CB. III. — RECENSEMENT DE QUIRIMUS
circonstances s'y accordent. Le temple de Janus venait d'être fermé : la paix était rétablie pour quelques années, et Auguste pouvait désormais se tourner plus entièrement vers les grandes réformes de l'administration * . Cela ne suffit pas pour prouver que le recensement général eut lieu alors ; mais c'en est assez pour qu'on ne puisse pas invoquer contre saint Luc le silence du monument d'Ancyre. Rien n'empêche, en effet, que, les deux choses étant faites en même temps, Auguste, parlant de l'une ici, ait volontairement omis l'autre. Le recensement général. des provinces était un service rendu à l'Empire ; le recensement des citoyens et le soin de fermer le lustre, une des plus hautes missions qui pût honorer un magistrat. Auguste, dans cette partie de l'inscription consacrée aux honneurs dont il a été revêtu, a pu se borner à parler du recensement des citoyens, réservant le reste pour une autre place ^ . Le monument d'Ancyre, dans l'état où il est, ne prouve donc rien ici par son silence ; et la mention qu'il contient du recensement des citoyens au temps où l'édit du recensement général dut paraître, est loin d'être sans valeur : car si elle ne prouve pas l'édit, elle ne l'exclut pas ; bien plus , elle le rend possible. Elle offre une pierre d'attente où l'on pourra l'appuyer, si l'on trouve quelque autre témoignage qui lui serve de fondement. Mais Auguste n'avait pas seulement dressé ce tableau de ses actes qui nous est parvenu par fragments-, il
HUM [CAPITA] QUADRAGIENS CENTUM MILLIA ET DUCENTX TKIGIUTA THIA
m[]Llia], II* colonne, 5. Cœs.Aug. index rer, a se gestar. Ed. A.VJ.Xumpt (1845), p. 30.
' « Voy. Magnan, de Atino nat. Christi^ prop. iv, S 3, p. «66; SancAement. de Yulg, œrœ emendat, iv, 2, p. 413; Paint, de £vang. lU, XVIII, 15 ; Huschke, p. 34. - > Haschke, ihid. p. 45.
302 rAIlT. II. — VÉRITÉ DU RÉCIT.
avait laissé un autre livre appelé le « Sommaire de TEmpire, » Breviariumlmperii^ dont Tacite, Suétoneet Dion nous ont fait connaître, en quelques mots, le contenu. «C'était, dit Tacite {Ann. i, 11), un livre où étaient consignées toutes les ressources de TËtat : combien il y avait de citoyens et d'alliés sous les armes ; combien de flottes, de royaumes, de provinces ; les tributs et les redevances {vectigalia)^ les dépenses à faire, les gratifications, le tout écrit- de la main du prince, n Suétone {Aug. 101) parle de trois volumes, l'un contenant des ordres touchant ses funérailles ; l'autre, l'indication de ses actes, qu'il voulait que Ton gravât sur des tables d'airain, pour les placer devant son mausolée (c'est ce qui nous ost resté dans le monument d'Ancyre) ; un troisième enfin, le Sommaire de l'état de l'Empire [Breviarium Imperii)^ où il avait noté combien il y avait de soldats sous les drapeaux, combien d'argent dans le trésor ou dans le fisc, et quel était l'arriéré de l'impôt ; » ce que Dion répète en ajoutant : « Et toutes les autres choses de ce genre qui importent au gouvernement de l'Empire * . » Or, comment ces notions auraient-elles pu être réunies, sinon par une vaste enquête, ordonnée par le prince et exécutée dans tous les pays dépendants ou alliés? Ce livre d'Auguste, d'après le témoignage des trois historiens, nous ramène donc à quelque chose d'analogue au recensement qu'on prétend nier à cause de leur silence.
Disons-le d'ailleurs : l'ordre de recensement ainsi
* Tac. Ann. 1, 11 ; Suet. Aug. 101 ; Dio. Gatô. LVI, 33: Tirpirov xixt T(5v orpaTuoTûv xal Ta tûv .irpoaoSiov... xal 699 àXkà TOiourorpoita ic '^
GB. III. — RBCCllSEIfEIlT DE QUIRIRIUS. 303
entendu n'a rien qui ne convienne soit à Tesprit général, soit aux dispositions particulières de TEmpire au temps où il est rapporté ; et l'Empire en cela ne faisait que continuer Fœuvre de la République. De même que Roine s'était assimilé l'Italie, elle devait un jour s'unir les provinces; en attendant, elle s'appliquait à les mieux connaître et à les rattacher plus intimement au centre, en y jetant les bases d'un même système de gouvernement et d'impôts. A peine maître du pouvoir. César avait inauguré ces grands travaux d'ensemble, en ordonnant qu'on mesurât tout le monde romain. Une Cosmographie attribuée communément à iEthicus Ister, chrétien du iv* siècle, rapporte à l'année du consulat de Jules-César et d'Antoine (44 avant Jésus- Christ), le sénatus-consulte en vertu duquel l'Empire, divisé en quatre parts, fut mesuré, l'Occident par Didyme, l'Orient par Zénodore, 1er Nord par Théoddte, et le Midi par Polyclète : opération qui se continua sous Auguste et dura vingt-quatre ou vingt-cinq ans (de 44 à 1 9 ou 20 avant Jésus-Christ) * ; et ce témoignage contesté par quelques-uns, mais admis parle plus grand nombre, a sa preuve dans Pline dont on invoque à tort le silence*. Si ce travail fut si long, c'est que, sans doute, il ne se borna point à une délimitation générale de l'Empire ; et nous savons au moins que, sous Auguste,
1 ^thicus Ister, p. 26 (Leyde, 1685). Voy. la note xxiv^ la fin de 08 volume.
