CHAPITRE PREMIER
Si la philosophie est impuissante à nous donner sur les questions dernières autre chose que des probabilités, si le penseur en est réduit à l'usage prudent de l'imagination constructive, il n'en va pas de même dans l'étude du mécanisme psychologique de la croyance; ici nous rentrons dans le domaine de l'observation.
Nous avons dû constater l'identité profonde de la croyance et de la volonté. Croire, disions-nous, c’est, en quelque sorte, se retenir d'agir; mais l'inconvénientdecesformules si concises, c’est den’avoir de valeur que pour les esprits informés, en qui elles suggèrent la vérité tout entière. Aussi, disons plutôt que croire, c’est avoir la sensation très nette
ct aucunement entravée, que la vérification suivra
notre préimagination de l'avenir. En général, nous nous contentons, nous l'avons vu, d'essayer idéalement le bon fonctionnement des représentations musculaires, fondement des autres, et de « senlir » si oui ou non ces représentations musculaires entraînent le jeu normal des variations qu'elles doivent entraîner dans la réalité.
Il semble résulter a priori de la nature de notre vérification que les états psychologiques auront sur nos croyances une influence d'autant plus grande, qu'ils auront un lien plus fort avec le mouvement, et c’est ce que l'observation confirme. En effet, les émotions, qui ont une force de réalisation si considérable, ont sur nos croyances une influence capitale.
Toutefois, une discussion s'élève presque aussitôt; nombre de philosophes soutiennent que la raison de la croyance n’est et ne peut être qu'intellectuelle. Toute croyance, disent-ils, est fondée sur des idées, sur des représentations, et si l'émoon peut intervenir, ce n’est qu'indirectement, en agissant sur la représentation. On pourrait tout aussi justement soutenir la thèse diamétralement
opposée, dire que toute croyance est fondée sur
(1) Cf. notre Éducalion de la Volonté, 5° édit., Félix Alcan, p. 46 sqq. : Rôle des états affectifs dans la volonté.
des états affectifs, et sur des tendances, et que l'action des idées n’est qu'indirecte, en ce sens qu'elles déterminent seulement la direction de ces tendances; mais l’une et l’autre affirmation nous paraît oiseuse. C’est une fâcheuse disposition de l'esprit humain, que d'en venir à considérer comme des entités réelles tout ce qu'il a dû séparer pour la commodité de ses études. Faible, incapable d'embrasser plusieurs objets à la fois, l’entendement doit procéder linéairement, en quelque sorte, et étudier les choses successivement. En psychologie, cette nécessité a eu des inconvénients plus graves que partout ailleurs, parce qu'elle a fait perdre de vue l'étroite union des divers ordres de phénomènes entre eux, et leur union avec le corps.
Au lieu d’une psychologie « intégrale », on a eu des psychologies morcelées, et les discussions sur les rapports de la croyance avec les états intellectuels et les états de sensibilité, tendent à présenter la croyance comme un phénomène intellectuel, tandis qu'en réalité, nulle manifestation de notre personnalité n'exprime plus adéquatement celle-ci que la croyance. La croyance n'est pas plus un phénomène intellectuel qu'un phénomène sensible : elle est, à la fois, un phénomène intellectuel,
sensible, et volontaire, et disons même : corporel.
Nous croyons avec toul ce que nous sommes. Ceux qui ont suivi nos développements jusqu'ici, en doivent être d'avance convaincus, car nous l’avons vu, les états intellectuels sont issus d'états affectifs, et ceux-ci expriment le rapport de nos volitions avec le corps qui seul rend ces volitions possibles. Pour nous il est déjà clair qu'un acte d'affirmation n'intéresse pas seulement l'intelligence ou la sensibilité, mais bien la rorazrré de notre nature psychologique.
