THÉRAPEUTIQUE
Les résultats avantageux de l’iode dans la curation de la phymopneumonie sont dignes d'attention.
(P.orry, Traité de méd. pral . , p. 9.)
A . J’ai donné le tableau presque complet des moyens à l’aide desquels l’organisme peut triompher d’un produit hétéromorplie qui s’est développé au milieu du tissu pulmonaire; et c’est indépendamment de tous les secours de l’art que s’est opéré ce travail : la nature seule en fait les frais, et nous montre la voie qu’il faut suivre dans le traitement de la pneumophymie. Or ce qui se produit spontanément , l’art peut-il le faire? Les observations que
la science possède , les cas nombreux d’amélioration ou de. guérison de la phthisie pulrfionaire , permettent de répondre affirmativement. 1! ne faudrait pas croire toutefois que l’on doive accepter comme des cas de guérison confirmée tous ceux qui ont [été cités par les auteurs contemporains, et que l’on peut lire dans les recueils périodiques, On ne saurait être ici d’une exigence trop scrupuleuse , car certains faits considérés comme des guérisons, s’ils sont examinés avec soin , ne sont autre chose que des observations de bronchorrhée chronique, de dilatation des bronches, voire même de gangrène pulmonaire. Un examen un peu trop superficiel des malades (ce qui arrive presque constamment et d’une matière forcée dans la pratique civile) , des moyens d’investigation incomplets, suffiront pour rendre compte de ces inexactitudes de diagnose et, partant, de ces succès erronés.
/>. Dans les observations qui suivent on verra que l’art peut produire le travail réparateur sur lequel j’ai insisté. Pour ne pas entrer dans des détails inutiles, on ne citera que les caractères, soit anatomiques, soit symptomatiques, dont la connaissance est indispensable pour faire admettre l’opinion que j’ai avancée, c’est-à-dire la curabilité de la phthisie pulmonaire à toutes ses périodes; c’est ainsi que, dans certains cas, une autopsie vient révéler la réalité de la cicatrisation des cavernes; dans d’autres cas, l’exposé minutieux des signes physiques fournis par le malade prouve surabondamment la puissance curative de la médication mise en usage.
Observation lre. Guérison. — Un vieillard, âgé de 60 ans, présentait de vastes cavernes à gauche , au niveau de l’angle inférieur de l’omoplate ; elles étaient entourées d’un tissu dur; cet homme crachait des quantités considérables de pus, et ce fut une chose bien remarquable que de voir, à quarante-huit heures de distance, et sous l’influence de la vapeur d’iode, diminuer d’une manière graduée et successive l’espace occupé par la matité , et de façon
qu’en moins de deux mois ce malade, très-amaigri , hypémique au suprême degré , revint complètement à la santé.
Observation II. — Amêiinraiion. — Une jeune Hile de Melun présentait, au sommet du poumon droit, des indurations et des cavernes pneumophymiques très-manifestes. Elle était hypémique et hydre-’ rnique, et expectorait des crachats puriformes. Los menstrues avaient cessé. Sous l’influence des vapeurs d’iode , de l’iodure de potassium administré à l’intérieur, d’un régime réparateur et de bons soins hygiéniques, cette demoiselle s’est rétablie à ce point, qu'il reste à peine un peu de matité au sommet du poumon droit, et que les évacuations périodiques sont reparues et s’accomplissent d’une manière régulière.
Observation 111 . — Guérison. — Une dame de la Guadeloupe avait éprouvé d’énormes pneumorhêmies (hémoptysies); elle portait au sommet du poumon gauche, et dans un très-large espace, une induration et des cavernes. Elle expectorait abondamment des matières puriformes, et éprouvait au plus haut degré tous les symptômes de la phymêmie et de la pyémie chronique (fièvre hectique). En quelques mois, cette dame, sous l’influence de l’iodure de potassium, se rétablit si bien , qu’il ne resta , après dix-huit mois de traitement, d’autres traces de sa terrible lésion , qu’un peu de matité et du souffle bronchique sur le lieu où avaient existé les larges excavations.
Observation IV. — Guérison. — Un ouvrier bottier présentait de vastes indurations et des excavations pulmonaires à droite ; il expectorait des matières pyoïdes et nummulaires. Un amaigrissement considérable avait lieu, et les autres symptômes de la phymêmie chronique se dessinaient d’une manière évidente. Sous l’influence continuée de l’iodure de potassium et des vapeurs d’iode, cet
homme, un an après, ne présentait plus aucune (race de ces accidents.