' H parle de quelques différences dans les mesures de la Bétîque ; « Agrippam quidem in tanta Tlri diligeniia praetcrque in hoc opère cura, qoum orbem terranim orbi spectandum propositurus esset, errasae quis credat et cum eo divum Augusturo. (Plin. Hist, nat, HI, 3, g 14 , et Frandsen, M. Agrippais Leben, c. 32, p. 1.95-200, cité par M. â^A^ezae, Mém, sur jEjlhicus dans les Mém, de VAccid, des inscr, (savants èlrau^ gers), ire série, t. U, p. 376.)
904 rAar. ii. — vérité do ntxxr.
ropération avait été appliquée au territoire des villes comme aux provini^es. Nous en avons pour garants des hommes dont la vie se passait à s'occuper de ces choses. Frontin et un auteur inconnu, compris avec lui dans le recueil des Agrimensores^ disent de Balbus « qu'au temps d'Auguste, il enregistra les formes et les mesures de toutes les provinces et des cités selon qu'il les avait décrites lui-même ou recueillies, et publia la loi agraire (ou cadastrale) de toutes les provinces ' ; » et il est expressément fait allusion, dans les termes les plus généraux, à un nouvel arpentage du territoire exécuté par les ordres du prince : un de ces passages s'appuie du livre de Balbus^. A cette description des terres, il est assez naturel qu'Auguste ait songé à joindre un dénombrement des personnes : car les personnes comme les terres faisaient la force et la richesse de l'Empire; d'ailleurs, ce cadastre avait nécessairement l'impôt en
* Balbi mensorisqui teniporibus Augusti omnium provinciarum etcivitattim formas et mensuras compertas in commentarios contulit, et legem agrariam per universitatem provinciarum dislinxit ac declaravit. (iul. Frontin. ap. Gaes. Rei ag. Script, p. 109 et 142.) Jubente Augusto Ca^sare, Baibo mensore qui omnium provinciarum mensuras distinxit ac decla* ravit. {Ibid, p. 148.) Voy. Huschlte, 1. 1. p. 10.
' Aggenus Urb. ap. Gaes. 1.1. p. 50 : Sed videamus ne forte postea jussu principis alicui datus sit (ager), qui terram denuo metiri praeceperit,sicut Caesaris Augusti temporibus factum est. Front. £a; libro Balbi p. 143 : Item Divi Juli Auguste! pro hac ratione sunt, quod Augustus eos recensuit, et ubi non flierunt, lapides alios constituit, et omnem terram suis temporibus fecit remensurari. Voy. Hùschke, 1. 1. M. Ëggerj qui a réuni la^plupart de ces textes dans son savant ouvrage des Historiens d'Auguste, en cite d*autres oii Ton voit que. les tableaux du cadastra étaient déposés dans les archives publiques, dans le sanctuaire du prince^ comme on dit plus tard. Ces tableaux présentaient des .détails si précis, qu'on y pouvait recourir en cas de contestation. Quad si quis coiitradicai, sanctuarium principis respicisoleU Omnium enim et agrorum pt divisorum et adsignatorum formas, sed et divisiùnem commentarios et principattts in sanetuario habet, (Sicul. Flacc. de Condit. agr. ap. Gaes. p. 16.) Voy. M. Egger, Exam, criL de Hist, d'Aug, p. SO.
CH. m. — BSCEKaEMBHT DE OUmilllDS. Wi
Yue, et les personnes comme les terres étaient matitee de l'impôt.
La chose nous est affirmée en effet par des témoignages dignes de foi. Je ne parle pas d'Orose * : il est en général bien informé ; et s'il s'agissait de tout autre trait inconnu de l'histoire romaine, on ne manquerait pas d'alléguer son autorité, pour tenir lieu des sources où il puisait et qui sont perdues ; mais ici on pourrait dire qu'il écrit d'après saint Luc. On en dirait peutêtre autant d'Isidore de Séville, quand il parle de cette ère d'une année, datant de l'époque où Auguste fit le premier recensement (général), et décrivit tout le monde romain ^. Mais il y a des témoignages d')m caractère plus indépendant, qui rétablissent dans leur connexité ces deux opérations de la description des terres et du dénombrement des personnes. Tel est celui de Cassiodpre , auteur relativement récent , mais énidit, et qui pouvaitaller aux sources. « Au temps d'Auguste, dit-il, le monde romain fut divisé en domaines, et décrit par le c^is, afin de déterminer d'une manière certaine pour chacun l'étendue de la propriété en raison de laquelle il devait payer sa part de tribut ^. » Tel est encore le témoignage de Suidas, plus l*écent, mais qui vivait pourtant au milieu des monuments de l'antiquité encore
* Oros. VI, a.