Toutefois, les doctrines purement intellectualistes étant encore répandues, il est utile d'insister sur la radicale fausseté de la théorie qui considère la croyance comme un fait surtout intellectuel. Cette théorie pèche d’abord par un empirisme très superficiel. Il est impossible de soutenir que la croyance soit un phénomène secondaire, consécutif à ce qu'il y a de plus superficiel en nous, à nos constructions intellectuelles. Elle est, nous l'avons vu, une force fondamentale qui fait effort pour se répandre en tous sens ; elle est notre vouloir même en tant quil délibère. La croyance est donc antérieure à l'intelligence et l'intelligence ne lui sert, répétons-le, que de garde-fou. L'intelligence explique la forme prise par la croyance, sa « topographie » et rien autre, et celle topographie même, l'intelligence ne suffit point à l'expliquer, car les
exemples surabondent où nos penchants traitent de nos croyances sans nous et contre nous. Combien de fois ne sommes-nous pas instinctivement certains que quelque événement heureux ou malheureux va arriver, Sans que nous en puissions donner aucune raison ? Quelques heures après, cette certitude se change en doute, sinon en certitude contraire, à la suite d’une bonne ou d’une mauvaise digestion, et sans que rien ait changé que notre propre énergie ! À regarder de près notre vie journalière, on peut dire que ces cas de croyances sans raisons intellectuelles conscientes sont très fréquents : notre attente est tournée vers l'avenir, et la croyance aux événements qui vont survenir est très généralement irraisonnée, presque instinctive. Qu'on y réfléchisse, on verra que les raisons ne viennent qu'après, et seulement si nous éprouvons le besoin de revenir sur nos actes, ou si on nous oblige à les expliquer : les raisons données ne sont que la justification, après coup, de l’œuvre accomplie par nos penchants; « leurs actions, dit Duclos' déterminent plus leurs jugements que leurs jugements ne règlent leurs actions ».
Mill raconte qu'un homme très droit nommé
(1) Duclos. Considérations sur les mœurs, ch. v.
juge aux Indes sans que rien l'y eût préparé, reçut comme instruction de juger sans crainte, mais de ne jamais donner les raisons de son jugement, car le jugement serait infailliblement bon et les raisons infailliblement mauvaises. Il en est de même de tous les jugements au criminel, et surtout dans les procès de presse. Les magistrats jugent d'après mille impressions d'audience, d’après de sourdes sympathies ou antipathies, et l'exposé des molifs, toujours fait après coup, n'est ni plus ni moins qu'une justification du jugement prononcé, et qu'on nous permette cette expression, c'est de la part des magistrats un plaidoyer pro domo sut. Dans la salle des délibérations du jury, ce sont souvent ceux dont l'opinion est le plus fermement arrêtée, qui sont les plus incapables d'en donner les raisons. La casuistique des jésuites avait surtout cette remarquable utilité qu'elle permettait de trouver, après coup, des justifications aux actes les plus criminels. C'est ainsi encore que les accusés, sollicités d'expliquer les motifs de leur crime, bâtissent de toutes pièces un plaidoyer:. C'est ainsi encore qu'à la Chambre des députés, qui,comme
toutes les assemblées nombreuses est une foule.
(1) Voir, sur ce sujet, une remarquable brochure d'un esprit très vigoureux et très pénétrant : {a Psychologie du juge, 1894, par G. Sorel.
impulsive, « l'air, le regard, les gestes, les mouvements, l'accent harmonieux, sont aussi nécessaires que le fond même » « sur plus de cinq cents membres il n’y en apas plus de trente qui entendent raison et tout le reste est peuple’ » : Aussi, arrivet-il que beaucoup de députés votent sous l’impression du moment, ou plus exactement sous l'influence des sentiments et des passions surexcitées par les orateurs et par la « contagion des foules » — et, le lendemain, de sang froid, malgré leur désir de justifier à leurs propres yeux leur vote de la veille, ils ne le peuvent point, tant leur apparaissent nettement les arguments décisifs contre leur conduite : ce n’est que peu à peu que le travail de casuistique s'opère et qu'ils arrivent à trouver un « exposé de motifs » assez satisfaisant pour qu'ils puissent s’absoudre eux-mêmes.
