‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 6 sur 66 · CH. I. — TÉMOIGIIACBS DES ME1HER8 SIÈCLES · texte numérisé non relu

CH. I. — TÉMOIGIIACBS DES ME1HER8 SIÈCLES

ment ce qu'il enseignait ; mais non dans l'ordre où les choses ont été dites ou faites par lésus-Chrîst * , » ajoutant quelques détails que nous retrouverons quand nous traiterons en particulier de chaque Évangile. On a allégaé contre Papias que c'était un homme de petit esprit , au témoignage d'Eusèbe ^ : ce qu'Eusèbe dit à propos de sa croyance à l'avènement du règne de Jésus-Christ sur la terre après une période de mille ans. Mais cette faiblesse d'esprit qui le disposait à une fausse interprétation de l'Écriture, pourra, si l'on veut, diminuer son autorité conmie docteur : elle ne fait pas qu'il ne soit compétent pour affirmer un fait tel que l'existence des deux premiers Évangiles, et pour témoigner à cet égard de l'opinion de son temps ; et îd même il s'appuyait d'une autoritjé plus considérable et plus ancienne, de la parole d'un disciple du Seigneur qu'il nomme le prêtre Jean '. Ainsi l'âge des disciples des Apôtres , l'âge des Apôtres même , n'est pas resté sans témoignage. Mais les. Évangiles dont il est parlé ici sont-ils bien ceux que nous avons? La réponse à cette dernière objection, que le texte de Papias ne donne pas, nous la tirerons des écrits d'un auteur qui vécut de son temps : nous voulons parler de saint Justin, martyr.

Justin, né à Flavia Néapolis (Naplouse), en Samarie, était Gentil d'origine : il étudia la philosophie platonicienne, et, après d'assez nombreux voyages, vint se fixer à Rome, où il paraît. avoir subi le martyre sous Marc- Aurèle. Vers 150 au plus tard, il écrivit sa première apologie qu'il adressa à l'empereur Antonin, à ses fils

* Enseb. HisL ecdea, ni, 39l

* £f68pa Tfàp T©i 9|&ixp6c Ûv tôv vtfiv, [ibid,) — • Ihid»

adoptifs, Marc-Aurèle et Lucius Verus, au sénat et au peuple : il fit ensuite un autre livre apologétique sous la forme d'un dialogue avec un Juif nommé Tryphon. Dans le premier livre, il défendait sa foi devant les païens ; dans le second, il la défend contre les Juifs. Indépendamment de quelques ouvrages, il fit encore une autre apologie (la deuxième), qu'il scella bientôt après de son sang * .

La première Apologie et le Dialogue avec Tryphon renferment sur la vie et sur la doctrine de Jésus-Christ, des témoignages tellement conformes à ceux des Évangiles, que, jusqu'en ces derniers temps, on n'avait jamais douté que saint Justin en eût fait usage. On a objecté qu'il né nomme pas les Évangiles, mais seulement les « Mémoires des Apôtres » (â7rojjLVY)[xoveu[jLaTa tcov âiro<7To- T^wv): Mais qu'importe, s'iln'y apas d'incertitudepossible sur la nature des livres qu'il désigne ainsi? Et l'objection tombe d'ailleurs, lorsque l'on considère ce qu'il écrit et à qui il s'adresse. Il adresse aux païens une apologie de sa foi. Il eite des faits qu'il prend dans les Évangiles. Mais qu'est-ce que les Évangiles sinon des mémoires ? C'est le titre que Xénophon donne au livre où il raconte les actes et les paroles de Socrate * : c'est celui dont Justin devait se servir sous peine de n'être pas entendu. Aussi en un lieu où il emploie le mot évangile comme le mot en usage parmi les Chrétiens, ne le fait-il qu'après avoir préalablement donné l'autre : « Les Apôtres dans leurs mémoires qu'on appelle

* Foy. pour tout ce qui regarde saint Justin, Lardner, Credib. part, ii» ch. 10, t. n, p. lâ5*, Norton, Evidences, etCy part, ii, ch. 10, p. 200; de Wette, 8 66.

