‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 61 sur 66 · CH. VI. — HARSIO?»E DES ÉVANGILES · texte numérisé non relu

CH. VI. — HARSIO?»E DES ÉVANGILES

les compte du commencement du jour naturel, c'est-à* dire du lever du soleil ; et de la sorte, tout se concilie. Pilate est monté sur son tribunal vers six heures ; Jésus- Christ a été crucifié, ou seulement mené au Calvaire, à neuf heures ; à midi, les ténèbres couvrent la face de la terre ; à trois heures, il expire. Tholuck prétend que cette manière de compter les heures, qui répond à la nôtre, était déjà en usage en Asie-Mineure, oiî saint Jean écrivait. Toutefois , il faut reconnaître que, pour les Grecs comme pour les Romains, ce n'était pas la manière commune * . Il vaut mieux ne point tant raffiner et se ranger de l'avis de Grotius. Il fait observer que, dans la coutume des Hébreux, il y avait trois heures de la journée particulièrement consacrées à la prière : la troisième , la sixième et la neuvième (tierce, sexte et none) , et c'étaient celles qui, dans le commun usage,, servaient presque exclusivement à marquer les divisions du temps. On rapportait à l'une ou à l'autre ce qui se passait dans l'intervalle. Ainsi saint Marc rapporte le crucifiement à la troisième heure, parce qu'il eut lieu entre la troisième et la sixième (entre neuf heures et midi) ; c'est peut-être à la troisième heure, prise à la lettre (vers neuf heures), que Jésus-Christ comparut devant Pilate, comme le dit saint Ignace dans sa lettre aux habitants de Smyme *. Vers la sixième heure (midi), la sentence s'exécute , le ciel s'obscurcit ; à la neuvième heure (trois heures), Jésus expire. Saint Jean, qui ne marque qu'un seul moment pour toute la scène, le prend

* Gensor. de Die nataJi^c. 23; Ideler^ Handb. der math. Chron,, 1. 1^ p. SO-86 et t. n, p. 11-12; Paulj, ^eaU-Encyclop. der class. Alter-^ thumsw. ▼• Hora.

(Ignat. ad Smym.) Voy. Grot. ad Matth, xxvii, 45 et ad Joan. xix, 14>

vers le milieu du temps qu'elle dura « : C'était le jour de la Préparation , environ, la sixième heure ; » wpa ^è ôxiei ïx,Tri. On peut l'entendre de midi.

La dispute se poursuit au delà de la mort de Jésus- Christ : V sur Tembaumement. Dés aromates ont été achetés , selon saint Luc, avant le Sabbat ; selon saint Marc, après le Sabbat : grave contradiction ; car y voir deux faits divers, ce serait admettre , nous dit-on, une trop prodigieuse consommation d'aromates. Le docteur Strauss est même disposé à la réduire du tout, supprimant les cérémonies de la sépulture, et opposant à saint Jean saint Matthieu ; parce que Jésus, en saint Matthieu , dit de la femme qui répand des parfums sur sa tête : « Elle l'a fait pour m'ensevelir ; » et que l'ÉvangéUste ne dit pas autre chose de l'embaumement raconté par saint Jean ^ ; 2** sur le sépulcre. Saint Matthieu dit que Joseph d'Arimathie déposa Jésus dans un tombeau qui lui appartenait ; saint Jean, qu'on le prit à cause du voisinage, parce que le commencement du Sabbat était proche ^: motifs inconcihables, à ce qu'il paraît ; 3" sur la Résurrection, par-dessus tout. Saint Luc dit que plusieurs femmes se rendirent au tombeau (xxiii, 55) : plus loin, il en nomme trois, les deux Marie et Jeanne, tout en indiquant qu'il y en avait d'autres (xxiv, 10) ; saint Matthieu nomme les deux Marie ; saint Marc désigne avec elles, au lieu de Jeanne, Salomé ; saint Jean ne parle que de Marie-Madeleine ^ . 11 y a des différences pour le temps où elles vinrent , des différences pour ce qu'elles virent ; et ce qu'on dit sur le sujet de ces femmes,

» Strauss, § 132, t. If, p. 600 et suiv. — » Ihid. p. 605. ' Luc. XXIII, 55 et XXIV, 10; Matlli. xxviii, 1; Marc, xvi, 1; Joan. XX, 1.

CH. Tl. — HARMONIE DBS ÉTANGILES. 440

on le peut dire de toutes les apparitions de Jésus ' . Nos adversaires s'étudient à les opposer Tune à l'autre, pour les rendre contradictoires ; les harmonistes, à les ranger chacune en son lieu pour les concilier : c'est , de part et d'autre, le même système d'attaque etde réponse. Toutes les réponses, nous l'avouons, ne sont pas telles, qu'en les donnant on n'en puisse désirer de meilleures. On ne prendrait pas la peine de les imaginer pour des auteurs profanes ; mais c'est aussi, on l'avouera, que, chez des écrivains profanes, nul ne songerait à relever de pareilles différences, et moins encore à en user pour nier leur autorité. Mais puisqu'on suit une autre voie à l'égard des écrivains sacrés , il faut bien se placer sur le même terrain pour répondre ; et quand l'explication n'aurait pas toujours la vraisemblance qu'elle nous parait généralement avoir, au moins serait-elle possible, on ne le saurait nier ; et dès lors, si faible qu'elle fût, elle serait incontestablement préférable à un système qui , pour de semblables difficultés, voudrait condamner des auteurs dont la véracité est si bien établie sur tous les points vn^ment décisifs .

Disons-le donc : ce n'est pas seulement l'antiquité chrétienne tout entière et les païens des premiers siècles de l'Église qui prouvent par leur témoignage l'authenticité des Évangiles ; e'est par l'examen attentif des livres mêmes qu'on se convainc qu'ils sont du temps , et par conséquent des auteurs désignés par la tradition. Ce n'est pas seulement le nom et la position de ces auteurs qui sont une garantie de leur véracité, c'est la dis* cussion de leurs récits et leur comparaison soit avec

* Strauss, 8 <34 et 135, t. U, p. 615 et sqIt.

rhistoire, soit avec eux-mêmes. Ils sont d'accord sur le fond du récit et sur Tordre général des faits, sur le caractère de Jésus-Christ et sur les bases de sa doctrine : spectacle surprenant , que celui de quatre hommes si divers de position, d'antécédents et de nature, écrivant à des époques et dans des contrées différentes , et qui concourent à nous donner l'admirable ensemble des Évangiles ! Non que les Évangiles soient de tout point identiques : ils diffèrent par plusieurs traits, par l'aspect, par la couleur. Mais si la forme varie, c'est toujours le même type ; le point de vue seul est différent : ainsi la même tête dessinée par quatre artistes groupés à Tentour^ ou, puisque l'art moderne nous offre un terme de comparaison plus précis , la même figure se gravant d'elle-même par l'impression de la lumière sur le papier photogï*aphique, présentera autant d'images distinctes qu'on l'aura prise à des points de vue divers. Cette variété est tellement dans la nature des choses, qu'on la trouve dans le même écrivain, rapportant à diverses fois un même fait. Saint Luc , comme l'a remarqué Michaëlis, a raconté deux fois l'Ascension, et trois fois la conversion de feaint Paul * ; et dans ses récits il diffère autant de lui-même, <jue lui et les trois autres Évangélistes diffèrent entre eux ^. Ces différences même ont leur utilité ; et dussent-elles nous mettre sur quelques points dans l'embarras , elles servent beaucoup plus qu'elles ne nuisent à la démonstration de l'autorité des Évangiles. Il faut prendre la chose largement, conune le faisait saint Jean Chrysostôme ; car ces objections ne sont pas d'hier : « Quoi donc ! s'écrie-t-il , n'était-ce

• Luc, XXIV, 30 et suiv.; Act. i, suiv.; ix, 1 etsuiv.; xxn,6; xxvi, 12. — ' Michaêl. 1. 1. U, ii.

CB. Yl. — HARMONIE DES ÉVANGILES.

pas assez d'un Évangéliste pour tout dire? — Oui, un aurait pu suffire ; mais quand il y en a quatre qui ne sont ni du même temps, ni du même lieu, qui ne se sont pas rencontrés ni concertés, et qui pourtant parlent comme par une même bouche, il en résulte une preuve plus grande pour leur crédibilité. — Mais, dit-on, c'est tout le contraire ; beaucoup de passages montrent des différences dans leurs dires. — C'est une preuve de plus de leur crédibilité : car, s'ils s'accordaient exacteiilent pour le temps, pour le lieu et jusque pour l'expression, les adversaires ne croiraient jamais qu'ils ont écrit sans une entente, sans un concert tout humain. Un tel accord ne pourrait pas être l'ouvrage de l'imprévu. Mais à présent la contradiction apparente en quelques petites choses les défend contre un pareil soupçon ; et c'est la plus belle apologie de la conduite de ces histo* riens. Quand ils diffèrent un peu relativement au temps ou au lieu, -cela est sans inconvénient pour la vérité de la chose elle-même * ». Ce passage de saint Jean Chrysostôme relie les conclusions de notre seconde pairtie à celles de la première. Les diversités des Évangélistes prouvent leur parfaite indépetidance ; elles prouvent leur authenticité : car si, lorsqu'ils parurent, leur caractère eût été contestable, l'un aurait fait rejeter l'autre. Ils se sont établis, ils se sont maintenus, parce qu'il était également impossible de nier leur origine et leur fitutorité.

' Chrysost. m Matth* procem. HomiL i, 3, t. VU, p. 5 B ; et Hug, H, 03»

Nous arrivons enfin au terme que nous nous étions proposé ; et nous quittons avec bonheur le champ de cette controverse : car la tâche est ingrate. C^est à la pelle, si je puis le dire, qu'il faut remuer les blasphèmes pour se frayer la voie parmi les systèmes des théologiens rationalistes d'outre-Rhin ; et Ton ressent à ce travail moins d'amertume encore que de tristesse, quand on voit chez ces hommes tant de science et d'in* telligence uniquement appliquées à extirper de leur cœur, et à attaquer dans les autres les racines de la foi qu'ils ont reniée.

Estrce donc à de pareils commentaires qu'était réservé l'Évangile ? et les écrivains sacrés ne devaientils être absous du reproche d'imposture, qu'à la condition de cesser d'être des personnes, pour n'être plus que de vagues traditions populaires, sans conscience d'ellesmêmes, fixées un jour on ne sait quand ni comment! Mais ce système , né du Ubertinage d'un symbolisme sans frein et d'une philologie déréglée, parait avoir fait son temps, même parmi les plus ardents adversaires de l'Évangile. Une nouvelle école allemande s'est élevée, qui a prononcé sur le livre du docteur Strauss : Strauss n'est pas un critique, c'est un théologien; il croit en Dieu ! Straus discutait : quelle imprudence ! Qui discute peut être confondu. On prend la question de plus haut ; on tranche, on affirme : et le pubUc tiendra pour excellents les arguments qu'on ne lui produit pas.

Strauss avait eu la simplicité d'avouer que si les récits évangéliques étaient écrits par des témoins, il serait difficile d'en décliner le témoignage : et voilà que son arme, imprudemment chargée, crève en ses mains. On le laisse mutilé sur les débris de son système, et Ton compte bien sur une autre fortune.

Quelques-uns (c'est le petit nombre) reviennent purement et simplement au point vrai de leur opposition. Ils dénoncent dans les Évangiles l'œuvre de Timposture, un mensonge réfléchi, dont ils nommeront le premier coupable, saint Marc. Mais comment soutenir cette thèse devant ces livres que chacun peut lire et juger ? Cette noble simplicité de langage dans l'exposition des faits les plus merveilleux, cette sincérité à révéler les faiblesses, les ignorances, les chutes de ceux qui sont les docteurs et les soutiens de la Foi, cette pureté morale où brille par-dessus tout l'amour de la vérité sans éclat et sans fard : « Dire oui, non, cela est, » cela n'est pas : tout ce qui est de plus vient du » malin; » sont-ce là les signes de l'imposture? Si l'Evangile est une œuvre de mensonge, il faut aller plus loin, et dire qu'elle est l'œuvre de l'hypocrisie la plus raffinée. — Voilà bien le fruit de cet esprit de dispute ! On s'échauffe, on n'entend plus que les aigres accents de la controverse ; on perd le sens de la vérité simple; on n'entend même plus le cri du sentiment publie, tjuî peut bien s'égarer dans les rêveries où il plaira de le conduire, mais qui jamais ne verra des imposteurs dans les auteurs de l'Évangile : car leur histoire proteste comme leurs écrits coutre ce blasphème. On ne se sacrifie pas ainsi pour l'imposture ; et l'école mythologique le reconnaît bien. Elle ne se

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serait point donné tant de mal à échafauder son système, si elle avait cru possible de se retrancher dans cet argument : Ils ont menti.

D'autres, sans être moins hardis, seront plus avisés. Us ne prétendent pas se jeter dans la bataille : ils s'établissent juges du débat, faisant à chacun sa part ; et pour commencer, ils déclarent la théologie de Bossuet étroite, etla philosophie de Voltaire inintelligente. On ne peut pas être plus impartial ! Que s'il faut se prononcer ts^ur le point en Utige, ils diront contre B. Bauer que les auteurs des Évangiles ne sont pas des imposteurs ; et contre Strauss, qu'ils peuvent bien être des temps apostoliques. Qu'est-ce donc que l'Évangile? un mythe? Non, mais une légende ; les auteurs ont vu, mais d'une certaine manière. En somme, c'est une fiction où l'on se passe du temps que Strauss croyait nécessaire pour que la vérité se tourne en fable ; et ce système, tout nouveau qu'il se croie, c'est le système de Strauss, moins ses apparences de raison.

