Vu que sa liberto est indéfectiblement liée au bien
2. Ad opposita se hal)et [Deus], in quantum velle potest hoc L'sse, et non esse (1», XIX, a. lo, ad sec); cf. Ibid.^ Vif.
de Dieu, sa transcendance à l'égard du monde et sa souveraine perfection. Nous croyons l'avoir fait, en parlant d'un principe d'apparence plus modeste et qui peut se formuler ainsi : la cause première est l'acte plein de tout ce qu'elle a de réductible en acte.
Je prévois la réplique que va susciter cette théorie. Elle retombe, nous dira-t-on, dans l'anlhropomorpliisme; elle en est entachée, elle en est bondée.
La remarque ne manque pas de justesse.
Mais pourquoi la cause différerait-elle entièrement de son effet ? Pourquoi Dieu, par certains côtés, ne serait-il pas encore de « notre famille », suivant le mot de Platon repris par saint Paul devant l'Aréopage ? Sur quel principe se fonde-t-on pour bannir de la divinité toute trace d'humanité?
La question est de savoir s'il n'y a pas un antbropomorphisme légitime; et de là va sortir la lumière.
Il existe d'abord une sorte d'anthropomorphisme qu'on peut appeler mythologique. La
méthode en est toute spontanée. Il consiste k diviniser les forces de la nature, à transformer en puissances souveraines non seulement l'intelligence et la volonté de l'homme, mais encore ses passions et ses vices. De là les fétiches des tribus sauvages, l'olympe des grecs et ce peuple de dieux qui encombraient le Capitule et le Forum,
11 va sans dire que cet anthropomorphisme naïf n'a pas de consistance. D'ailleurs, la réflexion, dès qu'elle s'éveille, s'efforce de le combattre; et la lutte qu'elle engage contre cet adversaire ténébreux, conthiue avec une puissance irrésistible jusqu'à ce qu'elle en soit totalement purifiée. C'est là une loi de l'évolution humaine, comme H. Spencer l'a très fortement signalé dans ses Premiers principes.
Chez les Grecs, tous les philosophes, de Thaïes à Aristote, font la guerre aux dieux; tous, plus ou moins, se posent en adversaires de la religion traditionnelle. On exile Anaxagore, on brûle les livres de Protagoras, Socrate luimême est condamné à boire la cigïie : le peuple se défend et ses chefs l'appuient de leur autorité, bien convaincus qu'ébranler la croyance aux dieux, c'est saper la société par sa base. Le
combat de la raison toujours plus mûre contre la superstition n'en persévère pas moins; et c'est elle qui finit par l'emporter, au moins clans l'élite de la nation.
Le même mouvement se produit à Rome, d'abord et peu à peu sous Tinfluence du génie grec, puis d'une manière relativement rapide par l'efficace irrésistible de l'idée clirétienne. «( La loi était persécutrice » ; « le peuple Tétait encore plus » ' ; on punissait le clirétien « par la croix, les bêtes, le feu, les verges » : elle renaissait à tout moment, la chasse aux disciples de l'infâme Galiléen. La matière au martvre abondait toujours; et les dieux « s'en allaient ». Leur fuite continua, tant que le monothéisme, principe d'une civilisation supérieure, ne fut pas établi sur les ruines du passé.
On discerne une autre espèce d'anthropomorphisme qu'on peut appeler analogique . Il n'a point la simplicité irréfléchie du précédent ; il se greffe sur les spéculations métaphysiques les plus élevées. Ou y part de l'Idée d'être par-