' XevoçcDVTo; àTCO|jLVYi(jioveu(iaTa. Voij. Rich. Simon , Hist. critique du texte du N. T. ch. 1, p. 33 (Rotterd. 16S9).

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Évangiles * . « Que s'il n'en nomme pas plus expressément les auteurs, c'est que cette désignation générale suffisait à son but, et, on le peut dire, y répondait dar vantage. Eût-il été mieux entendu, citant Matthieu, Marc ou Luc ? Il est presque ridicule, ajoute Norton, de supposer que Justin, s'adressant au sénat, ait cité l'Évangile selon saint Luc ou selon saint Matthieu ^ . Dans le Dialogue avec Tryphon, où il discute contre les Juifs, il est plus explicite. Tout en gardant son habitude de citer ses auteurs par leurs qualités plutôt que par leur nom , il le fait avec une précision telle qu'on n'y peut méconnaître les quatre ÉvangéUstes : « Dans ces mémoires, dit-il, qui ont été composés parles Apôtres et par leurs disciples ^ : » les Apôtres, saint Matthieu et saint Jean; les disciples des Apôtres, saint Marc et saint Luc : on ne les peut distinguer plus nettement sans les nommer. Ajoutons avec Norton que cette désignation vient à propos d'un texte emprunté à saint Luc (la sueur de sang dans l'agonie), ce qui explique pourquoi il ne se borne pas ici à dire purement et simplement « les Apôtres. » En un autre endroit on peut dire qu'il nomme. Il parle du Sauveur changeant le nom de Pierre, « comme il est écrit dans ses Mémoires^ » et donnant à Jacques et à Jean le nom de Boanergès * . Gr , l'expression de ses Mémoires ne se peut rapporter à Jésus-Christ. Jamais Justin ne s'exprime de cette sorte. Ce seraient donc les Mémoires de saint Pierre ; par quoi il faut entendre saint îfarc qui, selon la tradition de l'Église, avait écrit

01 Ysp àKoaroXoi t* Totç ytvo\Lttoiz (ne* oOtûv àiioiiYi|jLovc6|taotv, & i^îTai eûa-fr^M, ouTdic nopéScoxav. (ÀpoL 1,66, p. 83 B :édit.de8 Bénéd. à& Saint-Manr, Paris, 1742). — » Norton, p. 206.

' Dial. c. Tryph. 103, p. 199 B ; cf. Norton, p. 207.

* Dial, c. Tryph. 106, p. 201 A ; Norton, p. 206.

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auprès de saint Pierre, et d'après ses enseignements. Et en effet, c'est précisément en saint Marc (m, 17), et là seulement, que se trou\ele surnom donné à Jacques età Jean. Saint Justin a donc raison de citer les Évangiles comme il le fait. Il en dit plus pour les païens qui ne connaissent ni Matthieu ni Luc ; il en dit assez pour les Chrétiens , pour qui c'est toujours l'Évangile : et l'on a vu d'ailleurs que , sous ces formes générales, il sait encore être précis quand il le faut. Mais quel que soit le nom , sont*-ce bien nos livres qu'il a cités ?

C'est toujours la même objection. De ce que saint Justin ne reproduit point textuellement partout les expressions de nos Évangiles, on veut induire qu'il n'avait pas les textes que nous avons. Mais en admettant qixe ses citations fussent toujours telles qu'on le prétend, la conclusion qu'on en tire n'en serait pai^ moins exorbitante. Saint Justin n'écrit pas un commentaire des Évangiles comme Origène ; il en use pour son argumentation. Or, à quel titre lui refuserait-on le droit de résumer le texte et de le fondre dans sa phrase selon ses propres convenances, pourvu qu'il en garde le sens ? C'est le droit de !tout auteur qui en cite un autre : sinon quel est l'ouvrage qui ne courût le risque d'être rejeté d'autant plus qu'il serait cité davantage ? C'est de plus l'usage constant de tous les Pères ; et s'il fallait, sur ce fondement, nier que le texte des Évangiles fût fixé au temps de saint Justin, il le faudrait nier pour le temps de saint Jérôme qui les a traduits, il le faudrait nier pour le temps de Bossuei, qui, tout en gardant la plus exacte fidélité quand il traduit, ne laisse pas d'user aussi plus librement du texte, tantôt résumant et citant par emprunt, tantôt combinant en-

