OBSERVATIONS
I. — Cas de congestion du foie sans ascite suivis d’amélioration .
Observation I
M. Glénard, de Vichy, in Th. de Françon, p. 143. — Congestion hépatique à la suite d'excès alcooliques. — Foie volumineux, sensible. —
Amélioration.
B..., 26 ans, commissionnaire en vins, vint nous consulter le 20 juillet 1883.
Depuis quelques années, il éprouve des troubles digestifs assez prononcés: anorexie, nausées, lenteur de la digestion; tous les matins, il a la pituite ; fréquemment, après les repas, il ressent une sensation douloureuse au niveau du foie; un peu de constipation.
Il n’a eu ni syphilis, ni impaludisme et jouit d’une santé relativement assez bonne; légère teinte subiclérique.
Son foie mesuré présente un énorme développement; il déborde de plusieurs travers de doigt le rebord des fausses côtes; il est sensible à la pression ; la rate est un peu plus grosse qu’à l’état normal.
Rien au cœur ni aux poumons.
Les urines ne renferment ni sucre ni albumine; pende pigment biliaire.
Traitement. — Régime lacté; laxatifs salins.
8 août. Le malade va partir beaucoup amélioré; l’appétit est meilleur, les digestions moins pénibles, et le volume du foie a beaucoup diminué; il ne dépasse plus que d’un travers de doigt le rebord costal; il est moins sensible à la pression.
Observation II
M. le professeur Mayet, in Th. de Françon, p. 143. — Hépatite alcoolique subaiguë avec hypertrophie du foie. — Guérison rapide par ventouses scarifiées, vésicatoires, purgatifs.
M... (Benoît), 48 ans, entre le 26 août 1886, salle Sainte-Jeanne, n° 17, dans le service du Dr Mayet.
Rien à noter du côté de l’hérédité. Pas de scrofule dans l’enfance, pas de rhumatisme, ni de syphilis. Habitudes alcooliques: il boit un litre de vin et trois ou quatre petits verres de liqueur par jour.
Aurait eu la dysenterie et la fièvre intermittente pendant qu’il faisait son service en Afrique; mais n’aurait jamais rien éprouvé depuis qu'il est revenu en France. Depuis deux mois, troubles digestifs, sensation de brûlure dans la région épigastrique ; quelques vomissements pituiteux le matin ; parfois aussi, vomissements alimentaires après les repas.
Membres inférieurs œdématiés; un peu d’ascite.
A la percussion de l’abdomen, on trouve le foie très augmenté de volume: il déborde les fausses côtes de 7 à 8 centimètres, le lobe gauche s’avance à l’épigastre au delà d’une ligne verticale passant par le bord gauche du sternum.
Teinte ictérique très accusée.
Un peu d’obscurité de la respiration. Rien au cœur.
L’urine contient des pigments biliaires et peut-être un peu d’albumine.
Traitement. Lait, eau de Vichy; ventouses scarifiées sur la région hépatique. Prises de calmnel et de jalap.
30 août. L’urine contient moins de pigments biliaires et pas d’albumine.
Le foie a diminué de volume; la matité ne dépasse plus le rebord costal que de 3 centimètres.
10 septembre. La matité hépatique est encore moins considérable; la teinte ictérique des téguments tend à disparaître.
Le 20. Le malade demande à sortir. Il est en très bon état; il n’y a plus qu’une légère teinte subietérique des conjonctives.
Ce malade, revu quelques mois plus tard se portait très bien ; il n’avait plus d’ictère eL ses fonctions digestives étaient très régulières.
Observation III
M. le professeur Mayet, in Th. de Françon, p. 144.— Hépatite alcoolique
subaiguë guérie.
D... (Eugène), 21 ans, entre le 8 décembre 1871, salie Saint-Polhin, n° 48. Mère morte d’une maladie de cœur. Père et plusieurs sœurs bien portants. A toujours joui d’une bonne santé; ni syphilis, ni rhumatisme; a fait des excès alcooliques depuis un an environ.
Fièvre typhoïde l’année dernière, alors qu’il était militaire, et depuis troubles digestifs.
Début de l’affection actuelle il y a cinq jours ; à la suite d’une indigestion, apparition d’une douleur dans la région de l’hypocondre droit, s’exaspérant dans les grandes inspirations. Teinte ictérique des téguments.
Peau un peu chaude ; pouls précipité; le malade tousse un peu depuis quelques jours; râles muqueux disséminées dans les deux poumons. Rien au cœur.
Régime lacté; lavement laxatif.
13 décembre. Diminution de l’ictère; à la percussion, la matité hépatique commence à la cinquième côte sur la ligne mamelonnaire, et dépasse le rebord coslal de G centimètres.
Les urines renferment des pigments biliaires, mais ne contiennent ni sucre, ni albumine.
Le 19. La pression n'est plus aussi douloureuse dans l’hypoeondre droit, et le volume du foie tend à diminuer.
Pastilles de potasse sur le rebord des fausses côtes droites.
2 janvier. La matité hépatique diminue d’étendue; l’ictère est presque complètement disparu ; les matières sont colorées normalement.
10 février. Le foie a considérablement diminué de volume. Il ne dépasse plus les fausses côtes sur la ligne mamelonnaire droite; le lobe gauche ne s’avance que jusqu’à l’épigastre.
Le 14. Le malade sort en bon état, n’éprouvant plus aucun malaise dans la région du foie.
Observation IV
M. le professeur Mayet, in Th. de Françon, p. 145. — Hépatite alcoolique
interstitielle. — Catarrhe des voies biliaires. — Am élioralion. ((Jomnui-
muniquée par M. Mayet.)
D... (Ferdinand), 02 ans, employé, entré salle Saint-Jean, n° 15, service du Dr Mayet, le 6 juin 1882.
Pas d’antécédents héréditaires.
Fièvre typhoïde pendant son service militaire; pas de syphilis. Excès alcooliques très prononcés.
Début de l’affection actuelle il y a six semaines, par une diarrhée très abondante; puis perte de l’appétit; affaiblissement progressif, et depuis huit jours teinte ictérique assez accusée.
