‹ De la croyance en DieuChapitre 16 sur 74 · Ibid.y p. 5o6a, 7 \ p. 6o5'', 35o · texte numérisé non relu

Ibid.y p. 5o6a, 7 \ p. 6o5'', 35o

n'est plus sur les caractères de l'ordre ([ue l'on discute, mais bien sur son rapport à la cause qui le produit.

Que constatons-nous dans la nature? Ce ne sont ni des fins, ni des moyens. Nous n'y trouvons, en somme, que des convergences brutes d'éléments divers vers un même terme. Soit, par exemple, l'œil d'un animal, cet organe merveilleux dont lesspiritualistesont tant parlé. Qu'y voyons-nous ? Un arrangement de parties extrêmement délicates et multiples à l'infini ; rien de plus. La pensée du Démiurge ne s'y révèle pas : elle échappe aux prises de notre observation; nous ne faisons que l'induire.

Or sur quoi se fonde une pareille induction ? Sur une sim[)le assimilation entre les lois de notre activité consciente et les procédés de la jiature. Mais qui nous dira si la nature n'a pas d'autre moyen de produire l'ordre que la pen.sée, telle que nous la trouvons en nous ? Pourquoi sa manière d'opérer serait-elle nécessairement semblable à la nôtre ? Pouvons-nous donc nous flatter de connaître toutes les catégories de l'être, nous qui ne voyons le monde que du dehors et d'une façon si fragmentaire? Pouvons-nous assurer, du haut de notre petite

science, qu'il n'y a pas, dans le fond des choses, un principe d'harmonie absolument différent de tout ce que nous observons, et même de tout ce que nous sommes capables de concevoir ' ?

C'est gratuitement que l'on infère de l'ordre cosmique l'existence d'un « démiurge ». On peut ajouter qu'une telle inférence ne saurait être vraie de tous points : la majeure de l'argument téléologique n'est pas une proposition imiverselle.

Plaçons-nous dans l'hypothèse la plus favorable aux partisans de la finalité consciente. Admettons qu'il y ait un Démiurge et qu'en lui

I. E. K.\NT, Kritik (1er Urtheilskraf't^ p. 244-24^, *'tl' lienno Erdmann, Hainl)nrg und Leipzig, 1884. — P- Janet a senti lui-même la force de cette critifpie. « La doctrine du voû;, dit-il dans ses Causes finales, n'a donc d"autre sens pour nous que celui-ci : cest que l'intelligence est la cause la plus élevée et la plus approchante (pie Hous puissions concevoir d'un monde ordonné... que si maintenant Ton soutient, comme les Alexandrins, que la vraie cause est encore au delà, à savoir au delà de l'intelligence^ au delà de la volonté, au delà de l'amour, on peut être dans le vrai; et même nous ne risquons rien à accorder que cela est certain; car les mots des langues liumaines sont tous intérieurs à l'essence de l'al)Solu. Mais puisque cette raison suprême et finale est absolument en dehors de nos prises, il est inutile d'en parler; et nous n'avons à nous occuper que du mode de représentation le plus élevé que nous puissions atteindn-. i (P. 536-537).

1-éside l'idéal de l'ordre naturel. Comment ce démiurge le possècle-t-il ? Il faut bien que du premier coup il le contienne tout entier en vertu même de son essence; ou que, s'il le construit d'une certaine manière, il ait à cette fin des principes directeurs qui lui sont essentiels : autrement, on ne s'expliquerait pas qu'il y eût jamais pensé. Dans les deux cas, il existe un ordre que personne n'a fait, qui est éternel et nécessaire. Mais alors, pourquoi n'en irait-il j)as ainsi de toute espèce d'ordre? Pourquoi la nature serait-elle autre chose que la manifestation immanente d'une harmonie primitive et indestructible?

C'est là l'hypothèse qu'a faite Hegel; et voici, du moins à notre sens, comment il s'est efforcé de l'étabhr. Nous ne prenons d'ailleurs de sa vaste t Jiéorie que ce qui touche à notre sujet .

Par le fait même qu'une chose existe, c'est qu'elle a toujours été apte à l'existence et le sera toujours. Chaque réalité, si éphémère qu'elle soit, enveloppe un possible que rien ne saurait abolir, qui est nécessaire et par là même éternel '.

I. J.-H. Stirung, dans son livre intitulé Tlic secret of Hegel (Edinburgh, Oliver, I898), est peut-être celui qui a

De plus, ces possibles ', qui se caclient sous le flux des phénomènes, ne sont point totalement séparés les uns des autres, comme le seraient des étoiles jetées dans le vide absolu; ils vont tous se réunir en un seul principe qui est Vidée d'être et dont ils forment le rayonnement intemporel. Ainsi, le vulgaire se trompe du tout au tout sur la notion qu'il faut avoir de la substance : il la place dans le concret; et c'est le logique lui-même ", A cet égard, Platon était déjà sur le chemin de la vérité; il l'eût conquise pleinement, s'il avait fait descendre ses idées de leur ciel dans la nature, pour qu'elles y devinssent la forme du sensible.

D'autre part, le possible n'est pas inerte;

le miaux mis en lumière le point de de'part de Hegel. Voici comment il l'explique : « As Arislotle — witli considérable assistance ot" Plato — made explicit ihe abs tract universal thnt vas implicil in Socrates, so Hegel — willi less considérable assistance from Fichte andSchelling — made explicit the concret universal that was iinplicit in Kant » (pref. to new e'd., XXII); The principle « is a pure concret Reason, pure because abstract, in the sensé that abstraction is made from ail things of sensé, but concret, in the sens that we hâve hère a mutually co-arliculated, a completed, an organic, a living whole » (p. 92); cf. p. 96 : The Reason is « an inteilecUial concret ».

1. Ces possibles sont ce que Hegel appelle des idées ou essences, (ics idées, ou essences, et la pense'e ne font d'ailleurs qu'une seule et même chose.

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