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semble les traits divers de plusieurs Évangélistes, et fai* fiant de leurs données un même récit qui se fond dans le corps de son discours. Saint Justin n'a guère pris plus de liberté * ; et quand il veut citer textuellement, il n'est pas, on le peut dire, moins fidèle. De Wette, qui n'est pas suspect de partialité en faveur des Évangiles, a rapproché dans son Introduction aux livres du Nouveau Testament les textes de Justin du texte des Evangiles citéparlui. A côté des passages où l'auteur se borne à de libres emprunts ^, il donne ceux non moins nom* breux où les deux textes ne diffèrent que par une variante comme il s'en peut trouver en deux manuscrits du même livre ' : changements de mots faciles à ex-

' Norton , Note oddiL E, g 5, p. ccxxxiv. II rappelle que Griesbach, MatUix]', SchoUz et Eiccfaom lui-même ont reproché ce mode variable et peu text4el de citations à des Pères bien pins habitués ^ la critique, comme Clément d'Alexandrie et Origène.

' "Oç 8' àv ôpfMiO^, Ivoxoç èorîv elç xi «Op. Apol 1, 16, p. ÎJ3 B; cf. Matth. T, 22 : "Ûdç à ipytCâtAevoç t^ àSeXfcp aOrov 2tx^, ivoxoc Itrxai Tfî "Kçurzu.. ftc 5* av sticig ^Mtçïy Ivoxoc lôxat elc t9jv Y^evvavToO Kupoç. — ApoL ibid.; cf. Luc, x, i6. ^Apol, i, 17, p. 54 B ; cf. Luc, xii, p. 48. — ApoL I, 19, p. 55 B ; cf. Matth. xix, 26. — Dial c. Tryph. 17, p. 118 B ; cf. Matth. xxiii, 23. — Dial. 81, p. 179 G; cf. Matth. xxii, 3t et Luc , XX, 36. — DiaL 35, p. 132 G; cf. Matth. xxiv, 24. — Apol. i, 61, p. 71 E; cf. Joan. m, 3. —En quelques endroits, Justin résume plusieurs passages en un seul, Apol. i, 15, p. 53 A; cf. Matlh. vi, 21-33. — Apol. 1, 16, p. 53 F; cf. Matth. vu, 22, 23; Luc, Xiii, 26; Matth. xiii, 42; Tii, 15, 19. — Apol. 1, 19, p. 55 G; cf. Matth. x, 28; Luc, xii, 4. -^Dial. c. Tryph. 125, p. 218 A; cf. Matth. xiii, 3; Luc, viii, 5. — Dial. c. Tryph, 88, p. 186 C; cf. Joan. i, 23 et Matth. m, 11. Voy. de Wette, 1.1. p. 8083. Il n'y a pas un de ces passages où Temprunt, quoique libre en partie, ne soit littéral et, h tous égards, incontestable. — Pour toutes ces citations comme pour les suivantes, nous renvoyons à Tédition des Bénédictins (Paris, 1742) oh nous les avons vérifiées.