Actuellement, ictère généralisé; dilatation des vésicules du dos et des ailes du nez.
Langue rouge ; inappétence absolue.
Abdomen volumineux; réseau veineux sous-cutané manifeste ; cependant, pas d’ascite; la pression est douloureuse sur l’abdomen au niveau de l’hypocondre droit; la matité hépatique est très étendue; elle dépasse les fausses côtes de trois travers de doigt, occupe toute la région épigastrique, qui est tendue et douloureuse, et s’avance jusqu’au rebord costal gauche.
Un peu d’emphysème pulmonaire; rien au cœur.
Huit ventouses scarifiées sur la région hépatique. Eau (h* Vais.
10 juin. Urines colorées en rouge foncé; pigments biliaires abondants; pas d’albumine.
Vésicatoire sur la région hépatique; prises de calomel et jalap.
Le 13. La matité hépatique remonte jusqu’à la sixième côte, sur la ligne ma-
mclonnaire ; la pression sur le foie est encore douloureuse; l'ictère tend à disparaître; nouveau vésicatoire.
Le 25. Le malade vient d’avoir la diarrhée ; le volume du foie diminue, surtout au niveau du lobe gauche, qui occupe moins d’étendue; la palpation y éveille encore un peu de douleur.
2 juillet. La diminution du volume du foie s’accentue, il dépasse à peine de deux travers de doigt le rebord des fausses côtes ; le malade ne se plaint que d’une grande faiblesse et de sueurs profuses.
Le 25. Il part en convalescence, très amélioré.
Janvier 1884. Le malade a fait un séjour à l’hôpital au mois de juillet 1883, à la suite d’une contusion hépatique, mais il n’est resté que quelques jours; il a repris ses habitudes alcooliques, et revient le 4 janvier, se plaignant d’une douleur au niveau du foie.
Le 9. La matité hépatique est 1res étendue, le foie dépasse les fausses côtes de trois travers de doigt; l’organe est dur cl douloureux à la pression, l’ictère très peu accusé; pas de pigments biliaires, ni d’albumine dans les urines, qui présentent une teinte rouge très prononcée.
Du mois de janvier au mois de mars, le malade a toujours présenté de la sensibilité à la pression dans l’hypocondrc droit, coïncidant avec une matité hépatique considérable. Des ventouses scarifiées, des vésicatoires répétés n’amenaient qu’une amélioration passagère.
26 mars. On lui prescrit l’iodure de potassium.
15 avril. Le foie a beaucoup diminué de volume et la douleur à la pression est beaucoup moins accusée.
Le 25. Le malade quitte l’hôpital, le foie présente scs dimensions normales, cl la palpation à son niveau n’est nullement douloureuse.
Observation V
M. le Dr Bucquoy (due à l’obligeance de M. Raoult, interne du service).
Le nommé Lamarche (Michel), âgé de 48 ans, entre à l’Hôtel-Dieu le 31 mars 1890, salle Saint- Augustin, lit n° 28.
Antécédents héréditaires. — Nuis.
Antécédents personnels. — Manifestations scrofuleuses dans l’enfance. A 9 ans, il est atteint de fièvre typhoïde. De 15 à 18 ans il contracte des habitudes d’alcoolisme qui cessent à cette époque pour reprendre à l’âge de 25 ans. Le malade buvait surtout du vin, de l’eau-de-vie et de l’absinthe. A 32 ans, il cesse de boire pendant très peu de temps, puis se remet à absorber deux litres de vin par jour, mais en abandonnant toutefois l’usage de l’alcool. A 38 ans, il aurait contracté la syphilis ; mais il s’est à peine soigné et n’a ressenti aucun accident secondaire ou tertiaire.
En 1887, le malade éprouve des douleurs assez violentes dans la tète, la poitrine, le dos, les épaules et surtout dans le côté gauche. Scs digestions étaient difficiles, accompagnées d’une sensation de pesanteur, de malaise et d’assoupis-
sèment ; il avait des vomissements pituiteux, mais non sanguinolents ; les selles, régulières, étaient très noires au dire du malade ; épistaxis abondantes ; peau un peu jaunâtre occasionnant des démangeaisons.
En même temps, il était sujet aux vertiges, aux éblouissements, aux bourdonnements d’oreille; de temps en temps, à l’occasion d’une contrariété, il avait quelques attaques épileptiques, pendant lesquelles il se mordait la langue. Il était tourmenté par des insomnies et des cauchemars.
En cette même année 1887, il entre à l’Hôtel-Dieu, salle St- Augustin, ou l’on diagnostique une cirrhose. Il n’y avait pas d’ascite ; pas d’œdème des membres inférieurs. Circulation collatérale supplémentaire très apparente sur l’abdomen, surtout à droite. Plexus veineux épigastrique très développé.
Le malade est mis au régime lacté et traité par l’iodure de potassium et le bicarbonate de soude. Au bout de quinze jours il peut reprendre son travail. Il continue à boire du vin en grande quantité et revient à l’Hôtel-Dieu en 1889. Admis de nouveau à la salle St-Augustin, le malade suit le même régime et en sort au bout de quinze jours.
Il est rentré cette année dans la même salle. Il se plaignait de douleurs dans le côté gauche, dans les reins et dans les jambes, accompagnées souvent de crampes dans les mollets. Il ressentait encore des douleurs vagues dans les épaules et les cous-de-pied. Les vomissements pituiteux persistaient.
A l’examen, on remarque un abdomen assez développé par adipose de la paroi, des varices épigastriques très nettes, mais pas d’ascite. La tête de méduse existe au-dessus de l’ombilic, et on voit aussi des varicosités très nettes jusqu’aux veines mammaires externes.
Le foie est petit à la percussion. C’est à peine s’il s’étend depuis la 6e côte en haut jusqu’à un travers de doigt au-dessus du rebord des fausses côtes.
Il n’y a pas de varices des membres inférieurs.
