CH. IT. — SAINT MATTHIEU, SAINT MABC ET SAINT LUC
clusion naturelle de ce procès , de cet envoi à Rome , si minutieusement racontés dans les chapitres précédents ? Dira-t-on que la suite a été perdue, ou que Tauteur s'est arrêté lui-même * ? Mais le récit ne porte point la trace d'une telle coupure ni d'une semblable interruption, La narration n'est pas brusquement suspendue. Le livre a sa conclusion sommaire. L'auteur rappelle, ^i peu de mots, les événements des deux dernières années; et Ton ne comprendrait pas que, dans cette forme abrégée, la délivrance de saiijt Paul ne se trouvât point indiquée, si cette délivrance eût été dès lors accomplie* On peut donc imaginer encore d'autres raisons : car toutes sont bonnes à qui ne veut pas croire ; mais si l'on veut ne voir que ce qui résulte évidemment des faits , il faudra reconnaître que le récit finit là , parce que là s'arrête la suite des événements. Les Actes ont donc été rédigés vers la fin de la captivité de saint Paul , c'està-dire vers l'an 63, pendant les loisirs que cette interruption dans les voyages de l'Âpôtre donnait à saint Luc son compagnon. Mais l'Évangile a été rédigé avant les Actes : les Actes ne sont donnés par l'auteur que comme une suite de l'Évangile, comme un deuxième livre , l'Évangile étant le premier. Il faut donc en fixer l'époque, soit en cette même année, soit pendant cette autre captivité de deux ans que saint Paul subit à Césarée (58-60) . Saint Luc , qui est arrivé avec saint Paul en Palestine et qui en part avec lui pour Rome , aura pu profiter de ce séjour forcé sur la terre où s'ac-
' De Wette, g 116, et au contraire Tboluck, p. 141 et Krabbe, L 1, p. 43. Qae penserait-on, dit Tboluck, d'une histoire de Napoléon qui raconterait sa captivité à Sainte-Hélène, sans parler de sa mort î On penserait qu^Ue a été écrite avant sa mort. — Maison fait profession de ne pas appliquer aux auteurs sacrés les règles du sens commun.
iS4 PART. I. — AUTHENTICITÉ DU TEXTE.
complit la mission du Sauveur, pour achever Tinformation dont il parle lui-même (i, 1-4) et mettre son récit par écrit * .
Ainsi TÉyangile de saint Luc a été rédigé trente ans environ après T accomplissement des événements. Mais par la comparaison des trois histoires , nous avons établi que les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc lui sont antérieurs. Ils sont donc antérieurs à Tépoque désignée : car les raisons tirées des livres mêmes doivent remporter sur des traditions qui, de leur nature, sont flottantes et vagues*. Et qui nous opposerait ces traditions? ceux qui n*y croient pas ^. Si cette preuve nous avait fait défaut, nous aurions pu aumoins établir par le seul examen des textes, qu'ils sont antérieurs à la ruine de Jérusalem. Cette ruine est prédite comme devant arriver. — Raison de plus , dipa-t-on , pour les dire postérieurs. — Non, et j'en tire la preuve de la manière dont elle se mêle à ce qui regarde la fin du monde, principalement dans la prédiction rapportée par saint Matthieu et par saint Marc * . De Wette luimême (§ 97) le reconnaît expressément pour saint Matthieu. Ce n'est pas que les deux choses soient réelle^ ment confondues en une seule, dans la pensée ou même dans l'exposition des deux ÉvangéUstes. Bossuet a clairement indiqué où se fait la division des deux événements dans le récit, et il a fait voir avec quejle précision est marquée la distinction des temps. C'est de la ruine
< Voy, la note XVII h la fin de^e ▼olume.
' Voy. la note xviii k la fin de ce volume.
^ Voy. la note xix U la fin de ce volume.
* Mattb. xxiv, 1-36; Marc, xiii, 1-32; Luc, xxi, 5-33. Si les deux choses sont plus nettement séparées dans saint Luc, elles sont néanmoins suivies de la formule : « En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point, que toutes ces choses ne soient accomplies.