* ApoL I, 16, p. 53 E : OOxl icék 6 Uyw |Aot xvpte, xt>. ; cf. Matth. Tii, 21. La seule différence est dans le mot oùxl pour où employé par samt Matthieu. — DiaL c. Tryph. 107, p. 201 G : Feveà novepà... xal ei)|i£tov oO 6o07]<reTai aOroîç, mxX. Gf. Matth. xii, 30 et xvi, 4, oit Ton trouve «vt^ pour-aOrotc, ce qui revient au même. — Dial. 48, p. 145 £ : *HXiac |icv IUu<TeTai, xxX. Saint Matthieu' (xvii, 12) dit au présent : (p^exat xpûTov. Les citations suivantes, quoique avec un pen plus de variantes, raitrent pourtant dans la même catégorie : DiaL ibid.; cf. Matlh. m, Il et

40 PART. I. <— ACTHEimaTÉ J>0 TEXTE.

pliquer chez des auteurs qui, comme Justin, comme tous les Pères, et on le peut dire tous les anciens, citent le plus souvent de mémoire. D'ailleurs, — et cette seule remarque ruiue par la base tout le système de nos adversaires, — on trouve ces variations dans Justin noa-seulement pour les textes profane» ou pour les textes de TAncien Testament, mais pour ceux mè^ mes des Évangiles, cités en deux endroits différents de ses œuvres * . Enfin de Wette a donné les passages où la coïncidence verbale est parfaite ^ : or , deux ou

suîv. — ÀpoL I, 15, p. 53 B; cf. Matth. v, 28, 29 et Xviii, 9. — Apol. ibid.; cf. Matth. v,32. -- ApoL ibid.; cf. Mattb. xix, 12. — Apol. ibid.; cf. Matth. V, 46. — Apol. ibid.; cf. Matth. v, 42; Luc, vi, 34. — Apol, ibid.^ cf. Matth. vi, 19. — Apol. ibid.; cf. Matth. xvi, 26. — Apol. ibid.; cf. Luc, VI, 36. — ApoL i, 16, p. 53 B; cf. Luc, vi, 29. — ApoL ibid.; cf. Matth. V, 41. — ApoL ibid.; cf. Mattb. v, 16. — ApoL ibid.; cf. Matth. V, 34. — ApoL ibid. et Dial. 101, p. 196 B ; cf. Mattb. xix, 16, et Luc,xviii, 18, 19. — ilpo^ I, 63, p. 81 B\DiaL 100, p. 193 B; cf. Matth. xi, 27. — DiaL 17, p. 118 A; cf. Matth. xxi, 13. — DiaL ibid.; cf. Matth. xxi, 13. — DiaL ibid^; cf. Matth. xxiii, 27. — DiaL 76, p. 173 G ; cf. Matth. xxv, 4i. *- DiaL 103, p. 199 B; cf. Matth. xxvi, 39. — Dial. 35, p. 132 C; cf. Matth. yii, 15. — DiaL ibid.; cf. Matth. xxiv, 11. — ApoL i, 15, p. 52 D ; cf. Matth. IX, 13 et Luc, vi, 34. -r-ilpoj. ibid.; cf. Matth. vi, 1. — Dial. 76, p. 173 E; cf. LUC, ix, 22. — DiaL ihid,; cf. Luc,, x, 19. — DiaL 17, p. 118 B; cf. Luc, xi, 52. Voy. de Wette, ibid,, p. 76-80 i cf. Lardner, II, X, t. H, p. 130-132 et Norton, p. 211 et note addit. E, §3, p. ccxvii et 6uiv. Il s'est servi lui-même tlu travail de Marsch, dans VBclaircisse" ment de son hypothèse sur la composition des trois premiers évangiles, append. p. 51-55.

* Norton, tdtd., g 2 et 3, p. ccxviii et suiv. il cite particulièrement pour exemples : Matth. m, 11 et 12; cf. DiaL 49, p. 145 D et 89, p. 186 C. — Matth. vu. 22, 23 ; cf. Apol. i, 16, p. 53 E et DiaL 76, p. 173 C. — Matth. vu, 15; cf. ApoL i, 16, p. 54 A et DiaL 35, p. 132 C. — Matth. xix, 16, 17 , cf. ilpol. I, 16, p. 53 D et DiaL 101, p. 196 B. -- Matth. xxiii, 23, 24 et 27; cf. DiaL 17, p. 118 A et 112, p. 205 F» — Matth. xxiv, 11 et 24; cf. DiaL 35, p. 132 G et 82, p. 179 D. — Luc, vi, 36; cf. ApoL i, 15, p. 53 A et DiaL 96, p. 193 A.