Le malade se plaint également d’affaiblissement de la vue; il a de temps en temps des nuages devant les yeux, il éprouve des vertiges, des éblouissements, parfois aussi des bourdonnements d oreille. Il a des cauchemars la nuit, du tremblement des mains, mais pas d’anesthésie. Il a eu encore une attaque d’épilepsie il y a un mois.
Le malade est en somme bien portant, à part les douleurs de névrite périphérique des membres inférieurs et des bras. Légère augmentation des réflexes patellaires. Il est mis au régime lacté partiel et traité par l’iodure do potassium.
Le malade sort de l’hôpital le 14 avril.
— Cas de disparition des accidents hépatiques chez des malades qui ont été perdus de vue.
Observation VI
Gaspard Griswold. New- York medical Journal, 1880, p. 47. — Cirrhose du foie ; ascile ; urine peu abondante. Traitée avec succès par le lait après l’insuccès des diurétiques.
Veuve F. B..., 23 ans, domestique, est admise le 1er novembre 1879. Excès de spiritueux depuis 3 ou 4 ans. Il y a quelques mois, elle présenta des troubles digestifs variés, nausées, vomissements, diarrhée. Pas d’hématémèses, ni d’hémorrhagies rectales. Apparition d’un léger ictère ; développement de l’abdomen dû à une ascite, bientôt accompagnée de l’œdème des membres inférieurs.
Au moment de son admission, la malade était très faible, n’avait pas d’appétit, et était essoufflée au moindre mouvement ; ascite et œdème très marqués. A la percussion, la rate était augmentée et le foie diminué de volume ; léger ictère ; les selles étaient encore colorées par la bile ; pas de constipation ; urines foncées, alcalines, densité 1030, ni albumine, ni cylindres. Infusion de digitale.
En présence de l’accroissement de l’ascite, ponction le 20 novembre ; à cause de la faiblesse de la malade on dut suspendre l’opération après l’issue de six pintes de liquide, et le ventre resta distendu. Mais l’ascite se reproduisit très rapidement, malgré l’emploi de la digitale et de l’acétate de potasse. Comme l’épanchement était plus abondant qu’à la première ponction, et que les diurétiques ne produisaient aucun résultat, on institua la diète lactée exclusive.
9 décembre. Augmentation de la quantité des urines.
Le 10. Diminution rapide de l’ascite et de l’anasarque ; disparition de l’ictère ; retour de l’appétit. Amélioration très marquée.
Observation VII
Pel. Nederl., Tydschr,v. Geneesk, 1882. — Remarques sur le diagnostic
et l'évolution de la cirrhose.
Pel cite le fait d’un matelot de 49 ans, adonné depuis plusieurs années aux excès alcooliques, chez lequel survinrent des troubles digestifs, de l’ascite et de l’œdème des extrémités. Le malade, cachectique, avait une ascile considérable; de la circulation supplémentaire à l’épigastre ; de l’œdème des pieds ; aucun ictère. La diurèse était diminuée (250 à 500 c.c.) ; plus tard selles hémorrha-
giqucs. Tout à coup, la diurèse augmenta, cl au bout de 14 jours les phénomènes d’engorgement avaient disparu, ainsi que la circulation complémentaire. Le malade eut encore une pleurésie du côté droit, puis il se rétablit assez complètement pour pouvoir se rembarquer.
Observation VIII
M. Fernand Giraud. Marseille médical, 1883, p. 106. — Ascite à frigore chez un cirr ho tique . — Guérison par le régime lacté au bout de 3 mois.
X..., 51 ans, a été contremaître dans une brasserie, actuellement contrôleur àl’Aleazar; entre le 22 septembre à l’hôpital de la Conception. Il y a deux ans, pleurésie; la maladie actuelle débuta il y a 15 jours, à la suite de fatigues et d’ennuis. A son entrée, état fébrile léger, langue saburrale, pas d’appétit, soif vive; abdomen volumineux, ascite considérable ; léger œdème des membres inférieurs, qui aurait débuté en même temps que la tuméfaction de l’abdomen. Cœur dévié à droite, sans altération organique. Légère congestion aux bases des poumons; l’abondance de l’épanchement empêche de délimiter le foie. Urines rouges, sédimenteuses, sans albumine. Malgré les purgatifs drastiques et les diurétiques le ventre augmente, le malade s’amaigrit. Le 4 octobre une ponction devenue nécessaire, donne issue à 10 litres de liquide. Pas d’amélioration, l’ascite se reforme, inappétence, amaigrissement. Le 20 octobre, diète lactée ; le malade reprend des forces et de l’embonpoint; le 26 novembre l’essai d’un autre régime fait reparaître les accidents ; le malade reprend la diète lactée, et en janvier 1883 il sort en bonne santé, capable de reprendre ses occupations.
Observation IX
Bard, in Mémoire de Blanc. Province médicale, 19 février 1887.
Femme de 39 ans, alcoolique, depuis une année surtout ; ascite très prononcée ; matité hépatique diminuée. Rien aux poumons, rien au cœur: 23 ponctions.
La dernière ponction a eu lieu le 3 juillet 1886. Le 26 décembre, la malade quittait l’hôpital parfaitement bien portante, sauf quelle avait une hernie ombilicale, qui s’est produite pendant sou ascite et quia présenté à plusieurs reprises des accidents d’étranglement.
Observation X
Gooding. British med. Journal, 9 octobre 1886, p. 676. — Notes sur
deux cas de cirrhose du foie.
X..., 55 ans, blanchisseuse. Amaigrissement considérable; ictère; troubles digestifs; épanchement ascitique très développé, gênant la respiration.
Il se charge de la soigner, à condition qu’elle lui obéira ponctuellement ; son premier ordre fut l’abstention complète d’alcool.
Au bout d’une semaine, la respiration devint si difticile qu’il fait une première ponction, qui donna issue à un plein seau de liquide. Nouvelle ponction au bout de six semaines. Dans l’intervalle, la malade prenait des petites doses de calomel, ce qui détermina une salivation qu’on respecta.
Après la seconde ponction, le liquide ne se reproduisit plus. On cessa l’usage du mercure, et, au bout de peu de jours, lorsque toute salivation eut disparu, on prescrivit l’acide chlorhydrique et les amers.