' Isid. Orig. v, 36 : Era sing^Iorum annorum cônstiluta est a Caesare Augusto, quando primum censam exegit ac Romanonim orbem desnipsit.
^ Augusti siquidem temporibus , orbis Roraanus agris divisus censuque descripti» est, ut possessio sua nulli haberetur incerta, quam pro tributorum susceperat quantitate solvenda. (Cassiod. Var, m, 32.) Cas- Inodore semble nommer son auteur : Hoc autem. Hygrummetrictu rede» git ad dogma conscriptum. Le mot est évidemment altéré ; M. Huschke propose de lire : Uyg, {Hyginus) gromaticus (Hygin vivait sous Tnytn). M. d*Avczac aimerait mieux lire : Hero in m[aihematicis],
ZOt PAHT« II. — TÉR1TÉ DU RÉCIT.
entiers , et qui nous en garde tant de fragments précieux : « L'empereur Auguste , dit-il , devenu seul maître, choisit vingt hommes les plus distingués pour leur probité et leur manière de vivre, et les envoya dans tous les pays de son obéissance, afin de faire le recensement des personnes et des biens, et de prélever une contribution déterminée pour le trésor public * . »
Ici, évidenuneiit. Suidas ne se borne pas à commenter saint Luc. Saint Luc ne parle ni de recensement de biens, ni d'opérations cadastrales, ni de répartition de tribut ; et il est fort possible , comme nous le verrons , qu'il n'y ait eu alors rien de pareil en Judée : car la Judée n'était pas une province ; et elle put, tout en se ressentant du décret d'Auguste, en recevoir une application qui lui fût propre. Mais Suidas parle de l'Empire entier. Sans rappeler le nom de l'homme qui accomplit l'opération en Judée, ce que saint Luc Faurait induit a faire , il mentionne la commission de vingt membres, chargée par Auguste de se partager le travail du recensement ; et c'est un trait qu'il doit prendre de l'auteur où il a trouvé l'opération mentionnée. Quant à l'opération elle-même, nous serions tenté d'en signaler la trace dans un passage où Pline parle de Denys, « l'auteur, dit-il, de la plus récente description du globe terrestre, qu'Auguste envoya en Orient devant l'aîné de ses deux fils (Caïus César, fils d' Agrippa et de Julie),- pour enregistrer toutes choses (ad commentanda omnia) lorsque ce prince dut aller en Arménie, à l'occasion des affaires
*■ Suidas, V* 'AiroTpoçv}. *0 8à Kataap AÛYowrroc à fiovapx^mcc etxoffw ivSpotc Toùç &p(9Touc Tàv pCov xa\ xdv tpéicov 2iiiXe^Q((ievoc, ifn icôtoov t^v t^y Tûv Oicexociiv èÇéict|i.(|;s, U &v &icof pdfàç èitot^traioTûv-Te àvOpc&icuvMciovoCwVy ocùtdpxT) Ttvà icpo<rcàÇac t^ Sviiioaitt piotpotv èx toutciiv elaçépMÛai. Voy» IR oote xxY à la fin de ce yoluine.
CH. m. ~ RECENSEMENT DE QUIR1»IUS. 307
des Pârthes et de TArabie *, » vers Tan de Rome 754, première de Tère vulgaire. La description géographique de rOrient étant accomplie depuis peu d'années, au témoignage d'iEthicus, Denys était-il envoyé pour faire la même opération dans le pays qu'on allait occuper, comme le suppose M. Huschke? Mais pourquoi Ten* voyer à l'avance? Il n'a rien à faire qu'après la conquête, et l'on en peut dire autant de tout mémoire sur ce que le prince devait accomplir. On conçoit fort bien, au contraire^ qu'il ait été envoyé à l'avance, pour réunir, dans un travail d'ensemble, tout ce qu'on pouvait avoir de renseignements sur les ressources en homme^s et en argent de ces contrées : renseignements d'un haut intérêt pour le succès de la mission du prince , et qu'il était possible de réunir alors, si l'édit, rendu par Auguste sept ans auparavant, avait été , conune nous le supposons, successivement exécuté dans les divers pays. Mais nous ne voulons pas rattacher ce fait à une interprétation conjecturale , quand nous avons pour l'appuyer des témoignages aussi précis que ceux de Cassiodore et de Suidas : témoignages qui , bien que récents, reçoivent une suffisante autorité des documents d'où ils dérivent. Car ce que dit Suidas de la commission de vingt membres, chargée de l'opération, n'est pas une simple conjecture ;• ce n'est pas non plus un malentendu (le texte est trop précis)^ encore bien moins une invention de l'écrivain : Suidas ne songe pas à chercher des autorités à saint Luc ; et. cette désignation de commissaires est bien dans les usages de l'adâiinistration romaine en pareil cas ^ . Les témoignages de Suidas et de
f Plin. Hist. nat.yi, 31, g 14. — ' Voy, la note xxvi à lafinde ce Tolume.
