‹ De la croyance en DieuChapitre 20 sur 74 · I. Les causes finales^ livr. I · texte numérisé non relu

I. Les causes finales^ livr. I

toujours de prouver que l'harmonie cosmique ne tient pas à l'essence même des clioses, qu'elle pourrait ne pas être ou être autrement, qu'elle enferme de la continîrence : c'est la thèse de fond qu'il faut d'abord établir. Et la description de la régularité de l'ordre n'y suffit pas, si loin qu'on la puisse porter. Elle tendrait plutôt à montrer le contraire, vu que rien ne ressemble à la nécessité comme la régularité.

Faut-il donc s'en tenir à la solution qui domine encore de nos jours? Faut-il admettre, avec Hegel et ses disciples conscients ou inconscients, que le possible est la substance du monde, qu'il enveloppe une tendance essentielle à exister, que cette tendance est d'autant plus forte qu'il a plus d'être, et que de là résulte cette série complexe d'individualités plus ou moins éphémères qui s'appelle la nature? L'univers ne serait-il qu'un système de fins qui se réalisent par elles-mêmes, en dehors de toute intervention d'une volonté libre?

Si profonde et si séduisante que soit cette théorie, elle ne répond pas non plus aux données de la question.

Affirmer que le possible se réalise par luimême, c'est dire à nouveau que le mouve-

ment est éternel, c'est dire que la série régressive des phénomènes est infinie ; et l'on a déjà constaté que cette conclusion ne supporte pas l'épreuve de la critique.

11 convient aussi de préciser le rapport qu'on institue entre le possible et le réel; et là se trouve un abîme infranchissable. On ne passe pas du logique au concret par le logique.

Ou bien le possible existe déjà de quelque manière ; et alors, la tendance à exister arrive trop tard pour produire' son effet. Ou bien le possible n'existe pas du tout; et alors il ne possède aucune tendance d'aucune sorte.

On parle, il est vrai, d'une « existence idéale w du possible, d'où découlerait l'existence actuelle. La première serait éternelle, et la seconde plus ou moins caduque et passagère. Mais cette distinction est assez contraire au langage habituel pour qu'on ne l'accepte pas sans examen ; il faut définir le sens qu'elle recèle.

Qu'est-ce qu'une existence idéale? celle d'un abstrait, celle d'un concept. Or tout concept suppose un objet en acte, plus un acte suigeneris par lequel l'intelligence se délimite dans cet objet tel aspect à l'exclusion de tel autre.

Soit, par exemple, le concept de triangle. Il ne peut être qu'à deux conditions : il faut qu'un triangle soit donné, il faut aussi que la pensée y fasse abstraction de la matière qui le compose, de ses dimensions et de sa forme spéciale, pour ne plus l'envisager qu'en tant qu'il est l'intersection de trois lignes. Le concept est un point de vue d'une pensée concrète dans le concret : il ne se produit et ne se maintient que par et pour un moi qui le découvre. Et, par suite, le possible, loin de fonder l'existence actuelle, s'y fonde lui-même et comme par les deux bouts. « L'intelligible pur », qu'il soit une idée, une pensée, ou l'un et l'autre à la fois, ne peut être du « concret » ; ce n'est qu'une « abstraction » .

Je sais bien que, si Hegel commence par les concepts les moins déterminés pour en venir par degrés à ceux qui le sont totalement, ce n'est là qu'un procédé d'exposition; je n ignore pas que, à ses yeux, l'idée d'être et les autres idées qui la modulent, sont éternellement données et que c'est de ce monde intelligible déjà tout constitué que découle la nature * .

I, V. sur ce point, HECEr,, La philosopinc de la nature,

Mais, encore une fois, que faut-il entendre par ces idées? sont-elles de simples abstraits? alors, il n'en sortira jamais rien, pas même la plus petite tendance à se « poser ». Existentelles, au contraire, et d'emblée? alors, on conçoit qu'elles aient une certaine énergie, ou, si l'on veut, des tendances; mais ces tendances, leur étant logiquement postérieures, n'en sauraient être la cause ' .

De quelque manière que l'on s'y prenne, le possible ne saurait être à la racine du réel et comme sa cause ; il y faut placer un acte nécessaire. La cliose, sans doute, n'est pas facile à saisir; mais elle s'impose à la raison. C'est ce qu'Aristote a fortement compris; et Kant s'en est également rendu compte. » Nous devons, dit-il, admettre l'absolument nécessaire /lOf's du monde puisqu'il doit uniquement servir de principe à la plus grande unité possible des pbénomènes, comme leur raison suprême, et que nous ne pouvons jamais y par-

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