Retour de l’appétit, disparition de l’ictère, les forces reviennent et la malade prend de l’embonpoint.
Observation XI
M. Troisier . Communication à laSociefc médicale des hôpitaux de Paris,
9 juillet 1886. — Disparition de l'ascite , a la suite d'une diurèse abondante, dans un cas de cirrhose probable du foie.
Le malade est un homme de 56 ans, qui entra dans mon service à l’hôpital Saint-Antoine, le 27 mai dernier. Depuis quelques jours il s’était aperçu que son ventre augmentait de volume et que ses pieds s’œdémaliaient. L’ascite était évidente, on obtenait la sensation de flot d’une façon très nette. Les veines superficielles des parois latérales de l’abdomen étaient appréciables à la vue et manifestement dilatées. Il n’y avait pas de troubles des fonctions digestives, l’appétit était conservé. Cependant, il y avait de l’amaigrissement et le faciès rappelait assez bien celui que l’on observe dans la cirrhose du foie. L’urine était rare, foncée et sédimeuteuse; elle ne contenait ni albumine, ni sucre, ni pigments biliaires. Pas de lésion cardiaque.
Dans les jours qui suivirent, l’ascite augmenta d’une façon assez rapide, le ventre se tuméfia de plus en plus; la masse intestinale était refoulée vers la région sus-ombilicale, il existait de la gène respiratoire; on pouvait évaluer à sept ou huit litres la quantité de liquide épanché dans l’abdomen.
Le 1er juin, on constata que l’œdème des membres inférieurs était un peu moins prononcé. C’était un œdème mou qui n’avait jamais dépassé les genoux.
Jusqu’alors le malade avait été purgé deux fois avec de l’eau-de-vie allemande, et on lui avait administré le calomel à doses fractionnées ; son alimentation se composait de quatre degrés.
Le 3 juin, je prescrivis le régime lacté exclusif (2 litres de lait) ; à partir de ce moment, l’urine,, (pii la veille encore était rare (demi-litre), devint très abondante.
Le 4, la quantité émise s’éleva à 3 litres ; le 5 et le 6, elle fut de 5 litres 1/2 ; le 8, de 2 litres; le 9, de 3 litres 1/4; le 10, de 2 litres 1/2. En même temps, l’ascite diminuait d’une façon surprenante. A la date du 10 mai, ou ne pouvait la constater que dans les parties déclives, en examinant le malade dans le déçu-
bilus latéral ; le 25, elle avait complètement disparu, ainsi que l’œdème des membres inférieurs.
La diurèse cessa vers le 20 ; du reste à ce moment on supprima le régime lacté.
L’ascite ne s’est pas reproduite, et aujourd’hui, le malade sent que les forces reviennent ; il prétend qu’il augmente de poids (il pèse GO kilogrammes), son appétit reste excellent et ses digestions sont parfaites.
Le foie paraît augmenté de volume. Il ne déborde pas les fausses côtes et la matité hépatique ne dépasse pas sensiblement les limites normales (elle est de 9 centimètres au niveau de la ligne mamelonnaire) ; mais la région hypocondriaque est élargie dans son ensemble, et la mensuration faite à la base du thorax donne une différence de 4 centimètres en faveur du côté droit.
La rate est certainement hypertrophiée; il est facile de la délimiter, la matité splénique mesure 6 à 7 centimètres dans le sens vertical.
La dilatation des veines sous-cutanées abdominales a disparu.
Observation XII
M. Bucquoy. Communication à la Société médicale des hôpitaux de Paris.
Séance du 10 décembre 188G.
1° Il s’agit d’un marchand de vin du voisinage de l’hôpital Cochin, alcoolique invétéré, près duquel je fus appelé pour juger si la ponction abdominale pouvait être pratiquée sans danger, malgré l’état général alarmant et la cachexie avancée. Jugeant que cet homme n’avait plus que quelques jours à vivre, je dissuadai de recourir à la ponction. Or, six semaines après, il venait à ma consultation à l’hôpital, complètement vidé, à tel point que je ne le reconnus point au premier abord.
Pendant deux ans, je l’ai aperçu, de temps en temps, sur le pas de sa porte, paraissant jouir d’une parfaite santé. Qu’est-il devenu par la suite ? je l’ignore; mais j’ai pu suivre la guérison apparente de sa cirrhose pendant plus de deux années.
2° Un autre malade de la ville, qui eut recours à l’homœopathie parce qu’il était découragé de n’obtenir aucune amélioration de sa maladie consistant en une cirrhose alcoolique des plus nettes, avec ascite considérable, vit également les accidents disparaître et son épanchement abdominal se résorber rapidement.
3« Chez un malade de ma clientèle, commerçant en vins, alcoolique renforcé, arrivé à la période ultime d’une cirrhose atrophique, l’ascite qui avait un volume énorme disparut également, et j’assistai à la guérison complète. Je dis guérison, mais il est bien entendu que, dans les faits de ce genre, je formule de prudentes réserves. Ces malades paraissent guéris puisque les accidents dont ils souffraient cessent entièrement, que l’épanchement péritonéal disparait, qu’ils peuvent reprendre leur vie habituelle, et cela pendant un temps parfois fort long; mais que deviennent-ils plus lard ? Les mêmes accidents ne se repro-
duisent-ils pas ? Il faudrait pouvoir les suivre pendant très longtemps pour être lixé à cet égard.
Observation XIII
M. Joffroy communique à la Société médicale des hôpitaux , quatre cas d’individus alcooliques atteints d’ascite au cours d’une affecdu foie.
1. — Lorsque j’étais médecin de l’infirmerie centrale à la prison delà Santé, j'ai vu un ivrogne qui présentait une ascite notable et qui sous l’influence du régime lacté et de la suppression forcée des liquides alcooliques ne tarda pas à guérir.
2. — Lorsque je remplaçais le professeur Germain Sée à l'Hôtel-Dieu, je me crus autorisé dans une clinique à annoncer que nous verrions guérir, sous l’influence du régime lacté, un malade du service atteint d’hépatite alcoolique avec ascite ; l’événement justifia mes prévisions, et 15 jours plus tard l’ascite avait disparu.