Gassiodore ne dérivent donc pas de saint Luc, mais ils s'y rapportent ; ils concourent à établir la vérité d'un acte dont Tacite et Suétone ont fait connaître les effets, et que saint Luc a gardé à l'histoire.
Pour nous résumer, nous maintenons, dans sa plus large acception, à tous les pays relevant de l'Empire romain, l'édit de recensement dont parle saint Luc. Nous avons dit comment ce fait considérable était amené par lé progrès de la centralisation dans l'Empire ; et nous avons montré comment César y préluda, en commençant la description générale des terres du monde romain : travail qui, ordonné par lui, fut repris et achevé sous Auguste, et repris dans un détail où se retrouve le caractère d'un véritable cadastre. Mais à cette description des terres a dû se joindre un dénombrement des personnes ; les deux choses se tiennent ou se touchent de bien près : et ainsi le témoignage des àgrimenseurs sur la première, appelle et confirme le fait attesté par saint Luc. On a d'ailleurs des témoignages qui, enjoignant les deux choses séparées dans les textes des agrimenseurs et de l'Évangéliste , prouvent qu'ils ne relèvent exclusivement ni des premiers ni du dernier : c'est le témoignage de Cassiodore et celui de Suidas , lequel , plus précis encore, joint à la définition du recensement dont il s'agit, la mention des vingt commissaires choisis pour l'exécuter. C'est donc à tort qu'on oppose à saint Luc le défaut de témoignage, en alléguant le silence des contemporains, à commencer par Auguste lui-même, dans* le tableau de ses actes gravés sur le marbre d'Àncyre. Si le silence du monument prouvait contre le recensement général des personnes, il prouverait aussi contre la description générale des
CH. Ul. — RECEKSEMENT DE QUIRINIUS. 309
propriétés ; et il faudrait rejeter les témoignages les plus compétents et les plus soutenus, ceux des agrimenseurs. Mais les omissions ou les lacunes du Tableau des actes de l'empereur (Index rerum gestarumj sont suffisamment compensées par les données du Sommaire de l'Empire fBreviarvum Imperii)^ tel que Tacite, Suétone et Dion Cassius nous l'ont fait connaître : résumé succinct de tous les renseignements qu'un recensement général pouvait le mieux procurer. Et ainsi les auteurs dont on allègue le silence contre saint Luc, constatent des résultats dont il faut chercher la principale source dans le fait raconté par rÉvangéliste * .
Mais une difficulté reste à résoudre, c'est le verset 2 que l'on traduit avec la Vulgate : « Ce recensement fut opéré par Cyrinus (Quirinius), gouverneur de Syrie. » Or Quirinius, comme le dit fort bien l'objection, a été envoyé pour gouverner la Syrie, avec la mission de faire le recensement de la Judée, environ dix ans après lamortd'Hérode, quand Archélatisfut déposé du trône. Saint Luc est-il en contradiction avec saint Matthieu , qui fait naître Jésus sous Hérode , ou bien est-il en contradiction avec l'histoire qui place le recensement de la Judée après Archélaiis ? — 11 n'est pas en contradiction avec saint Matthieu, car lui-même rapporte au temps d'Hérode la naissance de Jean-Baptiste, et place
* Dans le grand nombre de savants modernes qui ont adopté, sans hésitation, le fait du recensement général de TEmpire sous Auguste, il faut nommer, en première Hgne, M. de Savigny, qui s*appuie du texte même de saint Luc pour confirmer les aptres témoignages (Mém. sur le mode d'établ. des impôts dans Vemp.rom. Mém. de l'Acad^ de Berlin, i822^iS33, Classe d'bisl. et de philol. p. 45). On peut encore nommer Manso, dans son Hist, des Ostrogoths, ix* append. p. 384 ; Yiner, dans son Dictionnaire, y^ Àhgaben, et Tbistorien juif Jost, dans un traité sur la siUmtion financière -des Juifs sous les RomcUns p. 91 [voy, Tholuck» p. S0&-213) ; et, parmi nous, MM. Léon Rénier, Egger, etc.
trois mois avant ôa naissance, la Conception du Sauveur. Serait-il donc en contradiction avec l'histoire ?
