CH. VI. — HARMORIE DE& ÉVANGILES
ont été amenés à donner deux; séries différentes : de Joseph^ par Jacob ou par Héli, à Zorobabel, fils de Sala* thiel, et de Salathiel^par Jéchonias ou par Néri, àDavid. Pour écarter une explication si simple , le docteur Strauss suppose que le mari donné à la veuve par la loi du lévirat, est le frère ou le très-proche. parent du premier, de telle sorte que les deux généalogies , l'une légale y l'autre naturelle, reviennent presque aussitôt à la même tige. L'hypothèse est toute gratuite : la loi demande le plus proche parent, mais le plus proche peut se trouver fort éloigné d'abord ; ou bien encore il peut refuser, et laisser passer ce droit ou ce devoir à une ligne fort reculée. Que cette loi ait été appliquée ainsi deux fois de David à Joseph, c'est-à-dire deux fois en l'espace dé mille ans, il n'y a là rien d'imposàible ni mêmed'invrais^sQiblable. Userait plus incroyable, peutêtre, que dans une si longue période le lévirat n'ait pas eu ces occasions d'intervenir. Il n'y a d'invraisemblable en cette matière que cette double rencontre de deux demi-frères , frères par la mère, étrangers par le père ; hypothèse réclamée par Strauss, moins pour résoudre, peut-être, que pour embrouiller la question.
Telle est la solution du problème : il ne s'agit plus que de savoir (mais cela ne touche plus à la véracité des deux auteurs) lequel a suivi l'ordre légal et lequell'ordre naturel, et pourquoi ils ne se sont pas accordés dans le même système. Sur ce dernier point, on pourrait dire qu'ils ne l'ont pas fait précisément pour donner la généalogie du Sauveur sous ses deux aspects différents» La parenté légale était celle qu'on observait dans les actes pubUcs ; mais il importait de montrer que Jésus- Christ était naturellement, et non pas seulement par une
fiction légale, dii sai^ de Dayid ; et l'on croit que c'est ce que saint Matthieu a voulu expressément marquer par le mot genuit^ « engendra » , tandis que saint Luc adopte simplemept la forme des généalogies en usage chez les Juifs. Rien n'empêche d'accepter cette opinion en ce qui touche Joseph ; et pour Salathiel, père de Zorobabel, elle s'appuie d'un texte des Paralipomènes (I, m, 17) : « Les fils de Jéchonias furent Asir, Salathiel, Melchiran , Phadaïa, Senneser et Jécémia, Sama et Nadabia. » Si tous ces noms marquent de& enfants de Jéchonias, il est clair qu'ils lui appartenaient par une génération naturelle : car le lévirat avait pour but de susciter un héritier au mort, et non pas de lui procréer toute une famille de huit enfants. Ainsi Jéchonias, père naturel d'Asir et des autres , engendre Salathiel de la veuve de son parent Néri , selon la loi du lévirat. Qu£^nt à Zorobabel , il ne semblerait pas, au premier abord, qu'il dût donner heu à unB distinction de ce genre, puisqu'il figure dans les deux listes en même temps, comme fils de Salathiel ; et c'est à Salathiel qu'il est également rattaché dans Ësdras (y, 2), dans Néhémie (xii, 1), dans Aggée (i, 1) : néanmoins on ht dans le même passage des ParaUpomënes qu'il est fils de Phadaïa : De Phadaïa autem orti sunt Zorobabel et Semei (v. 19). Si le nom de Phadaïa n'est pas une faute du texte, et si la variante de deux manuscrits grecs, le manuscrit alexandrin et le manuscrit de Cambridge, qui substituent Salathiel à Phadaïa dans ce passage, ne sufiSt pas pour faire admettre la correction * , il ifaudra croire que Phadaïa est ici comme Jéchonias dans les deux
< Patrit. de Ei>ang. UI, tx, 16, g 2.