CH. III. •«- LES ACTES DBS APOTRES
dans le golfe Adriatique la scène du naufrage, et ils ont cru trouver, dans la petite île de Melada, proche de Zara, sur les côtes de la Dalmatie, Tîle de Melita qui sera nommée plus loin. Mais ce serait sacrifier à un mot tout le corps du récit ; et, disons-le, le sacrifier à un mot mal entendu. Les anciens ont généralement appliqué le nom de mer Adriatique à ce qu'on appelait aussi la mer Ionienne. Ptolémée , pour n'en citer qu'un seul, renferme l'Adriatique entre la Sicile, TÉpire, l'Achaïe, le Péloponèse et la Crète * . Cela suffit donc pour que le nom d'Adriatique ne fasse illusion à personne. Le vent pousse de la Crète vers les Syrtes : il faudrait une bien prodigieuse manœuvre et un singulier malheur, pour que des gens qui, du sud de la Crète, veulent aller en Italie, se trouvent, portés, avec ce vent-là, au fond du golfe Adriatique. Melita est Malte, et quinze jours c'est, plus ou moins, selon la force du vent et les circonstances particulières, ce qu'un vaisseau, partant de la Crète, près de Gozzo, {Gaudos) devrait mettre pour y arriver.
La quatorzième nuit donc, les matelots crurent s'apercevoir que la terre approchait. On jeta la sonde et on trouva vingt et bientôt quinze orgyes (v. 28). La profondeur diminuait rapidement ; 11 fallait s'arrêter, de peur d'être poussé, au milieu de l'obscurité, contre des rescifs {r^aytXç toitouç). On jeta quatre ancres de la poupe (v. 29), D'ordinaire l'ancre se jette de la proue ; mais il y avait ici avantage à le faire de l'autre extré-
^ Ptol. III. 1, 4, i5 et 17. Strabon dit de la mer lonienDe a qu^eUe est uDe partie de ce qu'on appelle maintenant mer Adriatique. » ii, p. 123 D. Casaub. ; cf. Procop. Vandal. ij 14. Voy. TAppendice que M. J. Smith a joint, sur cette question, à son ouvrage, p. iâ&-139.
mité ; et saint Luc, sans s'arrêter à le dire, le laisse voir par la suite du récit : le jour venu, quand il s'agira d'aborder, il suffira de couper les câbles et de lâcher les attaches des deux rames qui servaient de gouvernail, pour que le vaisseau, tenu la poupe au vent, se dirige vers la terre. Les ancres jetées de l'arrière, les matelots voulaient mettre la barque à la mer, comme pour tirer encore celles qui pendaient de la proue : ils ne voulaient que fuir (v, 30). Paul, pénétrant leur dessein, le dénonça, et, pour le déjouer, il conseilla de couper les câbles qui retenaient la barque (v. 31). Ses avis étaient désormais comme des ordres. On le fit, et la barque tomba à la mer (v. 32). C'est encore à la voix de Paul que l'équipage, se rassurant, prit quelque nourriture : après quoi on jeta le blé (de la cargaison) à la mer, pour alléger le vaisseau et rendre le sauvetage plus facile (v. 38). Le jour venu,, on vit enfin la terré et l'on y distingua une grève, où l'abordage semblait offrir moins de péril. On coupa donc les ancres, on lâcha, comme il a été dit, les liens du gouvernail, et l'on s'abandonna au vent, au moyen de la voile d'artimon ; mais le vaisseau vint se heurter contre un îlot séparé de la terre par un étroit chenal (T07cov5t6à>.a<icov) (v. 41), circonstance que M. Smith retrouve dans la petite île de Simonetta, au fond de la baie où il place la scène du naufrage. Là, on n'a guère plus de trois brasses d'eau : le vaisseau donna dans le sable et y resta enfoncé par la proue, tandis que le flot brisait la poupe. On sait la suite. Les soldats voulaient tuer les prisonniers : mais le centurion, qui tenait à sauver Paul, s'y refusa ; et chacun, laissé libre, se sauva comme il put, en s accrochant aux débris du navire (v. 42-44).