I . FÉNELON, loC. cit., p
au début de ce paragraphe; et quelques mots suffisent à la résoudre, vu les considérations qui ont été faites plus haut. On a déjà remarqué, en effet, que Dieu, étant l'acte plein de ce qu'il a d'actualisable, ne peut être qu'un esprit transcendant; et cette conclusion demeure. De plus, la manière dont Dieu crée, loin de l'affaiblir, la confirme de son côté. Dieu ne donne pas seulement aux êtres certaines déterminations accidentelles, comme le font les causes secondes ; il en produit la forme et le fond. Et, en les produisant, il n'y met rien de sa substance, vu que le propre de toute cause est de produire, non de se débonder dans son effet. Rien ne passe du Créateur à la créature, dans l'acte de la création ; il n'y a pas de continuité entre Dieu et son œuvre extérieure. Et, par suite, elle lui demeure essentiellement unie; mais il en est radicalement distinct.
Dieu ne peut rien acquérir; bien plus, comme il ramasse en sa pensée la plénitude de l'être dans l'harmonie, il n'éprouve aucun besoin d'ajouter à ses perfections. « Je suis celui qui
suis (Ex., III, i4). C'est assez que je sois; tout le reste m'est inutile. Oui, Seigneur, tout le reste vous est inutile, et ne peut faire aucune partie de votre grandeur : Vous n'êtes pas plus grand avec tout le monde, avec mille millions de mondes que vous ne l'êtes seul ' , » Dieu crée donc par amour, non par besoin. Et cet amour n'a rien de pathologique, vu que Dieu est un esprit pur. Il découle tout entier de la raison : c'est la conscience de l'idée du meilleur, rien de plus '.
C'est aussi d'après l'idée du meilleur que Dieu gouverne le monde. Sa providence s'étend de l'ensemble jusqu'aux plus infimes détails, sans cesser jamais de subordonner la partie à l'intérêt du tout. « Toi-même, chétif mortel, si petit que tu sois, tu entres pour quelque chose dans l'ordre général, et tu t'y rapportes sans relâche. j\Iais tu ne vois pas que toute génération se fait en vue du tout, afin qu'il vive d'une vie heureuse ; que le monde n'existe pas pour toi, mais que tu existes toi-même pour le monde... Et, si tu murmures, c'est