Observation V. — Guérison. — Chez une dame habitant Plaisance, près Paris, sous l’influence des préparations iodées, se sont dissipés les signes matériels et les symptômes d’une induration tuberculeuse existant au swmmel du poumon droit.
Ces faits, cités par M. le professeur Piorry ( Atlas de plessimétrisme ), indiquent, d’une manière plus que suffisante, l’efficacité du traitement mis en usage et n’exigeraient guère de contrôle. Cependant, pour ne pas s’en rapporter au témoignage d’un seul homme, dont on ne saurait nier le talent diagnostique , je joins ici d’autres observations citées par M. Chartroul.
Observation VI. — Guérison. — Une dame, âgée de 23 ans, et de tempérament lymphatique, avait été prise, à la suite d’une seconde grossesse, d’une toux assez fréquente, qu’elle attribuait à un rhume négligé, d’hémoptysies répétées, d’inappétence et de maigreur considérable. Après un traitement qui n’eut pas de succès, elle fut soumise à l’huile de foie de morue. Ce second traitement n’eut pas plus de succès que le premier, et les médecins jugèrent que la malade n’avait aucune chance de guérison. Or voici ce qu’on observait : toux fréquente avec augmentation pendant la nuit , insomnie prolongée, crachats mousseux, quelques uns opaques et verdâtres; matité dans tout le côté gauche de la poitrine, râle sous-crépilant mêlé de quelques craquements rares et dispersés. On prescrivit les inspirations iodées. Un amendement notable s’ensuivit et augmenta sans interruption. Au bout de trois mois, la malade, condamnée par des médecins très-compétents ( un professeur de l’Ecole ), et qui en était évidemment à la première période de la phthisie, avait repris assez de force pour faire un voyage de 200 lieues , seule , sans être
accompagnée de personne. Depuis lors, cette femme a repris ses habitudes et a cessé toute espèce de médication.
Observation VII. — Amélioration. — Une dame habitant Paris depuis son enfance, âgée de 34 ans, a toujours joui d’une bonne santé jusqu’en 1847, époque à laquelle un de ses enfants succomba à la phthisie pulmonaire; depuis ce moment, sa sauté s’est altérée de plus en plus ; les digestions sont pénibles, et des bronchites successives surviennent sans être cependant accompagnées d’hémoptysie. Examinée en 1851, elle présente, au sommet du poumon gauche, de la pecloriloquie avec gargouillement, respiration amphorique et matité au-dessous de la clavicule ; les mêmes signes existent au-dessus de la fosse sus-épineuse. La gêne de la respiration est telle, que la malade ne peut rester dix minutes dans son lit ; elle est obligée d’être continuellement sur un fauteuil , la poitrine penchée en avant, les croisées ouvertes, jour et nuit, dans la crainte de manquer d’air ; crachats opaques, verdâtres et déchiquetés à leur pourtour. 130 à 140 pulsations par minute. Insomnie complète, émaciation extrême.
Une caverne existe au sommet du poumon gauche, et des tubercules sont disséminés dans le reste de cet organe.
Une semaine s’était à peine écoulée que, sous l’influence des inspirations iodées, on vil tous les symptômes s’amender insensiblement; le sommeil revint peu à peu. L'état général s’améliora d’une manière notable. * .
Observation VIII. — Amélioration. — Un homme de 40 ans portait, depuis cinq mois, des indurations et des cavernes tuberculeuses à la partie postérieure et moyenne du poumon droit; il expectorait des quantités très-grandes de crachats nummulaires et purulents; son seul traitement consista dans des inspirations d’iode et dans des frictions sur la poitrine avec la teinture d’iode. Sous cette influence, et grâce à un régime réparateur, l’engorgement pulmonaire diminua
1856. — Duriau. â
chaque jour d’à peu près 5 millimètres; les crachais devinrent moins abondants ; la Hèvre cessa, et les forces se réparèrent. L’amélioration fut telle, après quelques jours de traitement, que le malade, qui paraissait à l’agonie avant l’inspiration de l’iode, put se rendre à une distance de 15 lieues de Paris.
De ces faits, il résulte donc que l’iodolhérapie amène des résultats satisfaisants dans la phthisie pulmonaire. Si maintenant, à côté de ces observations, on place le rapport lu par M. Piorry à l’Académie de médecine (séance du 24 janvier 1854), voici ce qu’on y trouve : «31 phthisiques ont été soumis à la médication iodée. Lors de leur entrée, ils présentaient tous, à des degrés divers , les symptômes généralement attribués à la phthisie pulmonaire, c’est-à-dire la toux, les crachats puriformes, la fièvre hectique, l’amaigrissement; le plus grand nombre d’entre eux était atteint d’évacuations alvines, liquides et abondantes, probablement liées à des ulcérations tuberculeuses; le larynx paraissait aussi être frappé de lésions phymiques; des crachements de sang, dus à des pneumorhêmies, avaient aussi eu lieu chez un grand nombre de ces malades.