Le recensement de Quirinius est un des faits les plus considérables des derniers temps de l'histoire des Juifs : il marque la fin de leur indépendance, ou du moins le commencement de leur sujétion. Il devait donc être fort généralement connu, et sans nous occuper des autres, nous pouvons dire qu'il est connu de saint Luc. Saint Luc parle, dans les Actes, de la révolte qu'il provoqua, et de Judas le Galiléen, chef des rebelles ; il rappelle sa mort et la dispersion de ses partisans : ils ne furent en effet que dispersés, et reparurent plus tard *. Saint Luc connaît donc bien l'histoire du recensement ; d'autre part, on ne le conteste pas , il sait que Jésus est né sous Hérode : comment donc pourrait-il établir entre ces deux faits le rapport qu'on a vu ?
La difficulté a paru assez grave pour que plusieurs aient pris le parti d'abandonner ce verset. Il n'est évidemment dans la phrase qu'un incident qu'on trouve en parenthèse dans les meilleures éditions. On y a vu une glose, notée d'abord en marge , et qui , avec le temps, aura passé dans le texte ^. Une pareille âupposition n'a sans doute rien d'insoUte et d'inacceptable en soi. Ce ne serait pas le premier exemple de la fortune réservée à des notes tracées de bonne heure à la marge d'un manuscrit ; et si l'on. était dans l'alternative ou de retrancher ce verset, ou d'y trouver' en faute, sur un fait capital, un écrivain aussi exact que saint Luc, en bonne critique on ne pourrait hésiter à le sacrifier. Mais
* AcL AposL V, 37; cf. Jos^ AnL XVIII, i, 1 et XX, v, 2, et B^Jud. II, iz, i.
* Capellus et Olshausen, cités par Tholuck, p. 193.
CH. m. — RÈCÈIISBMENT DE OUIBINIUS. 9il
il resterait à expliquer comment rÉvangéliste parlant d'un dénombrement autre que celui qui était si connu , n'aurait rien dit pour prévenir la confusion dans l'es* prit du lecteur. Le yerset doit donc être maintenu avec tous les manuscrits et avec la Yulgate ; et il faut l'in* terpréter.
Il y a plusieurs manières de le faire : il vaudrait mieux qu'il n'y en eût qu'une ; mais si toutes ne sont pas décisives, il n'y en a pas une qui ne soit, à la rigueur, acceptable , et qui ne suffise à écarter les conclusions qu'on veut tirer de la difficulté.
La plus simple manière d'expliquer le passage, c'est de le- traduire autrement et de dire : « Ce premier dénombrement se fit avant que Quirinius fût gouverneur de Syrie. » A la première vue, et sous l'impression qui reste de la Yulgate , cette traduction a quelque chose qui surprend ; il semble qu'elle rende le texte moins conmie il est que conune on voudrait l'avoir^ Et pourtant plus on examine le passage soit en lui-même, soit dans ses rapports avec ce qui l'entoure, plus on est tenté de le prendre en ce sens. Le plus grand tort de l'interprétation est d'être relativement moderne : c'est Herwaert qui l'a proposée le premier * . Mais néanmoins, au dire de Reiilold, le verset avait déjà été aind entendu par Théophylacte Simokatta, archevêque de Bulgarie en 1070, d'accord sans doute avec des interprètes grecs antérieurs : TupcoTTi Tnyepveuovroç tHç 2upiaç KupTvou, c'est-à-dire irpoT^pa •jQyepi.oveuovToç ou encore irporépa
7 Herwaert, Nova vm'a chrori.. (1612), c. 241-242, p. 188 et suiv. U prétend en donner trente-quatre preuves : ce sont plutôt, comme le remontre Gasaubon, trente-quatre exemples de npcuryi, dans le sens de «poxépa (Exerc. in Baron, X, â,p. 144); mais plusieurs, par leur analogie,
sont décisifs. Voy. Huschke, 1. 1. p. 80; Lardner, H, i, 3, n* 6.
dis PART. n. — TÉBnÉ DU RÉCIT.