L'âge, en abaissant le ton de la vie, rend la plupart des vieillards défiants des nouveautés, mécontents de l'avenir qui se prépare. Ce mécontentement, cette défiance, sont des conséquences directes de l’âge et ne découlent nullement de raisons intellectuelles : bien au contraire, les raisons viennent après coup, pour légitimer, pour expliquer cette défiance. Il se produit un très curieux
(1) Voir lettres de Chesterfield à son fils, trad. Amédée Renée, 4812. Lettre du 15 février 1794.
PayoT. — De la Croyance. 12
travail de casuistique inconsciente. « As-tu remarqué, disait à Maxime du Camp un de ses vieux camarades, que les architectes font maintenant les escaliers beaucoup plus raides qu’autrefois! ? » tant il est vrai que loin que la croyance soit au service de l'intelligence, c’est l'intelligence qui a fort à faire pour légitimer les choix faits par nos penchants. « Le principal usage que nous faisons de notre amour de la vérité est de nous persuader que ce que nous aimons est vrai”. » Dans notre prétendu amour de la vérité, il y a beaucoup d'hypocrisie; « c’est généralement parce que des sentiments sont contraires à nos sens qu'ils nous blessent et non parce qu’ils sont contraires à la vérité ° ».
Il est d’ailleurs inutile de poursuivre cette étude, tant les exemples se présenteront en foule à l’esprit du lecteur une fois mis sur la voie. L’amourpropre, si fin et si actif chez tout le monde, fournirait à lui seul d’abondants et significatifs exemples. Il résulte de tout ce qui précède que srès souvent la croyance n'a pas de raisons intellectuelles. Les raisons intellectuelles sont inventées après coup
par une casuistique non consciente ou à peine
(1) Maxime du Camp. Le Crépuscule. Propos du soir, 1893. (2) Nicole. De la connaissance de soi, Essais de morale, I, vi. (3) Tbid.
consciente, ayant pour rôle de légitimer les décisions prises par d'obscurs états affectifs qui souvent font la loi chez nous. Ce qui nous cache fréquemment cet ordre inverse, c'est que l’idée, par sa netteté, s'impose à l'attention qui la discerne facilement; au contraire nous avons la plupart du temps une difficulté extrême à démèler nos sentiments, et parce que ce sont des états naturellement diffus, à contours vagues, et parce que trop subjectifs, peu faciles à communiquer, nous n'avons qu'un langage fort imparfait pour les exprimer ; il leur a manqué ce puissant instrument d'analyse et de distinction qu'est le langage. Aussi faut-il un pénétrant effort el une grande habitude de Fexamen de soi pour surprendre les fugitives apparitions de certains sentiments et pour suivre leurs manifestations ténues et emmèlées : il n'est donc pas étrange qu'on ait pu nier leur influence directe sur nos croyances : influence directe si réelle et si fréquente, pour qui va au fond de notre vie psy-
chologique !
Mais, lors même que nous admettrions sans contestation l'affirmation que toute croyance a exclusivement pour raisons des idées, affirmation dont la fausseté est maintenant démontrée, on
n'aurait pas conquis une position de combat bien
solide, car l’idée n’est pas une chose en soi, que l’on contemple du dehors. Une idée n’a pas d'influence par elle-même, par sa propre évidence, car l'évidence d’une idée se réduit en définitive à la certitude que j'en ai; et la preuve c’est que telle idée d'une grande efficacité pour moi est de nulle efficacité pour mon voisin. Comment expliquer la possibilité de telles différences d'action, si les idées étaient indépendantes de nous? L'idée, sous peine de demeurer en nous sans lien avec notre vie psychologique, et sans plus de vie que celle d’une abstraction vide de contenu, doit subir un travail d’assimilation préalable qui la fasse participer à l’activité de notre esprit et lui donne « l’efficace ». Ce qui constitue cette assimilation, que nous aurons prochainement à étudier de près, c’est la fusion intime de l’idée et des états affectifs prédominants en nous, fusion qui fait en quelque sorte disparaitre les deux éléments, pour laisser, en leurs lieu et place, un état nouveau ayant des propriétés nouvelles. Quand on chante lentement dans un piano ouvert, il est facile de constater que les cordes qui peuvent vibrer au mème {aux que les notes successivement émises par la voix, se mettent à vibrer et renforcent ces notes. La mème chose se passe en nous. Nos idées sont en harmonie avec des états affectifs qui
vibrent au même taux qu'elles; elles leur emprun-
CO
tentune sonorité vigoureuse, ou bien elles ne trouvent nul écho et demeurent en la mémoire isolées et sans force. C'est nous, avec notre personne totale, qui faisons la force ou la faiblesse de l’idée.