«Tous ces tuberculeux présentaient de la matité à la partie supérieure des poumons , soit en avant , soit au niveau de l’omoplate en arrière; le plus souvent, ces parties donnaient une résistance marquée, une dureté très-appréciable au doigt; le plus ordinairement aussi, il était possible de limiter en avant l’étendue de la matité et la circonscription nette et précise qui la séparait des portions du poumon restées sr/uieso i moins malades que le sommet. Il était possible et. même facile de distinguer, par les sensations tactiles et auditives, les points où la résistance était très-marquée, et ceux où il n’y avait qu’une simple obscurité de son. Sur quelques-uns d’entre eux, un bruit hydraérique se faisait entendre.
«Sur tous ces malades, les caractères stéthoscopiques étaient non moins évidents que ceux auxquels donnait lieu le plessimétrisme. La plupart présentaient, au niveau des points où Ion rencontrait la
matité et la résistance, une respiration dure, tubaire, une voix plus ou moins retentissante; de vastes cavernes étaient souvent rendues évidentes par les rhonchus très-larges, par la respiration caverneuse, et par la netteté dans l'articulation des sons vocaux.
«Tous ces malades expectoraient des crachats épais, opaques, pyoïdes, arrondis et déchiquetés, et dont l’abondance correspondait au nombre et à l’étendue des désordres que les autres moyens de diagnose permettaient de constater.
«Or, après huit, quinze jours, trois semaines, deux ou trois mois de traitement par l’iode, il y avait une diminution de 1, de 2, de 3 centimètres dans l’étendue de la surface où existaient primitivement l’obscurité du son, la matité, la résistance au doigt, etc.; en même temps, les signes stéthoscopiques révélaient fréquemment une amélioration sensible dans l’état des masses indurées ; la respiration, par exemple, devenait meilleure, ou les rhonchus moins longs et moins abondants. Et ce n’est pas seulement sur quelques malades, et chez ceux qui étaient le moins gravement affectés, qu’il en arrivait ainsi , mais sur la presque totalité; un assez grand nombre de^phthisiques avec cavernes ont paru guéris. Voici les résultats définitifs obtenus :
Amélioration marquée dans les caractères anatomiques et dans les
symptômes 20 cas.
Disparition complète des caractères anatomiques et des symptômes. 7 .Morts avec ou sans amélioration 4
Total . . 31 cas.
«Il faut noter que l’amélioration dans l’état local des malades correspondait à une modification avantageuse survenue dans les symptômes fonctionnels , tels que la toux, l’abondance et l’aspect des matières expectorées, les phénomènes dits fièvre hectique, etc. Il est même arrivé que plusieurs femmes qui, sous l’influence du mal, avaient perdu une grande quantité de sang, et dont les mens-
trues n’avaient plus lieu, ont vu, après quelques semaines, reparaître ces hémorrhagies physiologiques. »
Dans un autre relevé fait par M. Frémy, médecin des hôpitaux, et ancien chef de clinique de la -Charité, on trouve que, sur 33 malades, 5 n’ont pu être soumis au traitement iodé, parce qu’ils étaient entrés à l’hôpital dans la période la plus avancée de l’affection tuberculeuse , et ils ont succombé. 28 malades ont été traités par les vapeurs d’iode, et, parmi ceux-ci, 11 sont sortis sans avoir éprouvé une amélioration positive; mais il n’y a pas eu, au moins, d’aggravation dans les accidents; on n’a observé, chez eux, ni hémoptysie, ni inflammation nouvelle des membranes muqueuses; bien plus, sur plusieurs de ces malades, l’hémorrhagie s’est promptement dissipée. Dans 17 faits, il y a eu une amélioration très-manifeste.
Sur 16 malades dont je possède l’histoire, et qui, même après leur sortie de l’hôpital, ont continué les inspirations iodées, 2 ont succombé. Il y eut une amélioration notable dans 10 cas , et 4 autres malades purent être considérés comme guéris ; car, depuis leur sortie de l’hôpital , il n’y a pas eu de rechute, et ces faits sont déjà anciens. Dans tous ces cas, le traitement le plus long a duré six mois. #
Je pourrais, en outre, citer ici un grand nombre d’observations qui constatent toutes l’heureuse influence de la médication iodée; mais la longueur des détails m’en empêche.
