P. lOi-ioi, Alcan, Paris
obscure de cette diversité : dès lors à cjuoi sertil et pourquoi, si nous devons admettre une telle conscience, ne pas la placer dans l'organisme lui-même * ? »
La solution moniste est la plus simple ; elle est aussi la seule qui corresponde véritablement au concept de cause finale. « Nous ne pouvons nous représenter que de trois manières le rapport qui s'établit, dans un système de phénomènes, entre la fin et les moyens : ou, en effet, la fin exerce sur les movens une action extérieure et mécanique : ou cette action est exercée, non par la fin elle-même, mais par une cause qui la connaît et qui désire la réaliser : ou enfin les movens se rans^ent d'eux-mêmes dans Tordre convenable pour réaliser la fin. La première hypothèse est absurde, puisque l'existence de la fin est postérieure dans le temps à celle des moyens ; la seconde est inutile et se confond avec la troisième : car la cause à laquelle on a recours n'est qu'un moven, qui ne diffère pas essentiellement des autres et auquel on accorde, par une préférence arbitraire, la spontanéité qu'on leur refuse. Cette cause, dit-on, connaît
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la fin qu'elle realise : mais ce n'est pas parce qu'elle la connaît qu'elle la réalise : l'objet de sa connaissance ne peut devenir le terme de son action que si elle se le représente comme un bien, et elle ne peut se le représenter comme un bien que si cet objet sollicite son activité par lui-même et par un attrait indépendant de toute connaissance ' . »
La nature se ramène donc à un système de fins qui déterminent leurs propres moyens et se réalisent d'elles-mêmes ; au regard de la pliilosopbie, Dieu est une hypothèse superflue. Non point que cette science soit complètement étrangère à la religion : « en subordonnant le mécanisme à la finalité, elle nous prépare à subordonner la finalité elle-même à un principe supérieur «. Mais ce principe ne lui est pas nécessaire et ne peut être qu'un objet de foi -, a II reste toujours à savoir, répliquait P. Janet, comment la tendance à l'action peut prédéterminer l'action. Elle ne peut faire autre chose que de pousser à l'action d'une manière
1. P. 102. Le même auteur, s'adressant à P. Jaiiet, formulait ainsi le fond de sa pensée : « Un êlre se porte à l'action en tant que doue de tendance el non en tant que doue d'intelligence » {^Lcs causes finales, p. '6^~, note).
indéterminée, et ce ne peut être que par une concomitance incompréhensible qu'elle rencontre l'effet voulu. Or c'est cette concomitance qu'il s'agit d'expliquer et que l'intelligence explique ' . »
La remarque est pénétrante ; mais la difficulté demeure : il s'agit toujours de discerner si la tendance ne porte pas en elle-même, et essentiellement, la loi directrice de son action. Il v a une nature. Les êtres qui la composent, tels que les cristaux, les plantes et les animaux, contiennent à l'état immanent le principe de leur formation et de leur maintien. Pourquoi cet architecte intérieur, que nous appelons du nom de caime seconde^ ne serait- il pas un aspect de la cause première elle-même? Là réside le point vif; et c'est en même temps un point d'interrogation.
Ainsi se présente le travail qui s'est fait, au cours des siècles, touchant les causes finales; et ce travail n'a pas été vain : le problème, comme on a pu le voir, est allé se posant d'une manière de plus en plus profonde et plus précise.