‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 22 sur 66 · CB. III. — LES ACTES DES APOTRES · texte numérisé non relu

CB. III. — LES ACTES DES APOTRES

Chypre (âvôuiraToç) '. Or, ce titre ne se donnait pas à tous les gouverneurs : il y avait, comme on le sait, partage des provinces entre le sénat et l'empereur ; et le proconsul était spécialement le gouverneur des provinces sénatoriales. Chypre était-elle dans ce cas? Elle s'était trouvée d'abord dans le partage de l'empereur : mais ensuite elle fut donnée au sénat en échange de la Dalmatie ^ ; et des monnaies à l'effigie de Claude portent, avec le nom des Cypriotes, celui d'un proconsul ' . La dénomination qui se trouve dans les Actes est donc justifiée. Autre exemple : Gallion est appelé, dans les Actes (xviii, 12), proconsul d'Achaïe. Nul pays ne subit plus de vicissitudes que cette contrée, durant la période qui nous occupe. Originairement au sénat (Dion, un, 12), elle fut, sous Tibère, à l'empereur (Tac. Ann. i, 76) ; sous Claude elle revint au sénat (Suét. Claud. 25); Néron la rendit libre (Pline, Hist, nat. iv, 6), et peu après, Vespasien la ramena à la condition de province (Suét. Vespas. 11). Or, le temps où saint Paul rencontre Gallion, selon les Actes, est Tan 52 ou 53, c'està-dire une des années où l'Achaïe, appartenant au sénat, avait en effet des proconsuls *.

Le livre des Actes ne retrace pas seulement d'une manière fidèle l'état politique, soit de la Judée, soit des pays où la scène est transportée ; il ne connaît pas

* AcL XIII, 6.

' Kuxrpo; xal Aly^Jimot èv t^ tou Kaidapo; (JiepiSi tote êYévovxo • OffTEpov fàp T^v \thf Kvvpov... T^ 6iQ{i(|> ànéScaxev (Dion. Gass. LUI, 12 ; cf. liv,4). StraboD, il est vrai, rappelle prétorienne (XIV, fin.); mais les provinces nommées ainsi appartenaient quelquefois au peuple et avaient des proconsuls. Ainsi, la Crète. est appelée prétorienne par Strabon et par Dion ; et Tacite donne le titre de proconsul k soù gouverneur, Caesius Cordus {Ann. m, 38.) Voy. Lardner, I, i, 11, 1. 1, p. 3^-34.

' Kuicpicov eiri Kopi|tviov npoxXou avOvTraTOu.

* Voy. Lardner, I, i, 1, 12, 1. 1, p. 34 ; Tholnck, p. 1S2-183.

seulement les noms des magistrats et leurs titres : il connaît leur manière d'être et leur histoire, et le peu qu'il en dit, répond en tout point à ce qu'on en sait d'ailleurs. Nous avons parlé plus haut 4'Hérode-Agrippa, et montré combien ce que dit saint Luc des incidents et des motifs de la persécution contre les chrétiens est conforme à l'histoire. Saint Luc n'est pas moins exact dans le récit de la mort du persécuteur : le temps, le lieu, l'occasion, le dénoûment soudain, tout est marqué avec une précision extrême. On y trouve le même fond de récit que dans Josèphe, avec des différences pourtant qui marquent l'indépendance des deux auteurs. C'est à Césarée, au milieu d'une réunion solennelle, que le prince, parmi les acclamations idolâtriques de la foule , fut subitement frappé du mal qui l'emporta : voilà le trait commun des deux récits ; voici les différences. Josèphe dit qu'il célébrait des jeux : saint Luc, qu'il recevait une députation des Tyriens et des Sidoniens. — Josèphe dit qu'il était venu dès le matin en habit d'argent, et que le peuple ébloui l'acclama comme un dieu : saint Luc se borne à dire qu'au discours d'AgrippaJe peuple s'écria : « Ce sont paroles de Dieu et non d'un homme. » — Josèphe ajoute qu'un hibou vola au-dessus de sa tête, et que le prince ressentit aussitôt des douleurs d'entrailles : saint Luc dit simplement que « l'Ange du Seigneur le frappa pour n'avoir pas rendu honneur à Dieu. » — Josèphe finit en disant qu'il survécut cinq jours : saint Luc, qu'il mourut rongé de vers * . Les différences sont faciles à concilier, à part le hibou de

* Ad. XII, 19-35; io^.Ant. XIX, viii, 3.

ai. lit. — LES ACTES DES APOTRES. 12i

Josèphe : Agrippa a pu recevoir les ambassadeurs Tyriens pendant des jeux ; et la mort affreuse, dont parle rhistorien sacré, provenir dumaldontaparléThistorien juif. Les deux récits se valent donc au fond ; mais quand on les regarde de plus près, on voit comme Tun est supérieur à l'autre. L'exposition de Josèphe est emphatique ; celle de saint Luc, ferme , rapide et précise, comme d'un homme qui avait passé deux ans à Césarée peu de temps après l'événement ' .