> DiaL c. Tryph, 76, p. 173 G : "HÇouffc ànb àvocroXûv xal $u(F{Ab>v, xal &vaxXi6i^9ovTai (xerà 'Aêpaàfi xal 'laaàx xai 'laxcaê h t^ ^aaiXeicf Tâv oOpa* VMV * ol $è Ailol Ttiç pa(Ti>e(Qic i%B\rfir^ao>nai elç xà oxôto; Ta è^iorepov. Gf» Matth. vm, 11 et 12. — Dto/. 105, p. 200 D : »£àv |ii^ icepKraeuoxi Otuôv ^ 2txaiooi^ itXeîov tûv Ypa(i|jLaTéo>v xai «^apiaaiwv, où {ii^ elo-éXOriTS tic tt^v ^Qunktivi tâv oOpavûv. Cf. Mattli. v, 20. — ilpo/. i, 16, p. 54 A: Hàv Si

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trois endroits où l'on trouve une analogie aussi complète suffisent assurément, en bonne critique^ pour établir que l'un des textes est pris de l'autre ; et l'on ne prétend pas que l'Ëvangile soit pris de Justiù. 11 y a même cette particularité remarquable que de Wette a relevée aussi, et elle est décisive : c'est que Justin qui, citant l'Ancien Testament , donne partout ailleurs le texte des Septante, se sert, quand il le reproduit atec saint Matthieu, de* la version propre à saint Matthieu *. On fait à saint Justin une dernière objection : c'est qu'il ne cite pas seulement nos Evangiles, et qu'on trduve dans ses ouvrages certains faits, certains, mots rapportés à Jésus-Christ sans qu'ils soient consignés dans aucun des livres du Nouveau Testament. Norton a répondu qu'au temps où Justin vivait, on était assez voisin encore des temps apostoliques pour qu'il restât des traditions dignes de respect, bien qu'elles ne fussent pas consacrées par les livres saints. Telle est cette parole prêtée à Jésus-Christ : « Les choses où je vous surprendrai seront celles où je vous jugerai ^, » parole que saint Justin cite, peut-être, par erreur de mémoire, et qui d'ailleurs n'aurait rien de plus insoUte que d'autres paroles citées de même par saint Irénée, par

SévSpov ii'j'l TcbtoOv xapuàv xaXàv èxxoicteToti xal eU fcûp pàXXerai. Cf. Matlh. vu, 19. — Ck)mparez encore Apol. i, 33, p. 64, oU se trouvent combinés Matth. 1, 21 et Luc, i, 35. Voy. de Wette, 1'. ).p. 76 et aussi Norton, 1. 1. Note addit. E, p. ccxiv et suiv.,oiiil met particulièrement en regard les emprunts textuels faits au Sermon sur la montagne.

' Dial. 78, p. 175 D ; cf. Matth. i, 23 et Jerem. xxxviii, 1 5 des Septante on XXXI, iS de Thébreu. — Dial. ibid.; cf. Matth. ii, 6 et Mich. v, 2. — Apol. 1, 35, p. 65 ; cf. Matth. xxi, 5 et Zach. ix, 9. — Dial. 123, p. 217 A» et 135, p.^7 B; cf. Matth. xii, 18, 21 et Isaî. xlii, 1-4. — Voy. de Wette, p. 16 et Norton, S ^9 P* ccxxxii.

' Xpurtoc (TicEv ' 'Ey olç &v {>(&a; %9xakàStù, èv t»vtoic xaTooip^via • Dial. e. Tryph. 47, p. 143 D.

