‹ De la croyance en DieuChapitre 13 sur 74 · Jbid · texte numérisé non relu

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et de fins. Chacun de nos sens est approprié à sa fonction ; ces fonctions elles-mêmes forment un admirable ensemble qui assure la conservation de l'individu; et Tindividu, à son tour, est pourvu des organes et de l'instinct voulus pour la propagation de l'espèce. La vie s'accorde avec elle-même ; et, lorsqu'on y regarde de plus près, on voit aussi qu'elle s'accorde avec son milieu : le ciel et la terre sont disposés de manière à ce qu'elle puisse éclore, se développer et se maintenir.

D'où vient cet ordre si imposant par la perfection de ses détails et par son immensité? Ou ne peut l'atlribuer au hasard. Ce n'est pas d'eux-mêmes que les éléments se sont distingués de la masse informe dont ils faisaient partie; ce n'est pas d'eux-mêmes qu'ils ont pris et la figure et les proportions demandées par l'ensemble où ils devaient entrer; ce n'est pas non plus de leur propre mouvement qu'ils sont venus occuper la place qui convenait le mieux soit à leur tout, soit au reste de l'univers. Autant vaudrait dire que les statues de Polyclète et les toiles de Zeuxis se sont faites toutes seules; la chose serait même plus compréhensible, vu le nombre incalculable d'éléments que com-

prend la totalité de la nature. Il faut donc qu'il existe une intelligence souveraine qui du chaos primitif ait tiré l'ordre, qui ait fait de la matière indéfinie le « cosmos » que nous admirons : il faut qu'il existe un « démiurge' ».

Ainsi raisonnait le fils du sculpteur d'Alopèce; et grande a été la fortune de son argument. Platon l'emploie à sa manière, dans le dixième livre des Lois. Aristote en garde la pensée fondamentale, qu'il assouplit aux exigences de son système. On le retrouve chez les Stoïciens et chez Çicéron". Saint Thomas d'Aquin en reproduit la charpente dans sa Somme contre les gentils ^ et sa Somme théologique *. Sans cesse utilisé par les apologistes chrétiens, il reparaît avec un nouvel éclat au xvii® siècle, sous la plume de Gassendi ', de Bossuet et de

I. Arist., Elh. Mag., A, i, iiSS", lo; Xenoph., Mem., I, IV- cf. notre Socratc{ Collection des Gr. Pliil.), p. 194-

a. Cic, De Nat. Deor., II, V et sq. ; 11, xxiii.

3. T. I, 27, Nomausi, i853 : impos.sihile est aliqua conti'.uia et dissonantia in iinum ordinem concoidare semper \v\ pluiies, nisi alicnjiis gubernatione, ex qua omnibus et .singulis tribuitur, ut ad certum finem tendant; sed in mundo videmus res diver-saruin naturarum in unnm ordinem conoordare, non ut raro et a casu, sed ut semper vel in majori parte. Opoitet ergo esse ali(juid, cujus providentia mundus gubernetur; et hoc dicinius Deum.

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