Le jeune Agrippa, dont la position en Judée, vis-à-vis du gouverneur romain, a été si bien présentée par saint Luc, parait dans les Actes avec Bérénice, sa sœur, qui devint si fameuse : l'histoire dit en effet qu'elle vécut longtemps près de lui, et les auteurs du temps en ont fort suspecté les motifs ^. Saint Luc parle du jeune prince comme d'un Juif fidèle '; on sait du père qu'il était zélé pour sa foi * , et sans doute il aura élevé son fils dans les mêmes sentiments.

Félix, frère de Pallas, le premier des deux procurateurs que nomment les Actes, avait épousé Drusille, qui était Juive, dit l'auteur (xxiv, 24). Drusille était en effet fille d'Hérode-Agrippa, selon Josèphe \ C'est par erreur (car les plus grands historiens se trompent) que Tacite la dit fille de Cléopâtre et d'Antoine {Hist. Y, 9). Drusille, fiancée d'abord à Épiphane, fils d'Antiochus roi de Comagène , avait été mariée à Azicus , roi d'Emèse, qu'elle quitta pour Félix, un affran-

* Act. XXIII, 33 ; xxiv, 27 ; xxv, 26, 32.

' Act. XXV, 13 ; J6s. Ant. XX, vu, 3 ; Juv. Sat, vi, 138 :

Barbants incestœ dédit hune Agrippa sorori.

' Credis, rex Agrippa, prophelis T scio quia cr^dis. {Act. xxvi, 27 .j

* Jos. Ant. XIX» vu, 3. — » llnd. ix, 1.

122 PART. I. «» 4iniIB5mClTÉ DU TEXTE.

chi mais un procurateur * I Suétone dit de lui qu'il épousa trois reines {Claud. 28). L'auteur des Actes parle de sa vénalité (xxiv, 26), et le trait qu'il en cite répond bien à ce qu'on sait de ce frère du favori de l'empereur, et par Josèphe et par Tacite * : C'est de lui que Tacite disait le mot fameux : Jtis regium servili ingénia exercuit (Hist. v, 9).

Quant à Gallion, on le connaît par Sénèque, son frère, et par Stace, qui s'accordent à vanter sa douceur ^. Dans les Actes (xviii, 12-17), il se montre assez doux et modéré, se refusant à mettre son pouvoir au service de la haine des Juifs. Que si, après avoir renvoyé Sosthènes, il le laisse battre par ces derniers, c'est bien un trait de ce mépris que les meilleurs d'entre les Romains gardaient pour les sujets de leur Empire. Des Juifs qiii en battaient un autre, ce n'était pas chose dont un gouverneur (fût-il le frère d'un philosophe et l'inspirateur du traité de la Colère) dût beaucoup s'émouvoir *.

Même exactitude pour tout le détail de l'administration des Romains ou des Juifs. Les Romains avaient des troupes à Jérusalem. Que le pays fût soumis à un procurateur, ou, sans intermédiaire, au gouverneur de Syrie, on voit par Josèphe qu'ils tenaient toujours une garnison pour s'assurer de la ville sainte ; elle occupait,

' Jos. AnL XIX, VII, 3, et XX, vu, 1 et 2; Tac. Hist. V, 9.

^ Jos. AnL XX, VIII, 5, 7 et 9 ; Tac. Ann. XU, 54 : Jam pridem Judaese impositus, et cuncta malefacta sibi impune ratus, tanta potentia subnixo.

' Aut dulcem générasse GcUlionem,

(Stat. Sylv. n, VII, 32.) Gallionem fratrem meum quem nemo non parum amat. (Sen. Quœst. Nat. iv, praef. 9.) * Gallion, avant son adoption par L. San. GailiOn, s*appelait Nova-

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