‹ De la croyance en DieuChapitre 70 sur 74 · I. L'Evol. ciéalr., p. io · texte numérisé non relu

I. L'Evol. ciéalr., p. io

vertu d'une tendance aveugle, ou, si l'on veut, d'un besoin '. Car alors, on mettrait le hasard à l'origine des choses ; et par là même on le mettrait partout : l'ordre du monde n'aurait pkis d'exphcation possible. Il faut donc que ce principe renferme un certain idéal qui le provoque à l'action : il doit être libre, au sens vrai du mot. Et nous voilà en route vers la conclusion où j'ai moi-même abouti.

Prenons maintenant la théorie de M. Bergson par un autre endroit.

Non seulement il admet que Dieu est immanent à la nature. Mais encore Dieu, d'après sa pensée, ne prévoit pas, il ne fait que voir du dedans ce qu'il crée : il n'a pas le don de l'intelligence, il ne possède que celui de l'intuition.

Dieu crée donc complètement au hasard ce qu'il crée à l'origine des choses. Car il ne peut le saisir du dedans, vu que cela n'existe pas encore; et d'autre part, il n'en a dans sa conscience aucune idée, qui puisse servir de guide à son action. De plus, le premier lot de matière une fois créé, Dieu est bien à même d'y discerner du dedans, puisque sa pensée s'y transmet, les diverses combinaisons auxquelles il se prête de sa nature; mais il ne découvre point, dans cette ébauche

I. Celui d'un escargot, par exemple, qui s'agite pour sortir de la fente d'un rocher. Encore l'escargot a-t-il dans son milieu une certaine règle de son action, à savoir les résistances qu'il y trouve.

originelle, les rapports qu'elle peut avoir avec la suite des choses, vu que cette suite n'est pas encore donnée.

Mais alors, comment le monde peut-il présenter l'aspect d'un plan dont toutes les parties se commandent les unes les autres?

Supposez que quelqu'un ait construit une cage de serins, sans savoir qu'il aurait à loger des éléphants; il ne lui resterait plus qu'a la porter au rebut. De même, supposez qu'à l'origine, Dieu ait fait la terre avec du diamant : comment les plantes et les animaux auraient-ils pu naître? il eût fallu que le Créateur recommençât son œuvre, et avec la perspective de ne pas être plus heureux que la première fois, en jetant ses dés dans le vide infini. Ces chances d'erreur ne pourraient d'ailleurs que se multiplier avec le temps, au fur et à mesure de la multiplication des êtres créés; car, dans l'hvpothèse où nous raisonnons, chacun deux présenterait par lui-même la possibilité d'un certain nombre de faux aiguillages à l'égard de l'ordre futur des choses.

Or ce n'est point sous cet aspect que la nature nous apparaît : la nature est plus qu'un amalgame de pièces bien taillées. L'avenir y trouve toujours son point d'adaptation dans le présent. La vie s'est greffée sans obstacle sur l'être purement physique, la sensibilité sur la vie et l'intelligence sur la sensibilité; le travail de la croûte terrestre a produit une variété croissante de climats qui a préparé à son tour une variété croissante d'es-

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pèces vivantes. Il est vrai que des flores et des faunes ont disparu tout entières sous l'action de certaines catastrophes géologiques. Mais, malgré ces destructions partielles qui peuvent d'ailleurs s'expliquer soit par l'indocilité de la matière, soit par le dessein d'achever la structure du globe, les o-rands embranchements de la vie se sont toujours maintenus ; ils n'ont jamais trouvé d'obstacle insurmontable dans les directions antérieures de la nature : ce qui prouve que ces directions avaient été prises en toute connaissance de cause.

Heureusement, l'idée d'intuition mène plus loin que ne le croit M. Bergson. A son gré, Dieu perçoit du dedans toutes les combinaisons auxquelles se prête la matière déjà créée. Il ne voit donc pas seulement celles qui sont réalisées en fait, mais aussi celles qui restent à l'état possible, celles qui ne sont encore que réalisables. Mais qu'est-ce que cela? sinon un acte de prévision. Dieu possède l'intelligence; et nous voilà de nouveau dans la tradition.

H. Hôflfding, de son côté, fait une critique de l'argument des causes finales, qui relève tout entière de la doctrine kantienne K Mais les difficultés qui viennent de là sont trop vieilles pour compter encore; elles sont dépassées. Je renvoie d'ailleurs sur ce point au premier chapitre de ce livre intitulé : Abords du problème.

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