CH. TI. — > INTÉGRITÉ DU TEXTK
Irénée cite distinctement le verset 1 9 comme étant de saint Marc * ; et aucun d'ailleurs, même en notant ces lacunes, n'a rejeté le passage comme apocryphe. Ils roiit donc fait en connaissance de cause, et l'on ne saurait mieux faire aujourd'hui. En effet, en rejetant les versets dont il s'agit, il faudrait terminer l'Évangile à ces mots : èçoêouvro yàp, timebant enim. » Et ce serait assurément chose bien singulière, qu'un livre finissant sur un car. Norton le reconnaît ; mais il suppose que l'auteur aura été interrompu dans son travail , peutêtre par la persécution où mourut saint Pierre ; et il trouve que c'est précisément parce qu'il manquait une fin, que celle-ci y fut ajoutée * . Nous croyons qu'elle y a été mise par l'auteur, et d'autant plus volontiers que, si l'on trouve quelques expressions qui se rencontrent moins souvent en saint Marc, le fond n'a rien qui ne soit dans la manière rapide et brève de l'Évangéliste : il résume encore saint Matthieu, et y ajoute quelques détails (v. 12 et 13) que saint Luc reprendra pour les étendre ^ .
En saint Luc, Marcion retranchait les deux premiers chapitres , conformément à ce système étrange qui voulait séparer lés deux Testaments comme par un abîme, et supprimer tout lien entre le Dieu de l'Évangile et le Dieu de la Loi. Mais sa témérité n'a fait que
d'Easèbe une assertion contraire qai peut au moins Tatténuer (Caten. Victor, ap. Matlhaei et Birch, et Cod. Vatic, 358, p. 170 B). Quant il saint Jérôme, tout en constatant l'étal des manuscrits, il n'en a pas moins maintenu ce passage; et c'est ce que fait aussi RictiarU Simon, en justifiant et Tobservation du saint et le parU qu'il a pris. Hist. crit, du texte du N. T, ch. XI, p. 114 et suiv.
* Iren. c. llœres, m, 10, § 6.
* Norton, ibid. p. lxxix. Voy. au contraire Tboluck, p. 141.
' Vo)ez d'ailleurs ci-dessus, p. 181 et la note xvi à la fin de ce volume.
t24 PART. I. — ADTBEIOTCITÉ DU TEXTV.
soulever les protestations de l'Église sur ce point comme sur les autres ; et ceux qui, dans les temps modernes, ont voulu reprendre cette opinion, sont réfutés par le docteur Strauss * . Quant aux deux courts passages de cet Evangile que la critique moderne a voulu suspecter encore, Tun « Vous ne savez de quel esprit vous êtes, etc., » a contre lui de ne se pas trouver dans plusieurs des plus anciens manuscrits; et on allègue que les copistes ont, de tout temps, été beaucoup moins disposés à mutiler un texte, qu'à y introduire une annotation marginale. Mais ce serait fausser une règle de critique sensée, que de la vouloir appliquer à tous les cas. Or ici le passage se trouve dans la majorité des manuscrits pris en masse, et aussi dans quelques-uns des plus anciens, par exemple dans les Mes. 63 (f" 163, verso), et 48 (f* 124) de Paris. .Le manuscrit de Cambridge garde les paroles « Vous ne savez de quel esprit vous êtes, » et n'omet que le corollaire : « Car le Fils de l'homme n'est pas venu perdre les âmes , mais les sauver ; » et la Vulgate, qui représente des manuscrits bien plus anciens, traduit le texte entier. Ajoutons que <5es paroles ont un tel caractère, que Norton lui-même, tout en doutant qu'elles aient été écrites par saint Luc, ne doute pas qu'elles n'aient été prononcées par le Sauveur; il suppose que, recueillies par les disciples, elles auront été écrites sous leur autorité, à la marge de saint Luc, pour réparer son omission^. Mieux vaut <5roire, avec la majorité des manuscrits présents et avec les manuscrits plus anciens dont se servait saint Jérôme, qu'elles ont été écrites par saint Luc, comme elles ont été prononcées par Jésus-Christ.
* Vie de Jés 16, 1. 1, p. 1 17. — < Norton, 1. 1. S S(, n* S, p. lxxx.