‹ De la croyance en DieuChapitre 31 sur 74 · I. Ekx. Renan, Marc-. 4 mile, p. 60, Paris · texte numérisé non relu

I. Ekx. Renan, Marc-. 4 mile, p. 60, Paris

fait OU d'être infini. Puis, comme cette idée n'est encore qu'un cadre vide, on clierche h lui donner un contenu; et l'on croit y réussir en puisant à pleines mains au trésor de l'âme humaine. On prend dans son esprit, dans sa volonté et dans son cœur, tout ce qu'ils recèlent de plus noble et de plus exquis; on le purifie, on le brûle sur l'autel de l'adoration pour en dégager la quintessence; on y supprime toute trace de finitude. Puis, on jette dans le gouffre ce précieux holocauste, convaincu qu'il est digne, non seulement d'être offert à l'Eternel, mais d'entrer comme élément dans la constitution de sa très auguste et très sainte nature.

Ce procédé occupe une large place dans la plupart des grands systèmes de métaphysique. C'est celui d'Anaxagore et celui de Socrate. Platon ne s'y soustrait pas complètement, bien qu'il fasse un effort génial pour tout ramener soit à l'intuition soit à la déduction. Aristote y retombe en plein : pourquoi l'acte pur devient-il, chez lui, « la pensée de la pensée »? C'est qu'il considère la réflexion comme ce qu'il y a de plus parfait en nous. Saint Thomas d'Aquin renchérit sur « le maître », et par

le tour qu'il donne à l'argument des causes finales et par la manière dont il déduit de « l'acte pur )> les divers attributs de la divinité. S'il conclut de « l'ordre régulier » à l'existence d'un esprit supérieur, c'est en vertu d'une simple analogie entre l'art humain et l'industrie de la nature; et chacun sait que, pour préciser le contenu de l'être parfait, il il élabore par « voie de rémotion » les caracfères essentiels de l'âme humaine.

Plus grande encore est la part qui revient au même procédé dans la philosophie de Descartes. 11 établit d'abord que Dieu est l'infini dans tous les sens, l'infiniment infini; et que, par là même, il enveloppe toutes les perfections. Mais en quoi consistent-elles, ces perfections ? Là, le philosophe descend de son hvperciel et ne trouvée d'autre ressource que celle de mettre en Dieu, à l'état éminent, la pensée, la liberté et la force : autant de projections des propropriétés du fini dans l'Absolu.

3Ialgré les protestations de Spinoza, de Bayle et de Kant contre les dangers de l'anthropomorphisme analogique, il ne fait que s'accentuer après eux. Il règne en souverain dans les vastes synthèses de Fichte, de Schelling et même

de Hegel. Pourquoi l'infini serait-il, en sa racine, ou la spontanéité du moi, ou la raison, ou l'intelligible qui sert d'idéal à la raison? Quel motif de partir de l'une ou l'autre de ces données tout humaines? sinon le besoin de faire l'Eternel à notre image, ce même besoin en somme qui pousse le Patagon à se fabriquer des idoles d'argile ou de bois?

Une telle manière d'entendre le problème tliéologique ne peut conduire qu'à des hypothèses plus ou moins plausibles. Nous ne pouvons pas nous flatter de trouver en notre esprit toutes les catégories de l'être ; il est même probable que nous n'en connaissons qu'un très petit nombre, et qu'il y a dans le fond des choses des vertus secrètes dont nous n'aurons jamais aucune idée. N'est-ce pas ce que semble nous indiquer la science, à la lumière de ses découvertes toujours plus précises, plus pénétrantes et plus étonnantes ' ?• Encore la science ne dépasse-t-elle pas, dans ses investigations, ce domaine étroit de la nature par lequel elle se met en rapport avec nos sens. Dès lors, pourquoi n'y aurait-il pas, dans l'océan d'être qui

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