme invité : Festus préside et représente seul Tautorité, dans cette séance dont il fait les honneurs au jeune roi ' .

Ainsi les Actes nous présentent, sous le jour le plus vrai, la situation de la Judée telle qu'on la connaît par l'histoire, ses alternatives de soumission et d'indépendance, et l'influence qu'elles ont exercée sur la conduite des Juifs à l'égard de l'Église : la persécution s'essayant, grâce à la faiblesse de Pilate et à l'éloignement ou à la complaisance de Vitellius ; contenue un instant quand les Juifs tremblaient pour eux-mêmes devant Caligula irrité ; éclatant sans entraves sous l'autorité d'Hérode-Agrippa ; puis, après le rétablissement des procurateurs, forcée de suivre les voies légales. Elle ne s'en affranchit qu'au delà du temps des Actes, à la faveur d'un interrègne dans l'administration romaine, dont le grand-prêtre Ananus profita pour faire mourir saint Jacques, le parent du Seigneur : violence contre laquelle, au dire de Josèphe, les Juifs les plus modérés protestèrent auprès d'Agrippa, puis auprès d'Albinus, qui leur arrivait comme gouverneur *.

L'auteur des Actes connaît donc bien toutes les vicissitudes dé l'état politique des Juifs dans la période assez longue qu'il embrasse : il connaît aussi bien l'état des différents pays où son histoire le mène', et il en fait un tableau fidèle, malgré la variété assez grande et la mobilité extrême de la condition des provinces sous l'Empire. Ainsi Sergius Paulus est dit proconsul de

^ AcL XXV, 22 et suiv.

' Ânt. XX, IX, 1. Au contraire, dès que les Juifs ont rompu avec !lome, ils instituent des chefs qui ont, chacun dans son district, le droit de prononcer des condamnations capitales. Tel était l'historien Josèphe en Galiléa. (B. Jud. II, xx,5.)

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