‹ De la croyance en DieuChapitre 43 sur 74 · I. V. notre ^ï/isloie, p. 3i4-3i · texte numérisé non relu

I. V. notre ^ï/isloie, p. 3i4-3i

rien de significatif ni pour notre esprit ni pour notre cœur : nous nous rendons, parce qu'enfin nous voyons. Et ([uelle joie d'ordinaire pour l'âtne qui sent en elle-même cette sorte de transcréation! C'est un autre monde qui s'ouvre, infiniment plus réel et plus beau; c'est la vraie vie qui commence.

Mais cette vie supérieure ne peut se maintenir et se développer que sous les influences mêmes qui l'ont fait éclore. Pour s'épanouir dans la vérité, il faut se donner « toujours plus profondément et plus largement ». C'est en aimant (ju'on sort de soi-même; c'est en aimant qu'on trouve Dieu; c'est aussi en aimant qu'après l'avoir trouvé, on se fixe toujours davantage dans la certitude de son existence et de ses perfections : l'amour est le fond de notre vie religieuse et morale.

Cependant, à l'étape où nous sommes arrivés, ce principe purificateur revêt un aspect différent. Tout à l'heure, il n'était qu'un désir; maintenant, c'est une possession : et cela change notre manière de le réduire en pratique. Cette vérité que nous cherchions dans l'angoisse, nous a déjà péncUrés de sa lumière : ce n'est plus quelque chose de vague, une sorlc de

« Dieu inconnu » ; elle a pris des formes précises. Nous savons désormais ce qu'elle veut de nous; et, partant, notre conduite qui s'est déjà modifiée pour la conquérir, doit se modifier encore pour se plier à ses ordres : c'est toute une série d'actions nouvelles qui s'impose à notre vouloir. En outre, s'il s'agit encore de développer notre croj'ance, il n'est plus question de la faire naître. Inutile donc d'exercer en tous* sens les tentacules de notre esprit, afin de savoir si nous ne sommes pas victimes d'une illusion. Puisque nous avons vu pour de bon où se trouve la vérité, il ne reste plus qu'à lui souder tout notre être : c'est le moment d'appeler la coutume au secours de l'esprit, « afin de nous abreuver et nous teindre de notre créance ».

Les pages précédentes ne sont qu'une sorte de scbème psychologique. Dans la réalité vive, le rôle de l'action à l'égard de la foi revêt des formes infiniment diverses. Il est bon d'en signaler quelques-unes, afin de faire mieux sentir le sens et la portée de nos considérations.

Saint Augustin croit à l'hégémonie de la raison humaine; il y croit presque autant que Platon. Par suite, il veut voir et ne consent à se rendre que sur des preuves claires. Aussi sont-iis longs et pénibles, les méandres que décrit son esprit en quête de vérité. Il adhère d'abord au manichéisme qui flatte ses tendances intellectualistes; et, pendant plus de dix ans, il reste esclave de celte doctrine, bien qu'il en sente toujours plus les radicales insuffisances ' . Puis, il vient à Milan, il y rencontre saint Ambroise et tout commence à changer de face". Il ne prie pas encore; il cherche, examine et discute : son attitude est celle d'un «sage » qui n'a confiance qu'à sa raison^. Mais, en même temps, la doctrine catholique cesse de lui paraître ridicule^ ; il éprouve un goût secret pour le nom de Jésus-Christ et se fait une notion plus juste de la dogmatique chrétienne^ : peu à

1. Saint Aug., Dcutilitalc crcd.^ c. i, ii"2; c. vi, ii^ i3: c. IX, II» 3 1, ctl. Migne, Paris, 1841-1849; Mœurs de VE-

lise, c. xix-xx.

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