CR. III. — LES ACTES DES APOTRES
comme on le voit aii même livre , le chemin direct , laissant Chypre à sa gauche (xxi, 3) ? L'auteur le dit : c'est que les vents étaient contraires , propterea qtwd essent venti contrarii (v. 4)* Le vent était donc au nord-ouest : c'est en effet celui qui règne dans la région orientale de la Méditerranée, en la saison où commence levoyage (l'été) ; et la route suivie est celle quel'on prendrait encore pour aller à l'ouest, contre le vent d'ouest. En gagnant la Cilicie, on devait profiter et de la brise de terre, et des courants dont la direction est constamment d'est en ouest, le long de la côte méridionale de l'Asie Mineure. On en peut voir les témoignages dans le livre que nous analysons.
A Myra on trouva un vaisseau d'Alexandrie allant en Italie, et l'on s'y embarqua. Mais d'où vient que oe vaisseau est à Myra ? Il portait du blé, ainsi qu'on le peut voir plus loin (v. Z8) ; il avait donc pris en Egypte son chargement pour l'Italie, et n'avait point déraison pour se détourner de la route. Qui l'y a forcé? Probablement le même vent d'ouest qui a modifié l'itinéraire du premier vaisseau. Ce vent soufflant toujours rendit très-pénible la suite du voyage, de Myra à Cnide [et eummultis diebus tarde navigarenius ^ v. 7). Cependant à l'aide de la brise de terre, on avait pu gagner ce point (e^ vix navigassemus contra Cnidwn. Ibid.) Mais au delà, ce secours faisait défaut : on quittait le littoral, on n'avait pjus devant soi que le vent contraire ; c'était un obstacle absolu (prohibente nos ventoj. 11 fallut donc prendre une direction oblique , et l'on gagna au sudsud-ouest la pointe de la Crète (adnavigavimus Cretce^ juxta SàbnonemJ. Quelques commentateurs ont pensé que le voyage à'était continué par le nord de l'île de
Crète, C'est une erreur que M ^ Smith relève justement. Par le nord, on restait exposé à toute la violence du vent nord-ouest ; au contraire, en naviguant sous Tîle de Crète, comme dit l'original (u7re7r\eu<ja[iLev), le vent était rompu, et Ton pouvait ainsi , non sans difficulté sans doute (et vix juxta navigantesj^ aller le long de la côte jusqu'au cap Matala. Mais à ce point, le rivage tournant brusquement au nord, on était forcé de s'arrêter. On s'arrêta un peu en deçà, en un lieu appelé Beau-Port, près de Thalassa, ou, selon le grec, de Lasœa., Nulle ruine ne se rencontre sur le rivage pour y marquer la position de ce port : mais on y trouve un port naturel, appelé la Belle Êaie dans le Miroir de la mer ;. et l'on peut croire que c'e^t le Beau-Port de notre récit. Si l'on n'y trouve aucune ruine, c'est que jamais peut-^être il n'y avait eu là de construction.
On y fut retenu jusqu'à une époque où la navigation commençait à être dangereuse. Aussi ne songeait-on plus à gagner l'Italie avant l'hiver. La seule question était de savoir si on séjournerait au Beau-Port ou si Ton irait au port Phénice. Saint Paul conseillait de rester, disant que si l'on en partait, on mettrait en péril non-seulement la cargaison et le vaisseau, mais aussi l'équipage (v. 10). Mais le pilote et les inatelots étaient d'avis contraire : le centurion les écouta de préférence (v. 1 1) ; et il ne pouvait pas faire autrement. L'avis de saint Paul avait contre soi toutes les apparences ; et l'auteur des Actes le reconnaît : un port qui a l'ouverture de celui où l'on croit retrouver Beau- Port, n'est guère propre à l'hivernage {cum aptus portus non esset ad hiemandum^ v. 12). On se dirigea donc vers le port Phénice que M. Smith croit retrouver, avec sa