Si l’on fait la récapitulation de ces différents relevés , on arrive au résultat suivant :
Améliorations el guérisons CG cas.
Cas douteux et négatifs 22
Total 88 cas.
et dans 5 cas les malades n’ont pu être soumis à la médication iodée d’après l’observation de M. Frémy. Ce résultat n’est-il pas remarquable, lorsqu’on se reporte à ce qui se voit journellement, et
lorsqu’on songe à l’abandon dans lequel on laisse d’ordinaire les malades atteints de phthisie pulmonaire?
C. Les faits justifient donc pleinement l’emploi de l’iode dans la pneumophymie : il s’agit maintenant de démontrer que ce traitement repose sur des données exactes et rationnelles. Parmi les preuves nombreuses que l’on pourrait invoquer, je n’en prendrai qu’une seule, empruntée à la chimie pathologique. Chacun sait que l’iode est un corps qui , bien que solide à la température ordinaire , répand dans l’air des vapeurs dont l'action est des plus énergiques; or une propriété qui se trouve développée au maximum dans ce métalloïde, c’est la propriété déshydrogénante, sans laquelle l’iode n’aurait pas d’avantage sur les autres corps pour le traitement de la phthisie pulmonaire. De plus, s’il est indifférent que l’iode soit administré sous telle ou telle forme, dans certaines maladies, il n’en est pas ainsi pour les affec tions des organes respiratoires ; car les corps absorbables et non assimilables peuvent, sans passer par la circulation, pénétrer dans l’organisme, ou en être expulsés facilement. D’où il suit que , quel que soit le corps inassimilable dont on fait usage pour combattre la pneumophymie, ce corps n’aura d’action spéciale que s’il est mis en contact immédiat avec l’organe malade; aussi les préparations iodées , administrées par toute autre voie que par la respiration, ne doivent pas être considérées comme des agents thérapeutiques; on ne peut guère espérer d’atteindre alors qu’un seul but, le jeu régulier des fonctions. Ce n’est donc pas ce qui survient quand l’iode est administré en inspirations. D’après ces considérations, et si l’on ne perd pas de vue la propriété déshydrogénante de l’iode, on voit que tout ce qui n’a pas une vie propre, forte et robuste (et c’est le cas des animalcules, des virus , des miasmes) , l’iode peut le ramener au repos. Chose remarquable, cette action de l’iode n’est pas tumultueuse, elle suit un ordre, une loi, qu’on peut formuler en disant que l’action de l’iode sur les corps organisés est en raison inverse de leur vitalité.
On est donc forcé de conclure que, s’il est une voie favorable à l’adrninistration de l’iode dans la phthisie pulmonaire, c’est celle de la respiration , que c’est la seule qui permette à l’iode d’exercer une action incontestable sur le poumon tuberculeux , et que ce médicament peut modifier non-seulement le tissu pulmonaire plus ou moins altéré par le contact de la matière phymique , mais encore le tubercule lui-même. Cette dernière remarque est des plus importantes, car elle conduit à rejeter d’emblée toutes les opinions qui ne croyaient pas à la guérison des phymies.
D. De quelle manière faut-il administrer les préparations iodées, et quelles sont celles dont il faut faire usage? On a recours à l’iode sous trois formes différentes : 1° les vapeurs d’iode, 2° l’iodure de potassium , 3° la teinture d’iode.
a. Vapeur iodée. — Dans un vase de la capacité d’un litre et à trèslarge ouverture , on place 5 ou 6 grammes d’iode en paillettes : le malade inspire un très-grand nombre de fois par jour (cent fois et plus, par exemple) les vapeurs qui, s’élevant de ce vase, se trouvent naturellement chargées d’iode. Pour permettre à ces vapeurs de pénétrer dans la profondeur du poumon, le malade, avant d’inspirer, doit rejeter par une longue expiration , semblable à celle qui constitue le soupir, tout l’air qui est renfermé dans les vésicules pulmonaires. Une seule inspiration doit être pratiquée chaque fois, car, si l’on en fait plusieurs de suite, on s’expose à produire dans la partie supérieure des voies respiratoires une excitation qui forcerait à suspendre momentanément ces inspirations. En même temps, pour que le malade jouisse , même pendant son sommeil, du bénéfice de ces vapeurs d’iode , on place près du lit trois ou quatre soucoupes, contenant chacune 3 à 4 grammes d’iode; le ptieumophymique se trouve ainsi constamment entourée d’une atmosphère iodée.
