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Newman, après avoir traité la capitale de la catholicité comme une « ennemie w « dénaturée » et « cruelle », ne tarde pas à s'adoucir, puis à s'enthousiasmer du rôle divin qu'elle joue dans le monde. Il arrive au catholicisme en poussant à bout le principe qui l'a rendu déiste ' .
Toutefois, ce qu'il accumule de la sorte, ce ne sont pas des certitudes mathématiques; ce sont des probabilités qui toutes convergent vers un même point, qui se fortifient les unes les autres et finissent par produire une conviction pratique inébranlable. Newman revient sans cesse sur ce sujet. Voyez, par exemple, comment il s'exprime dans l'un de ses sermons prêches devant l'université d'Oxford : « Quelle ([ue soit la plénitude, quelle que soit la précision des raisons que nous pouvons donner, quelque systématique que soit notre méthode, quelque claires et saisissables que soient nos preuves; cependant, lorsque notre argument est réduit à ses simples éléments, il y reste toujours en dernière analyse quelque chose
i.V. sur ce point, H. Brémond, loc. cit., p. 224; Newman résume lui-même ce processus de son esprit [ApoL, p. 198).
crindémontrablc et sans quoi notre conclusion sera aussi peu logique que notre foi peut le paraître aux gens du monde.
Prenons le ^cas de l'évidence la plus forte que l'on puisse trouver. Aucun raisonnement ne la soutient : instinct ou préjugé, elle se suffît à elle-même. Nous nous en rapportons à nos sens, par exemple, en dépit des erreurs dans lesquelles ils nous font souvent tomber. Parfois, ils se contredisent l'un l'autre et cependant nous ne laissons pas d'avoir confiance en eux... Nous trouvons si forte la probabilité antécédente de leur fidéliti", que nous nous dispensons de la prouver. Nous regardons le point comme admis; ou, si nous en avons des raisons suffisantes, elles consistent dans notre croyance secrète à la stabilité de la nature, ou à la piésence préservatrice et à l'action uniforme de la Divine Providence, — qui encore sont des points présupposés. Ainsi donc, de même que les sens peuvent nous tromper et nous trompent en effet, et que, néanmoins, par un instinct secret, nous y avons confiance ; de même aussi, c'est sans faiblesse ni témérité que, sur un certain pressentiment de l'âme, nous avons confiance à la fidélité du témoignage en faveur de la l révélation .
De plus, nous nous reposons implicitement sur notre mémoire, nonobstant son instabilité manifeste et ses infidélités fréquentes. C'est à elle que nous nous en rapportons pour la vérité de la plupart de nos opinions; les fondements qui leur servent d'appui n'étant pas tous, à im moment donné, présents à l'esprit. Nous laissons à la mémoire le soin de nous informer de ce que nous admettons et de ce que nous rejetons. On peut m'objecter que , s'il n'en était pas ainsi, le monde ne pourrait aller son train. Cela est vrai; et, pour la même raison, l'Eglise ne saurait aller son train sans la Foi. Aquiescer au témoignage, ou à une évidence dont la force ne surpasse pas celle du témoignage, telle est la seule méthode au moins que nous connaissons, par laquelle le monde à venir puisse nous être révélé \ »
H. Taine n'arrive point au catholicisme; il ne s'élève pas même jusqu'à la croyance en Dieu. C'est sur le tard seulement, vers ses dernières années, qu'il songe à la question religieuse, qu'il s'en préoccupe pour lui-même;