3. — Je connais un malade qui présenta une ascite assez considérable pour faire songer à la ponction; le régime lacté fut institué et suivi régulièrement. Depuis, j’ai souvent revu le malade qui est complètement guéri.
4. — J’ai examiné cette année à la consultation de la Salpêtrière un marchand de vin ; il avouait prendre chaque jour une trentaine de petits verres, et du vin sans compter. Il était atteint d’une hypertrophie considérable du foie. Je lui dis que s’il ne renonçait pas à ses habitudes alcooliques, il mourrait en peu de temps. Six semaines plus tard il revint à la consultation, très amélioré, le foie avait manifestement diminué de volume. Il m’avoua qu’effrayé par mes menaces, et sachant qu’il ne pouvait cesser de boire qu’en renonçant à sa profession, il avait vendu son fonds de commerce, et depuis lors n’avait bu que de l’eau. Je le revis un mois plus tard, sa santé était très satisfaisante, je constatai «pie le foie dans l’espace de 2 ou 3 mois avait diminué environ de 12 à 15 «entimètres de volume.
Observation XIV
Due l’obligeance de M. Lancereaux, résumée dans sa commmunication à l’Acad. de médecine, 30 août 1887. — Cirrhose alcoolique. — Ascite. — Augmentation de volume du foie sans ictère. — Purpura symétrique des deux jambes. — Œdème des jambes. — Acné symétrique du front , des joues et du nez. — Alcoolisme par le vin.
Corceyn, Charles, âgé de 41 ans, typographe, entre à l’hôpital de la Pitié le 16 janvier, dans le service de M. Lancereaux, salle Piorry, lit n» 30. Depuis 1870, il est soigné comme dyspeptique.
Ce malade, alcoolique avéré, a depuis deux ans des pituites vertes, des cram pes dans les jambes, des insomnies, des réveils en sursaut, et des rêves professionnels. Il a aussi des sueurs nocturnes, surtout au niveau des jambes. Il pre-
nait du vin dès son premier déjeuner du matin ; à 20 ans, il buvait jusqu’à cinq ou six litres de vin par jour, mais dans ces dernières années il n’en prenait plus que deux litres et demi à trois litres.
On constate l’existence d'une hyperesthésie plantaire marquée concomitante à une diminution symétrique de la sensibilité aux jambes, avec zone hyperesthésique à la limite. Le mêmes modifications se reproduisent dans les membres supérieurs. Les deux jambes sont piquetées d’un purpura manifeste, et les membres inférieurs sont dans leur ensemble œdématiés et variqueux. Le malade est tourmenté par un ardent prurit des jambes ; il n’a point de hernie, ni d’hémorrhoides.
L’abdomen volumineux est considérablement météorisé, surtout dans sa moitié supérieure, et présente à sa suface de légers (ilels veineux à droite et à gauche, au niveau des hypoeondres. La percussion pratiquée méthodiquement donne un son tympanique dans toute l’étendue du ventre. Néanmoins, si l’on incline le malade d’un côté, on perçoit à la partie déclive un bruit hydroaérique qui révèle la présence de liquide dans la cavité péritonéale.
Le foie est considérablement augmenté de volume ; il mesure 21 centimètres au niveau de la ligne mammaire. Par le palper, il est possible en déprimant ta paroi abdominale de sentir le parenchyme du foie dur, inégal, et libre d’adhérences. Son bord inférieur dépasse de quatre travers de doigt les fausses côtes.
La percussion permet de conclure que la rate est aussi augmentée de volume.
Le cœur et les poumons ne présentent aucun trouble fonctionnel.
La coloration de la peau de la face est normale. On note seulement l’existence d’acné symétrique du nez, des joues et du front, laquelle date, au dire du malade, d’une dizaine d’années. Il est en outre atteint de calvitie. Son poids est de 85 kilogrammes; ses urines présentent une coloration normale, une réaction neutre, leur densité est de 1010, elles ne contiennent ni sucre ni albumine.
On prescrit comme traitement le lait, les douches et l’iodurede potassium.
Le 25 janvier, le malade se plaint de douleurs violentes dans le ventre et les reins.
La circulation collatérale ne paraît pas s’accentuer.
L’ascite reste stationnaire, sans augmentation ni diminution du liquide. Il en est de même pour l’œdème, qui n’a pas de tendance à augmenter.
10 février. Il continue à se plaindre de vives douleurs dans le ventre.
Les urines sont abondantes, B, 500 gr. en une journée, leur réaction est toujours neutre, leur densité 1010. Mais la quantité d’urée est sensiblement abaissée, 0 gr. BO, par litre, au lieu de 15 gr. Elles ne contiennent ni albumine ni sucre.
Le 15. Les douleurs rénales ont cessé, cl les douleurs abdominales persistent seules. L’abdomen est toujours météorisé, et on est obligé de dépi imer très fortement sa paroi, pour arriver sur le foie que l’on sent toujours dur et qui dépasse de quatre travers de doigt les fausses côtes.
-ss-
ii existe toujours un peu d’ascite et le ventre mesure, au niveau de l’ombilic,
I mètre de circonférence.
Le malade ne pèse plus que 83 kilogr. 500, il a donc perdu 1 kilogr. 500, dont il faut peut-être attribuer la disparition à l’absence à peu près complète d’ascite. L'œdème des jambes et des malléoles n’existe plus, ou est peu marqué.
5 mars. Le malade se plaint d’avoir souffert de coliques tellement intenses qu’il dit n’avoir pas encore autant souffert depuis le début de sa maladie.
Le 15. Le malade ne pèse plus que 82 kilogr. Mais, d’un autre côté, les douleurs abdominales ont disparu, le liquide ascitique s’est résorbé ou tout au moins n’existe plus qu’en très petite quantité. Le ventre est toujours météorisé. La composition des urines est la même qu’au début.