M. le professeur Piorry préconise, de plus, les inspirations de
teinture d’iode échauffée à -f- 60°. Je dois avouer que si les vapeurs d’iode me paraissent indubitablement très-utiles, celles de teinture iodique me semblent, au contraire, peu avantageuses. Je ne sais à quoi attribuer ce phénomène, mais j’ai vu cette teinture d’iode déterminer des irritations et de la toux . tandis que l’iode pur ne provoque jamais ces accidents. L’alcool , qui sert de véhicule , ne serait-il pas l’agent qui donne naissance à ces troubles? Je serais assez porté à l’admettre.
On a aussi proposé de faire inspirer l'iode en cigarettes ou à l’aide d’appareils destinés à en doser les proportions. Ces modifications me paraissent complètement inutiles.
S. lodure de potassium. — Les relations intimes qui existent entre la pnewmophymie et les divers états crganopathiques réunis à tort sous le nom de scrofules (je dis à tort, parce que la maladie scrofule n’est pas une : elle est une réunion d’états complexes qu’on peut reproduire à volonté, et qu’on pourrait prévenir de la même façon, ainsi que le prouvent les faits observés dans le règne végétal, aussi bien que dans les espèces animales); les succès que l’on a obtenus avec i’iodure de potassium chez les malades dits scrofuleux , ont conduit à donner ce médicament aux phthisiques.
On fait prendre l’iodure de potassium à l’intérieur à doses progressives de 50 centigrammes à 4 grammes, chaque jour, dans une solution aromatisée. La seule circonstance qui doive momentanément en faire suspendre l’emploi, c’est une souffrance du conduit alimentaire donnant lieu à des vomissements et à de la diarrhée.
y. Frictions iodées. — On a constaté précédemment la fréquence d’adhérences entre ia surface pulmonaire et les parois costales : d’un autre côté, M. le professeur INatalis Guillot a démontré d’une manière remarquable qu’il s’établit alors une circulation supplémentaire ( Description des vaisseaux particuliers qui naissent dans les poumons tuberculeux ; journal l’ Expérience, 1838, t. 1). C’est en
mettant à profit l’existence de ces deux phénomènes , qu’on cherche à faire pénétrer l’iode dans le parenchyme pulmonaire, en faisant chaque jour, sur la région malade, des frictions avec la teinture d’iode. Il faut éviter de faire trop souvent la friction dont il s’agit , exactement sur le même point : il pourrait survenir des excoriations et même des ulcérations de la peau.
Tels sont les moyens que l’on peut considérer, à bon droit, comme spécifiques de la pneumophymie , et c’est en faisant usage de ces agents qu’on a obtenu les succès relatés plus haut.
E. A côté de ce traitement curatif, il existe un traitement hygiénique ou prophylactique; je n’en dirai que quelques mots. Au premier rang, il faut insister sur un régime essentiellement réparateur ; j’ai déjà insisté sur ces conditions diététiques, et j’ai signalé ailleurs (De l' Abstinence dans les maladies, Moniteur des hôpitaux , décembre 1855) que les phthisiques soumis à l’abstinence, soit volontairement., soit par la prescription du médecin, succombent très-souvent au milieu des désordres de l’inaniliation. Cette nourriture, éminemment réparatrice, consiste en viandes rôties et grillées, en vin généreux. Le malade ne fera pas d’exercice disproportionné avec ses forces; il évitera toute espèce de refroidissement; car il est un fait qui ne doit jamais être perdu de vue dans la pathologie des affections respiratoires, fait que M. Edwards a déjà constaté (De l’Influence des acjents physiques), et que moi-même j’ai démontré par des expériences sur les animaux (Recherches sur l’action physiologique des bains, mémoire présenté à l’Institut, mars 1855). Or ce fait, le voici : lorsque l’équilibre entre les fonctions respirr' 3ires et cutanées se trouve rompu par l’effet d’un refroidissement , c’est toujours vers l’appareil pulmonaire que les désordres pathologiques ont leur summum d’intensité. Il n’est pas nécessaire d’insister longuement sur ce phénomène; on y voit suffisamment l’importance des soins hygiéniques dans le but de prévenir toute espèce de refroidissement. Si maintenant on se rappelle qu’on peut produire
la phthisie , aussi bien que la scrofule, artificiellement , par de mauvaises conditions d’habitation et d’alimentation , que chez les animaux constamment à l’étable on voit se développer des affections tuberculeuses, que chez les singes on a pu enrayer la marche de la phthisie ou en prévenir les manifestations en modifiant leur nourriture, il devient superflu de faire observer qu’indépendamment des moyens spécifiques , il y a toute une série de soins qui ne doivent jamais être négligés , et qui sont d’une importance non moins remarquable que les agents médicamenteux.