CH. VI. — INTÉGRITÉ DU TBXTV
seurs à cet égard * . Assurément on ne les a reçues que parce qu'il était impossible de les rejeter. Ces différences, quoi qu'il en puisse résulter pour l'autorité des Ëvangiles qui les contiennent, sont assurément, nous l'avons dit, la plus forte preuve de leur intégrité en ce point. Mais ce n'est pas seulement la généalogie qui doit se défendre ici ; c'est tout le morceau dont elle forme la tête : car c'est là que se remarque le plus, dans les traductions de l'Ancien Testament, la personnalité de saint Matthieu*. Aussi le docteur Strauss rapporte-t-il à une « prévention av eugle » les objections que l'on a faites à ces deux chapitres, comme aux chapitres correspondants de saint Luc : il les regarde comme faisant corps avec chacun des deux Evangiles ; et il constate que « des réfutations solides ont réduit les doutes au silence'- »
Quant aux autres passages attaqués en saint Matthieu : la fin de Judas (xxvn, 3 et suiv.) ; les morts qui ressuscitent à la mort de Jésus-Christ {ibid.^ 52, 53); l'allusion à Jouas (xii, 40), ils se retrouvent dans tous les manuscrits : et, si on les rejette, ce ne peut être que par la pensée d'échapper, d'une part, aux difficultés de la concordance avec saint Luc dans les Actes (i, 1 8) ; et de l'autre, aux conséquences d'un fait qu'on ne peut expliquer naturellement. Mais rejeter un texte parce qu'il affirme un miracle est un paralogisme de la pire espèce. Il ne suffît pas de n'y pas croire pour le retrancher de l'Évangile ; il faut prouver que l'Évangéhste n'a pas pu y croire et en témoigner : et c'est ce qu'on ne fait pas. Et pour le premier point, on peut bien
• Euseb. Hist, ecclei. i, 7. — * Hug, 1. 1.
* Vie de Jésus^ S ^d> ^« h P* i^2«
222 PART. I. — AUTHBMTICtTt DU TEXTE.
préférer un témoignage à un autre, mais non pas nier l'un à cause de l'autre : c'est une pure difficulté d'interprétation à résoudre ou à reconnaître , en attendant qu'elle soit résolue. Nous y reviendrons en traitant de la vérité des récits évangéliques.
Dans saint Marc, on a contesté la fin du dernier chapitre, depuis le verset 9 ; et la question n'est pas nouvelle : elle se posait dès l'antiquité comme de nos jours, en raison de l'état des manuscrits. Aujourd'hui en effet, cette fin manque dans un certain nombre de manuscrits, ou bien elle est notée, soit comme manquant dans plusieurs, soit comme existant dans beaucoup d'autres, et spécialement dans quelques-uns assez anciens ; ce qui suppose qu'elle manquait dans les autres * . Mais elle se trouve dans le plus grand nombre, et notamment dans le manuscrit alexandrin, dans le palimpseste de saint Éphrem et dans 4ous les anciens, existants aujourd'hui, à l'exception du manuscrit du Vatican. Elle se trouve dans toutes les versions antiques, qui témoignent de manuscrits antérieurs aux nôtres : il n'y a d'exception que pour la version arménienne et une copie de la version arabe, conservée au Vatican. De même, dans l'antiquité, Eusèbe, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme témoignent que le passage manquait dans les manuscrits les plus exacts ^ :. mais saint
* Voy. Griesbach et Norton, ii, note A, S.$, n« 4, p. lxxiv.
^ Euseb. Quœsl. ad Marin i, 1, ap. Ang. Mai, Script, vet.novacolL t. I, p. 52; Greg. Nyss. OraL II in Chrisli resurr, t. UI, p. 411 B.; Hieron. ad Hebidiam, § 3, t. JV, P. i, p. 172 ; cf. in Pelag lib. H, t. IV, P. II, p. 520. Voy. Norton, ibid. p. lxxv. Le cardinal Ang. Mai fait remarquer d*ailleurs, dans sa note sur Eus{*be, que cet auteur confirme (comme saint Jérôme aussi) l'opinion que cette fin de saint Marc a été retranchée à cause de la contradiction qu'on y croyait voir avec saint Mattliien sur le moment de la Résurrection. 11 ajoute que la version gothique d*Ulphilas contient le chapitre entier, et il oppose k Tassertion principale