Qu'est-ce en effet que des témoins qui ne savent pas ee qu'ils ont vu, ou ne se rendent pas compte de ce qu'ils disent ? Car enfin, nous avons ici des témoins ; et en supposant qu'ils n'aient pas vu eux-mêmes, ils ont dû, puisqu'ils sont du temps et du pays, voir et entendre les témoins oculaires. Ils ont le droit d'en témoigner ; et si on les juge sincères, il faut bien qu'on les croie, à moins de dire qu'ils sontfous. — On a pour le leur dire des mots moins mal sonnants, et toute une grande théorie. On commence par assigner à la religion un rang à part dans le monde. On gourmande fort ces critiques à courte vue qui la veulent prendre comme une chose de raison ; et, avec l'accent de Tad-

miratioD la plus profonde, on réclame pour elle le priyilége de n'avoir pas le sens commun. Les écrivains sacrés auront leur part de cette insigne prérogative. Jusqu'à présent , on avait eu assez bonne opinion de l'entendement humain, pour croire que, dans tou9 les âges, l'homme a dû avoir la conscience de laréaUtédes choses : distinguer ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il touche ; et on ne conçoit guère qu'un être puisse passer pour doué d'un esprit, s'il n'est point capable de ces premières opérations de l'esprit. Le bon Descartes (car il le faut ranger parmi les simples) était même asse^ disposé à reconnaître eu tout le monde une part égale de bon sens ; et il en faisait le fondement de la méthode qui renouvela la philosophie * . Aujourd'hui (étrange idée que se font de l'esprit humain ceux qui lui veulent rapporter tous les miracles!) nos philosophes seraient bien plus portés à croire que le bon sens n'appartient qu'à leur temps, et, dans leur temps, à eux seuls peut-être. Ils font un crime aux apologistes de prêter aux premiers disciples de Jésus le degré de réflexion et de discussion rationnelle nécessaire pour distinguer ce qui est merveilleux ou ce qui ne l'est pas. Et il ne s'agit pas ici d'un ou de deux enthousiastes ; car ils auraient été jugés ce qu'ils sont par les honmies de sens droit : c'est toute une époque, c'est la primitive Église tout entière qu'on prétend saisie de ce vertige.

Qu'est-ce donc que cette ÉgUse? En quel temps et dans quel étrange miheu s'est-elle formée, pour demeurer étrangère aux principes les plus essentiels de la connaissance humaine? Est-il possible qu'on entende parler

' Diêcours de la méthode^ init.

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de ces Juifs, de ces Grecs qui, soit en Judée, soit dans les autres provinces de l'Einpire, ont embrassé la foi chrétienne pendant les règnes tout historiques de Tibère, de Caligula, de Claude et de Néron ? On nous arrête ici. On reconnaît en effet que « l'apparition du Christ, telle qu'on se la figure, est inconceyable dans un miliea logique et régulier; » mais on prétend « qu'elle n'a riea que de naturel dans l'étrange orage que traversait, au temps dont nous parlons, l'esprit humain en Judée. »

C'est ce que nous comprenons moins encore.

Les années de la mission de Jésus-Christ, et celles qui précédèrent ou qui suivirent, sont les plus paisibles et les plus calmes que la Judée ait de longtemps traversées. Ce ne sont plus les violencesdu règne d'Hérode, et ce ne sont pas encore les déchirements qui amenèrent la ruine de la nation. Les Juifs eux-mêmes, à la mort d'Hérode, avaient souhaité la domination des Romains. Quand ils l'eurent, après Archélails, il y eut des soulèvements ; et il resta au sein de la nation un fond de haine contre ses maîtres, qui se manifestait de temps à autre par des mouvements de la même sorte. On attendait un libérateur. Mais ces mouvements n'eurent jamais alors les caractères d'une insurrection nationale. La dépendance, quoique haïe, était acceptée du plus grand nombre : elle avait ses compensations, en effet, dans le maintien de l'ordre public ; et de plus elle n'était pas absolue. Le peuple avait le libre usage de son culte et de ses lois sous son grand-prètre et son conseil suprême ; et si l'on excepte un ou dieux cas où la folie de Caligula, qui ne respectait rien, tint suspendue sur la Judée une menace qui la plaçait entre l'abjuration et la ruine, on peut dire que, pendant plus

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de cinquante ans, depuis sa réduction en province jusqu'aux premières années de Néron, elle jouit de la paix. L'Empire songeait si peu à Topprimer, que Claude la rendit, aussi longtemps qu'il le put, à des rois devenus nationaux; et avant comme après, les excès possibles des procurateurs avaient pour frein, d'une part l'autorité supérieure des gouverneurs de Syrie dont ces magistrats relevaient, et de l'autre, celle du prince qu'on n'invoquait pas toujours en vain : car si l'histoire signale quelques excès sous Pilate, malgré la vigilance de Tibère, et sous Félix, cet affranchi despote qui « exerça le pouvoir souverain avec le génie de l'esclave, » elle constate aussi que, tôt ou tard, la révocation des coupables en fut le châtiment. Il faut donc renoncer à chercher en Judée ces troubles, ces orages, cet étrange vertige des esprits d'où l'on veut faire sortir ce qu'on appelle la légende chrétienne. Toute cette fantasmagorie historique vient échouer contre ces deux mots de Tacite, parlant de la Judée, deux mots d'une précision désespérante: Sub Tiberio quies^ « calme sous Tibère. » Si la Judée faisait exception, ce serait par la faveur dont elle jouit en ce temps-lâ. On y voit, nous le répétons, le pays tranquille, les prêtres en possession du temple, les Pharisiens et les Sadducéens s'observant et se partageant le pouvoir, et les docteurs livrés à ces études bizarres ou raffinées d'où sortira plus tard le Talmud. Le Talmud, voilà le fruit légitime de ce mouvement des esprits chez les Juifs ; il faut chercher quelque autre explication à l'Évangile.

Sans doute l'idée vraie du Christ était dans les livres sacrés qui se Usaient au sein des synagogues , et se commentaient dans les écoles. Les Psaumes, lesPro-

phéties retraçaient au vif , sa grande figure ; ils avaient dit ses souffrances et sa gloire : mais les docteurs l'avaient-ils compris de la sorte ? Est-ce bien sous ces traits que le peuple qui attendait le Messie, croyait le voir paraître ? Ce n'est pas seulement TÉvangile qui le dit, c'est l'histoire tout entière. Cette idée du Christ fut si peu entendue des docteurs, que Jésus-Christ n'eut pas d'ennemis plus acharnés. Elle était si peu populaire, que ses disciples ne le comprirent même pas, et que le peuple qui le voulait faire roi, voyant ses miracles, qui le saluait a fils de David et envoyé du Seigneur, » à son entrée dans Jérusalem, l'abandonna quand il se crut trompé, trahi par son abaissement, et ne fit plus entendre que ces cris : « Non pas lui, mais Barabbas ! Qu'il sdit crucifié ! » L'idée chrétienne s'est donc établie en opposition à toutes les tendances des Juifs, sans qu'on puisse voir d'orage à l'entour, que celui qu'elle excita contre Jésus. Quand la Judée, qui a méconnu le Sauveur, est tourmentée de la pensée de la délivrance, quand elle commence à s'agiter, quand elle se jette dans ces désordres où le déicide doit recevoir son châtiment, depuis longtemps le christianisme s'est répandu au dehors ; il a pour siège l'Empire romain : et les malheurs de Jérusalem sont désormais sans influence sur l'état des esprits de ceux qui croient, comme sur la composition de rhistoire qui était le fondement de leur croyance \

Nous pouvons donc maintenir avec assurance tous les points de notre tiièse. Les Évangiles sont bien du temps et des auteurs auxquels on les rapporte. Indépen-

- * Voy. la oote XLVk k la fin de ce volume.

damment des témoignages qui remontent aux temps apostoliques, les'citations nombreuses qu'on en trouve, dès le milieu du second siècle , dans tous ceux qui en parlent, orthodoxes, hérétiques ou païens, prouvent que non-seulement ils existaient alors, mais qu'ils étaient répandus partout, entourés du plus profond respect, et là même où Ton cherchait à se soustraire à leur autorité, incontestés quant à leur origine. Ce n'étaient pas seulement quatre Évangiles quelconques, mais nos quatre Évangiles. Ils existaient alors tels que nous les avons aujourd'hui : on le peut conclure des variantes mêmes relevées par Origène dans les manuscrits anciens qu'il compara ; et ils existaient alors tels qu'ils existaient à l'origine : nous en avons donné non pas seulement une preuve morale, mais une preuve matérielle. Cela est démontré, en effet, non-seulement par la vénération des chrétiens du second siècle pour leurs livres sacrés, et par les anathèmes prononcés contre toute altération de l'Évangile; cela est démontré par l'unité générale que présentaient ces textes à la fm du second siècle : car cette unité, si elle n'était originaire, devrait provenir d'un concert postérieur. Or nul concert n'était possible dans l'état de la chrétienté au second siècle, eu présence des sectes rivales. L'hérésie n'eût pas manqué de recueillir quelqu'un de ces textes rebutés, et de lui faire, de son antériorité, un titre contre le texte nouveau, tournant contre l'ÉgUse l'argument victorieux dont TertuUien accablait Marcion. Les témoignages et tout l'ensemble des faits extérieurs prouvent donc l'authenticité et l'intégrité de nos Évangiles, ils sont ce qu'ils étaient alors, et ils n'ont jamais été autres quece qu'ils sont.

Cette preuve , nous l'avons vu , se confinne et se complète par l'examen des textes mêmes. Nous avons montré comment les Épitres de saint Paul, qui ont en elles tant de marques irrécusables d'authenticité, prouvent que les Actes des Apôtres sont du même temp& ; comment, en outre, on trouve dans les Actes la preuve qu'ils sont^d'un disciple et d'un compagnon de saint Paul. Or les Actes font la deuxième partie d'un ouvrage dont la première est le troisième Evangile ; donc le troisième Evangile est du temps et on n'a plus de raisons pour ne pas dire de l'auteur auquel il est rapporté. Mais la comparaison de cet Évangile avec les deux premiers nous a montré qu'il avait dû être fait après eux , et jusqu'à un certain point d'après eux. Les deux pre*miers Évangiles, comme le troisième, sont donc du temps, et l'on peut ajouter aussi des auteurs auxquels on les rapporte : car, si leur ressemblance prouve leurs relations d'origine, leurs dififérences prouvent leur origine elle-même, puisqu'elles auraient empêché de les admettre ensemble, s'il y avait eu le moindre doute possible sur la source d'où ils dérivaient. Cet argument s'applique au quatrième Évangile comme aux trois autres , et confirme les marques d'originalité que présente par lui-même l'Évangile de saint Jean.

Mais ces différences des Évangiles, d'où nous tirons la preuve de leur origine , ne prouvent-elles pas contre leur autorité ? Cette question de la vérité des faits euxmêmes, que nous avions d'abord écartée du débat, nous l'avons reprise, et nous avons montré comment, loin de laisser aucun avantage à l'objection, elle vient à son tour concourir à la preuve ; car le récit, par sa confop» mité générale avec l'histoire et les coutumes du temps,

OOHCUJMOIf. 461

atteste des auteurs qui ont vécu au milieu des choses dont ils parlent. Quelques erreurs, parmi tant de concordances, ne pourraient faire tort qu'à leur infaillibilité; et ces erreurs ne se rencontrent pas dans les Évangiles. Si quelques points semblent en désaccord, Yue de près, la difficulté se résout dans le sens marqué par les auteurs sacrés. Pour les cas où l'opposition paraît être entre les Évangélistes eux-mêmes, la difficulté la plus grave, celle des généalogies, a son explication dans la coutume des Juifs ; les autres n'ont rien qui excède les limites où la critique peut concilier les dépositions de plusieurs témoins : et elles s'effacent dans la grande et belle harmonie où se montrent, par le rapprochement des quatre livres, la vie, le caractère et l'enseignement de Jésus-'Christ.

Ces attaques contre les Évangiles, si peu fondées qu'elles soient, ont d'ailleurs le tort d'être parfaitement inutiles au but qu'on se propose. Ce qu'on veut ruiner avec l'authenticité des Évangiles, c'est l'attestation des miracles où notre foi se fonde. Supprimez-la : il ne sera plus prouvé que Jésus ait prononcé le sermon sur la Montagne, conversé avec la Samaritaine, guéri les malades, ressuscité les morts; mais il restera établi qu'il est ressuscité. Car alors même qu'on ne verrait dana l'Évangile que l'écho des bruits de la première génération chrétienne, la tradition des premiers disciples écrite par des hommes qui n*en étaient pas , il faudrait bien admettre que le fondement de tous ces récits, c'est le témoignage que Jésus est ressuscité Rien ne se comprend si cela n'a été affirmé à l'origine : et c'est ce qu'atteste, en dehors des Évangiles, l'auteur des Actes qui n'est pas un auteur impersonnel^ assurément ; c'est

462 coHCLUSion.

ce qu'atteste saint Paul. Or, si ua témoin comme saint Paul, qui a vu saint Pierre et les autres , qui a conversé avec eux sur les matières de la Foi, atteste aussi solennellement le miracle qui est le fondement de la Foi, qu'est-il besoin d'autre témoignage? Que sert-il de contester à Jésus-Christ le fait d'avoir ressuscité des morts, s'il est lui, constamment, ressuscité des morts?

