‹ De La CroyanceChapitre 12 sur 23 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les doctrines psychologiques régnantes laissent peu d’espoir de résoudre le problème métaphysique d'une façon satisfaisante : elles n’expliquent ni la croyance, ni la force d'affirmation préexistante à ses premières manifestations conscientes. L'impuissance de ces théories vient de ce qu'elles considèrent l'intelligence comme le phénomène dernier, fondamental, tandis qu’elle n’est qu'un phénomène superficiel et dont les développements ont été lardifs, puisqu'ils datent du langage. Il ressort de nos considérations antérieures que l'essentiel de notre connaissance consiste à découvrir des rapports de coexistence ou de succession entre les données diverses de nos sens, et principalement entre les données de nos sens et les données musculaires. Dans ces données il y a, en effet, deux groupes fort distincts, car, tandis que les

données musculaires sont l'expression immédiate

et profonde de notre activité, les autres sensations sont plus superficielles : toutes affectives au début, elles traduisent seulement les effets de l'impression externe sur notre corps, ou plus exactement la réaction de notre corps aux impressions externes. Nous avons démontré plus haut que toute impression externe provoquait une mise en défense de tout l'organisme et qu'à l'origine ces réactions étaient accompagnées de plaisir ou de douleur; mais que, peu à peu, les réactions répétées s'organisaient en un tout et se « déclenchaient » si rapidement que la conscience affective n'avait plus le temps de s’éveiller : alors, prenait naissance la sensation proprement dite, froide, élément de nos constructions intellectuelles. Mais ces réactions aux impressions externes ne sont pas quelconques ;

elles sont elles-mêmes l'expression de tendances

solidement organisées; ces tendances à leur tour :

sont l'expression de quelque chose de plus profond qui les fait être, à savoir de notre activité; de sorte que, de toutes facons, l’analyse nous amène vers ce fonds unique de tous nos états psychologiques : à savoir une activilé non connue en elle-même, connue seulement par ses manifestations, et qui pour se répandre au dehors doit se traduire en actes musculaires. Si ces actes musculaires sont

enrayés, s'ils demeurent à l’état d'idées de mouve-

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ments, de possibles réalisables sous certaines conditions, on a l’état d'attente et de croyance. Croire, cest se retenir d'agir. La volonté agissante n’est que la croyance passant à l'acte.

Si maintenant, pour préciser nos idées, nous passons de l'analyse de nous-même à l'analyse du monde extérieur, l’examen de ce qui constitue l’objet nous amènera aux mêmes conclusions.

Quel que soit l’objet que j'étudie, cette orange par exemple, il est évident qu'il n'est composé que de mes sensations groupées dans l’espace et ayant entre elles des rapports objectifs qui ne dépendent point de moi. Si nous descendons plus profond dans notre analyse de ces rapports, des résultats étranges vont surgir. Pourquoi ce lien constant entre sensations secondes et sensations primaires ? Quelle en est la raison? A notre avis les qualités sécondes sont liées aux qualités primaires comme l'effet est lié à la cause. Nous l'avons répété à satiété : nous ne pouvons agir sur le monde extérieur que par nos muscles. Comme nos muscles ne peuvent soutenir un effort que s'ils sont incessamment restaurés, la nature a pourvu à ce qu'à tout acte musculaire préexistât une accélération des fonctions circulatoires, respiratoires, etc., accélération qui constitue le matériel

physiologique de l'émotion et que l'impression

externe produit automatiquement. Si merveilleuse est la perfection de notre vie organique et psychique, que ces réactions n'ont point tardé à se spécialiser, à se graduer, suivant les nécessités de la réponse à l’impression, et comme elles précèdent l'effort musculaire, elles sont devenues, elles, qui ont été originellement postérieures à ces efforts, signes avertisseurs de l'acte à accomplir. Cette correspondance avec les impressions devint par la suite nette et précise, et les réactions physiologiques en s'organisant arrivèrent à l'instantanéité : elles cessèrent dès lors d’être senties comme plaisirs ou comme douleurs, et se trouvèrent promues au rang de sensations intellectuelles. L'organisation de ces sensations, la découverte de leurs rapports de ressemblance, de coexistence, de succession, nous permit ensuite de nous élever peu à peu aux perceptions complexes, aux idées générales, aux sciences même.

Il résulte de ce que nous venons de rappeler que les sensations secondes n’expriment nullement quelque chose d’étranger à moi, mais seulement un rapport entre l'acte musculaire et le corps chargé de fournir à cet acte les forces nécessaires. Elles expriment et ne peuvent exprimer que cela.

La pénétrante psychologie de Descartes, de

Spinoza, de Malebranche, de Leibniz, ne s’y était

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