Y. — FARADISATION
Dans une affection dont l’ascite constitue un des principaux accidents, il nous paraît intéressant de rappeler la possibilité de sa résorption par l’emploi de l'électricité.
Solfanelli (en 180(3) paraît être le premier à l’avoir employée sur le conseil de Tripier, et précisément contre une ascite par cirrhose atrophique. Il appliqua un pôle sur les lomhcs, et' promena l’autre sur l’abdomen ; le résultat fut surprenant, la diurèse augmenta rapidement, le ventre diminua de volume, et en quatre séances l’ascite avait disparu. Glan (en 1878) soigna un malade analogue atteint d’anasarque, et auquel l’on avait pratiqué deux ponctions ; il obtint la polyurie et la disparition, au moins passagère, de l’ascite. KarpolT, chez un malade soigné vainement depuis 3 ans par toutes sortes de remèdes, obtint un succès partiel, la circonférence du ventre diminua de 17 centimètres. Sigrist et Limbert obtinrent la disparition de l’ascite dans deux cas de cirrhose. Muret (Revue cle médecine , 1888) cite de nombreux cas de guérison de l’ascite due à une péritonite chronique, à une tumeur de la rate, à l’albuminurie.
D’après Tripier, il faut employer un courant assez fort pour déterminer des contractions musculaires, surtout quand le ventre est très
distendu : on peut faire quatre séances par jour, de iO minutes environ, dans l’intervalle desquelles le repos au lit n’est pas nécessaire. Lorsque les séances n’ont pas lieu tous les jours, on est frappé de voir que la polyurie n’existe que les jours de faradisation, tandis que les autres jours le ventre ne diminue pas do volume.
Le mécanisme de ces résultats est inconnu ; Erb l’attribue à l’excitation des plexus nerveux abdominaux, mettant en action les vaisseaux absorbants ; Clan le rapporte à une action mécanique des muscles abdominaux, soumettant le liquide comprimé à une sorte d’aspiration par les lymphatiques du diaphragme; Gerhardt croit à une excitation directe des nerfs des plexus rénaux ; ce sont là des hypothèses, un fait certain, c’est que la faradisation, comme la digitale d’ailleurs, n’est pas diurétique et n'amène pas de polyurie chez un individu bien portant.
YI. — PARACENTÈSE
Nous avons omis de parler jusqu’ici de cette opération qui constitue cependant un adjuvant utile, souvent indispensable, du traitement de la cirrhose. Elle fut faite, plus ou moins fréquemment, dans la moitié environ des cas que nous rapportons; parmi ceux de M.I jancereaux, nous ne la voyons pratiquée qu’une fois, car le régime lacté lui suffit généralement pour faire disparaître l’ascite. M. Semmola pense aussi qu’elle est le plus souvent inutile; sa pratique touchant le moment et la quantité de la ponction mérite d’être signalée. Il commence toujours par laisser ses malades, pendant plus d’une semaine, au régime lacté ; si à ce moment l’ascite n’est pas en voie de résorption, il retire par la ponction 3 ou 4 litres de liquide ; généralement le lait produit alors son effet, et l'ascite diminue; si de nouveau son action curative paraît suspendue, il recommence une petite ponction, suivie habituellement encore de la régression de l’ascite. Cette méthode des ponctions partielles paraît rationnelle et très recommandable ; en effet, nous voyons qu’elle suffit, jointe au régime lacté, à faire résorber l’ascite ; d’autre part elle évite le principal danger de la paracentèse, un plus grand affaiblissement des sujets cachectiques : car le sang doit fournir à nouveau les matières constituantes du liquide ascitique, qui généralement ne tarde pas à se
reproduire après une ponction totale. C’est un fait d observation journalière, que de voir des cirrhotiques mourir 12 ou 24 heures après une dernière ponction totale, alors que leur état ne faisait pas encore prévoir une fin aussi prochaine: comme si cette opération avait déterminé subitement une rapide déperdition de leurs forces, et causé leur mort.
Il semble aussi, dans les cas où l’amélioration ne survient pas malgré tous les moyens thérapeutiques employés, qu'il soit sage de ne pas tarder à pratiquer une ponction de quelques litres, car cette opération paraît d’autant mieux supportée que l’état cachectique est moins avancé, et elle soulage toujours le malade, en diminuant la compression mécanique du liquide sur les reins, les vaisseaux portes et le diaphragme.
On a soutenu que l’abondance et la reproduction rapide de l’épanchement indiquaient une évolution particulièrement grave et même fatale de la cirrhose. Bien des observations prouvent que cette opinion est erronée, et que la curabilité est possible, même après que les ponctions ont retiré une quantité, souvent énorme, de liquide ; dans le cas de Lyons, il y eut 36 ponctions de 15 litres en un an et demi, dans celui de Duhamel on en pratiqua 53, et cependant leurs malades finirent par guérir.
Nous pensons donc qu’il ne faut pas redouter cette opération, surtout quand on se borne à la faire partielle, mais qu’il faut toujours commencer par chercher à l’éviter, en mettant le malade au régime lacté. Le lait paraît en effet la base fondamentale du traitement de toute cirrhose alcoolique, quel que soit le volume de la glande. Un fait absolument certain ressort de la lecture de nos observations: c’esl que des foies atrophiés (20 cas environ) aussi bien que des foies hypertrophiés (30 cas environ) existaient chez les cirrhotiques dont les accidents ont disparu. Bien souvent au lit du malade il est impossible, derrière l’ascite, d’apprécier le volume du foie ; mais lorsqu’on peut affirmer une cirrhose alcoolique, cette appréciation, croyons-nous, n’ajouterait rien ni à la connaissance de la lésion anatomique, ni au traitement à instituer, ni même au pronostic, quoi qu’on en ait dit. Rappelons en finissant les encourageantes paroles de M. Lanccreaux (Bulletin médical, 22 mars 1890) :
« Autrefois qui disait cirrhose hépatique, disait fin prochaine et
fatale. Aujourd'hui je pense (pie non seulement cette maladie peut être enrayée, mais que les cas de guérison sont relativement fréquents, car depuis une dizaine d’années j’en ai vu mourir fort peu et je compte pour le moins, 40 à 50 guérisons. Si vous avez la chance d’intervenir au début, quand les phénomènes sont peu accusés et que la santé générale n’est pas encore ébranlée, et si le malade se prête à votre traitement, vous aurez le plus souvent des succès. »