Kant, dit. de la R. />., t. II, p
2. Evidemment, il ne faut voir ici qu'un proce'clc, qui se justifie par l'clal acUiel des esprits.
cipaux arguments de la tradition, afin de savoir les résultats que chacun d'eux nous peut fournir ; puis, ces résultats partiels une fois obtenus, nous essaierons, par une étude plus profonde, d'en dégager une notion unique, qui sera celle de Dieu'
Que les objets se situent en nous ou bien en dehors de nous, que l'on y voie des phénoaiènes ou des noumèn.es, il existe quelque chose ; et, par suite, il existe nécessairement un être qui « est avant tous les temps ». Car de supposer qu'antérieurement à tel objet, il yen avait un autre, puis encore un autre, ainsi de suite indéfiniment, c'est reculer le problème, au lieu de le résoudre; c'est dire la même chose et partant ne rien expliquer du tout. Qu'on se tourne comme on l'entendra, il faut que la réalité, même prise à l'état brut, trouve quelque part sa raison suffisante; et cette raison n'ap-
I. Cependant on ne traitera pas ici des preuves morales, qui sont exposées dans notre Destinée de l'Itomme (Alcan, Paris, 1898;.
paraît que s'il existe un être qui n'a pas commencé ' .
Affirmer d'une chose qu'elle n'a point commencé, c'est dire qu'elle ne provient pas d'une cause qui lui soit étrangère ; c'est dire du même coup qu'elle porte en son essence la raison de son existence, et donc qu'elle ne peut jamais la perdre. Il faut que l'être qui n'a pas de commencement n'admette par là même aucune fin.
Le premier principe, celui « auquel sont suspendus le ciel et la nature », est éternel du côré de l'avant, éternel du côté de l'après : il l'est au sens plein du mot.
De plus, comme il possède ce privilège en vertu d'une exigence essentielle de sa nature, il ne peut pas plus en être privé qu'un cercle de ses corollaires; il ne peut pas ne point exister : il est nécessaire.
Eu quoi consiste cette nécessité ? La chose n'est pas facile à comprendre ; et Rant est peut
I. L'unique moyen d'énerver ceUe conclusion, c'est de supposer, avec Kant. que nous ignorons si notre pensée s accorde avec les choses (V. Cril. H. P., t. II, Jnfi„ ■ ,„ais il est de,a prouve que cette hypothèse n'a pas de fondement et que les exigences de notre raison, quand elle part du <lonne, sont aussi celles du donné.
être le premier qui l'ait vu. Nous concevons la nécessité conditionnelle, celle qui découle de la position d'un sujet. Du moment, par exemple, qu'un triangle rectiligne est donné, nous concevons que la somme de ses angles ne peut pas ne pas être égale ù deux droits. Il en va différemment de la nécessité qu'on prête à un sujet, quel qu'il soit ; il en va différemment de la nécessité absolue ou d'existence ' . Mais ce mystère, si profond qu'il puisse être, ne nous autorise pas à revenir en arrière ; il est légitime d'y croire, dès l'instant qu'il se rattache aux conditions du réel. Si l'on se mettait d'ailleurs à chercher en quoi consiste au juste la nécessité conditionnelle, on verrait sans doute que, bien que claire en elle-même, elle contient pourtant un fond de pénombre, puis de ténèbres. Ne point nier l'inaccessible, c'est plus que le commencement de la sagesse; c'en est l'essence.
Puisque l'être premier existe, et si bien que sans lui rien ne saurait exister, il doit s'élever au-dessus du pur logique et contenir au moins un commencement d'acte : il doit au moins réa-