Les Évangiles sont donc des récits authentiques, et fidèles sur tous les points où on leur peut trouver des termes de comparaison. De tels témoins cesseront-ils d'être crus sur les seuls faits qu'ils aient eu pour objet d'établir? Le sentiment public se révolte contre Taccusation d'imposture ; et c'est pourquoi on a fait tant d'efforts pour ôter à leur témoignage son caractère de crédibilité, sans prétendre lui rien ôter de sa candeur. Mais quand il devient impossible de nier que ces hommes aient vu eux-mêmes ou aient entendu des témoins oculaires, prétendre qu'ils n'avaient pas la faculté de voir, ni le droit d'affirmer ce qu'ils ont vu ou entendu ; que le naturel et le surnaturel, la réalité et le rêve n'étaient pour eux qu'une même chose, et qu'il y a eu, non pas un ou deux hommes comme cela, mais toute une société, au sièole d'Auguste et dans le pays le plus historique du monde : en vérité, si le miracle n'est que « l'inexpliqué i » cette hallucination paraît bien tenir du miracle, — à moins de la chercher ailleurs, et de l'expliquer par l'illusion de l'homme qui, emporté par un fleuve rapide, voit tout fuir sur ses bords 1

Revenons donc à TÉvangile, et ne demandons qu'une bhose à ceux qui l'attaquent : c'eàt d'y revenir euxmêmes et de le lire en toute simplicité de cœur. La

CONCLUSION. i63

controverse a ses entraînements, et tel qui se fait gloire d'entrer dans l'examen de ces questions, libre de toute idée préconçue, est esclave d'un préjugé qui n'est pas moins maître de son âme pour en avoir banni la foi. La lecture du texte sacré a une force qu'il n'est donné à aucun argument d'avoir : elle triomphe sans blesser, elle calme les esprits échauffés de la querelle ; et si l'on doit s'étonner qu'un livre si plein de douceur ait provoqué tant d'aigres disputes, c'est encore là qu'il en faut chercher le remède. Déjà cette lecture a porté ses fruits. Au ton si honnête, si simple, si candide de cette histoire, on s'est refusé à voir des imposteurs dans les Évangélistes. En présence d'une %iorale si pure et si pratique, espérons qu'on ne persistera pas à la rapporter à des hallucinés, ou, pour parler plus français, à des fous ; et qu'après avoir justement admiré les belles choses contenues dans leurs écrits , on ne leur refusera pas davantage ce qu'on accorde au commun des hommes : l'usage des sens et du bon sens.

Pour nous, ce que nous avons voulu surtout maintenir, comme étant le point dominant du débat, c'est que dans les Évangélistes nous avons des témoins ; et de quelque façon que l'on juge leurs récits, nul doute sérieux ne doit rester sur leur personne. Ceux qui nous parlent sont bien saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean. C'est à eux, si on refuse de les croire, qu'il faut donner un démenti. Nous n'ajouterons qu'un mot : c'est que si l'on montrait, à l'égard des livres anciens ou nouveaux, les exigences qu'on a pour le Nouveau Testament, l'histoire serait encore à faire, faute de témoins dûment constatés : nous en serions toujours à l'âge mythologique. L'histoire est vieille

COnCLUSION.

pourtant, et nous laissons sans regret cette cpntroyerse pour reprendre les études que nous lui aY(ms cçnsàcrées ; mais, en vérité, quand on a parcouru le cercle entier de cette discussion, on devient si difficile en matière de preute , qu'on serait tenté de ne plus croire à rien, -— qu'à rÉvangile.

Note I, p. 44.

Plusieurs des écrits apocryphes auxquels saint Irénée fait allusion sont énumérés dans Origène {Hom, i m Lucy l. III, p. 933, col. 1, A C) et dans saint Jérôme {Prœf. in Matth. t. IV, P. I, p. I .) L'Evangile de saint Pierre est un des plus anciennement nommés (Sérapion, cité par Eusèbe, Hist. ecdes. VI, 12; cf. Orîg. in Matth. t. x, 0pp. t. III, p. 49, col. 4 B, et de Princip. i proœm. § 8, t. 4, p. 49, col. I, B). Les Évangiles de saint Mathias et de saint Thomas sont aussi mentionnés par Origène (Eusèbe, Ifist. eccles. III, 25); TÉvangile de saint Barthélémy est, à ce qu'on croit, le même que TÉvangile hébreu de saint Matthieu rapporté de l'Inde par Panténus, selon saint Jérôme (CataL scr. eccl. 36, 0pp. t. IV, P. ii, p. il2; cf. Euseb. Ifîst. eccles. V, 10). Saint Ëpiphane en nomme beaucoup d'autres : l'Évangile de la Perfection, TÉvangile d'Eve (c.îfœres. xxvi, 2), l'Évangile de saint Philippe (ibid. xvi, 13), de Judas Iscariote (xxxvm, 1 et Théod. Hœret. Fab. ï, 15, etc.) Voy. de Wette, § 73.

Note II, p. 52.

Les Nazaréens et les Ébionites remontaient jusqu'à ces Juifs chrétiens qui, après la ruine de Jérusalem et la désolation du pays, vinrent se réfugier dans la Pérée (Épiph. Hœres. xxix, 7 et XXX, 2). Ils étaient restés Juifs en devenant chrétiens, et ils semblent avoir gardé, dans leur foi nouvelle, la nuance qui les distinguait en tant que Juifs; car les Nazaréens recevaient tout l'Ancien Testament : c'étaient de véritables Juifs ; les Ébionites ne recevaient que le Pentateuque : c'étaient, comme parait le marquer saint Épiphane (xxx, 1), des Samaritains. Nous n'avons pas à signaler ici le caractère de l'hérésie qui leur est propre {voy. Iren. I, 26, etc.; Euseb. Hist\ eccles. Ul, 27, et le chapitre de saint Épiphane déjà cité). Nous voulons constater seulement que, seloa les anciens, ils avaient un Évangile regardé comme l'Évandle hébreu de saint Matthieu : Évangile tout à fait complet met les Nazaréens (Épiph.

4d6 I«OTES ADDITIONNELLES.

XXII, 9), mutilé chez les Ébionites (xxx, 13), mais qui, sauf les altérations, pouvait, chez les uns comme chez les autres, passer pour le même, Évangile : c'est pourquoi saint Jérôme dit : In Evangdio quo utuntur Nazareni et Ebionùœ, quod Huper m grcecum de hebrœo transiulimus y et quod vocatur a plerisque Matthœi authenticum. (Comm. in Matth. xii, 13, t. IV, P. I, p. 47 ; cf. m Matth. xxvii, 9, ibid. p. 134-135.) Voy. aussi Rich. Simon, Hist. crit. du texte du N. T. ch. viii, p. 87 et suiv.; et encore Hug, II, 9; Norton, n. A, § 64, p. xlv et suiv. et de Wette, § 64.

Note III, p. 66.

Il existe encore aujourd'hui une Harmonie des Évangiles attribuée à Tatien et une autre d'Âmmonius qui écrivit au siècle suivant. (Bibliotheca maxima Patrum (Lugd. 1677), t. II, p. 203 et III, p. 267.) L'ouvrage attribué à Tatien présente ce caractère, que les généalogies y sont supprimées, comme on sait qu'elles l'avaient été par Tatien. Toutefois Richard Simon nous paraît avoir raison de suspecter l'authenticité de ce livre. {Hist, crit, du texte du N, T. ch. xin, p. 149.) Un témoignage plus certain sur la collection des quatre Évangiles, c'est celui du fragment de canon donné par Muratori comme étant de Caius, vers la fin du deu^cième siècle, et qui est plus probablement du milieu de ce siècle, puisque l'auteur parle du Pape Plus (142-157) comme d'un contemporain. {Voy. ci-dessus p. 24.) Le morceau commence par quelques mots qui doivent se rapporter à saint Marc et font sjupposer saint Matthieu, puisou'il nomme ensuite saint Luc comme ayant écrit le troisième Evangile, et saint Jean, le quatrième.

Note lY y p. 79.

L'Éphre aux Hébreux, qui exprime si incontestablement les idées de saint Paul, était reçue depuis les temps les plus anciens dans toutes les Églises. Saint Clément de Rome, dans son Épître aux Corinthiens, y fait quelques emprunts; saint Irénée la cite encore dans son traité Ilept SiaXeÇécjv Bioçipcov. Elle fut pourtant, dès le u* siècle, négligée, attaquée même, en Occident, à cause de l'abus qu'en faisaient certains hérétiques; et ces doute» se communiquèrent à FÉglise d'Egypte et à TÉglise

TiOTES ADDITIONNELLES. 467

grecque; mais les docteurs les plus considérables ne cessèrent pas de les combattre, et Tautorité de saint Jérôme {Ep. adDarfifan.)et de saint Augustin {Expos, in Ep. ad Rom.) finit par les dissiper. Voy. Michaêlis, Introd. II, xxiv, 8, et Hug,II, § 146.

Note V, p. 80.

dénient d'Alexandrie dit que TÉpitre aux Hébreux a été écrite en hébreu pour les Hébreux, et mise en grec par saint Luc (ap. Euseb. i^2s^ eccles. VI, \k). Origène, qui la cite toujours comme de saint Paul, la croyait rédigée par un écrivain inconnu sous sa direction {ap. Euseb. ibid. 25) ; d'autres en rapportaient la rédaction ou la traduction à saint Barnabas ou à saint Clément de Rome (Hier. Catal. scr. eccl.^). Michaëlisse prononce pour Torigine hébraïque; Hug, pour l'origine grecque.

Note VI, p. 103.

On croit que saint Paul parle encore de saint Luc, II Cor. VIII, 18. Eusèbe {Hist. eccles. III, 4) et saint Jérôme {Prœf. in Matth. t. IV, P. I, p. 1 ; Catal. scr. eccl. 7) rapportent qu'il était d'Antioche et qu'il était médecin, qualité que lui reconnaissait déjà le canon cité plus haut, en le désignant comme l'auteur du troisième Évangile et des Actes. On suppose qu'il était né Gentil, parce que saint Paul, dans son Ëpître aux Colossiens, désigne particulièrement comme circoncis quelques disciples qu'il a nommés d'abord dans ses salutations. L'auteur d'un traité faussement rapporté à Origène (Adamant. Dial. de recta in Deum fide, § 1, û/>. Orig. t. I, p. 806) le rangeait parmi les soixante-dix disciples du Seigneur dont saint Luc parle seul dans son Évangile (x, 1). Cf. Epiph. Hœres. Li, 6. Voy. aussi Michaël. H, vi; de Wette, § 101 ; Hug, II, 34, et Smith, Notice sur la vie et les écrits de saint Paul', en tète de son Voyage et naufrage de saint Paul (Lond. 1848).

Note va, p. 108.

De Wette (§ 113) a cherché à mettre en contradiction ces passages, auxquels il joint une autre allusion que fait saint Paul à ce mépe séjour, dans les Actes (xxi^ 17). Tout se concilie pourtant : il ne faut que mettre chaque chose à sa place.

Saint Paul, comme il le dit dans son Épître aux Galates (i, 17), ne vint pas à Jérusalem aussitôt après sa conversion, mais seulement au bout de trois ans, et il y resta quinze jours. On vit alors ce qui est raconté dans les Actes : la défiance dont il fut Tobjet d'abord, sa présentation aux Apôtres, sa prédication et les périls qu'elle lui suscita de la part des Juifs de langue grecque, résidant alors à Jérusalem; et c^est ici quil faut replacer la vision dont Fauteur des Actes parle plus tard d'après lui (xxi, 17), vision à la suite de laquelle il fut mené à Césarée, puis à Tarse.

Note viu, p. 109.

Autre contradiction signalée par de Wette entre les Actes (xvii, 14 et xviii, 5) et la première Épitre aux Thessaloniciens (iiï, 1 et 2). Saint Paul, partant seul de Bérée pour Athènes, avait recommandé à Silas et à Timothée de le venir joindre au plus tôt {Act. XVII, 14); et Ton voit (xviii, 5) qu'ils le rejoignent à Corinthe. Mais saint Paul, dans sa première Épître aux Thessaloniciens (m, 1 et 2), dit qu'il leur envoya Timothée d'Athènes. Que s'ensuit-il ? C'est que Timothée était venu, selon la recommandation de l'Apôtre, à Athènes, d'où saint Paul l'envoya à Thessalonique : après quoi le même disciple vint, avec Silas, le retrouver à Corinthe. Saint Paul ajoute un trait au récit des Actes ; il n'y contredit pas.

Note IX, p. 114. .

Ce n'est pas seulement à Jérusalem, c'est aussi dans les autres villes de Judée, qu'il y avait un conseil et des magistrats investis du pouvoir d'arrêter et d'emprisonner les coupables (Jos. B. Jud, II, xiY, 1). Dans les villes étrangères, les Juifs faisaient encore de petites communautés ayant généralement leur conseil ou leurs chefs : ce qui donnait plus de facilité à leurs relations mutuelles et plus d'ensemble à leur action. Voy. pour l'Egypte, Strabon, cité par Josèphe, Ant. XIV, VII, 2; Philon, m Flaœ, t. I, p. 527 et suiv.; pour Antioche de Syrie, Josèphe, B. Jvd. VII, m, 3, etc. Un décret de Claude reconnaissait aux Juifs le droit de jouir, dans tout l'Empire, des privilèges qu'ils avaient dans Alexandrie. Voy, Jos. Ant. XIX, V, 3, etc.; Lardner, I, n, II, 1. 1, p. 76 et suiv.

Note X, p. i25.

Il est superflu de donner ici les textes qui montrent comment l'afTranchi devenait citoyen. Il serait plus intéressant d'établir comment saint Paul était citoyen romain de nais* sance. Était-ce par sa patrie ou seulement par son père? Lardner rejette la première opinion : Tarse^ d'où est saint Paul, n'est donnée nulle part comme ayant le titre de colonie romaine. C'était donc par son père. Beaucoup de Juifs jouissaient du droit de citoyen (voy. Jos. Ant. XIV, x, 13 et 14), soit qu'ils le dussent à des services militaires, soit que, vie* times de la guerre et réduits en servitude, ils eussent acquis ensuite le droit de cité avec la liberté. (Voy, Lardner, I, x, 6, 1. 1, p. 233.)

