I. Job^ 40, 4; 42, 5, trad. par l'Abbe' A. Crampon
d'énergie morale. Saint Jean de la Croix ne manque pas de l'observer.
« Quelques-unes de ces connaissances et de ces touches Intérieures, dit-il, que Dieu répand dans l'âme, l'enrichissent de telle sorte qu'une seule suffit, non seulement pour la délivrer tout d'un coup des imperfections qu'elle n'avait pu vaincre durant tout le cours de sa vie, mais aussi pour l'orner des vertus chrétiennes et des dons divins. Ces mouvements sacrés sont si agréables et donnent à l'âme une si douce consolation que toutes les peines de sa vie et toutes ses douleurs lui semblent bien récompensées; elle devient si courageuse et elle est tellement animée à souffrir pour Dieu qu'elle s'afflige lorsqu'elle n'est pas assiégée de toutes sortes de souffrances ^ . »
Sainte Thérèse parle dans le même sens et décrit, avec son exactitude habituelle, la transposition de clavier qui s'opère à la suite de l'union mystique.
a On a peine à ajouter foi aux changements que l'on remarque dans les personnes que Dieu favorise de grâces si extraordinaires. Au lieu
1. 0£ livres très complètes.,.^ La montée du Carinel^ t. II, p. /,84.
qu'elles étaient auparavant lâches et faibles, on ies voit devenir en un moment si ferventes et si courageuses, que, ne se contentant pas d'être à Dieu d'une manière ordinaire, il n'y a rien de si difficile qu'elles ne soient prêtes d'entreprendre pour son service...
Quel empire est comparable à celui d'une âme que Dieu a mise dans un état de voir ainsi au-dessous d'elle toutes les richesses du monde, sans être attachée à aucune par affection ? Quelle confusion u'a-t-elle point de les avoir autrefois estimées? Quel étonnement ne lui donne point le souvenir de l'aveuglement où elle était? et qui pourrait exprimer combien grande est sa compassion pour ceux qu'elle voit être encore dans la même erreur ... ?
Cette âme a peine alors à comprendre comment elle a pu faire cas de ce que l'on nomme le point d'honneur; elle admire que, par une erreur qui n'est pas moins grande que générale, on donne ce nom à des choses si méprisables ; elle voit clairement que le véritable honneur consiste à n'estimer que ce qui mérite de l'être, à ne considérer que connne un néant, et moins encore qu'un néant, tout ce qui prend fin et n'est pas agréable à Dieu... que de désordres
seraient bannis du monde, que d'embarras on éviterait, et combien grande serait l'amitié qui nous unirait les uns aux autres, si chacun s'accordait à ne considérer l'or et l'argent que comme une terre infructueuse, et si ce misérable intérêt de bien et d'honneur ne remplissait plus, comme il fait, tout de confusion et de trouble! Je suis persuadée que ce serait un remède à toutes sortes de maux ' . »
Cette intuition de la divinité, où les sens, l'imagination et même le raisonnement ne prennent plus aucune part, n'est pas le privilège des saints que l'Eglise a canonisés; on la constate aussi chez un certain nombre de philosophes chrétiens. Et, parmi ceux-là, c'est surtout Maine de Biran qui nous semble digne de remarque, soit à cause de sa valeur intellectuelle, soit à cause du soin qu'il a pris de noter tous les mouvements et moments de sa vie intérieure.
Consommé dans l'art de s'observer lui-même, il a peut-être encore plus de sagacité psychologique que sainte Thérèse ; et cependant il s'ac-