CH. TI. — HARMONIE »ES ÉTAKGCLES
peut nier que Jésus-Christ ait dû venir aux fêtes à Jérusalem. Il y a donc , dès la première vue, un fond de vérité dans les deux systèmes de récit ; y a-t-il incompatibilité réelle dans les détails de leur ordonnance ? C'est ce qui est à voir.
Un philosophe (Zenon d'Élée) niant lé mouvement, quelqu'un, pour toute réponse, se mit à marcher devant lui. Nous répondrons à ceux qui nient les concordances des Evangiles^ en établissant sommairement leur harmonie.
Pour cela, il ne faut pas tout d'abord se préoccuper du menu détail. Dans les nombreuses harmonies qui déjà ont été essayées, on ne s'est que trop souvent laissé guider par des signes tout à fait secondaires, des haisons purement verbales , comme aussitôt^ alors , après cela. Je ne voudrais point retrancher un iota d'aucun des Evangiles ; mais quand on les découpe pour les placer dans des rapports où il n'a pas plu à l'Esprit-Saint de les mettre, quand on veut fondre les quatre en un seul, vouloir garder dans cette œuvre factice des liaisons qui sont propres à la composition de chacun d'eux, c'«st une œuvre chimérique, impossible, pleine de contrastes bizarres. C'est comme si de quatre figures parfaitement ressemblantes, mais dessinées dans des proportions différentes et sous des aspects divers, on voulait, en les combinaurt, ne faire qu'une seule tête : on ne ferait qu'un amas informe de nez , de bouches, d'yeux et d'oreilles. Ei nous avons des harmonies exécutées sur ce plan-là * !
^ De tons les systèmes de concordance, le mieux raisonné nous a paru être celui de Hug dans son Introduction aux livres duj^, T. Nous le suiiTons généralement dans cet exposé.
424 FAUT. 11. — TrittlTÉ DU RÉCIT.
Il faut d'abord prendre les traits généraux, marquerles grandes divisions du sujet ; et ces divisions nous sont données par saint Jean. Les fêtes qu'il a notées dans sonr récit sont autant d'époques où se partage toute la mission de Jésus-Christ. La première de ces fêtes est lapre-* mière Pâque célébrée après le. Baptême; la deuxième, une fête appelée la Fçte des Juifs (t, 1) ; la troisième, une fête de Pâque (vi, 1), marquée au temps où Jésus . accomplit en Galilée le miracle qui annonçait la Pâquenouvelle , le miracle de la multiplication des pains ; la quatrième, la fête des Tabernacles (vu, 2) ; la cinquième, la fête de la Dédicace ; la sixième, la Pâque où il fut lui-même immolé. Si la Fête des Juifs dont il est question au verset I du chapitre v est une Pâque, il y aura donc quatre Pâques, et la mission du Sauveur aura duré* trois ans et demi. Si c'est une fête intermédiaire, lenombre des Pâques doit se réduire à trois, et la mission à deux ans et demi environ.. Nous admettrons la pre- mière opinion, et l'on en a vu les raisons dans le char pitre consacré à la chronologie.
Voilà le cadre tracé par saint Jean : pour le remplir, . il faut combiner avec les données du même Apôtre celle» des trois autres Ëvangélistes ; et pour plus de clarté,, nous prendrons celui des trois qui présente le plus grand nombre de faits dans la suite la plus rigoureuse, je veux, parler de saint Luc ; puis nous reviendrons sur nos pas . pour mettre en rapport avec lui saint Matthieu et saint Marc.
Dans cette deu;xième partie de la vie du Sauveur, c'est encore saint Luc qui conmience. Il commence par raconter la prédication de Jean-Baptiste , le Baptême, la Tentation (iv, 13). Puis saint Jean donne les divers té«
CH. Tl. — BABHOlflC DBS ÉVAIIGILES. 425
moignages de Jean-Baptiste sur Jésas après le Baptême, auquel il se borne à faire allusion (i, 32). Il raconte la première vocation des Apètres, le premier voyage de Jésus en Galilée, les noces de Cana, la première visite à Caphamatim (i-ii, 12). — Mais n'avions-nous pas dit que saint Jean prend pour théâtre principal Jérusalem , laissant aux autres la Galilée ? D'où vient que, dès les. premiers pas, on le trouve sur leur terrain? — C'est qu'il veut, avant tout, suppléer à leur silence. II raconte doua ce premier séjour de Jésus en Galilée, comme il s'attachera par la suite à raconter ses voyages à Jérusalem , et pour le même motif : parce que les autres n'en ont point parlé.
. Première Pâque. — Saint Jean, continuant, nous montre Jésus venant à Jérusalem célébrer la Pâque. Il entre dans le temple d'où il chasse les vendeurs ; il reçoit pendant la nuit Nicodème, puis se rend au Jourdain, et de* là retourne par la Samarie en Galilée. En traversant la Samarie, il se révèle à la Samaritaine : une parole qu'il dit, en cette occasion, à ses disciples montre que l'on était à quatre mois de la moisson. La moisson se faisait en avril, on était donc en décembre ; et le séjour de Jésus en Judée, depuis la dernière Pâque, avait duré huit mois. De la Samarie il retourne en GaUlée. Saint Jean parle d'un second miracle qu'il accomplit à Cana , en» faveur d'un officier dent le fils était malade à Gapharnaum;puisil s'arrête (ii, 13-v, 1). Le récit des autres Evangéhstes explique son silence en continuant son récit.
Saint Luc le reprend à Nazareth : les habitants de Nazareth demandent à Jésus-Christ de leur faire des miracles comme il en a fait à Caphamaum (iv, 23)..
Saint Luc, en commeaçant ici, ne méconnaît donc pas les événements antérieurs , notamment ce premier séjour à Capharnaiim qu'il indique par un mot , et que plus tard saint Jean racontera. Ce nouveau séjour en Galilée se prolonge, en saint Luc, du chapitre iv, v. 14, au chapitre. vir, inclusivement. Il est marqué par divers retours à Capharnaiim où Jésus^ comme on Ta vu déjà par son premier voyage en saint Jean(ii, 12), faisait sa résidence; et ces retours seront comme autant de points de repère, quand il s'agira de faire rentrer les deux autres Évangéhstes dans cette suite générale de la naiv ration. Ainsi de Nazareth il vient à Caphamaûm : et ici se placent le démoniaque délivré, la belle-mère de saint Pierre guérie, la pêche mii^aculeuse, le lépreux purifié. Il revient à Capharnaiim : après quoi TÉvangéliste raconte la guérison du paralytique, la vocation de saint Matthieu, qui reçoit Jésus à . sa table, au grand scandale des pharisiens ; les épis cueillis, et l'homme à la main sèche guéri un jour de Sabbat ; la désignation des douze Apôtres et le sermon sur la Montagne. Troisième retour à Capharnaiim^ et à la suite, le centurion et son serviteur, la veuve de Naïm , la députation de Jean- Baptiste, la pécheresse aux pieds de Jésus.
Ce dernier événement npus montre Jésus sur le chemin de Jérusalem ; car il dut passer à Béthanie tout proche, de la ville sainte : déaormaÎB, Marie-Madeleine, qu'on s'accorde à retrouver dans Marie sœur de Lazare^ est dans la compagnie de Jésus (via, 2). Qu'est-ce qui ramenait Jésus à Jérusalem ? une fête, la Fête des Juifs dont parle saint Jean (probablement la seconde Pâque) . Saint Jean (v) va donc reprendre le récit.