Note XI, p. 126.

Agrippa, sou^ Tibère, fut gardé à la chaîne, comme le fut saint Paul (Jos. Ant, XVIII, vi, 6). Ulpien note les divers modes de détention qui sont à la disposition du proconsul (I. 1, D. XLVIII, III, de Custod. et exhib. reorum). On n'était pas seul€ment gardé chez soi, comme saint Paul, on l'était aussi en prison, comme saint Pierre : les quatre escouades, de quatre soldats chacune , auxquelles il était confié {Act. xii, 4) répondaient aux quatre veilles de la nuit, et se relevaient auprès du prisonnier {voy. Tholuck, p. 186-187). Les citoyens romains pouvaient être enchaînés comme les autres (Tacit. Ann. VI, 14; XI, 1 ; Hist. III, 36. Voy. Lardner, I, x, 9, t. I, p. 243). Ils ne devaient pas être frappés de verges : la protestation de saint Paul {Act. xvi, 37) remet en mémoire l'apostrophe de Cicéron contre Verres pour une violation de ce même droit {Verr. V, 170, etc.). — Sur le geôlier qui veut se tuer quand il croit ses prisonniers échappés, et sur les stratèges qui ont le pouvoir à Philippes {Act. ibid. 27 et 35), voy, d*autres rapprochements qui touchent à la géographie et à rhistoire, dans Tholuck, p. 389 et suiv.

Note XII, p. 159.

Le prêtre Jean, au témoignage de Papias, avait dit : Ma-cOaTo:;

470 KOTES ADDITIONNELLES.

V aôxà, wç •ffiù^fOL'zo Sxaors; {ap. Euseb. ffist, cccles, III, 39). La traduction littérale « chacun le traduisit comme il le pouvait o n'offre pas un sens raisonnable. On doit donc croire que le texte qui a passé du prêtre Jean dans Papias, et de Papias dans Eusèbe, a été altéré. L'auteur n'aurait-il pas dit : a Saint Matthieu écrivit ses récits en hébreu; mais il les traduisit de sorte que chacun pût les entendre? » Cela demanderait de modifier et de compléter ces trois derniers mots qui, littéralement, n'ont pas de sens dans la phrase dbç i^^ùvaxo exaaroç. Mais nous ne proposons pas une restitution qui, dans tous les cas, dépendrait trop de notre hypothèse pour lui servir d'appui. Si, du reste, le texte est corrompu, il devait l'être de longue date : car, à part l'induction tirée d'Eusèbe, personne n'a dit expressément que saint Matthieu ait traduit lui-même son Évangile; saint Jérôme déclare qu'on ne sait pas bien qui a fait cette version : a Quod quis postea in gra^cum transtulerit non satis certum est {Catal. scr. eccL 3.); 0 et la Synopse donnée sous le nom de saint Athanase vient un peu tard pour l'attribuer avec autorité à saint Jacques, parent du Seigneur (Athanas. Synops. scr. sacr. 76, t. II, p. 202 D).

.Note xin, p. 166.

Quel est ce Théophile que saint Luc appelle excellent (xpittore)? Est-ce un nom supposé pour un pieux lecteur quel qu'il soit, comme Philothée dans saint François de Sales? Cela n'est guère probable. Hug aime mieux croire que c'est ^m personnage réel; et le titre d'excellent (xpiTioroç) est une qualification en usage pour certaines dignités. On la trouve, dans les inscriptions, appliquée aux grands prêtres et aux prétresses, aux présidents des lieux sacrés et des jeux, aux représentants des princes dans les provinces, aux procura^ teurs : par exemple dans les inscriptions de Palmyre [voy. Hug, II, 35). Michaëlis incline à recevoir l'opinion de Th. Hase, qui prend Théophile pour un grand prêtre des Juifs. Il y a, en effet, un Théophile qui fut grand prêtre, fils d'Anne, dont parle saint Luc. Il fut revêtu de cette dignité par Yiteliius, à la place de son frère Jonathan (Ant. XVIII, v, 3), et la garda jusqu'à ce qu'elle lui fut retirée par le roi Agrippa (ibid. XIX, Ti, 4); et alors encore il demeura un personnage consîdérable. Il n'est donô pas invraisemblable en soi que saint Luc

NOTES ADDITIONNELLES. 47t

lui ait adressé cet exposé de Thistoire et de la doctrine du Sauveur; mais^ d'autre part, il y a des raisons tirées du livre même qui ne permettent guère de croire que Théophile soit du pays des Juifs. L'auteur ne nomme aucun lieu de Palestine, sans qu'il ne juge nécessaire d'en marquer la position : c'est Capharnaum, Nazareth de Galilée (iT, 31 ; i, 26), Arimathie de Juda (xxiii, 51), etc.; il indique la position du mont des Oliviers, et son éloignement de Jérusalem (Act. i, 12) ; il fait de même pour Emmaûs (Luc, xxiv, 13). Au contraire, quand il est transporté vers la Sicile et l'Italie, il se borne à nommer les villes : Syracuse, Rhégium, Forum Appii, les Trois-Tavemes, etc. (Act. xvin, 12, 13, 15). Pouzzoles (Puteoli), qui n'était connue en Orient que par son nom grec de Dicéarchie, que Josèphe lui-même n'appelle de son nom italien qu'après avoir donné l'autre et par forme d'explication (Awcatapxetav î;v IIcTidXouç "haXot xaXouat, Vit. 3), saint Luc l'appelle purement et simplement Pouzzoles, se croyant suffisamment compris. Tout porte donc à croire que le personnage auquel il s'adresse connaît aussi bien l'Italie qu'il connaît peu la Palestine; mais c'est là tout ce qu'on peut dire de lui.

Note XIV, /?. 179.

Hug (II, 41) ne se borne pas à supposer en saint Luc une lacune accidentelle de la première à la seconde multiplication des pains inclusivement. Il conjecture qu'avec les faits connus ici par saint Matthieu et par saint Marc, on a perdu «n saint Luc bien d'autres traits qu'il y avait dû joindre, selon son habitude ; et il croit en retrouver la U*ace en une parole que l'auteur sacré rapporte comme de Jésus-Christ dans les Actes, sans qu'on la trouve [dans son Évangile. Mais pour que la preuve fût bonne , il faudrait que saint Luc çût prétendu mettre dans son Évangile toutes les paroles de Jésus-€hrisL Or, comme Hug Ta montré lui-même ailleurs, saint Luc n'a pas rhabitude^ d'épuiser son sujet. On le voit par les formes diverses que prennent ses récits lorsqu'ils se répètent, par exemple : l'Ascension (Luc. xxiv, 49-53 et Act. i, 2-11), le baptême du centurion Corneille {Act. x, 1 et suiv., et xi, 5 et suiv.j, la conversion de saint Paul {ibid. ix, i et suiv.; xxii^ 3 «t suiv.; xxYi, 9 et suiv.).

Note XV, p. 179.

Hug, de qui nous prenons ces observations, en donne pour exemple (II, 43) la femme guérie d'un flux de sang (Matth. u, 20-22; Marc, v, 25-35; Luc. viii, 43-48); la fille de Jaîr : saint Matthieu, allant droit au fait^ dit tout d'abord qu'elle est morte (ix, 18); saint Marc qu'elle est à l'extrémité (v, 23), et c'est un peu après qu'on vient annoncer qu'elle est morte (35) ; saint Luc suit saint Marc, en commençant par dire qu'elle se mourait (vm, 42). Hug cite encore la guérison du lépreux (Matth. vin, 1-15; Marc, i, 40-45 ; Luc. v, 12 17) ; le paralytique descendu par le toit (Matth. ix, 1-8; Marc, n, 3-13; Luc. V, 18-27); l'enfant démoniaque (Matth. xvii, 14-19; Marc. IX, 14, 30; Luc. ix, 37-43). On y' peut joindre le miracle de la multiplication des cinq pains (Matth. xiv, 1 5 ; Marc. VI, 36 ; Luc. ix, 12) ; Tordre de préparer la Cène (Matth. xxvr, 48 ; Marc, xiv, 13 ; Luc. xxii, 10).

NotexYi, p. 481.

Les raisons qui font placer saint Marc avant saint Luc portent sur l'ensemble des deux Évangiles ; les raisons contraires ne s'appuient que de simples détails : par exemple, l'histoire des disciples d'Emmaûs, racontée longuement par saint Luc et résumée par saint Marc en deux versets (xvi, 12, 13). Mais rien n'empêche que saint Marc l'ait rédigée le premier en cette forme ; et s'il fallait y voii* un signe de postériorité, j'aimerais mieux croire les deux versets ajoutés après saint Luc : ils auraient pu l'être par saint Marc lui-même, qui, tout en écrivant son Évangile avant saint Luc, vivait encore lorsque saint Luc a publié le sien, et l'a dû connaître. Nous ne tenons point à cette hypothèse qui nous semble inutile ; mais combien de diflicultés, dont on fait des montagnes, s'aplaniraient si l'on se donnait la peine de se mettre au simple point de vue des faits de tous les jours !

Note XVII, p. 184.

Il y a une grande variété d'opinions sur le temps et sur le lieu où saint Luc rédigea son Évangile. On a avancé qu'il le fit k Antioche, en supposant que Théophile était évéque de cett»

IfOTES ADDlTiOKNELLES. 473

Église ; — k Troas^ où l'on voit^dans le récit des Actes (xvi, 1 1), saint Luc se joindre, pour la première fois, à saint Paul : on suppose alors que c'est l'Alexandrie dont parle la suscription de la version syriaque; — ou bien à Alexandrie d'Egypte, en prenant cette suscription à la lettre : soit avant que saint Luc se fut réuni à l'Apôtre, soit après qu'il Teut quitté; — en Bithynie, par une conjecture hasardée sur le texte de saint Jérôme qui désigne rÀchaïe ou la Béotie (Prœf. in Matth. t. lY^ P. I, p. 3) ; — en Macédoine, d'après la souscription d'une version arabe, qui le dit composé dans une ville de ce pays, vingt-deux ans après l'Ascension (à Philippes, pendant son séjour) ; ^ en Achaïé : c'est l'un des lieux marqués par saint Jérôme. Mais aucune de ces suppositions n'a assez de force pour faire exclure le lieu le plus en harmonie avec le temps que d'autres raisons peuvent faire choisi. ( Voy, Michaëlis, II, Yi, 6. Il se prononce pour Césarée de Palestine, fWd. § 7.)

NotenYiU, p. i84.

Si Ton consulte les témoignages sur l'époque de la publication des Évangiles, le plus ancien en date est celui de saint Irénée : selon lui , saint Matthieu fit son Évangile pendant que saint Pierre et saint Paul prêchaient à Rome; saint Marc publia le sien après la mort (xaià tcv IÇoSov]) des deux Apôtres; saint Luc donna le sien, le troisième, et saint Jean, le dernier. L'Évangile de saint Matthieu se rapporterait donc à l'an 61 au plus tôt ; l'Évangile de saint Marc, à l'an 68 ; et ce serait à une époque postérieure qu'il faudrait rejeter l'Évangile de saint Luc. Mais le rapport où il est avec les Actes veut qu'on le place avant Van 63 et probablement avant l'an 61 ; et ses rapports avec les deux premiers Évangiles exigent qu'on place ceux-ci en des temps antérieurs. L'opinion de saint Irénée est donc, sur ce point, contredite par des raisons prises de l'examen des livres mêmes; elle l'est d'ailleurs par la tradition générale, qui plaçait la composition des Évangiles beaucoup plus tôt : l'Évangile de saint Matthieu, l'an 8 après l'Ascension (41), d'après une opinion constatée par quelques manuscrits et par Théophy lacté ; l'Évangile de saint Marc, Tan 4 de Claude (44), selon la chronique d'Eusèbe ; TÉvangile de saint Luc, l'an 15 ou l'an 22 après l'Ascension (48 ou 55), comm»

on Ta vu plus haut : opinion fondée^ sans doute^ sur des témoignages de bien moindre valeur et qu'il ne serait pas sûr de prendre à la lettre^ mais qui^ du moins^ ont le mérite de se renfermer dans les bornes marquées par le temps des Actes des Apôtres. Rappelons d'ailleurs que Clément d'Alexandrie raconte^ comme le tenant des Anciens^ que l'Évangile de saint Marc fut connu et môme approuvé de saint Pierre {ap. Euseb. Hist. ecdes. II, 15 et VI, 14). Aussi D.Massuet, l'éditeur de saint Irénée, renonce-t-il à concilier son témoignage avec les autres, et il est tout prêt à le sacrifier. Il cite une variante proposée par Christophorson sur le texte relatif à saint Marc : Merà rrjv tou xaxà Ma^Oaiou tùarf^ekio\j exSoffiv, M. xtX., ce qui, aux yeux de Valois, était une interpolation pure et simple au texte d'Eusèbe. Mais Grotius, continue D. Massuet, affirme {Synops. in MarCyip, 911) qu'un ancien manuscrit lisait ainsi, et Posin, dans la Chaîne des Pères sur saint Marc, donnait, d'après une ancienne Chaîne manuscrite du Vatican, le texte de saint Irénée comme le proposait Christophorson. (Voy. la note ad Iren. III, i, 1, p. 174.) Cette leçon ne se peut pas défendre au point de vue de la critique du texte, et D. Massuet a eu raison de ne la point faire entrer dans le corps de son édition ; mais l'opinion de saint Irénée, telle que la leçon vulgaire l'établit, a contre elle toutes les vraisemblances historiques. Dans ce cas, il est bien plus sûr de s'en rapporter aux inductions tirées de l'examen et de la com< paraison des trois premiers Évangiles.

