Id., Parocli. Serni., VI, XIV, 25i-253, London
Non seulement le monde extérieur n'est, pour lui, qu'une « ombre sans substance » et qui, par là même, ne saurait suffire à Tinfinitiî de nos aspirations ; mais encore il a le sentiment vif que le mal y surabonde. « Lorsque, sortant de moi-même, dit-il, je regarde le monde qui m'entoure, le spectacle qui s'offre à moi me remplit d'une indicible tristesse... Imaginez un homme qui, se regardant dans un miroir, ne s'y verrait plus. C'est là l'impression qui me saisit lorsque, examinant cette vie fiévreuse du monde, je n'y trouve aucun reflet du Créateur. Et cette impression est si forte que, si elle ne pouvait se réduire par ailleurs, il n'y aurait, d'après lui, qu'à se faire alliée, panthéiste ou polythéiste'.
Poussé par cette sorte de pessimisme, Newman se rabat du dehors au dedans pour trouver le sens de la vie : il s'intériorise; et c'est de sa conscience morale que lui vient le mot de l 'énigme . « Qu'un homme, s'écrie-t-il, ait vu le jour dans les ténèbres du paganisme, ou dans le sein d'une révélation corrompue ; qu'il connaisse ou ne connaisse pas le Sauveur du monde; qu'il soit l'esclave de quelque superstition... : dans tous
1, Newman, JpoL, p. 241.
les cas, il a dans son cœur un certain dictamen, qui lui donne des ordres. Ce n'est pas un simple sentiment, ni une simple opinion ou impression ou vue de la réalité ; c'est une loi, une voix qui parle avec autorité et qui lui commande de faire certaines choses et d'en éviter d'autres... cette voix est la conscience, dont l'existence, par le fait même, révèle à notre esprit un Etre distinct de nous-mêmes ; car, sans cela, d'où pourrait-elle venir ? Et en même temps un Etre supérieur à nous-mêmes; car, autrement, d'oii lui viendrait cette autorité péremptoire, si étrange, si gênante ?
ce De même que la lumière du soleil prouve qu'il est sur l'horizon, quoique peut-être nous ne le voyions pas, de même qu'un coup frappé à notre porte pendant la nuit nous fait connaître la présence de celui qui est dans l'obscurité et qui demande à entrer, ainsi cette parole qui est au dedans de nous, élève nécessairement nos esprits jusqu'à l'idée d'un maître et d'un maître invisible », « jusqu'à la foi en im seul Dieu'. »
C'est ce Dieu qu'il s'agit de conquérir et
I. Newm.vn, Serin, preached on varions occasions, scr:n. f^j London, iSgS.
par la pratique de sa loi immaculée, c'est ce Dieu qu'il s'agit de posséder pour toujours; le reste ne compte pas. La matière n'est rien; l'esprit seul a du prix et par la sainteté. Mjself and mj Creator : voilà le tout de la vie \
Mais cette conscience et cet ensemble de vérités purificatrices qu'elle récèle ou suppose, qui les défendra contre l'action dissolvante de la raison ? Abandonné à lui-même, l'esprit humain « remue toutes choses » ; et tout ce qu'il remue, il l'énervé, l'émiette et finit par le volatiliser. C'est la leçon qui ressort des mouvements philosophiques qui se sont produits soit dans le passé soit dans le présent; chacun d'eux, après avoir décrit une courbe plus ou moins brillante, est venu s'éteindre dans le scepticisme. 11 faut donc qu'il y ait, sur la terre, une autorité suprême qui conserve dans leur pureté les croyances nécessaires à la vie morale et les « explicite » suivant le besoin des temps. Cette autorité, c'est le magistère infaillible de l'Église, c'est Rome qui la représente -. Aussi
1. Newman, ÂpoL, p. 4- — Cf., sur ce point, Iîhlmond, Ncwman, Essai de biograjjhic psychol.^ p. 23 1-233.