‹ De la croyance en DieuChapitre 29 sur 74 · I. Pr.vT., Lois, IV · texte numérisé non relu

I. Pr.vT., Lois, IV

Dieu sait tout; il est libre et d'une liberté si purement rationnelle qu'elle ne s'écarte jamais de la voie du bien; il possède, au service de son savoir exbaustif et de sa volonté souverainement sainte, une puissance d'action qui n'a d'autre limite que le contradictoire. C'est donc la pleine et indéfectible réalisation de ce que nous appelons en notre langue bumaine la personnalité.

Mais il serait exagéré de croire que cette notion est adéquate à son objet. Les éléments ([u'elle enveloppe sont conformes au réel, sans doute; ils ne constituent cependant qu'une sorte de scbème : il leur manque cette exactitude et cette ricbesse que l'intuition est seule à même de donner, aussi bien en métapliysique que dans les sciences. On ne peut dire d'ailleurs qu'ils expriment Dieu tout entier; ils n'en révèlent qu'un aspect, celui par lequel nous pouvons l'apercevoir : et ce n'est là qu'un coin de sa toge, suivant l'image biblique. Dieu, dans ses profondeurs, demeure l'être insondable, la lumière

inaccessible, comme l'ont fortement senti les Alexandrins, Plotin surtout, comme l'a bien compris Spinoza lui-même. Que signifie en effet ce nombre infini d'attributs infinis qu'il prête à la divinité et dont deux seulement nous sont connus? sinon l'irrévocable incompréliensibilité de Celui qui est. Et c'est là que l'agnosticisme reprend tous ses droits ; c'est là aussi que la foi s'ajoute le plus heureusement à nos efforts : elle est seule à pouvoir nous traduire l'Absolu .

Bien qu'encore approximative et incomplète, la notion à laquelle on vient d'aboutir, ne laisse pas de nous éclairer sur l'immutabilité divine.

Dieu est immuable dans son existence, il l'est dans sa substance, il l'est dans ses attributs, qui ont toujours et nécessairement le m.ême degré d'être ; il l'est également dans sa science, en tant qu'elle a pour objet les lois des choses et les essences. Il l'est jusque dans sa liberté, mais ici d'une autre manière. Pour choisir, il faut d'abord être en puissance ; et le choix une fois fait, cette puissance, considérée en ellemême, demeure capable de déterminations nouvelles. La liberté ne s'épuise jamais dans sa

décision. Il est vrai que l'acte de !a création présente une physionomie très spéciale. Il se pose une bonne fois pour toujours et ne souffre pas de repentance. Mais, si Dieu ne peut moralement le modifier ', il le peut physiquement, suivant l'heureuse distinction de Leibniz.

Prise au sens rigoureux, la conception d'Aristote est difficile à défendre. Elle suppose que toutes les formes de l'activité, en s'élevant à la perfection, vont s'achever dans l'acte pur. Ce n'est pas démontré; c'est même le contraire qui se révèle, à l'examen : la diversité des choses ne se prête pas à tant d'unification. Considérée du point de vue dynamique, la liberté est, par essence, une puissance; et donc Dieu, en tant qu'il est libre, ne saurait être un acte pur, à la manière dont l'entend le Stagirite. Platon, en ce point, l'emporte sur son disciple : il a vu plus juste. Et saint Thomas s'en rapproche^ maigre lui '.

Mais cette question n'a sans doute pas l'importance que l'on y met le plus souvent. Le point essentiel est de démontrer l'immutabilité

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