Clément d^Âlexândrie et par Origène, à des époques plus éloignées des temps apostoliques et où Ton ne nie pas que le corps des Évangiles ne soit bien fixé * .' Quant aux faits , plusieurs des exemples allégués ne sont guère qu'une forme différente ou une explication de ceux que donne TÉvangile. Ainsi il est dit dans le Dialogue avec Tryphon qu'on accusait Jésus d'être un magicien et un séducteur du peuple (§ 69, p. 168) : n'est-ce pas ce que faisaient ceux qui, selon l'Évangile, disaient qu'il chassait les démons par Béelzébtib ?. . . — que Jésus-Christ faisait des charrues et des jougs {ibid. 88, p. 186) : c'est la glose du texte de saint Marc (vi, 3), qu'il était charpentier; — que Jésus-Christ naquit dans une grotte près de Bethléem {ibid. 78, p. 175) : les grottes servaient très-fréquemment d'étable, même d'abri pour les hommes en Orient ; Origène ne parte pas autrement, tout en usant du texte des Évangiles (C. Cels. i, 51). Une circonstance un peu plus importante, c'est que ces paroles : « Tu es mon Fils, je. t'ai engendré aujourd'hui, » sont données comme prononcées à l'époque du baptême {Dial. C. Tryph. 88, p. 186). Mais ces paroles sont rapportées de même par Clément d'Alexandrie, par Méthodius et par Lactance qui se servaient bien assurément des Évangiles ; et saint Augustin en donne l'explication en disant qu?on les lisait ainsi dans quelques manuscrits. On les trouve aujourd'hui encore

• Iren. adv, Hœres, y , 33, g 3 et 4; Clem. Alex. Strom. i, 28, p. 153 eti,S4, p. iSO; Orig. Comm. in Joan. xix, 2, 0pp. t. IV, p. 289 C; m Matih, t. Xin, S 2, 0pp. t. ni, p. 172 A. Voy. Norton, 1. 1. p. 227 et de Wette, S '^^' ^^ °'^ jamais prétendu que toutes les paroles et toaâ les actes de Jésus aient été consignés dans TÉvangile. On serait contredit par l^Évangile même, qui, plusieurs fois, indique les guérisons miraculeuses en masse, sans entrer dans le détail (Matth. iv, 23, etc.).

GH. 1. — TÉI1016NA6BS DIS Mtmns nAclbs. 43

dans Tun des plus fameux qui nous restent, le ma* nuscrit de Cambridge, et dans quelques manuscrits latins * . Reste un dernier fait qui n'a son fondement ni dans les récits de l'Évangile, ni dans aucun autre témoignage : c'est qu'au jour du baptême, quand Jésus sortait de l'eau, un feu s'alluma dans le Jourdain {ibid. 88, p. 1 85) ; tradition née peut-être d'une fausse interprétation de ce qui est dit en saint Matthieu et en saint Luc, que Jésus-Chrit nous devait baptiser dans le Saint-Esprit et dans le feu. Du reste, saint Justin n'allègue l'autorité de l'Évangile que pour la descente du Sainte-Esprit ; et si, par une extension que la forme du texte ne justifie pas, on voulait l'entendre de tout le passage, on pourrait dire encore avec* Norton qu'il y avait, en cet endroit, quelque interpolation dans son manuscrit.

£n résumé on a le droit de dire qu'il faut compter saint Justin parmi les témoins les plus éminents des Évangiles ^ . S'il ne les a point nommés par les noms de leurs auteurs, il n'a rien fait que n'aient fait après lui tous le» apologistes : Tatien, son disciple, Athénagore, Théophile, Tertullien, Minutius Félix, Amobe , Lactance ; eX l'on peut dire qu'il les a cités, conmie aucun autre ne l'a fait après lui en ces sortes d'ouvrages. Tertullien lui-même, qui, partout ailleurs, reproduit si souvent les textes des Évangiles, n'en allègue presque rien dans cette défense de la foi , que plus tard, à son tour, il présenta aux gentils : ad Gentes ' . Autant saint Justin abonde en citations de

» Voy. Norton, p. 220-226.

