CH. YI. — HARMONIE DES ÉVANGILES
entre les diverses parties de leur récit, comme autant de pierres d'attente où les attires Tiennent s'agencer. Saint Matthieu, parlant des Mages, sans rien dire de la Présentation , place immédiatement Tordre d'aller en Egypte. Saint Luc, parlant de la Présentation, sans rien dire des Mages et de la fuite en Egypte, a donc à raconter, sans plus attendre, le retour à Nazareth , comme le fera plus tard saint Matthieu. 11 y a dans chacun des deux récits une succession de faits qui, si bien liés qu'on les suppose dans la narration, n'exclut aucun fait intermédiaire : aussi le champ est-il libre aux systèmes divers que Bossuet touche en passant. Malgré son dédain pour les petites questions qui s'agitent autour des mystères , c'est encore lui qui réSout le plus simplement le problème. 11 fait suivre immédiatement l'adoration des Bergers de l'arrivée des Mages: «Hérode, continue-t-il, attendait des nouvelles certaines de l'enfant par les Mages, qu'il croyait avoir bien finement engagés à lui découvrir sa demeure. 11 était naturel qu'il les attendît durant quelques jours; et pour ne point manquer son coup, sa politique , quoique si précautionnée , se laissa un peu amuser. Durant ce peu de jours, il fut aisé à Joseph et à Marie de porter Tenfant au temple sans se découvrir. Les merveilles qui s'y passèrent pouvaient réveiller les jalousies d'Hérodc ; mais aussi furentelles promptement suivies de la retraite en Egypte. Les politiques du monde seront éternellement le jouet de leurs propres précautions que Dieu tourne comme il lui plaît; et il faut que tout ce qu'il veut s'accomphsse, sans que les hommes puissent l'empêcher, puisqu'il fait servir leurs jBnesses à ses desseins * . »
Wbtd.XIX,!.
422 PART. II. — VÉniTÉ DU RÉCIT.
Ainsi, naissance du Sauveur et adoration des Bergers, puis adoration des Mages, six jours après la Circoncision, ou tout le moins un peu avant la Présentation au temple, soit que les Mages soient vtenus d'une contrée voisine , soit que venus de plus loin ils aient été avertis à l'avance par l'apparition de l'étoile pour arriver au temps voulu ; présentation au temple pendant qu'Hérode attend encore leur retour ; fuite en Egypte avant qu'il se reconnaisse trompé et ordonne le massacre des] Innocents ; enfin, après âa mort, retour à Nazareth : tel est l'ordre où les éléments divers des deux récits viennent se ranger naturellement et sans effort.
Si la première période, celle de la sainte Enfance, où l'on n'a que deux^vangélistes à concilier, offre déjà matière aux objections , que sera-ce de la mission de Jésus tout entière , lorsqu'il en faudra concilier quatre ? Pour aller droit au fond de l'objection, nous dirons qu'on signale une discordance générale entre le quatrième et les trois premiers dans tout le système du récit, soit l** quant au lieu de la scène, soit 2"" quant à la mise en scène et au caractère de Jésus-Christ * .
Ainsi d'abord, le lieu de la scène, dans les trois premiers Évangélîstes, depuis le baptême de Jésus jusqu'au temps de la Passion, c'est surtout la Galilée ; dans saint Jean, au contraire, c'est la Judée. Quel parti prendre ? quel récit suivre de préférence ? Le docteur Strauss hésite, ne sachant pas trop quel récit condamner (il voudrait bien condamner l'un et l'autre). Cependant il est ibien forcé d'admettre que le principal lieu de la mis- .sion du Sauveur est la GaUlée ; et, d'autre part, il ne
^ Voy. Tholuck, p. 29S et suiv.v Hag. H, 49 et suiv.