Note xix, p. 484,

Il faut excepter Hug, dont nous avons le regret de nous séparer ici. Hug (II ^ 5 ) pense que saint Matthieu écrivit au milieu de la révolte des Juifs , à la veille, du siège de Jérusalem ; il croit que le Zachàrie , fils de Barachie dont parle l'Évangéliste , est le juste massacré par les Zélotes en ce temps-là , comme le rapporte Josèphe (B. Jud. IV , y, 4) ; il pense que Notre-Seigneur en parlait propbétiquemetït, et que c'est saint Matthieu qui reprend la parole en son propre nom pour dire : ''(h IçoveOaaTe, %zk. o Que vous avez massacré entre le sanctuaire et l'autel. » C'est^ à vrai dire, la priQcipale raison de son système; et Ton voit combien l'interprétation est forcée. Il est bien plus naturel de croire, noBobs-

?tOTËà ADDITIONNELLES. 475

tant le nom de Barachie^ qu'il s'agit de Zacharie, fils de Joïada : c'est la leçon que saint Jérôme trouvait dans V Évangile selon les Hébreux, dérivé, comme on l'a vu, du texte hébreu de saint Hattliieu {voy. p. 406).

Note XX, p. 203.

Saint Jean, au ch. xi, v. 18, dit en parenthèse : « Béthanie était près de Jérusalem, à la distance de soixante stades. » Il parle encore du jardin des Oliviers en temps passé : « Il vint au delà du torrent de Cédron où il y avait un jardin, où il entra avec ses disciples (xyni, i); » mais on pourrait prétendre qu'ici le passé tient à la forme de la phrase. Au contraire , il parle au présent de la piscine de Bethsaïda (v, % ; mais une piscine n'est pas chose qui se détruise comme des maisons. Elle survécut à .la ruine de Jérusalem. Eusèbe en parle : BiQTÇaOà, BT;l^a2à, Y,o\\j\L6ifip7. èv lepouffaXrjtiL, •fjTi^ èoriv tj 7:pô6a- "tixTi, Tb raXatbv xévTs créaç l)rouaa, xat vùv Ssiv-vuTat èv xaïç adnô^i X{ii.vat(; ciB6|i.oiç, %zk. (Onom. de locis sacris, v°, BY)C(z6à, ap. Hieron. 0pp. II, p. 422); et M. de Saulcy la décrit encore dans son nouveau et intéressant voyage. Quant au portique qui l'entourait, il en est autrement; mais on peut entendre le participe Ix^uaa dans le sens de a qui avait, o ainsi qu'on le voit dans le passage cité d'Eusèbe. Voy. Hug, II, 73.

Note XXI, p. 290.

Les saints de l'Ancien Testament sont au fond des enfers, plongés dans les ténèbres, quand tout à coup un rayon doré^ une lumière de pourpre resplendit à leurs yeux. Adam et les Patiiarches tressaillent d'allégresse. Isaie reconnaît la lumière qu'il a prédite, et Siméon, celle qu'il a saluée à son aurore. Une sorte d'ermite arrive : c'est Jean-Baptiste, à qui l'Agneau -de Dieu s'est manifesté sur les bords du Jourdain, et qui est son précurseur jusque dans les enfers. Adam voit alors le prochain accomplissement de la promesse qu'il a reçue quand il fut chassé du paradis, et tous les saints sont dans la joie... Cependant Satan annonce au prince des enfers qu'il va bientôt tenir Jésus de Nazareth, celui qui s'est vanté d'être le Fils de Dieu et qui vient d'avouer sa faiblesse en disant : « Mon âme est triste Jusqu'à la mort ! o On va donc avoir satisfaction des possédés

qu'il a délivrés^ des morts quil a ravis aux enfers. Le prince du Tartare est en défiance ; mais Satan le rassure : a J'ai soulevé mon vieux peuple juif : j'ai préparé la lance, le fiel et le vinaigre, la croix, (es clous. » Le prince des enfers craint toujours : a S'il a ressuscité Lazare, que ne peut-il pas faire ?» 11 cherche à faire partager ses appréhensions à Satan. Il le supplie de ne lui point amener Jésus, de peur que Jésus ne lui ravisse tout ce qu'il détient dans le Tartare.

Comme il parlait ainsi, on entend un grand bruit et une voix de tonnerre : a Ouvrez, princes, vos portes ; roulez sur vos gonds, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera ! » Le prince des enfers indigné chasse Satan dé sa demeure. Il presse ses ministres de barricader les portes et de tenir fei^me. Mais la population assiégée s'insurge contre la garnison. Les saints pressent d'ouvrii*. David répète sa prophétie, «que le Seigneur rompra les portes de fer ; » Isaïe rappelle aux morts qu'il a dit : a Les morts sortiront du tombeau; d et encore : a 0 Mort ! où est ta victoire ? 0 Mort ! où est ton aiguillon ? » Ils redoublent d'instances, et, de l'autre côté, on entend cette voix de tonnerre : « Ouvrez vos portes, 6 princes ! roulez sur vos gonds, portes infernales, et le Roi de gloire entrera! » Le prince des enfers troublé s'écrie : « Qui est ce roi de gloire?» Et David : a Cfest le Seigneur fort et puissant; le Sîeigneur, puissant dans la bataille. » A ces mots, le Seigneur apparaît : il illumine les ténèbres éternelles, rompt les liens indissolubles, et pénètre de sa vertu jusqu'au plus profond des enfers.

La Mort se reconnaît vaincue, et demande qui est ce vain- • queur qui a triomphé sous la forme de l'esclave et descend vivant dans son empire, rappelant les captifs à la liberté. Et les légions de démons expriment, après elle, leur étonnement et leur effroi. Puis, tous les princes du Tartare insultent à Satan qui s'était vanté de vaincre Jésus, qui croyait le tenir en le crucifiant, et qui, en un seul jour, perd, par l'arbre de la croix, tout ce qu'il avait gagné par Tarbre de la prévarication: insensé, qui, en frappant le Juste, a perdu toute puissance sur la multitude des pécheurs ! Alors Jésus livre Satan au prince des enfers, pour tenir lieu de ceux qu'il lui ravit ; puis, étendant la main, il appelle ses justes, il reçoit leurs hommages et les consacre du signe de la croix. David entonne un cantique de louange; les saints répondent. Après cela, Jésus confie

Adam à l'archange saint Michel^ et, sous sa conduite, les saints entrent dans le paradis, où ils rencontrent deux vieillards, Enoch et Élie, puis une sorte de voleur portant sa croix : c'est le bon larron. Il raconte son histoire, et provoque un concert de louanges pour le Dieu de njiséricorde qui pardonne aux pécheurs. {Ev. Nicod, xvin-xxvi.)

Note xxii, p. 292.

Voy. Tholuck (p. 74-81), citant le Talmud et Celse, ap. Orig. c, CelSy t. I^ p. 325. 11 allègue encore le témoignage de Josèphe. Josèphe, qui a raconté la mort de Jacques, a frère de Jésus » (Ant. XX, ix, 1) n'a pas pu ne point parler de Jésus lui-même dans son histoire : il dirait là ce qu'était Jésus, s'il n'en avait déjà parlé ailleurs. Il en b parlé, en effet, au livre XVIII, III, 3; mais le chrétien qui a altéré le passage nous a, par ce faux zèle, ôté le droit de nous en servir. On peut cependant chercher encore à y distinguer ce qui est du texte original et ce qui est de la glose; et dans ce partage, il est assez vraisemblable qu'il faut laisser à Josèphe ces mots : « Il fut l'auteur d'œuvres étonnantes » t;v ^àp 7:apaâé^(i)v Ipywv xotYiTïjç, expressions assez fortes pour avoir été gardées par le faussaire, trop faibles pour qu'on les lut puisse rapporter. Voici comme Tholuck et Krabbe proposent la distinction des éléments vrais et faux de ce fameux passage :

((En ce temps-là vivait Jésus homme sage [si toutefois il convient de l'appeler un homme, car] il faisait des actions étonnantes, [et avait pour disciples des hommes qui mettent leur joie à recevoir la vérité,] et il attirait à lui beaucoup de Juifs et de Gentils : [c'était le Christ.] Pilate, sur la dénonciation des premiers de notre peuple, l'ayant fait mourir sur la croix, ceux qui l'avaient aimé ne cessèrent pas de lui être atUichés: [car il leur apparut ressuscité, le troisième jour, selon la parole des Prophètes qui ont dit sur lui mille autres choses admirables.] Et c'est de lui que prend son nom la secte des Chrétiens qui existe encore aujourd'hui » (Ant. XVlll, ni, 3).

Note xxiii, p. 300.

H. Huschke à qui nous prenons ccUq juste appréciation du silence des trois historiens (cf. Tholuck^ p. 209) a cru pourtant

478 KOTES ADDITIONNELLES.

que le deraier a parlé;; et il veut retrouver la preuve du recensement général dans ce passage (Dion Cass. , LIV, 35) qui se rapporte au consulat de Q. ^Uus Tubéron et de P. Fabius Maximus, Tan 743 de R. (H av. l'E. V) : 'Ev & S wv èx£tva hfi^f^e'ZOy Xu'^oorr^oq dtxoYpaçiç Te èxoi-^ffato, izi^rzct Ta \/;zip- XOVTi Cl, xaOixsp tiç t8'.G)TTjÇ, àxo7pa'M[J.£VOç, xat ty^v PsjX-^iV xaTs- XéÇaTo : on traduit ordinairement : « Pendant que ces choses se passaient^ Auguste faisait des recensements où il comprenait, comme un simple particulier, tout ce qui lui appartenait, etc. » M. Huschke voudrait traduire : « Tout ce qui lui était soumis, comme s'il les possédait à titre particulier ; » et il entend par ce qui lui était soumis, les provinces : c'est dans le même sens que Kepler le prenait (de Ann. nat. Christi, c. xi, p. i06). Le recensement général parait à M. Huschke être entré dès lors dans le droit public; et il allègue ce que Dion rapporte du recensement de 757 de Rome (LV, ^3) : « Auguste fit le recensement de ceux qui habitaient Tltalie et n'avaient pas moins de 200,000 sesterces : les plus pauvres et ceux qui vivaient hors de l'Italie n'étant point soumis au cens, parce qu'il craignait qu'ils n'excitassent des troubles. » Cette crainte des troubles montre, dit-il, qu'il ne s'agit pas de citoyens romains isolés. — Hais l'expression paraîtrait bien plus étrange, s'il s'agissait de tous les habitants de l'Empire. Quoi qu'il en soit, ces textes ne me semblent point assez précis pour servir de fon-. dément à l'argumentation.

Note xxïv, p. 303.

Voy. le mémoire de M. D'Avezac sur ^thicus et sur les ouvrages cosmographiques intitulés de ce nom. Mém. de l'Acad. des inscrip. (savants étrangers) l®"^* série, t. II, p. 230 et suiv. Il a complété par Texamen de nouveaux mianuscrits le texte d'JEthicussur cette vaste opération géodésiqiié, et corrigé, tl'après les désignations des consulats, les nombres donnés «dans ce passage : soit i6 ou 17 ans pour l'Occident ; 13 ou 14, pour l'Orient; 19 ou 20 pour le Nord, et 24 ou 25 ,pour le Midi. Des restitutions et des corrections analogues avaient été présentées en même temps par M. Ritschl (die Vermessung der Rœmischen Reichs). Seulement, tout en maintenant la durée générale des opérations à 24 ou 25 ans, il suppose qu'elles furent, non simultanées, qiaissuccessives, et que les nombres d'iSthicus marquent

K0TE3 ADDITIOKK ELLES. 470

pour chacune d'elles^ non le temps qu'elle a duré^ mais le terme où elle a fini : ainsi l'opération commencée en Fan 709 de R. (44 av. J.-G.) aura été suspendue après quelques travaux préliminaires, puis reprise par Auguste de 717 à 720 : elle aura été poursuivie en Orient jusqu'en 723, en Occident de 723 à 726, au Nord de 726 à 729, et au Midi de 729 à 734. L'explication est plus ingénieuse que vraisemblable. Mais cela n'importe pas à nos conclusions. Ce qui importe, c'est que ce grand travail d'ensemble ait été fait; et H. D'Avezac, après avoir rappelé les noms les plus considérables parmi ceux qui en défendent la vérité, donne quelques citations qui suffisent pour la mettre hors de cause, p. 377 et suiv.

Note XXV, p. 306.

On a voulu infirmer le texte de Suidas en disant qu'il parle d'après saint Luc , parce que, dans la suite du passage, il se sert des premiers mots du second verset cAutt, -fj àxoYpaçti icpwxY) ï^viziOy Tûv Tcpb ajToD TOI? x.£XTY)[i.évo'.ç Tt jxY) àçaipou- \ibèiùi^\ X. T. X. Cela ne prouve qu'une chose, c'est que Suidas, tout en prenant ailleurs les renseignements qui précèdent, sait qu'ils s'appliquent au recensement de saint Luc. Voyez encore V*» AufoucToç, où il parle d'un recensement d'Auguste qui avait pour objet de connaître le nombre des habitants de l'Empire. . Les chiffres en sont altérés; mais c'est à tort, comme l'a montré M. Huschke, qu'on a regardé ce texte, depuis Casaubon, comme se référant à un passage d'Eusèbe où il est question du cens des citoyens romains, l'an de Rome 726, un des trois recensements donnés par les marbres d'Ancyre. On ne peut sur cette simple conjecture, accuser de malentendu un auteur qui parle expressément d'un recensement de tous les habitants de TEmpire romain. Voy. Huschke, p. 5.