Mais, avant que l'idée soit parvenue à se consütuer, une période d'élaboration a précédé, dont l'étude est fort suggestive. Nous avons vu plus haut que toute perceplion, tout souvenir, est une idée générale, c’est-à-dire un point de vue nécessairement fort incomplet. Dans cette liberté qui nous est laissée de choisir notre point de vue, nous inclinons naturellement à nous arrêter sur celui qui nous agrée. Nous sommes par conséquent livrés, pendant la formation de nos idées générales, à la souterraine diplomatie du sentiment et c'est ce qui explique que les mots éveillent des images bien différentes dans les différentes intelligences. Nous avons étudié ailleurs ‘ cette puissante influence de déformation qu'a la passion sur les états psychologiques en apparence les plus réfractaires aux sophistications : cette déformation produite dans des perceptions assez simples, par la haine, par la jalousie, par l'amour, par l'amour maternel n’est qu'un grossissement de ce qui se passe presque toujours. Tüp/ffer dans ses Réflexions et menus pro-
(1) Education de la volonté, p. 48, 49 et suivantes.
pos!, fait peindre un même âne par divers peintres etil s'aperçoit avec surprise que leurs peintures représentent des ânes très sensiblement différents les uns des autres. C’est que chaque peintre n’a pas pu peindre l'âne « en soi », si l'on peut ainsi dire: il a dû peindre l'âne qu’il voyait, et, sous l'influence du sentiment que lui inspirait la vue de l'animal, une transformation de la réalité s’est opérée, tout à fait analogue à celle qu'opère dans la réalité un Macbeth halluciné pour construire le spectre de Banquo. Car si, comme l’a dit Amiel, un paysage est un « état d'âme », un âne, lui aussi, est un état d'âme, et nos peintres nous le prouvent en peignant, l’un un âne souffre-douleur, l’autre un animal borné et tètu. Un troisième a saisi sous les apparences grossières la résignation calme et tranquille de ce philosophe stoïcien méconnu.
Il en est de même de toutes nos perceptions : jamais notre représentation n’épuise l’infinie fécondité de la nature. Comparons par exemple la richesse de la perception visuelle que l’on à du haut d’un pic alpestre, avec la pauvreté de l’image qui nous en reste par la suite, et nous comprendrons combien dans des souvenirs si peu exacts il y a place pour des infiltrations étrangères ! Si de nos perceptions
et de nos souvenirs nous passons à nos idées géné-
(1) Livre IV, ch. v.
rales non scientifiques, il est clair qu’elles sont fort peu adéquates à la multitude d'objets concrets dont elles tiennent la place dans nos constructions intellectuelles, et que la sophistication par les sentiments et les passions sera facile.
Si nos idées, en leur élaboration, subissent ainsi l'influence des états affectifs, leur union en jugements, objets de croyances, subit cette même influence. Pour juger, il faut rassembler les motifs de croire ou de ne pas croire, et ces motifs, il faut les apprécier, les peser avec exactitude. En d’autres termes, une enquête précède nécessairement la décision. Mais ces enquêtes sont toujours assez longues : d’une part, la paresse de chercher, d’attendre, et d'autre part le désir d'agir vite qui fait de la plupart des hommes de purs « brouillons »; enfin souvent la crainte secrète de trouver des.arguments contraires à nos désirs, font que nous brusquons l'examen des choses et que nous concluons prématurément et partialement. Parfois au contraire nous nous livrons à une recherche passionnée des raisons qui pourront légitimer et fortifier les résolutions secrètes que nous ne nous avouons pas; ou bien nous refusons de voir ce qui nous condamne et nous faussons la vérité. Puis, l’erquète terminée, ce n'est pas tout: comme les
motifs n’ont de valeur que par l'attention que
nous leur donnons, et comme ils ne se fixent dans la mémoire que si nous leur accordons une attenlion réitérée, nos élats affectifs sournoisement maîtres de cette attention, falsifient encore les résultats. Nous sommes pleins de sympathie pour les raisons qui nous agréent, nous leur faisons un accueil cordial, nous aimons à les revoir, à les choyer, et par suite nous leur assurons une place d'honneur dans la mémoire. Aux raisons antipathiques, nous n'accordons qu'une oreille distraite, nous évitons de les rencontrer, et nous les oublions facilement : de cette façon encore le jugement est faussé.