' C*est Topinion qu*ont défendue, en ÂUeinsigne, Neander, Winer, de Wette, Olsbausen, et, après eux, Lûcke. Voy, aussi Tholuck, p. S3. * Paley, Evidence* of Christian, ix, 1, 16; Norton, p. 2iS.

44 PART. I. — AUTHSnTICITÊ DU tEXTE.

l'Évangile, autant il est &iobre de tout détail qui y soit étranger. Un fait et une parole, voilà tout ce qu'il ajoute à l'histoire du Sauveur,- telle qu'elle nous est donnée par les livres canoniques : et quand il garde cette réserve en un temps si voisin des temps apostoliques, il faut bien reconnaître que, parmi toutes les traditions nombreuses encore, sans doute, et jusqu'à un certain point autorisées, le texte sacré avait pris un empire devant lequel s'effaçait tout le reste. On peut donc avec toute assurance prendre le temps de saint Justin, c'est-à-dire le milieu dû n* siècle, pour l'époque où nos Evangiles sont expressément cités. Veut-on les noms ? Qu'on descende de quelques années, jusqu'au troisième quart, de ce même siècle, et l'on trouvera en des ouvrages d'un genre différent, les noms, et avec les noms les textes qui prouvent que ces noms s'appliquent bien aux livres gardés jusqu'à nos jours.

11 y avait en effet dès le ii' siècle, et il y eut surtout depuis, une multitude de livres apocryphes appelés Évangiles, et désignés soitpar les noms de ceux à qui on les rapportait : l'Évangile des douze Apôtres, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Thomas, de saint Matthias ; soit par les noms, de ceux qui en faisaient usage : l'Évangile selon les Hébreux, selon les Égyptiens ; soit enfin par les noms de ceux qui les avaient notoirement publiés : l'Évangile de Basilide, de Marcion, d'Apelles^ etc. * . Les derniers devaient être rejetés comme ayant été mutilés, corrompus pour le besoin de l'hérésie. L'Évangile des Hébreux fut . négligé, comme n'étant, selon toute apparence, que le

* npÀc lï toutou; &(iuBt)tov tcX^Ooc ànoxpOfidv xal voOcav 9pa9ÛVy (Ireil* «. Hœres, i, 20, g ^)« ^oy, la note i^e à là fin de ce Yolume.

CH. 1. «p- TÉMOIGNACBS DBS PREMIERS SIÈCLES. 45

texte hébreu de saint Matthieu, retenu par des sectaires de race juive, les Nazaréens et les Ébionites, qui eurent dès lors toute liberté de l'accommoder à l'esprit de leur seete * ; et Ton croit que TÉvangile des Egyptiens était aussi un de nos Évangiles, adopté puis altéré par des hérétiques de cette nation *. Quant aux premiers, plusieurs étaient de • nature, au contraire, à se faire accueillir de la tnultitude ; et si l'imagination des fidèles eût été la seule source de l'inspiration des Évangiles, assurément ils auraient conquis leur rang dans le canon : car ils contredisaient moins qu'ils ne complétaient l'histoire évangélique ; et ils la complétaient sur les points où la curiosité populaire devait être le plus vivement excitée : l'Enfance de Jésus et de Marie; la Passion et la Résurrection*

On en peut juger même par les apocryphes qui sont arrivés jusqu'à nous : l'Évangile de la Nativité de Marie présenté comme une première partie tenue secrète de saint Matthieu ' ; le Protévangiïe de saint