71 iîYe[j(.ov6U6 Tfiç Suptaç Kupîvoç, « avant que Quirinius gou* vemât la Syrie * . » L'explication paraissait donc natu* relie à un auteur qui parlait encore le grec, et elle a chez lui d'autant plus de valeur , qu'il ne la produisait pas, comme nous le faisons maintenant, pour résoudre une difficulté ; car,, selon toute apparence, il ne songeait pas que le gouvernement de Quirinius en Syrie, fût postérieur de dix à douze ans à l'édit du recensement général rapporté par saint Luc. Sans doute, la phrase serait plus claire, si saint Luc l'avait écrite comme l'a rendue Théophylacte , ou si devant ■^yepveuovroç il avait placé la préposition irpo. Michaëlis, qui Ta entendue de celte sorte, suppose même que l'Ëvangéliste avait dit icpcàm cyeveTo Trpo t^ç -joy . k . * , et que l'assonnance des motS'iupcâTYi et xpo T^ç fit de honne heure tomber les derniers de la plume du copiste : c'est ce qui est arrivé cent fois en cas pareil ; et lorsqu'il n'y a pas d'autre moyen de résoudre une difficulté , la critique n'a jamais hésité à admettre une semblable conjecture. Mais il convient d'être ici plus difficile : <îar la restitution porte trpp directement sur le point du débat ; et quelque légitime qu'elle fût, elle aurait toujours l'inconvénient de trancher le nœud au lieii de le résoudre. Or il est possible de le résoudre : c'est ce qu'ont pensé la plupart des auteurs qui ont adopté cette interprétation, conmie Kepler, Périzonius, Leclerc , Whitby , et parmi les plus
* Tbeophjlactus, Bulgarorum Arcbiepiscopus, anno ChrisU 1070 clarus, in commentariis in quatuor Evangelistas bis Terbis interpretatur xwHtm
nold, Cens, habit nasc, Christo^ p. i51). Ce texte ne se trouve point au lieu que l'auteur indique ; mais on peut d*autant moins soupçonner Reinold de ravoir inventé ou altéré, que lui-même répousse Tinterprétation qu^on y trouve. (Voy» HuscblLe, 1. 1. p. 81^) > MichaêUs, I, ii, 12.
CH. 111. — RECERSEMENT DE QUlRIlflUS. 3i3
modernes, MM. Tholuck et Huschke * . Ils maintiennent le texte comme il est, et ne diffèrent que dans la façon de le justifier au nom de la grammaire ; car la grammaire est ici souveraine. Nous ne ferons que résumer leurs arguments, et choisir parmi leurs exemples.
Le mot irpâToç n'est qu'un superlatif ayant pour radical la préposition irpo, avant. Or, quand une préposition entre dans la composition d'un mot, il lui arrive souvent de régir virtuellement les mots qui suivent : à ceux qui réclament la préposition xpo devant iqyepveuovToç pour donner ce sens à la phrase, on peut répondre qu'elle est, non pas sous-entendue, mais comprise dans le mot xp6>Tn. De plus le superlatif, comme le comparatif, marque un degré, de comparaison ; il s'emploie même , selon la règle , quand la comparaisou/porte, non sur un seul, mais sur plusieurs objets. Sr-donc saint Luc voulait dire que le recensement dont il parle fut antérieur, non-seulement à celui de Quirinius, mais aussi à tout autre recensement, c'est 7rpa>T7] et non irporépa qui était le mot voulu par la grammaire ^. Mais admettons qu'il ne veuille
* Kepler, de Anno natali Christif p. 116, 117 ; Perizonius, de Aug. orhiê deacriptione, g 21; Leclerc, Addit, aux notes du docteur Hammond sur le Nouveau Testament : « Ce dénombrement se fit avant que Quirinus fût gouverneur de Syrie. De savants hommes ont mis cette explication de ce passage de saint Luc dans un si grand jour qu*elle parait désormais incontestable. » Whitby, ap. Lardner, II, i, 4, p. 317 ; Tholuck, Crédibililé de l'histoire évangélique^ p. 192-196 ; Huschke, ouvrage cité, g 2, p. 79 et suiv. : il compte, parmi ceux qui ont adopté cette opinion, Tauteur des Acta sanctorum, et renvoie, ^ ce propos, k J. Gottfr. Henscher, Frophyl. ad Act, sanct. Maii. Appar. ad chronoL pontif. On peut y joindre aussi les sa vanta et pieux auteurs de VArt de vérifier les dates. Ou y lit,, à la date de Tan 7 de Tère vulgaire, à propos du recensement fait en Judée après l'exil d*Archélaiis : « C'est ce dénombrement dont parle saint Luc (ii; 2) et qu*il dit avoir été fait après celui qu*Auguste y avait ordonné Tannée de la naissance de notre Sauveur* »
' Casaab. Exercit. in Baron, l, 32, p. 144 ; Wesseling, ad Herod.