Comme nous pouvons le voir maintenant, la thèse que nous combattons n'est que spécieuse. Elle suppose d'abord que la croyance est postérieure aux idées : en réalité elle les précède sou- -vent. Souvent aussi les raisons intellectuelles n'arrivent que tardivement et pour légitimer le parti pris. Mais admettons que la croyance suive l'idée, 1l n’en demeurerait pas moins établi que les idées n'ont d'efficace que si elles sont en harmonie avec notre état d'âme. En outre, durant leur élaboration elles ont subi profondément l'influence des élats affectifs. Comme ces étoffes qui paraissent tout laine aux observateurs superficiels, mais qui sont tramées sur colon, les
élats intellectuels purs en apparence, sont tramés
sur des états affectifs et font corps avec eux. En outre, la liaison en jugements de ces états complexes est aussi sous la puissance des états affectifs.
Mais affirmer que des croyances sont directement produites par des penchants; dire que l'idée, pour être efficace, doit être « adoptée » par un sentiment, et que la formation de nos idées est, sauf dans le cas des idées scientifiques abstraites, dominée par les états affectifs, c'est fixer et préciser le rôle de l’idée dans la croyance, etnullement l'amoindrir. Sinotre vie psychologique se renouvelait d’instant en instant, sans que le passé laissät de traces en nous, et sans que l'avenir reposàt sur lui, le sentiment demeurerait omnipotent. Mais il n'en est rien.
Le passé et le présent sont « gros » de l’avenir, et cette continuité de notre vie psychologique donne à l’idée une valeur prépondérante dans la formation de nos croyances. Nos penchants, nos sentiments, sont dañs un devenir perpétuel ; ils se succèdent
les uns aux autres assez irrégulièrement, et surtout
ils ne laissent dans la mémoire que des souvenirs
un peu « estompés », à contours indécis. Difficilement communicables, le langage les a négligés, et leurs nuances ne s'expriment qu'en périphrases.
D'autre part, ils ont des causes profondes, orga-
niques, qui échappent à notre vouloir, et par suite le mot qui les désigne grossièrement, sans exactitude, ne peut les évoquer facilement. Pour toutes ces raisons, les affections sont loin d'occuper dans la mémoire la place qu'elles occupent dans la réalité. Si leur influence présente est grande, leur influence sur un avenir éloigné diminue singulièrement. Dans le temps, l'idée reconquiert l’avantage, car le mot lui donne une grande netteté grâce à lui, elle se fixe vite et solidement dans la mémoire ; le souvenir s'en éveille facilement, parce que le mot évoque avec une remarquable puissance suggestive les idées dont il est le signe.
Par sa persistance et par sa netteté, l'idée, chez un homme énergique, qui sait ce qu'il veut, et le veut bien, peut grouper autour d'elle toutes les idées similaires, toutes les forces affectives favorables, et opposer aux tendances défavorables des travaux de défense très solides. Nous avons longuement exposé le rôle de l'idée et étudié dans le plus grand détail les moyens à employer pour assurer en nous la « royauté de l’idée ». Nous y renvoyons le lecteur.
Ces considérations nous conduisent à penser que
nous sommes dans une mesure assez large maitres
(1) Éducation de la Volonté, liv. II, ch. m, $ 2 et 3.
de nos croyances, ou du moins que nous pouvons quelque chose sur leur formation, et que par suite, nous en sommes entièrement ou partiellement responsables. (C’est là une question à la fois si importante et si débattue que nous devons
l’'examiner de très près.