‹ De la croyance en DieuChapitre 24 sur 74 · V. notre Intellect actif, p · texte numérisé non relu

V. notre Intellect actif, p

2. « Quand nous nous représentons une droite, dit M. Poincare';, nous la voyons sous la forme d'une bande rectiligne d'une certaine largeur. ^Sous savons bien que ces lignes n'ont pas d'épaisseur; nous nous ettorrons de les imaginer de plus en plus minces et de nous rapprocher ainsi de la limite; nous y parvenons dans une certaine mesure, mais nous n'atteindrons jamais cette limite » [La valeur de la science, ji. in). — Sans doute, si l'on parle de l'intuition sensible; mais il n'en est pas de même du concept. Le concept atteint la limite d'ini coup : c'est cette remarcjue de l'esprit sur « la bande étroite >> en vertu de la(|uelle il la considère, non plus comme plus ou moins

Dans ces concepts, Dieu voit leur aptitude à se réaliser indéfiniment et leur capacité de s'accroître et de diminuer sans arrêt. Sur la ligne de cette capacité, il discerne tout un ensemble de systèmes qui sont physiquement réalisables; et c'est là, c'est dans cette zone qu'il élit le monde à créer. Il en a donc le plan tout idéal, à la manière d'un architecte. Et, par là même, il saisit dans leurs causes les évolutions par lesquelles ce monde doit passer au cours des siècles (g).

De là un progrès de plus dans la thèse que nous soutenons ici. Dieu connaît par nature toutes les lois ou conditions logiques d'après lesquelles les individus peuvent être produits ; Dieu perçoit éternellement, et du fait qu'il est, toutes les essences, et, dans ces essences, toutes les existences : son savoir est adéquat à l'être.

On peut préciser, semble-t-il, la connaissance que Dieu prend des individus.

S'il ne les saisit que dans leur cause essen-

«•paisse, mais simplement en tant qu'ayant de la longueur. L'esprit, par ;on activité, divise logiquement ce qui est physiquement indivisible. Là réside son originalité et le secret de sa puissance.

tielle, sa pensée est encore close en elle-même : il demeure séparé de nous, sinon par sa substance, du moins par son intelligence; et ce reste d'Aristotélismc a quelque chose de singulier. Il doit Y avoir pour l'être suprême une autre manière, plus directe et plus intime^ de percevoir son œuvre; et l'on me pardonnera, je l'espère, de risquer une hypothèse à ce sujet. Si la pensée de Dieu, en tant qu'il connaît les possibles, est enfermée dans son essence, elle ne l'est peut-être pas en tant qu'il crée. Pourquoi n'y aurait-il pas, dans l'intelligence souveraine, une sorte de perception transitive des choses ' ? C'est par sa liberté que Dieu produit le monde; cette liberté envahit les objets et les compénètre à mesure qu'ils naissent et se développent. Mais cette espèce d'activité n'est pas brute; c'est une force consciente : elle enferme une pensée qui la dirige, l'emplit, s'épanouit sur ses frontières et subit avec elle les mêmes contacts. La pensée de Dieu, en tant qu'elle est immanente à sa liberté, entre donc en une sorte de synergie avec la créature et suit d'un

X. Si d'ailleurs celte liypollièse déplaît, on peut la retrancher; le fond de noire argumentation n'en demeure pas moins.

bout à l'autie sa mobile existence. Dieu nous enveloppe non seulement de sa puissance, niais encore de sa science infaillible , plus présent à nous que nous ne le sommes à nous-mêmes : L'esprit circule dans le monde comme une flamme inextinguible, et pénètre toutes cboses jusqu'aux plus infimes détails.

Nous retrouvons ainsi l'idée de Socrate, celle de Platon et de saint Augustin; nous retrouvons également l'idée du Psalmiste, si fortement exprimée :

« Où aller pour me dérober à ton esprit? On fuir pour échapper a ton regard?

Si je monte aux cieux, tu y es; Si je me couche dans le séjour des morts, te voilà! Si je prends les ailes de l'aurore, Et que j'aille habiter aux confins de la mer, Là encore fa main me conduira Kt ta droite me saisira.

Et je dis : au moins les ténèhres me couvriront. Et la nuit sera la seule lumière qui mentoure : Les ténèbres n'ont pas pour toi d'obscurité; Pour toi la nuit brille comme le jour, Et les ténèbres comme la lumière ^ . ■»

I. Ps, iSg, 7-12, traduit par lAbbè A. Crampon. Descle'e, Paris,. 1904.

Page 1