pas faire dire tant de choses à sa phrase, et qu'il ait plus particulièrement en vue le recensemept de Quirinius : le mot irpôToç comporte encore ce sens ; témoin le scholiaste d'Aristophane : ^viXov ^à oti irpôroç 6 Mapiitaç â&i^ Myfiri Tûv ^£UT6po)v NefE^ôv, « Il est clair que le Maricàs (pièce d'Eupolis) fut représenté avant la seconde pièce dés Nuées ; » et Elien : ol irpÔToî jjlou xoâha âvij^veuaflcvreç, « Ceux qui ont recherché ces choses avant moi. » Enfin saint JeàUj pour prendre un de nos exemples dans l'Évangile : ej^irpôcôiv piou yéyovev, oti irpÔToç (aou^v, « Il a été mis au-dessus de moi parce qu'il était avant moi (par le temps) * . » Ainsi irpôroç veut dire avànt^ même quand! la comparaison n'est étabhe qu'entre deux objets. Cet emploi de TcpôToç pour Tcporepoç, soit au génitif soit avec la proposition v!, Casaubon n'a point hésité à l'admettre ; mais il pense que saint Luc, pour s'exprimer comme nous l'avons traduit, aurait dû prendre le verbe à l'infinitif et dire xpcâm ^ iQyejjLoveueiv ou TrpwTD tou iQYepveueiv, et la phrase aurait au moins eu le mérite de ne pas prêter à deux sens. Toutefois on lui a répondu que le participe présent s'emploie de préférence quand il s'agit de ten^ps ^. Je ne me porte pas juge entre Casaubon et les savants adversaires qu'il a formés par sa science même ; mais quoi qu'il en aoii de l'exactitude grammaticale et de la propriété du tour, au moins les
If, 8, g 28 ; Perizon. de Aug, ùrb. descripL S 21 ; Herman, a4 Viger. p. 717, édit. in-4^ ap, Huschke, p. 81 et 89. UpôTô; est employé parallèlement à {«(Trepoc, et par conséquent avec le même sens que nporspo dans cette phrase de IHutarque, parlant de Tambitieux qui, préteur, s plaint de n*étre pas consul, et consul, dé n*ayoir pas été nommé I premier, mais le dernier : Kal OTrareucûv, Sri [l^ irpéâroç, àXX* (krrepoc &vt)yo pevOr). (Plut, de Tranq. am'mt, p. 470 c.)
< Schol. Arist. Nub. 552, 1. 1, p. 242 (Dindorff) ; iËlian. Anim. yin,i3 Jean. 1, 15 et 30 ; cf. xv, 18.
* Casaub. 1. 1. et Huschke, p. 86.
CB. m. — BECENSEMENT DE QUlRlliilUS. 315
exemples en sont-ils nombreux. Je citerai, parmi ceux qui sont donnés, un passage des Septante dont l'analogie avec celui de saint Luc est d'autant plus remarquable, que, là aussi, le sens est, au point de vue de la construction granunaticale, fort équivoque : tS<jT6pov sÇeXOovToç 'le^ovtou è^ *l6pou<Ta^7f|i. * ; la traduction la plus naturelle serait : « Jéchonias étant ensuite sorti de Jérusalem ; » et cependant le sens général de la phrase veut qu'on traduise : « Après que Jéchonias fut sorti de Jérusalem. » Qu'on rapproche ce texte des paroles de
saint Luc, .xpc^ry) iQYE|i.oveuovTOç ty]ç 2uptaç KupTivîou, et on
n'aura plus le moindre scrupule à traduire : « Avant que Quirinius gouvernât la Syrie. »
On pourrait même , sans rien changer à l'original, dire en français : « Avscnt le dénombrement qui se fit quand Quirinius gouvernait la Syrie, » C'est une ellipse, dont les exemples abondent dans les meilleurs auteurs depuis Homère : xofJLai XapiT£(r<7iv 6(iLoTai ^ « des cheveux semblables aux Grâces, » c'est-à-dire à ceux des Grâces ; et pour en prendre d'autres en des écrits d'un style inférieur, mais d'une autorité plus grande dans leur infériorité même, parce qu'ils ont plus de rapport avec saint Luc : ôvaemfdETai ^aikeioL érepa -{{ttcov cou, « Il s'élèverî^ un royaume moindre que vous, » c'est-à-dire que le vôtre {Dan. vu, 20) ; èàv ja^o icepidceuayi iS ^ixaioouvn ûjuov TcktioDt Tôv Ypa[i.[i^T£(x>v , « Si votrc justlcc ne surpasse les Pharisiens, » c'est-à-dire celle des Pharisiens {Matth. V, 20); v^m 81 iytù rh p-aprupiov [lEi^ova tou *i(i)ccwou, « J'ai un témoignage plus grand que Jean, » c'est-à-dire que celui de Jean {Joan. v, 36.). Ainsi le
• Jerem. xxix, 2. — » Iliad, XVH, M.
verset qui se traduit littéralement : « Ce dénombrement arriva avant Quirinius gouvernant la Syrie » peut se rendre ainsi : « Avant le recensement de Quirinius gouvernant la Syrie * . »
Cette interprétation, qui est dans tous les usages de la langue, contient d'ailleurs en soi la raison même du verset. Saint Luc ne veut pas seulement dire que ce dénombrement se fit avant le gouvernement de Quirinius; il ne cite le gouvernement de Quirinius que parce qu'il pense au recensement accompli par ce gouverneur, et qu'il en veut distinguer celui dont il a'agit : et la précaution n'était pas sans motif. Parler d'un dénombrement en Judée, c'était évoquer le souvenir du recensement fameux qui avait marqué la réunion de la Judée à l'Empire. S'il n'était pas question de celui-là, il était nécessaire d'en prévenir. Il est dans cette histoire, conune le fils de famille dans le testament de son père : il faut le nommer si on le veut exclure \ si on ne l'exclut nommément, il reprend tous ses droits. C'est pourquoi saint Luc suspend sa phrase et dit: « Ce dénombrement arriva avant celui qui se fit quand Quirinius gouvernait la Syrie. » Ces sortes de parenthèses explicatives ne dont pas sans exemple dans le Nouveau Testament^, et il n'en est pas de mieux justifiée.