3 mai. Le malade n’éprouve plus de douleurs, mais il se plaint de n’avoir pas de force dans les membres, et d’être fatigué par le moindre effort. A cette date son poids est de 86 kilogr., c’est-à-dire qu’il a augmenté de 4 kilogr. en un mois et demi.
15 juin. Il continue à bien aller, et n’éprouve plus qu’à de rares intervalles, quelques douleurs dans le ventre ; le liquide est tout à fait disparu, mais le météorisme persiste.
Le poids du malade continue à augmenter, et on constate que le 6 juillet, six mois environ après son entrée dans le service de M. Lancereanx, il a augmenté de G kilogr.
L’œdème des pieds s’est aussi effacé ; il persiste seulement au niveau de la crête du tibia un très léger œdème nerveux. Toutefois le météorisme reste toujours le même.
Le foie a diminué de volume: il ne dépasse plus que de deux forts travers de doigt les fausses côtes. Il mesure encore 19 centimètres au niveau de la ligne mammaire. Au niveau de la ligne axillaire, il déborde à peine les fausses côtes.
La rate est redevenue normale.
Le purpura des jambes s’est effacé, mais l’acné des joues, du front et du nez persiste.
Observation XV
M. Lancereaux. Communication à V Académie de médecine, 30 août 1887.
Obs. VIL — Cirrhose alcoolique. — Ascite et œdème des membres
inférieurs. — Hernie épiploïque enflammée. — Guérison.
Aub.., André, forgeron, 61 ans, a passé comme soldat cinq ans en Afrique, ou il a commencé à s’adonner à la boisson. Depuis, il boit du vin et souvent du vin blanc à jeun. Il avait un embonpoint énorme, au point qu’il pesait206 livres.
Depuis trois mois amaigrissement, tuméfaction du ventre, œdème des jambes.
II entre à la Pitié, le 16 février 1887. Abdomen météorisé, réseau veineux manifeste, ascite, tuméfaction de la rate. Le foie dépasse le rebord costal de un à deux travers de doigt. Urines acides, sans sucre ni albumine. Cœur, poumons et cerveau sains.
Régime lacté, diurétiques, puis iodure de potassium.
Plusieurs épistaxis. Le 2 mai, diminution de l'ascite et disparition de l’œdème des jambes.
Imflammation d’une hernie ombilicale irréductible, qui cède bientôt à l’application de cataplasmes.
1er juin. Plus d’ascite, ni d’œdème; urines sans sucre ni albumine.
8 juillet. Le malade, se trouvant très bien, demande sa sortie.
Il n'existe plus d’ascite ni d’œdème des jambes. Le foie dépasse à peine le rebord costal, et la rate a notablement diminué de volume.
Observation XVI
Due à l’obligeance de M. Lancereaux ; résumée dans sa communication à l’académie de médecine, 30 aoôt 1887.
Le nommé D..., François, champignonniste, âgé de 51 ans, est entré le30 novembre 1869, à la salle Saint-Michel, lit n°2ô.
Ce malade nous avoue avoir commencé à boire dès l’âge de 14 à 15 ans. Huit ans plus tard, étant domestique à Paris, il boit de l’eau-de-vie le malin à 5 heures, et une quantité notable de vin dans la journée. Il resta dans cette place pendant 14 ans. Depuis 5 ans, il s’occupe de la culture des champignons, ce qui l’oblige â rester de 5 heures du matin à 7 heures du soir dans des carrières. Pendant 6 semaines, il travailla dans une carrière où il y avait de l’eau, et c’est à cette circonstance qu’il attribue sa maladie. Depuis 14 ou 15 mois, il prétend avoir eu presque constamment de la diarrhée.
Depuis deux ans, le malade a des insomnies, et souffre la nuit de crampes ; il a des soubresauts et des rêves. Depuis qu’il s’occupe de la culture des champignons, il avoue avoir employé à boire les nombreuses gratifications qu’il reçoit des fermiers pour lesquels ii travaille.
Six semaines avant son entrée à l’hôpital, le malade s’est aperçu du gonflement de son ventre et de ses bourses; puis, plus tard, de ses jambes. Depuis son entrée, il constate aussi qu’il a maigri.
Etat actuel. — Les veines sous-cutanées abdominales sont très dilatées, surtout dans la région sous-ombilicale; à la percussion la matité commence à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic, et occupe les flancs dans toute leurélendue; on perçoit de la fluctuation, ce qui indique l’existence d’une ascite.
Il y a de l’œdème des jambes, et un léger œdème des poignets.
Le foie est remonté, et paraît diminué de volume ; il ne dépasse pas le rebord des fausses côtes.
Traitement. — Douches froides sur la région hépatique.
2 janvier. Sous l’influence du traitement, et peut-être aussi par suite de la diarrhée, l’ascite a diminué. Il paraît aujourd’hui douteux qu’il reste encore du liquide dans l’abdomen.
La diarrhée elle-même a disparu ; l’appétit est bon ; mais cependant la peau reste sèche et rugueuse, la teinte subictérique de la face subsiste, les yeux sont encore légèrement excavés. Le malade a perdu son embonpoint ancien : cependant l’amaigrissement semble avoir diminué un peu depuis le 25 décembre.
Les urines sont claires maintenant, et ont perdu la teinte rougeâtre qu’elles présentaient lors de l’entrée. On n’y constate pas d'albumine.
La guérison semble pouvoir être attribuée à l’action des douches froides.
Observation XVII
Due à l’obligeance de M. Lancereaux, résumée dans sa communication à l’ Académie de médecine, 30 août 1887.
