‹ De la croyance due à l'EvangileChapitre 9 sur 66 · CH. I. — TÉMOIGMAGES DES PREMIERS SIÈCLES · texte numérisé non relu

CH. I. — TÉMOIGMAGES DES PREMIERS SIÈCLES

de deviner quelle sorte de mutilation il lui avait fait subir. Comme il niait que le Christ eût un corps, il devait nier sa nativité * ; c'est pourquoi il rejetait les deux premiers chapitres de saint Luc et tout ce qui se rapportait à F enfance de Jésus-Christ^. Comme il rompait tout lien entre les deux alliances, et prétendait que le Dieu de l'Ancien Testament n'avait rien de commun avec celui du Nouveau, il devait retrancher tous les passages où le Dieu-Créateur, le Dieu de l'Ancien Testament est appelé par Jésus-Christ : « Mon Père; » il devait retrancher ceux où Jésus-Christ nous est montré accomplissant les prophéties de l'ancienne Loi '. Mais pourtant il ne pouvait supprimer tous les «ndroits contraires à son système, sans supprimer l'Évangile même dont il sentait le besoin de s'appuyer. Tertullien s'étonne parfois de ce qu'il laisse : « J'admire, s'écrie-t-iji, que cet esprit d'adultère se soit abstenu là : c'est que les voleurs ont peur aussi * . » Mais c'est aussi quelquefois une ruse des voleurs pour dépister les investigations; et Tertullien, en y regardant déplus près, découvre et signale cette tactique : « Marcion, dit-il, me paraît s'être à dessein abstenu d'effacer de son Évangile quelques passages qui lui sont contraires, afin que ces endroits qu'il n'a point effacés, quand il le pouvait, fassent nier qu'il ait effacé les

' TertuU. de Carne Christi^ i.

^ His opinor consitiis tôt originaUa instrumenta Christi, Marcion, delere ausus es, ne caro ejus probaretur. {IbitL 2.)

^ Et super baec id quod est secundum Lucam Evangelium circum- 'Cidens, et omnia quae sunt de generatione Domini conscripta auferens, et de doctrina sermonum Domini multa auferens, in quibus manifestissime condiiorem higus uniTersitatis suum Patrem confitens Dominus con* «cripttts est (Iren. c. Hœres, i, 27, S 2; cf, TertuU, c. Marc, iv, 4 et 6).

* Ibid. 17.

autres ou dire qu'il Ta fait justement. Mais il n'a épargné que ceux qu'il peut détruire aussi bien en les interprétant d'une autre sorte, qu'en les supprimant. » Et il en donne des exemples * . Toutefois, si habile qu'ait été Mareion, il ne pouvait pas faire que ces interprétations contre nature et ces ménagements forcés ne donnassent prise contre lui. C'est ce que TertuUien montre aux sectateurs de l'hérésiarque en le réfutant : et il fournit, dans sa démonstration , la preuve directe, que l'Évangile de Marcion était bien l'Évangile de saint Luc.

Il le prouve et par les endroits d'où Marcion argumentait, et par ceux qu'il prend lui-même à son Évangile pour confondre son système.

Pour nier la naissance de Jésus -Christ comme homme, Marcion, au rapport de TertuUien, alléguait ce passage : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ^ ? » Pour hier l'autorité de l'ancienne Loi, il alléguait les paroles et les actes par lesquels Jésus- Christ (en saint Luc, vi, i-4 et 9) attaquait la manière étroite dont les Pharisiens entendaient le Sabbat, et la faveur qu'il témoignait aux Publicains (Luc, v, 27 et suiv.) : gens dans lesquels l'hérétique affectait de voir non des pécheurs appelés à la pénitence, mais des ennemis de l'ancienne Loi encouragés'. Il rappelait le sentiment que Jésus manifestait à l'égard des enfants, et cette parole que « celui qui veut être grand

* Ibid. 43; cf. de Came Christi, 3.

' Ipse, inquiunt, ooDtestatur se non natum esse dicendo : Quae mihi, mater et qui mihi fratres? {p. Marc, iv, 19.) C'est en saint Matthieu (xii,48) que le passage se trouve sous cette forme. Saint Luc (viii, 21) supprime lînterrogation : Mater mea et fratres mei hi sunt qui verbum Dei audiunt et fadunt.

^3 c.iTarc. IV, 11 et 12.

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