La traduction proposée répond donc au3^ exigences de la grammaire, et elle résout ou plutôt dissipe toutes les difficultés de l'histoire : mais il y a une autre traduction possible au point de vue de la langue ; et elle a un avantage qui est considérable en inatière d'interprétation des Écritures : je veux dire la tradition des
> Huschke, p. 88; cf. Lardner, p. 317-328. — \ Huschke, p. 93.
GH. III. -* RECENSEMENT DE QUIRIfflUf. 317
Pères et Fautorité de toutes les anciennes traductions * , notamment de la Yulgate qui dit sans la moindre équivoque : Hœc descriptio prima facia est aprœside Syriœ CyrinOj « Ce premier dénombrement fut fait par Quirinius gouYei:neur de Syrie. » La première traduction comprenait les deux recensements pour les distinguer l'un de l'autre : celle-ci n'en marque plus qu'un seul et le rapporte à Quirinius. La difficulté subsiste donc tout entière : car on se trouve en présence de ce témoignage de l'histqire qui reporte à dix ou douze ans plus tard le recensement de Quirinius.
On a ici encore recours à l'hypothèse que le texte a été altéré. Tertullien dit que ce dénombrement fut fait par Satuminus, gouverneur de Syrie * ; or il paraît bien informé. Il allègue les archives de l'Empire ; il les oppose à Marcion , dans un livre où il l'accuse d'altérer les textes de l'Évangile ; et le temps convient en effet. Satuminus fut gouverneur de Syrie de 744 à 748 de Ronie. Il en partit moins de deux ans avant la mort d'Hérode '. On a donc proposé de substituer Saturninus à Quirinius dans le texte ^. Mais c'est faire ce que Tertullien reprochait à Marcion : c'est altérer les Ecritures; cartons les manuscrits, d'accord avec la tradition des Pères sur ce passage, y maintiennent Quirinius. Il convient donc de le maintenir; et alors il
» Lardner, H, i, 4, n» 6, 1. 1, p. 329.
' Sed et census constat actos sub. Augustojnuiic in Judaea per Sentium Saturninum, apud quos genus ejus inquirere potuissent (TertuU. c. Jf arc. IV, 19.) De censu deniqua Augusli, quem testem fidelisslmum Dominicae nativitatis romana archiva custodiunt (/btd. 7.).
3 Voy. Sanclemente, de Vulg. œrœ emendaL IV, 5, p. 440 ; Patrit. dû Evang. III, xviii, 16; Huschke, l. ï.
♦ Huet, Démonstr. évang., prop. IX, c. 10; Valois, m Euseb. hi«t. l,î$, réfuté par Magnan, prop. IV, cor. 4, p. 300 ; Parker's Demotutr. of the truth of the Christ relig. p. 219, ap. Lardner, V. 1. p. 313.
31 s PART. II. — \ÊftlTÉ DU RÉCIT.
n'y a que deux partis à prendre : il faut dire ou que Quirînius, avant le recensement dont il est parlé dans les Actes, avait une première fois recensé la Judée, comme il est dit dans TÉvangile ; ou que le dénombrement, commencé alors, ne fut véritablement accompli, achevé, que par Quirinius qui lui donna son nom.
On s'est le plus généralement attaché à la première de ces deux opinions ; mais pour lui donner quelque valeur, il faut trouver des traces de cette première mission de Quirinius en Judée.
Sulpicius Quirinius, qui fut consul Tan 742 de Rome (12 avant Jésus-Christ), nous est connu par ce témoignage de Tacite : « Quirinius, né à Lanuvium, n'appartenait point à l'ancienne famille patricienne de^ Sulpicius ; mais sa bravoure à la guerre et des services éclatants lui avaient valu le consulat sous Auguste. Bientôt, ayant conquis les forteresses des Homonadensiensen Gilicie,.il avait obtenu les insignes du triomphe. Donné pour conseil à C. César, lorsque celui-ci fut envoyé en Arménie, il avait été rendre hommage à Tibère, retiré à Rhodes. C'est ce que ce prince fit connaître au Sénat, en se louant de ses bons offices, etc. \ »
Quirinius n'était donc pas nouveau pour l'Asie, lorsqu'il fut envoyé en Syrie avec le titre de gouverneur, et la mission de prendre possession de la Judée ; car la défaite des Homonadensiens en Cilicie, qui suivit son consulat, est, comme on le voit par la suite des faits, antérieure à la mission de C. César en Arménie, antérieure au temps où Tibère quitta Rhodes. Or, C. César était mort l'an 4 de Jésus-Christ, et Tibère avait quitté
« Tac. Ann. UJ, 48; cf. Strab. XII, p. £MS9.