Louis, âgé de 35 ans, entre le 8 mai 18G6, dans le service de clinique de rHôtel-Dieu, salle Sainte-Agnès, n° 24. A l’âge de 22 ans il eut la rougeole, et cinq ans après un ictère , mais dès l’âge de 18 ans il commença chaque matin à boire de l’eau-de-vie, et dans la journée, du vin, de l’absinthe et d’autres liqueurs. Il y a 3 ans le malade qui était jusqu’alors gros et fort, commença â maigrir, et à être atteint d’un tremblement considérable des mains, ce qui le détermina à diminuer ses excès alcooliques ; bientôt cependant il ressentit des crampes dans les jambes et des picotements dans les doigts des mains et des pieds avec un certain degré d’anesthésie des extrémités ; â la même époque il perdit l’appétit et le sommeil, fut troublé par des hallucinations et des cauchemars; jamais cependant il n’eut de pituites. Il y a lin an l’oedème des jambes apparut, suivi bientôt de l’ascite ; pendant six mois le malade se soigna chez lui par des frictions de teinture de digitale, et par l’usage d’eaux minérales ; entré alors à l’hôpital Beaujon il y esl soigné pendant deux mois, et en sort souffrant toujours de douleurs dans l’abdomen, de diarrhée, et d’ascite. A son entrée dans la salle Sainte-Agnès on porte le diagnostic de cirrhose alcoolique ; Piorry constate la petitesse du foie; il y a de l’ascite, le malade esl très amaigri, sa peau est sèche. Il est traité par le lait, l’opium et l’hydrothérapie; grâce â ce traitement l’ascite et l’œdème disparurent assez rapidement, l’appétit revint permettant au malade de reprendre ses forces, l’embonpoint reparut. Au bout de deux mois, le 20 juillet, il quitta l’hôpital en bonne santé.
Observation XVIII
Due à l’obligeance de M. Lancereaux ; résumée dans sa communication â l’Académie de médecine,, 30 août 1887.
François, charbonnier, âgé de 38 ans, est admis le 20 mai 1884. salle Piorry, lit n° 50, â l’hôpital de la Pitié.
Son père est mort â l'âge de 51 ans, des suites d’un traumatisme, et sa mère a l'âge de 54 ans, a succombé â une paralysie; il lui reste encore un frère dont la santé est bonne.
Cet homme, célibataire, demeurant à Paris depuis quelques années, n’a jamais eu
dans sa jeunesse aucune maladie. Toutefois, il raconte qu’il y a quatre mois et demi, le bras droit et les jambes enllèrent. Il est alors entré dans le service de M. Brouardel, salle Boyer, pour en sortir trois mois après, le ventre ayant repris son volume normal. Mais au bout d’un mois, son ventre ayant de nouveau beaucoup augmenté de volume, il rentre une seconde fois à l’hôpital.
On ne remarque rien du côté des membres inférieurs.
L’examen des organes génitaux révèle une tumeur, grosse comme un œuf de poule, constituée par un amas de liquide contenu dans la tunique vaginale droite, et par le testicule. Cet organe induré, pyriforme, présente une frappante analogie avec le testicule syphilitique. On ne trouve d’ailleurs pas de traces de sypliilides, et le malade déclare n’avoir jamais eu de chancre.
Le testicule gauche est ferme, plus petit qu’à l’état normal, et la tunique vaginale ne renferme pas de liquide.
On constate que l’abdomen est météorisé, distendu par des gaz; et le ballonnement porte surtout sur la partie supérieure de l’abdomen, qui ne contient pas de liquide. La percussion révèle l’existence d’un foie volumineux, il remonte jusqu’à deux travers de doigt au-dessous delà ligne bimamelonnaire, et déborde de quatre travers de doigt les fausses côtes. Il s’étend à gauche à un travers de doiglau delà de la ligne médiane, et dépasse de cinq centimètres la ligne axillaire. Le palper ne provoque pas de douleur, mais on sent que la surface de ce foie est lisse et régulière.
La rate est volumineuse et mesure dix centimètres dans le sens de la longueur et dix-huit dans le sens de la largeur.
L’inspection de la paroi abdominale fait constater la dilatation des veines souscutanées.
L’auscultation et la percussion ne montrent l’existence d’aucun phénomène morbide soit au cœur, soit au poumon. Ces deux viscères fonctionnent d’une façon normale.
Le faciès est un peu rouge, et la moindre fatigue provoque la sécrétion sudorale. Un léger tremblement des lèvres rend la parole un peu embarrassée. Il existe une hyperesthésie plantaire très accentuée, lorsqu’on excite la sensibilité de la région par le chatouillement ; il y a également un peu d’hyperesthésie aux quatre membres, phénomène appréciable jusqu’au delà des genoux et des coudes. La pression de la région abdominale n’est pas douloureuse, non plus que celle de la colonne vertébrale.
Le malade avoue que depuis son séjour à Paris, il prend deux litres de vin par jour, ce qui vient confirmer le diagnostic de cirrhose alcoolique. Il n'a d’ailleurs pas de cauchemars, ni de pituites, ni aucun phénomène subjectif.
Le régime lacté exclusif et le traitement par les douches est appliqué à ce malade, qui prend en outre deux grammes d’iodure de potassium chaque jour.
28 ayril. Cinq semaines environ après le début de ce traitement, on observe déjà une diminution considérable du ballonnement du ventre.
Le malade a un peu de bronchite et de congestion des deux bases, qui se manifestent par la présence des râles sibilants assez nombreux cl une toux sèche. On applique un vésicatoire entre les deux épaules.
Le 29. Le foie ne déborde plus que de deux travers de doigt les fausses côtes. La dose d’iodure de potassium est portée à trois grammes par jour.
12 mai. On constate que le foie a beaucoup diminué ; l’appétit est bien conservé, et il n’v a pas de diarrhée. Le malade quitte l’hôpital le 13, fort amélioré.
Observation XIX
Due à l’obligeance de M. Lancereaux; résumée dans sa communication à l’Académie de médecine, 30 aoilt 1887. — Cirrhose alcoolique atrophique ;
iodure de potassium, lait, douches.
Gr..., Jean, âgé de 52 ans, maçon, né dans la Creuse, entre le 12 avril 1882 à la Pitié, dans le service de M. Lancereaux, pour de la diarrhée et des coliques.
Son père, mort d’une fluxion de poitrine à l’âge de 45 ans, buvait du vin.
Sa mère serait morte à 42 ans de suites de couches.
Deux sœurs sont mortes de la fièvre typhoïde.
Il est à Paris depuis 1850 et a toujours été maçon. Il s’est marié et a eu des enfants morts du croup à l’âge de 3 ans.
