‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 41 sur 66 · CH, VI. —> IKTÉGBITÉ DU TEXTE · texte numérisé non relu

CH, VI. —> IKTÉGBITÉ DU TEXTE

Le second passage (xxii, 43, 44), l'ange fortifiant Jésus dans l'agonie et la sueur de sang, ne se trouve ni dans le manuscrit alexandrin , ni dans celu^ du Vatican , ni dans la version sahidique ; et sur dix manuscrits en lettres onciales, trois le notent comme douteux : c'est dire que tous les autres anciens manuscrits contenant saint Luc , et toutes les traductions antiques le donnent. Ajoutons que . si Origène et Tertullien n'en parlent pas, si saint Hilaire, saint Jérôme et saint ^piphane disent formellement ou laissent entendre qu'il manquait dans J^e^ucoup de manuscrits de leur temps, aucun pourtant ne l'a rejeté , et qu'il est spécialement allégué par Tun des plus ancien^ P^res dont on ait des citations de l'Évangile, saint Justin martyr, et après lui par saint Irénée * : nous ne parlons pas des plus récents. Il n'y aurait donc pour le repousser, dans l'état de la question , que des raisons de sentiment , comme l'indiquait déjà saint Épiphane^, Bossuet en a fait justice quand il a dit : « Ceux qui .ont osé retrancher de l'Évangile de saint Luc l'ange que Pieu envoya à Jésus-Christ pour le fortifier, n'ont pas compris ce mystère, et que Dieu , en retirant dans le plus intime toute la forcç de l'âme et lui envoyant son saint aUge pour le consoler dans, ses détresses , n'a pas prétendu par là déroger à sa dignité, mais seulement lui faire éprouver qu'il était homme , « abaissé » par sa nature humaine « un peu au-dessous de l'ange, » Minuisti evm paulo minus ah Angelis^ et expiant le désordre de ûos passions, loin de le prendre lorsqu'il en a voulu souffirir le tourment '.

* Jost. Dial. c.^ Trypk: S i03, p. 199 B; Iren. c. H<Bres. m, 22, S S ; Norton, ibid. p. lxxxviii.

, ' Epiph. Ancorat. g 32, t. H, p, 30; Norton, fbid.

* ExpiicaL l Uerale du psa^tn$ xxi, g 10. i! y cd a eu, dans Tanti-

C'est pour des raisons analogues , que Fon a contesté le premier des passages de saint Jean cité plus haut : l'Ange à la piscine (v. 3, 4): Il est omis en totalité dans le manuscrit du Vatican, et dans deux autres de moindre importance , dans les manuscrits de la version copte et dans quelques-uns de la version sahidique. Le verset 4 ne se trouve pas: dans celui de Cambridge et dans un autre encore ; quinze autres le marquent comme douteux : il manque en général dans les manuscrits de la version arménienne et dans plusieurs des anciennes versions latines. La grande majorité des manuscrits et des traductions Tadmettent donc : il se trouve en marge du Ms. palimpseste de saint Éphrem, ^'une écriture q[ui ne paraît pas beaucoup plus récente que le corps du manuscrit, et il est allégué par TertuUien dans son traité du Baptême ^ Quant au récit de la femme adultère (vm, 1-11), les manuscrits semblent le condamner. Il n'est pas de texte qui soit plus souvent omis5 0udumoiri8 plus marqué des signes du doute, plus chargé de variantes ; et saint Jérôme autorise à croire qu'il en était de même de son temps ^ . Et pourtant nul récit n'a un plus grand caractère de sincérité. Comment donc concilier cette marque d'authenticité intrinsèque avec l'état des manuscrits ? C'est que peut-être, a-t-on dit, oh craignait que les femmes ne fussent plus tentées de s'appliquer les paroles de pardon du Sauveur, que sa recommandation de ne

quité même, qui voulaient retrancher de saint Luc Jésus pleurant sur Jérusalem, de peur qu*on ne se scandfilisM de sa faiblesse. C'est ce que rapporte saint Épiphane.^il ncor. 31.) ^oy* Ri^h* Simon, Sist. criL du texte du N. T. eh. xii, p. 130.

* TertuU. de Bapt, 5; Norton, p. xciii.

' n constate que le passage se trouve dans beaucoup de manuscrits grecs et latins {Adv. Pelag. 1. II, t. ly, p. ii, p. 521.) : ce qui suppose, selon remarque de M. Berger de Xivrey dans sa savante Etude-sur te texte du N. T. (p. 130), qu'il n'était pas dans tous;