Note XXVI, />. 307.

M. Huschke rappelle la commission de la loi agraire de Rul-* lus. Il fait remarquer que pour le recensement de l'Italie, dont parle Suétone, Auguste s'était adjoint dix auxiliaires; et il ne faut pas s'étonner si le nombre est porté au double pour le recensement des provinces : c'est, comme il le fait observer, la proportion qui existait, relativement à ces deux parties de l'Em-

480 NOTES AODITIOMIIELLES.

pire^ dans le nombre des commissaires chargés de Texécation de la loi iElia Sentia (p. 55). Voy. Cic. ad. Att., n,6; IX, 2; Vell. Pat. Il, 45; Suét. Aug., 4; Dion, XXXVIII, i ; — Suét. Aug. 38 et 39 ; cf. Dion Cass., LV, 13. — Gai. I, 20 ; Ulp. I, 13, etc., ap. Huschke, 1. 1., p. 54 et suiv. — Sur les magistrats envoyés dans les provinces pour en faire le recensement {legatus Augusti proprœtore ad census^ — ad census accipiendos, — cemitor), voy. Borghèsi, Inscriptions de Fxdigno. Ann. de rinstit. Arch. de Rome, 1846, p. 317,

Note XXVII, p. 344.

Josèphe dit que le mois de Nisan des Juifs répondait au mois de Xanthicus des Macédoniens (Ant, I. m, 3, et XI, iy, 8), et il entendait le Xanthicus, non à l'ancienne manière des Macédoniens qui commençaient Tannée avec le mois de Dius à l'équinoxe d'automne, ce qui faisait tomber le Xanthicus en février, mais à la manière.des habitants d'Antioche qui le commençaient avec le même mois, à la fin d*octobre, et comptaient ainsi le Xanthicus de la fin de mars. En effet, il dit ailleurs que le mois de Nisan répondait en même temps au Xanthicus des Macédoniens et au Pharmuthi des Égyptiens {Ant. Il, xiv, 6) : or, au temps où il écrivait, Auguste avait fixé Tannée des Egyptiens, et le i^^ de Pharmuthi répondait au 27 mars.

Note xxvin, p. 345.

Nous adoptons pour la date de la nomination d'Hérode comme roi Topinion du cardinal Noris et du P. Magnan ; et pour celle de son installation dans la royauté par la prise de Jérusalem, Topinion du P. Patrizzi.

La première nous parait fort clairement établie par la suite des faits. La bataille de Philippes avait été livrée vers la fin de l'automne, 42 avant Tère vulgaire, et Tannée suivante, 41, avait été employée, d'un côté, par Octave, à cette distribution de terres en Italie qui provoqua la guerre de Pérouse ; de Tauire, par Antoine, au voyage d'Asie qui se termina par son fatal séjour en Egypte. Quand s'ouvrit Tan 40, Octave était retenu par les embarras du siège de Pérouse, et Antoine par les plaisirs de la cour de Gléopâtre : Labiénus, réfugié à la cour des Parthcs après la bataille de Philippes, résolut d'en profiter. A

son insligation, les Parthes envahirent la Syi*ic. Pacorus^ appelé par Antigone, occupa Jérusalem au printemps de Tan 40. : à la fête de la Pentecôte, Hérode et Hyrcan se défendaient encore dans le temple; mais peu après, Hyrcan ayant été fait prisonnier dans une entrevue, Hérode s'enfuit, mit garnison à Hassada, puis après avoir vainement cherché un refuge près du roi des Nabaihéens, il vint en Egypte.

Antoine en était parti. Surpris au milieu de ses plaisirs par la double nouvelle de la prise de Pérouse et de l'invasion des Part lies, il s'était dirigé d'abord vers l'Asie ; mais ensuite il s'était tourné contre son rival dont il comptait bien triompher avec l'alliance de Sextus Pompée (40). Vers Tété, il vint assiéger Brindes; et il l'aurait prise^ malgré Octave, si les soldats, de part et d'autre, n'avaient contraint les deux triumvirs à se réconcilier : événement qui ne peut être antérieur au mois de septembre, ni postérieur au !•' janvier de l'année suivante : car l'ovation que le sénat leur décerna à cette occasion, figure dans les fastes Capitolins avant le triomphe de Censorinus, qui eut lieu le jour même de son entrée au consulat, le l*"^ janvier 39 avant l'ère vulgaire.

C'est dans cet intervalle qu'Hérode était venu en Italie. Accueilli en Egypte par Cléopâtre, il en était parti malgré ses instances, bravant le mauvais temps (xs'.(a(i>v comme hiems en latin, veut dire tempête aussi bien qu'hiver); et après une navi^ gation périlleuse, il était arrivé en Italie, alors qu'Antoine et Octave réconciliés se trouvaient à Rome. C'est de lui qu'Antoine reçut les premières nouvelles des événements de Palestine ; et c'est alors, qu'indigné il se concerta avec Octave pour le faire nommer roi par le sénat. Ce ne peut donc être avant le mois de septembre : car alors le siège de Brindes durait encore ; et ce n'est pas après le 1*' janvier de l'an 39 : car Josèphe le rapporte au consulat de Domitius Calvinus et d'Asinius Pollion ; au moins n'est-ce pas après le !•' Nisan de l'année suivante : car dès le commencement de l'an 39, Antoine partit pour Athènes où il passa l'hiver avec Octavie, et il ne revint plus à Rome ^

' Fréret (Mém. de VAcad, des inscr., t. XXI, p. 278) pense que la nomination d'Hérode comme roi est de la première partie de Tan 40 avant rÈ. V. parce que Josèpbe la rapporte tout îi la fois au consulat de Cn. Domitius Calvinus et de C. Asinius Pollion (Pan 714 de R.) et à la 184« Olympiade qui fmit le 15 juillet de cette année. Mais cette raison ne peut pré-

4S2 KOTES ADDITIONNELLES.

L^époque de la prise de Jérusalem par Hérode est encore plus nettement définie. Josèphe (Ant, XIV, tu, 14) la rapporte au consulat de M. Vips. Agrippa et de L. Caninius Gallus qui est de Tan de Rome 717 (37 av.FÈ. V.) ; et le P. Magnan a prouvé par la suite des événements de la guerre des Romains et des Parthes, qu'elle eut lieu en effet Tan 37 avant TÈ. V., et non Fan 38, comme on le pouvait conclure des consuls Claudius et Norbanus nommés par Dion (xlix, 22). Mais Josèphe donne de plus le moyen d'en connaître le jour véritable : « Ce fut, dit-il, le même jour que la ville avait été prise par Pompée, 27 ans auparavant. » Or il avait dit que Pompée prit Jérusalem sous le consulat de C. Antoine et de M. T. Cicéron (63 av. l'È. V.) « le joiu» du jeûne et le troisième mois {Ant. XIV, nr, 3). » 11 faut l'entendre de la prise du temple, comme Josèphe le dit lui-même dans la Guerre des Juifs (!, vu, 4), et; du troisième mois, non de Tannée, mais du siège, qui avait commencé dans l'été ; d'où Ton est amené au jour de la fête des Expiations, le 10 du mois de Tisri (octobre) Tan 37 avant VÈ. V. — Ce passage de Josèphe, quanta l'année, demande pourtant une explication. La plupart des chronologistes modernes ont supposé que l'année romaine, au temps du consulat de Cicéron, avançait déjà, comme 17 ans plus tard, sur le calendrier tel que Jules César le réforma. Dans cette hypothèse, le 1"^ janvier, ou le jour de l'entrée en charge de Cicéron, remonte au 13, ou au 23 octobre, selon Scaliger; et Gibert, qui le fixe au 20 octobre, suppose que c'est au commencement et non à la fin de cette année consulaire, en 64 et non en 63 av. TÈ. V., que Pompée a pris Jérusalem : ce qui lui donne plus de latitude pour entendre les 27 ans comptés par Josèphe jusqu'à la seconde prise de la ville {Remarques sur V ancienne année des Juifs. Mem, de l'Acad. des Inscr., t. XXVII, p. 97-98). Mais La Nause a établi, au contraire, que l'année romaine, loin d'avancer, retardait de deux mois et demi sur le calendrier tel que Jules César le fixa; et Ideler a prouvé la justesse de ses observations, en rapprochant des dates marquées dans les discours de Cicéron, les circonstances des saisons indiquées dans les mêmes passages : avec le système de Gibert et des autres, on aurait de la neige en été (Ideler, Handb. der math,

valoir contre la suite des faits qai rejette nécessairement à la deuxième partie de cette même année la réconciliation des deux triumvirs et leur accord pour faire nommer roi Hérode.

Chron.y t. II, p. 1 09 et suiv.). — Il faut donc entendre avec le P. Patrizzi {de Evang,, III, xxxv, 7-17) les 27 ans dont parle Josèphe, de la 27** année qui commence.

Note xxix,p^ 348.

Deux médailles de la 43« année d'Hérode se trouvent au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Impériale et ont été décrites par Mionnet {Descr. des méd. ant. Princes et rois de Judée, n° 76 et suppl. n° 73), et par M. Ch. Lenormant {Trésor de numism. et de glyptique; Numism. des rois Grecs, pi. lix, n° 19 et 20). Elles portent HPQAH2 TETPAPXH2 avec une palme et l'indication de l'année 43, L MF ; et au revers TAIÛ KAÏ2API TEPMANIKÛ, en quatre lignes, dans une couronne de laurier. Uabbé Cavedoni les a citées, en rappelant le parti qu'ont tiré de Tune d'elles (la seule connue alors) Noris et Sanclemente, sur la question qui nous occupe {Numism. BibL, Modène, 1850, p. 51 et 58). Vaillant parle, il est vrai, et d'une médaille de Tan 43, et d'une autre de l'an 44. «r Elles ont, dit-il, d'un côté nPÛAHS TETPAPXHS avec une branche de palmier ; et du même côté, la première a au milieu L MF, c'est-à-dire, anno 43 et l'autre L MA anno 44, et toutes deux ont au revers, dans une couronne de laurier, TAIÛ KAI2A FEPMANIKÛ SEB, qui est le nom de Galigula. {Mém, sur Vann. delanaiss, de J,'C. Mêm. de l'Acad. des Inscr.y t. II,|p. 506). Frère t, qui allègue ce témoignage, cite encore cette mention de Galland dans un journal manuscrit du voyage de M. de Nointel en Palestine (1674) sur «une médaille d'Hérode qui avait d'un côté un palmier cantonné de ces deux caractères MA avec cette inscription à l'entour HPÛAOr TETPAPXOr ; il n'y avait de l'autre côté, ajoutait-il, qu'une couronne de laurier avec quelque chose dans le milieu que je ne pus pas distinguer. » Fréret y ajoute une troisième médaille, portant L MA, l'an 44, mais où il reconnaît qu'on peut lire L AA. l'an 34 : c'est celle dont le P. Magnan s'est servi et qui l'a conduit à reculer d'un an l'époque de l'exil d'Hérode (Prop, I, p. 59). Mais cette médaille est d'un tout autre type que celles de l'an 43 citées plus haut. Elle porte au revers le mot TIBEPIAZ, en deux lignes, dans une couronne de laurier, et de l'autre côté HPÛAOT TETPAPXOT avec une palme, et l'année 34 et non 44. C'est un fait que Sanclemente a établi et dont on peut se convaincre au Cabinet des médailles, où elle se trouve : la liaison des deux lettres AA les a fait prendre à tort pour un

4S4 KOTES ADUnOh?(ELLIS.

M dans lequel on aurait comme enchâssé un A. Sî l'on en veut une contre-épreuve, on peut voir, à c6té, une médaillede Fan 33 du même type et évidemment de la même fabrique, où le r (3) se trouve lié de la même sorte au A (30). Voyez Mionnet, 1.1. n^ 73 et 74 et le Trésor de numûm., ibid., nos 16 et 17. Quant à la médaille citée par Galland, Eckhel conjecture que c'est une médaille semblable où il aura fait la même confusion de lettres ; car sa description y répond assez bien : ce qu'il n'a pas pu distinguer au revers est probablement le mot TIBEPIAZ. Pour ce qui est de celle de Vaillant, comme il ne dit pas où il l'a vue, Eckhel pense qu'il n'en aura parié que par ouï dire et l'aura crue semblable à celle de l'an 43. Il refuse de la discuter avant qu'on en ait mieux prouvé l'existence (Doctr. num, vet,, t. III, p. 488).

yotexsK, p. 349.

L'éclipsé qui précéda la mort d'Hérode commença pour Jérusalem à i>^ 48 1^ du matin et finit à 4*> 12 ■"; à son milieu, vers trois heures, elle atteignit 7 pouces 7/40. Fréret dans son mémoire cité plus haut {Mém. de fAcad. des inscriptions, t. XXI, p. 278) adopta aussi Tan 750 de R. pour la dernière année de ce prince, et il croit également que l'époque doit en être fixée entre l'éclipsé du 13 mars et la célébration de la Pâque ; mais il pense que la fête de Pâque et le mois de Nisan furent retardés d'un mois, cette année, par une intercalation. Il a pour cela deux motifs : d'abord le temps compris entre Téclipse du 43 mars et la fêle de Pâque, qui régulièrement aurait dû avoir lieu à la pleine lune suivante, 29 ou 30 jours après, ne lui paraît pas suffisant pour renfermer tous les faits dont parle Josèphe ; puis en rejetant le premier Nisan après la mort d'Hérode l'ancien, il trouve le moyen de rapporter l'année à ses successeurs et de compter ainsi en l'an 792, non plus la quarante-troisième, mais la quarante- quatrième année d'Hérode-Antipas, conformément à la médaille dont il a été parié. Nous nous sommes expliqué sur cette médaille ; de plus, on ne peut rapporter le premier Nisan 750à Hérode-Antipas, sans l'ôter à Hérode l'ancien : or c'est lui ôter la trenteseptième année de son règne, puisque ce règne, qui com« mence après Nisan de l'an 714 (40 av. TE. V.) ne compte sa trente-septième année qu'au premier Nisan 750. Ajoutons qu'Archélaùs commençant son règne comme son frère Antipas

un an plus tôt^ se trouverait étre^ non plus dans sa dixième, mais dans sa onzième année au temps de son exil (voyez cidessus) : ce qui est encore contraire à Josèphe. Hérode l'ancien est donc mort entre le premier Nisan et la fête de Pâque : le mois de Nisan fùt-il reculé d'une lunaison, Hérode*Antipas n'y peut rien gagner. Mais la suite des événements ne réclame pas impérieusement ce retard. Les faits se pressent dans ces dernières .pages de la vie d'Hérode l'ancien, et toutefois ils se peuvent renfermer dans ces étroites limites comme la montré le P. Patrizzi (de £vang.y III, xxxv, 6) et comme l'avaient aussi pensé Kepler {de Anno nat. Chr. c. ix) et Ideler (1.1. p. 393).