' In Ëvangelio juxta Hebrseos quod Cbaldaico quidem Syroqve serinone, sed Hebraicii^ litteris script^m est, quo utuntur usque hodie Nazareni, secundum Apostolos, sive ut plerique autumant, juxta Matthaeum, quod et in Gaesariensi bibliotheca habetur., (Hieron. odv. Pelag. m» iniL t. IV, p. S33 ; cf. in Matth. xxvii, 9 et 16, t. IV, part, i, p. 134-135 ; Caial script. eccL 3 et 16, t. IV, part, u, p. 102 et 107, etc.) De Wette (S 64) a recueilli et disposé par ordre la suite des témoignages de saint Jérôme sur cet Évangile. Papias et Hégésippe Pavaient cité selon Eusèbe {BisL eccles. m, 39 etiv, 22), et Ton en trouve encore diverses citations tos Clément d'Alexandrie [Strom. m, 6, p. 191; 9, p. 194; 13, p. 200, (Syil).); Origène, inJoa^A, 11,6, 0pp. t. IV, p. 63. Koy. encore Eusèbep Bist. eccles. m, 13. -

^ il est cité par Clém. d'Alexandrie, Strom. m, p. 194 et 210 (Sylb.) et par Êpiphane, Hœres. lxu^ 2. Voy. de Wette, g ^ ^^ 74.

^ Thilo, et après lui Tischendorf, en ont donné deux textes : Tun, qui se continue par l'histoire de l'Enfance de Jésus : et Tischendorf a pu accroître de plusieurs chapitres ce que Thilo en avait publié ; rautre» qui s'arrête à la première partie et parait une révision du premier apo«» cryphe.

46 PABT. I. — AUTHBMTlClTâ VO TEXTE.

Jacques, où Ton a. voulu voir le préliminaire de tous les Evangiles et notamment le commencement de saint Marc * ; l'Evangile de TEnfance mis sous le nom de saint Thomas (texte grec et texte arabe , lequel est beaucoup plus étendu) ^ ; l'Histoire de Joseph, traduite de l'arabe et qui parait venir d'un texte copte ' ; l'Évangile de Nicodème, nom assez nouveau sous lequel on comprend deux parties qui semblent avoir été primitivement distinctes : les Actes de Pilate et la Descente de Jésus-Christ aux Enfers *. Si en effet ces textes ont pu subir de nombreux remaniements, il est certain que plusieurs des détails qu'ils renferment étaient dans des apocryphes plus anciens. Saint Irénée rejette avec mépris une «anecdote que l'on trouve dans l'Évangile de l'Enfance ^ ; Origène, mentionnant la tradition qui rattachait les frères de Jésus à un premier mariage de Joseph, cite « le livre de Jacques ; » et la tradition se trouve dans le Protévangile de saint Jacques^. Saint Épîphane parle des indignités . qui se rencontraient dans le livre de la Naissance de Marie ^ ; et le faux saint Jérôme qui se donne pour le traducteur de notre texte avait la prétention d'offrir une version fidèle du texte original de saint Matthieu, altéré par les

1 G*était le sentiment de Guill. Postal, qui le trouva. (Henri Etienne disait, mais k tort, qu'il Tavait inventé.) Voy, Fabric. Cod. apocr. Nùvi Test.TestÀm. de Protev, Jacobi, 1. 1, p. 48 et 55 (Hamb. 1719), et Tiscbendorf, qui lé croit ancien (Evangel. apocr. p. 12).

' Tischendorf en a donné aussi un texte latin qu'il croit du v« siède. (Voy. Evang, apocr. p. xlvi et 156.)

' Donné par Thito et après lui par Tischendorf, Ewmg» apocr, p. xxxnr el 115. — * Tischend. ibi^, p. liv et 203.

* Iren. c. HcBres. i, 17 ; cf. Evang. infantiœ^ gr. 6, lat. 12 et anib. 48.

• Orig. Comm. inMoUh. t. X, 0pp. t. III, p. 463 A; et de Prineip. I, proaem. g 8, 1. 1, p. 49, coL 1 B ; cf. ^r^leo. Jacobi 9 et 17.

7 Epiph. j7(eref . xxviy 12.

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