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plus pécher. Le texte fqt donc moins lu dans les églises, bien qu'on le trouve marqué pour les fêtes de sainte Marie TÉgyptienne et de sainte Théodore d'Alexandriei où il avait son application naturelle. Saint Jean Ghrysostome le passe sous silence dans les nombreuses homélies qu'il a faites sur saint Jean. Son silence n'est pas un blâme, sans doute : car le passage, de son temps comme de nos jours, était dans le plus grand nombre des manuscrits, et, s'il Teût rejeté, il eût fait plus que de n'en rien dire. Mais cela a suffi pour que les copistes marquassent d'un signe de doute, quand ils ne l'omettaient pas, l'endroit contre lequel s'élevait le rigorisme du temps. Un manuscrit deJM[oscou, cité parMatthaei, avoue naïvement cette cause de la défaveur dont il était l'objet; et saint Augustin nous la signale comme déjà ancienne, quand il dit : « Mais voilà ce que repousse l'espritdes infidèles : en sorte que des hommes de peu de foi, ou plutôt, ennemis de la vraie foi, craignant, je pense, de donner aux femmes l'impunité de pécher, ont retranché de leurs manuscrits le trait d'indulgence du Seigneur envers la femme adultère ; oonime s'il avait donné l'impunité de pécher , celui qui a dit : ^AUez , et ne péchez plus ; ou que cette fenune ne dût pas obtenir du divin médecin la rémission de sa faute, pour ne p^^s causer de scandale à ces insensés ^ • » C'est donc avec toute raison que saint Jérôme a maintenu le passage, à l'exemple des anciennes versions italiques : et cette opinion, fortement défendue par Maldonat et plus récenmaent par M. Scholz et par M. Berger de Xivrey, est celle qui doit prévaloir * .

* DeConé, aélvlL ii, 7, t. VI» p. ÀffI,

> H. Berger de Xivrey, 1. 1. p. 131; cf. lîick. Simon, qui exposa

Reste le xxi* chapitre. Nous avons déjà parlé des deux derniers versets qui, incontestablement, ne sont point des paroles de saint Jean, mais, selon toute apparence, une Mtestation jointe à son Évangile par les disciples qui le publièrent. Mais ce^ne sont pas seulement ces deux'versets, c'est le chapitre entier que Top attaque. Sans doute si ce xxi* chapitre n'existait paa, non-seulement on ne pourrait pas soupçonner une mutilation de rÉvangile, mais on serait fondé à dire qu'il n'en a pu souffrir aucune : car il a sa conclusion naturelle dans les deux derniers versets du chapitre xx : « Jésus fit encore devant ses disciples beaucoup d'autres signes qui ne sont pas écrits dans jce livre, etc. » Il en résulte évidemment que saint Jean avait dessein d'en rester là. Mais si. le chapitre suivant a été ajouté, pourquoi ne l'aurait-il pa^ été par l'auteur lui-même ? On y trouve un trait qui semble motiver cette addition : c'est que le bruit s'était répandu, — et on le comprend après le miracle de la Porte Latine , xjuand saint Jean plongé dans l'huile bouillante, en avait été retiré vivant, — que l'apôtre aimé du Sauveur ne devait pas mourir. Paint Jean veut dissiper cette fausse opinion (v. 23), et il raconte la scène où Jésus dit le mot qu'on avait mal compris. C'est d'ailleurs le même ton que dans le reste de l'Évangile ; ce sont les mêmes tf aits de caractère chez les deux Apôtres mis en scène : Jean reconnaît le premier le Sauveur, mais Pierre se jette à l'eau pour a'rriver le premier , tandis que les autres viennent en barque jusqu'au rivage ; et c'est à Pierre que Jésus dit : « M'aimes-tu? pais mes brebis. » Saint Jean seul,

la question dans toute son étendue et incline yers la même solution. Bi9L crfl.dH texte du N. T, cli. xiii, p« 142 et suiV.

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et non, comme on Ta dit, un disciple de saint Jean, pouvait ajouter à TÉvangile un chapitre où le disciple bien-aimé s'efface si complètement devant saint Pierre * . Ainsi, non-seulement le corps de nos Évangiles, mais ces passages, dont la suppression n'ôterait rien d'ailleurs à l'autorité de l'histoire Évangélique, peuvent et doivent se défendre ; et l'examen que le doute a provoqué, n'a servi qu'à fortifier nos preuves sur l'ensemble de ces livres , en montrant dans les copies du temps des Pères le même accord général, les mêmes diversités accidentelles que l'on retrouve dans nos manuscrits. Cette perpétuité jusque dans les variantes est donc une garantie qu'à aucune époque elles n'ont dépassé les limites où nous les voyons aujourd'hui renfermées. Et nous le pouYons dire, en résumant notre argumentation : Le texte primitif, n'ayant pu être modifié sans qu'il en reste trace non-seulement dans l'histoire de l'Église et dans les réclamations des dissidents, mais encore dans les copies qui se sont gardées ou perpétuées par la transcription jusqu'à nous : comme nos copies sont pour le fond identiques ; comme il n'y a eu, commç on ne peut supposer aucun concert ayant pour effet de substituer un texte de Convention à des textes antérieurs ; comme l'Église, gardienne vigilante de ses Écritures, a toujours rejeté et flétri ceux qui osaient les altérer , il est certain que nous avons aujourd'hui les livres du Nouveau Testament tels qu'ils ont été inspirés à leurs auteurs.

* Rich. Simon, ihid. p. i52;Hichaëlis,n, vu, 9. De Wette, quoique disposé à déaier ce chapitre k saint Jean, y signale un assez grand nombre de traits qni sont bien de son style oniinaire (S 112).

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