Note XXXI, p. 349.

La tradition qui fixe la naissance de Jésus-Christ au 25 décembre, tradition qui a toujours été suivie en Occident, a fini par prévaloir aussi, à partir du quatrième siècle, en Orient, où la fête se célébrait le 6 janvier, jour de TËpiphanie. Kepler croit qu'on aura pu y confondre le 8 des Kal, de janvier (25 décembre) avec le 8 des Ides de janvier (0 janvier). Le. mois de décembre était le neuvième de l'année ecclésiastique : il est ainsi désigné dans les Constitutions apostoliques (v, 13) pour le moisdela naissance de Jésus-Christ. C'est peut-être par une autre sorte de confusion, que les Égyptiens, selon la conjecture d'Hërwaert, plaçaient la naissance de Jésus-Christ dans le mois de Pachon (avril-mai) le neuvième de leur année. Voy. Ké* pler de Anno nat. Christi, c. xv, p. 156-157.

Note xxxii, p. 350.

Le P. Magnan n'adràet aucun délai dans Texécution du recensement : il veut qu'il ait été fait en Judée l'année même qu'il fut ordonné par Auguste, en 746 de R.; et La Nause (Mém, de VAcad. des Inscr., t. IX, p. 9i) s'étant permis de croire qu'on avait pu ne le commencer qu'en 748, le savant Père ne contient pas son indignation et s'écrie : « Ce La Nause donnerait des nausées à un historien. » Is enim in stomacho historico nauseam moveret (l. 1. prop. iy, cor. 1, p. 278). La Nause est moins facile à défendre contre les moqueries de son impitoyable adversaire, quand il préfère, pour le jour de la naissance de Jésus-Christ, le 25 mai au 25 décembre, à cause des bergers qui gardaient les troupeaux pendant la nuit. ( Voy. Magnan, prop, i\, cor. 8, p. 333). s

Note xxxin, p. 351.

Les différences qa'on trouve dans les Pères sur Tépoque de Tadoration des Mages^ semblent ^expression de leur manière d^entendre ce qu^on lit dans TËvangile. Saint Augustin {de Consengu Fvang. § 24, t. III, p. 1305, Paris, 1836) fixe Tarrivée des Mages au treizième jour après la naissance de Jésus-Christ, parce que cette époque rapprochée parait mieux répondre à la suite du récit ; ceux qui la reculaient de deux ans, comme ÉpLphane (c. Hœres, li, 9), prenaient plutôt en considération ce qui est dit de Tâge des enfants massacrés.

Note xxxiv, p. 359.

Les médailles prouvent que les années des Empereurs, nonseulement à Rome, mais en plusieurs endroits de TOrient et notamment à Antioche, d'où ces exemples sont tirés (et saint Luc était originaire d' Antioche), sont comptées du jour vrai de leur avénçment. Sanclemente en a cité deux de la dixième année de Néron, Tune avec le chiffre CXI, et l'autre avec le chiffre GXII, répondant aux années CXI et CXII de l'Ère Césaréenne : ce qui prouve , avant tout examen, que les deux systèmes d'années n'ont pas le même commencement- Et, en effet, l'Ère Césaréenne, établie en mémoire de la bataille de Pharsale (août 706 de R.), était reportée par les habitants d' Antioche au commencement de leur année civile, c'est-àdire à la fin d'octobre 705 : la cent onzième année commençait donc à la fin d'octobre 816 de R. ; et la cent douzième, à la fin d'octobre 817. Or, Claude étant mort le 3 des Ides d'octobre 807, la dixième année de Néron, comptée de cette époque, commencera au 3 des Ides d'octobrç 816 ; elle répondra donc aux derniers jours de Tan CXI, et à la plus grande partie de Tan CXII de l'Ère Césaréenne comptée à la manière d'Antioche(roy. Sanclem. de Vulg.œrœemend.y 11,1, p. 182-184).

Note xïXY, />. 363.

Le petit nombre de faits placés par saint Jean entre la fête des Juifs dont il parle au commencement du ch. y et la Pâque mentionnée au ch. vi, n'empêchent pas qu'une année ait pu s'écouler de Tune à l'autre : car saint Jean, qui marque les

époques avec tant de précision, ne s'attache point à en remplir les intervalles^ surtout quand les autres en ont donné le récit. — Plusieurs Pères, comme, par exemple. Clément d'Alexandrie (Strom. I, 21) et très-probablement Tertullien (adv. \Jud., 8), ne comptent qu'une année pour la mission de Jésus-Christ , donnant faussement une valeur chronologique à une citation d'Isaïe en saint Luc. Eusèbe, qui cherche la chronologie où elle est, dans saint Jean, lui assigne une durée de trois ans, et même, plus exactement, de trois ans et demi, soit dans la Démonstra-tian Evangélique où il commente le texte de Daniel sur les 70 semaines (Dem. Ev. VIII, p. 400, Paris, 1628), soit dans son Histoire ecclésiastique^ I, 10, où il la dit de près de 4 ans : 0'jy,ci3v ô cj^JL-iraç o'jS' 5Xoç TSTpasTr^ç tyjç TOuSwT^po; yjIjlôv StSaîTxa- Ata; xp^'^oÇî soit enfin dans sa Chronique où, datant de l'an xv de Tibère le commencement de la prédication, il rapporte la Passion à Fan xix du même prince (Chron, II, ad 01. 202, 2, Tib. 19, p. 370, Ed. Ang. Mai). Dans la traduction latine de saint Jérôme, on lit, l'an xvin ; mais la version arménienne est d'accord avec le texte grec duSyncelle qui lit Tan xix. La donnée * de Tertullien (c. Marc, i, 15) que Jésus-Christ s'est manifesté Tan XII de Tibère est constante, mais parfaitement isolée. L'accord des manuscrits sur ce passage n'ôte pas le droit de suspecter une faute dans l'auteur.

Note xxxvT, p. 377.

Nous avons dû réduire cette question de la dernière Pâque aux proportions que voulait sa place dans un chapitre sur toute la chronologie des Évangiles. Mais il n'en est pas qui ait été plus agitée, qui ait enrichi d'un plus grand nombre de dissertations le Trésor des antiquités sacrées de Bl. Ugolin. L'opinion la plus générale, dès le temps des Pères, est celle qui vient tout d'abord, aux premiers mots du récit de saint Matthieu : a Le premier jour des Azymes, ils préparèrent la Pâque; et le soir venu, il était à table avec ses disciples. » Mais plusieurs néanmoins furent dès lors frappés des circonstances si nettement définies que saint Jean ajoute à cette histoire; et tandis que les uns pensaient que les Juifs avaient déjà fait la Pâque, comme Jésus-Christ, au temps de la Passion, les autres dirent que Jésus-Christ, pas plus que les Juifs, ne l'avait faite encore ce jour-^là.

Cette dernière opinion fut principalement soutenue en opposition aux Quartodécimans qui voulaient célébrer la fête le 14 de la

lune^ quelque jour de la semaine quMl tombât; on les accusait de judaîser. Pien'e d'Alexandrie, dans la préface de la Chronique Pascale, soutient que « Jésus-Christ dans le cours de sa mission, avait célébré la Pâque selon la Loi ; mais que sa prédication étant accomplie, il ne mangea point l'agneau pascal, s'offrant luimême en sacrifice comme le véritable agneau, le jour de Timmolation de Tagneau qui en était la figure ; » et il prouve par les textes de saint Jean, que Jésus-Christ souffrit, le jour à la fin duquel les Juifs devaient manger la Pâque, le jour de la Préparation, quatorzième de la lune (Chron. Pasck., prœf. p. 5, dans la Collection byzantine, Ed. du Louvre). Plusieurs témoignages rapportés dans cette même préface à saint Hippolyte, à Apollinaire d'Hiérapolis, à Clément d'Alexandrie, venaient à l'appui de cette opinion. «Jésus-Christ, disait saint Hippolyte, dans le temps qu'il a souffert n'a pas mangé la Pâque selon la Loi : car il était lui-même la Pâque prédite, qui fut immolée au temps marqué {ibid. p. 6, AB). » C'était à tort, selon le fragment d'Apollinaire, que l'on disait que Jésus-Christ avait mangé la Pâque le ii et souffert le grand jour des Azymes, et que l'on voulait appuyer cetie opinion de saint Matthieu {ibid, p. 6, CD); et Clément d'Alexandrie rapportait expressément au 13 (tyj tY'),etnon au 14 comme dit la version latine, la demande des disciples à Jésus-Christ : « Où voulez-vous que nous vous préparions la Pâque (ibid, p. 7, B)?» Quelques-uns, sans se prononcer sur la question de la Pâque célébrée par Jésus-Christ, se bornaient à dire, d'après saint Jean, que Jésus-Christ avait été mis à mort la veille du jour où les Juifs devaient la faire euxmêmes : c'est ce que dit Lactance : Suspenderunt (eum) patibulo aiqueadfixerunty quum postridie pascha, id est y festum suum celebraturi essent. (Epit. ad Pentad,, c. 45) ; c'est ce que dit aussi Fauteur des questions de l'Ancien et du Nouveau Testament, attribuées autrefois à saint Augustin (Quœst, ly) : « Qvid causœ fuit ut illo tempore crucifigi se permitteret Dominus, quo octavo KaL Apr, Pascha acturi erant Judœi? » D'autres enfin admettent que Jésus-Christ a fait la Pâque là veille, et les Juifs, le lendemain : tel est Eusèbe dans son traité de la Pâque (Ang. Mai, Script, vet. nova coll. 1. 1, p. 255-257). Il croit, il est vrai, que Jésus-Christ Ta célébrée le 1 5 Nisan, selon la Loi, et que les au» très l'on faite plus tard, ayant négligé l'observation du temps légal pour arrêter le Sauveur. Saint Jean-Chrysostôme adopte la même opinion, par les mêmes motifs, dans une homélie sur

saint Matthieu (Hom, Lxxxin, al. lxxxit, § 2, t. YII, p. 793 B). Mais dans une autre^ où il conamente saint Jean^ il admet que Jésus-Christ a pu célébrer la Pâque avant les Juifs ^ et qu'il a été inumolé lui-même le jour où la Pàque était jadis célébrée : •< Que veulent dire ces mo\&:Afin de pouvoir manger la Pâque? Mais Jésus avait fait la Pâque le preinier jour des Azymes. — Ou il appelle Pâque la fête tout entière; ou les Juifs firent la Pâque alors^ tandis que lui-même l'avait faite la veille ^ réservant son propre sacrifice pour le jour de la Préparation, jour où jadis la Pâque était immolée {in Joan. Hom. lxxxiit, 3, t. VIII, p. 494 C). »

De ces passages et de tous ceux qu'on peut réunir dans ce débat ^ il résulte que le point que les Pères établissent est, non de tradition ni de foi, mais de simple interprétation : ils inclinent vers l'un ou l'autre sens, selon qu'ils ont eu plus particulièrement en vue saint Jean ou saint Matthieu. — Les modernes devant les mêmes textes se sont partagés de la même sorte; et le P. Pétau citait déjà Paul de Burgos et Alphonse Tostat comme ayant épuisé tous les arguments dans les deux camps opposés. Son opinion à lui est que Jésus-Christ a célébré la Pâque le vrai jour delà Pâque, et les Juifs, un jour trop tard, par quelque fausse indication de leurs pontifes (Doctr. temp, jii, 15et 16^ t. II, p. 242-244). Si on tenait absolument, en effet, à justifier Jésus-Christ d'avoir célébré la Pâque un jour plus tôt que les Juifs, on le pourrait par cette considération: La loi voulait que l'agneau pascal fût immolé le quatorzième jour de la lune ; niais le premier jour de la lune^ bien que le mois fût lunaire, répondait fort rarement au premier jour du mois.Lemois^ en effets quand le ciel était pur, commençait à la première apparition de la lune nouvelle^ c'est-à-dire, le plus communément, au deuxième jour de la lune. Déplus, quand il eût été possible de le commencer le premier, si le premier jour des Azymes, le grand jour de la fête devait par là tomber un lundi, un mercredi ou un vendredi (à partir de la veille au soir, selon notre manière de compter), on le retardait d*un jour, pour éviter cette coïncidence. Or, par Tune comme par l'autre de ces deux raisons, il en dut être ainsi l'année que Jésus-Christ mourut (voy. p. 371 et suiv.). On peut donc dire que Jésus-Christ a célébré la Pâque en son vrai jour, le quatorzième de la lune, et que le jour suivant, devenu par ce retard ou naturel ou de convention, le 14 Nisan, se trouva être en même temps le jour de l'immolation de l'agneau pour les

Juifs et le jour de sa mort. — Mais il n'est pas besoin de tant raffiner, et nous croyons que les Évangélistes peuvent se concilier dans les termes proposés ci-dessus.

