‹ De la croyance en DieuChapitre 32 sur 74 · I. V. H. PoiscAKÉ, La valeur de la science, p · texte numérisé non relu

I. V. H. PoiscAKÉ, La valeur de la science, p

vient battre à nos portes, une forme de la réalité dont nous ne possédons ni représentation ni concept, dont aucune idée n'est possible pour nous et qui n'en constitue pas moins le fond de la cause première?

« Ou suppose à tort, dit H. Spencer, qu'il faut cboisir entre une personnalité et quelque chose de moins qu'une personnalité ; tandis que c'est entre une personnalité et quelque chose de supérieur qu'il faut choisir. Ne peut-il pas y avoir un mode d'existence aussi supérieur à l'Intelligence et à la Volonté, que ces modes sont supérieurs au mouvement mécanique ? Nous sommes, il est vrai, incapables de concevoir ce mode supérieur d'existence. Mais ce n'est pas une raison pour le révoquer en doute; c'est bien plutôt le contraire ' . » Cette façon d'argumenter reste possible, elle triomphe, aussi longtemps qu'on se borne , sans autre motif, à transporter en Dieu les formes de l'humaine activité, même après les avoir soumises au laminoir de la « rémotion ».

Il faut donc trouver quelque autre chose ; et la théorie de la raison que l'on a développée au

I. H. Spencer, Les Premiers principes, p. ga-gG, trail. Gazelles, Alcan, Paris.

début, celle que l'on a suivie jusque-là, nous vient en aide à cet égard. Outre l'anlliropomorpliisme mythologique et celui qui se fonde sur de pures analogies, il en est un troisième d'ordre purement dédactif, qui contient la solution du problème posé.

On n'y procède plus par transferts bruts, ni par A'uie de purification; on y passe du donné aux conditions essentielles du donné, et l'on remonte de la sorte jusqu'à ce que ces conditions soient accomplies. 11 se trouve alors que l'existence d'une réalité quelconque suppose un principe éternel, nécessaire et doué d'attributs immuables; que le changement ne peut avoir pour cause première que la liberté; que l'ordre de la nature enveloppe de la contingence et réclame, comme tel, une intelligence transcendante et créatrice; et que les possibles trouvent leur fondement ultime dans un entendement qui les découvre en lui-même et les soutient d'un indéfectible regard. Il se trouve aussi qu'en vertu d'une déduction ultérieure où l'on est également conduit par la force des choses, ces divers attributs doivent être autant d'aspects d'un sujet unique et n'y peuvent exister qu'à l'état de perfection. L'idée de Dieu se fonde

tout entière sur une série d'exigences ou d'enveloppements essentiels, que la raison ne fait pas, mais qu'elle se borne à constater. Et donc, s'il y reste un résidu d'éléments humains, c'est qu'ils ont leur raison d'être dans la nature même de l'Absolu, c'est que Dieu nous ressemble réellement par certains aspects.

Nous arrivons ainsi, par une méthode moins globale et plus sûre, au même résultat que les autres théistes : « C'est le meilleur qui est à l'origine \ » « Pourquoi l'imparfait serait-il, et le parfait ne serait-il pas, s'écrie Bossuet dans sa Première élévation? C'est-à-dire, pourquoi ce qui lient plus du néant serait-il, et que ce qui n'en tient rien du tout ne serait pas ? Qu'appelle-t-on parfait ? Un être à qui rien ne manque. Qu'appelle-t-on imparfait? Un être à qui quelque chose manque. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? D'où vient que quel(|ue chose est, et qu'il ne se peut pas faire que le rien soit : si ce n'est parce que l'être vaut mieux que le rien, et que le rien ne peut pas prévaloir sur l'être, ni empêcher l'être

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