Note xxxvn, p. 381 .

Ideler est de Topinion' qu'aucun cycle n'était en usage pour déterminer l'époque des fêtes ou le commencement des mois, dans la période du second temple. Lorsque deux hommes dignes de foi venaient dire devant le sanhédrin : « Nous avons vu la nouvelle lune; » si ce jour était le trentième du mois courant, on déclarait le mois défectueux , et l'on annonçait le mois nouveau; si, le trentième jour, rien n'était observé, ce jour restait attaché au dernier mois qu'on déclarait ^/etn; et le mois nouveau commençait, sans autre déclaration, le jour suivant. Comme, de cette manière, l'état du ciel pouvait faire que les mois de trente jours se succédassent au nombre de deux ou davantage , on avait établi pour règle que l'année n'aurait pas moins de quatre ou plus de huit mois pleins. (Ideler, Handb. der math. Chron.yi. I, p. 512-513.)

Note xxxvm, p. 381.

Pour l'année de la mort comme pour Tannée de la naissance, et par conséquent pour la durée de la vie de Jésus-Christ, nous sommes d'accord avec les savants et pieux auteurs de VArt de vérifier les dates qui adoptent l'une et l'autre sans discussion. Si ce temps excède les limites marquées par l'opinion commune à la vie du Sauveur, il est loin d'atteindre celles que lui assignait la plus ancienne tradition connue, tradition rapportée par saint Irénée, qui lui donnait plus de quarante ans {c, Hores II, XXII, 4-7). L'époque du 3 avril 33 de l'ère vulgaire compte d'ailleurs de très-anciens défenseurs : par exemple, dès le xin* siècle, Roger Bacon; au xiv*, Jean de Mûris; au xv*, Alphonse Tostat,Paul, évêque deBurgos, JeanMuUer (Regiomontanus); et aux siècles suivants, Joseph Scaliger, Gasaubon {Exerc. in Ba-rem. XVI, 1, p. 446), Seth Calvisius, Usher (Usserius), Guillaume Lange, les PP. Grandami et Riccioli , jésuites, Tillemont (Mém. pour servir à VHist. ecclés.y p. 29), Bernard Lami, de l'Oratoire , etc. Alphonse Tostat eut à se défendre contre l'inquisition pour avoir rejeté le jour traditionnel, 25 mars (Fôy. Pétau, Doctr. temp., xiv, 9, t. II, p. 233). Mais cette opinion, si respectable qu'elle soit, .puisqu'on la trouve déjà dans Terlul-

lien {Adv. Jvd. 8)^ doit céder à Tautorité des conséquences qui dérivent directement de TÉvangile ; d'autant plus qu'on ne peut pas dire si elle n'est point l'effet de quelque idée systématique^ comme celle de rapporter le jour de la Passion au même jour que l'Annonciation. — Nous sommes heureux de nous trouver aussi d'accord sur cette année avec M. de Saulcy qui l'adopte dans sa Numismatigue hébraïque, p. i46, et qui l'a justifiée dans VAtkénœum, avec tous les défenseurs de cette date, par la coïncidence du 14 Nisan et du vendredi, le 3 avril de l'an 33. Nous regrettons de ne pouvoir adopter de même son opinion que Jésus-Christ est né, non pas sous Hérode-le- Grand, comme on l'a toujours cru, mais sous Archélaus, l'an 1 avant l'ère vulgaire. Cette opinion qu'il veut appuyer du texte de saint Luc (m, 23j, est trop directement contraire à saint Matthieu (n, 44 etsuiv.j

Note XXXIX, p. 382.

Il y a un fait qui, indépendamment de toute autre raison, rend bien peu vraisemblable la détermination de la Pâque au 18 mars de l'an 29, et peut servir à prouver que quand la pleine lune arrivait à ime époque aussi hâtive, le mois sacré de Nisan était reculé d'un mois par Tintercalation en usage. Josèphe raconte que Vitellius étant venu à Jérusalem pour sacrifier à l'occasion de la Pâque (ôuœwv tw Bew, kopvr^q izxzploi) toTç 'IcuSaiotç èvecrrj- •/.•j(a;), il y demeura trois jours; et que le quatrième jour, il reçut la nouvelle de la mort de Tibère. (Ant. XVIII, v, 3). Tibère, est mort le 17 des Kal. d'avril de l'an 790 de R. (16 mars, 37 de l'È. V.). Quel jour a dû être la Pâque en cette année-là? Le calcul prouve qu'il y eut nouvelle lune le 5 mars à 8** i9m du soir au méridien de Paris, ou à 10*» 30"™ du soir au méridien de Jérusalem. Supposons que le mois ait commencé le lendemain, 6 mars, à 6^ du soir , le grand jour de la fête, 15 Nisan, aura dû tomber le 20 mars à la môme heure. Mais Tibère est mort le 17 : ce n'est ni en trois jours, ni en huit jours que la nouvelle en est arrivée d'Italie à Jérusalem. Il est donc certain qu'en raison de l'époque trop hâtive de la pleine lune, un mois intercalaire fut ajouté, et que la Pâque fut, non le 20 mars , mais le jour de la pleine lune suivante, vers le 18 avril. Si, le quinzième jour de la lune tombant au 20 mars, il y eut intercalation pour retarder d'un mois le mois

de Nisan en l'an 37, on peut croire sans témérité qu'il en fut de

même^ le 45 de la lune de mars tombant le 18^ en Tan %.

Note XL, p. 382.

Ideler (Handb. dermatth. Chron., 1. 11^ p. 422.) parait assez disposé à fixer la Passion en cette année, 29, avec tous les défenseurs des deux Géminus. Toutefois il repousse la date du 17 mars^ jour de la pleine lune, non pas précisément comme antérieure à Téquinoxe, mais comme antérieure à Tépoque où Forge mûrit en Palestine : condition nécessaire pour que l'offrande des prémices fût possible au temps marqué; et il repousse eu même temps le jour traditionnel du 25 mars, parce que jamais on n^a pu célébrer la Pâque lorsque la lune était dans son dernier quartier. Il croit que le mois de Nisan aura été rejeté à la lunaison suivante ; et comme la nouvelle lune, commençant le dimanche 3 avril, a dû avoir son quatorzième jour, selon la manière de compter des Juifs, du samedi soir au dimanche soir, il suppose qu^en cette année le mois se sera tfouvé avancé de deux jours; et , de cette façon, il ramène la Pâque au vendredi. Mais à la manière dont il a expliqué lui-même la détermination du i'^' du mois chez les Juifs, on comprend que le mois soit retardé d'un jour, la nouvelle lune n'ayant pas été observée ; on ne comprend pas qu'il soit avancé, et encore de deux jours. Cette interprétation doit donc être rejetée.

Note xu, p. 396.

Le P. Patrizzi qui regarde Tlturée comme se confondant avec la Trachonitide , soutient que Ptolémée n'a pas pu régner sur la Trachonitide, puisque Alexandre envoya Aristobule pour soutenir Damas contre lui, et que l'on ne pouvait point aller de Judée à Damas sans traverser cette contrée {De Evang, III, xui, 21). Cependant puisqu'on lui faisait la guerre, qui empêchait de passer par un territoire de sa domination ? Lbs habitants du pays sans doute, s'ils eussent été nombreux et disposés à défendre leur prince et leurs biens. Mais les habitants de la Trachonitide étaient des brigands assez peu soucieux de leur prince, et ne songeant guère qu'à prendre le bien des autres.

Note XLU, p. 397.

Jûsèphe raconte comment la Satanée , la Trachonitide et

KOTES ADDITIONNELLES. 493

i'Âuranitide passèrent en la domination d'Hérode^ et il en dit l'occasion. Zénodore (et c'est ici qu'il le donne comme ayant pris à ferme la maison de Lysanias) poussait les brigands de la Trachonitide à attaquer Damas. Les habitants s'en plaignirent à Varron^ gouverneur de Syrie ^ qui chassa les brigands de ce pays et l'enleva à Zénodore ; puis Auguste le donna à Hérode^ avec le soin de veiller à ce que les habitants de la Trachonitide cessassent d^inquiétcr leurs voisins (Ant. XY, x^ i ^ et B. Jud.y I, XX, 4). Avec la Trachonitide, Auguste dut lui donner la Batanée, située entre la Pérée et la Trachonitide, sans quoi Hérode n'aurait pas eu d'accès dans ce pays confié à sa garde. Zénodore mécontent, alla se plaindre à Rome, accusant Hérode, mais sans résultat. 11 suscita ensuite contre lui les plaintes des Gadaréniens^ quand Agrippa, le ministre d'Auguste, fut envoyé en Orient pour y régler toutes choses ; mais elles n'eurent pas plus de succès : Agrippa renvoya les accusateurs enchaînés à Hérode. Alors Zénodore , désespérant de ses affaires, vendit aux Arabes, moyennant cinquante talents, l'Auranitide (le pays de Chavran), c'est-à-dire la plaine voisine de la Trachonitide, et dont la Trachonitide elle-même n'est qu'une dépendance. Les Arabes, substitués à Zénodore dans la première partie de cette région, prétendirent aussi à l'autre; et c'étaient pour Hérode des compétiteurs plus dangereux. Mais Auguste, venant en Orient, donna au prince juif des pouvoirs encore plus étendus, et, par surcroit, le reste des Etats de Zénodore, qui était mort sur ces entrefaites : c'était tout le pays compris entre la Trachonitide et la Galilée, Ulatha, Panéas et le territoire voisin. {Ant, Ibid, 2 et 3, et B. Jud. Ibid,)

Note XLiii, p. 404.

Ritter 'conjecture que le district de Césarée de Philippe (Panéas) fut, après la mort du tétrarque, lié à l'Abilène et rattaché à la tétrarchie de Lysanias. Comme Jésus-Christ a prêché dans le territoire de Césarée de Philippe (Matth. xvt, 13; Marc, viii, 27) , et qu'Abila était la métropole de la tétrarchie ainsi agrandie , cette raison aura déterminé saint Luc à comprendre l'Abilène dans le tableau qu'il semble vouloir tracer des contrées où s'est étendue la prédication de Jésus- Christ (t. XVH , p. 1281).

494 K0TE3 ADDITIONKELLES.

Note XLiv, p. 407.

Saint Jérôme recommande de ne point se laisser arrêter par des difficultés de cette sorte. Il veut qu'on fasse la part des erreurs de copiste^ et donne comme exemple le texte de saint Marc {\,^), citant Isaïe au lieu de Malachie^ et ailleurs (ii, 36) Abiathar au lieu d'Achimélech (Ep. xxxiu^ ad Pammach. de Opt. génère interpret. t. IV, P. ii, p. 233etsuiv.)* On peut quelquefois rendre compte de ces difficultés: Michaëlis Ta fait pour le second passage; et pour le premier, saint Jérôme lui-même, répondant à Porphyre, a montré que la citation, commençant par Halachie (m, \ ), se continue par Isaïe (xl, 3) : il était donc permis de le nommer. Néanmoins il y voit une erreur de copiste : Nos autem nomen Isaiœputamusadditum scriptw^is vitio {in Matth. t. IV, p. 10), et par là il tranche la question, jugeant sans doute que ces sortes de disputes engendrent un esprit de subtilité dont il veut préserver le lecteur des livres saints.

Note XLY, p. 417.

Hug (II, 74, n« 1) pense que Jéchoniasou Joachin (IV Reg. XXIV, 6 et I Parai, m, IÇ ) fut, non le père naturel, mais le père légal de Salathiel. Il se fondé sur ce que le prince n'avait pas d'enfant quand il fut emmené en captivité (IV Reg, xxiv, 15), et qu'il ne fut tiré de prison que par Evilmérodach ( IV Reg. 25, 27 ), trente-sept ans plus tard, c'est-à-dire à l'âge d'environ cinquante-cinq ans ; il allègue en outre ce passage de Jérémie (xx, 30) : Scribe virum istum sterilemy vinan qui in diebussuis non prosperabitur : nec enim erit de semine ejus vir quisedeat super solium David et potestatem habeat ultra in Juda. Hug se tire de la difficulté que lui oppose le texte des Paralipomènes, par celte hypothèse, qu'Asir, le premier des huit fils donnés à Jéchonias, est celui qui lui fut suscité par le lévirat , et que cet Asir devint père à son tour de ceux qui , dans le texte des Paralipomènes ( v. 17 et 18), semblent être ses frères, étant rapportés avec lui, sans distinction, à Jéchonias, leur auteur commun. On ne peut point lui objecter sans doute qu'Asir n'est point nommé par saint Matthieu. Nous avons trouvé dans cette liste d'autres intermédiaires supprimés. Mais les rai-

sons données à Tappui du système^ dans son ensemble^ ne sont pas décisives; et dans le texte de Jérémie^ le seul qui semble Tétre^ la fin de la prophétie paraît en réduire la portée^ en déclarant qu'aucun fils de Jéchonias ne montera sur le trône de David. Hug touche à une autre difficulté qui peut naître du rapprochement de saint Matthieu et de la suite du même passage des Paralipomènes. Âbiud^ que saint Matthieu nomme comme fils de Zorobabel^ ne figure point parmi les fils de Zorobabel dans ce dernier livre (I, m, 19). Hug y voit une appellation générale dérivée de Abouy père, et croit qu'elle peut s'appliquer à Tun des fils nommés par les Paralipomènes, Mosollamou Hananias.

Voici sous forme de tableau le résumé du système de concordance que nous avons adopté :

DAvm.

Salomon.

Nathan.

Jéchonias.

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