Il couche dans une chambre très petite, au deuxième étage, mal aérée, avec sa femme et une nièce qui a 13 ans.
Il n’a jamais eu ni migraines, ni épistaxis, ni pituites. Cauchemars la nuit. Il rêve qu’il tombe du haut d’un échafaudage. Crampes dans les doigts, fourmillements dans les jamhes. Pas de réflexe plantaire. Varicosités de la face, léger tremblement des lèvres et des mains.
lia été soldat en 1870, puis il est entré dans un débit de vins. Il buvait alors six litres de vin par jour et un peu d’alcool. Depuis dix ans, il boit trois à quatre litres de vin par jour. L’appétit est excellent, le malade mange beaucoup de viande. Il a toujours été très gros.
Il y a huit mois, il a eu des coliques assez fortes, accompagnées de diarrhée ; elles duraient de quatre à huit jours, puis le malade était une dizaine de jours sans en avoir. La diarrhée était très abondante, huit à dix selles par jour ; ces coliques ont continué depuis lors ; le malade a eu des selles sanglantes, le sang était rendu presque pur.
Etat actuel. — Le malade est fortement constitué. La face est rouge, sillonnée de varicosités. Le ventre est gros. Les veines sous-cutanées abdominales commencent à être dilatées. Pas d’hémorrhoïdcs. Il ne semble pas y avoir d'ascite. On remarque à la partie inférieure de l’abdomen et à la partie supérieure et interne des cuisses une éruption miliaire, saillante, rappelant celle de la rougeole boutonneuse. Cette éruption est survenue après l’application de cataplasmes et d’eau sédative.
Le foie ne déborde pas les fausses côtes. Il n’est pas douloureux à la pression ; poids du malade, 149 livres.
Traitement. — Iodure de potassium, douches, trois litres de lait par jour
21 avril. Le malade rend un peu de sang avec ses matières. Quelques coliques; ventre très ballonné.
Urines acides, de densité 1020, ne contenant ni albumine, ni sucre, ni bile.
Le 29. Poids 152 livres. Le malade prend cinq litres de lait par jour et aucune autre nourriture.
le mai. Saignement de nez et mal de tète. Poids 152 livres. La dilatation des veines abdominales diminue petit «à petit.
17 juin. Poids 153 livres.
6 juillet. Poids 156 livres. Le malade reprend le régime ordinaire.
Il sort de l’hôpital le 11 juillet dans un état satisfaisant.
Observation XX
N. H. Moelière, in Th. de Françon, p. 157. — Alcoolisme; ascile ; cirrhose; disparition de l’ascite spontanément. — Traitement par
l’iodure de potassium et le régime lacté.
B..., Jean-Baptiste, 51 ans, cordonnier, entre le 3 janvier 1888, salle Sl-Jean, n° 18, dans le service du Dr Mollière.
Pas d’antécédents héréditaires, ton père est mort à 73 ans d’une fluxion de poitrine; sa mère a succombé encore jeune à une maladie indéterminée. Il aune sœur mariée, mère de famille, bien portante.
Pas d’antécédent personnel. Sa santé a toujours été excellente ; cependant, il y a dix ans, il eut brusquement de l’œdème occupant les deux membres inférieurs et les organes génitaux, et qui dura quinze jours. Il ne se rappelle pas avoir eu à ce moment-là ni diminution dans la quantité des urines, ni douleurs lombaires.
C’est un alcoolique avéré ; des renseignements indirects nous ont édifié à ce sujet. Pas de syphilis, ni de rhumatisme, ni d’impaludisme. Il n’a jamais eu de bronchites prolongées, ni d’hémoptysies, ni d’hématémèses, ni d’entérorrhagies. Jamais d’ictère.
Au mois de décembre dernier, époque à laquelle le malade fait remonter sa maladie, il a bu pendant plusieurs jours un vin blanc de mauvaise qualité. Depuis, il a été pris de diarrhée, qui dure encore actuellement, de perte d’appétit, et son état général est devenu mauvais. Il y a un mois environ qu’il a commencé à maigrir et il y a trois semaines que l’ascite a pris d’énormes proportions. Il n’a jamais- eu de douleurs au creux épigastrique; pas de vomissements.
Actuellement, cachexie, amaigrissement très prononcé, athérome généralisé. Perte complète des forces depuis quinze jours surtout.
L’abdomen est tendu, ballonné, et renferme un épanchement abondant. Réseau veineux supplémentaire très développé sur la paroi antérieure du thorax. Sensation de flot, mais qui se déplace, etc. Impossible de sentir le bord du foie ; par la percussion on constate que la matité hépatique atteint le cinquième espace
intercostal droit, et s’étend à deux travers de doigt au-dessous du rebord des fausses côtes.
La matité splénique est plus étendue qu’à l’état normal ; elle est perçue sur une hauteur de 15 centimètres, à partir du sixième espace intercostal.
Troubles digestifs assez accusés, anorexie, rarement des vomissements; diarrhée assez abondante ; matières à la fois séreuses et noirâtres.
Rien du côté du coeur, sauf un peu de tachycardie. Pouls : 120.
Aux poumons, signes d’emphysème, surtout du côté gauche, dans les deux tiers supérieurs; partout ailleurs respiration normale.
Aucune trace d’œdème sur tout le corps.
Les urines renferment un très petit disque d’albumine.
Traitement. — Lait, 5 gr. d’iodure de potassium.
2 février. Diminution notable de la diarrhée, l’appétit est revenu, pas de vomissements.
Le 17. L’ascite a rétrocédé d’une façon sensible ; on peut déprimer aisément la paroi abdominale, mais il est impossible, même pendant de forles inspirations d’arriver à sentir le rebord du foie.
Les selles sont devenues presque régulières ; de temps à autre encore un peu de diarrhée. Les urines renferment encore de l’albumine.
20 avril. Amélioration persistante du côté des fonctions gastro-intestinales. La diarrhée a complètement disparu, l’ascite diminue toujours, le réseau veineux sous-cutané est peu développé, l'appétit est rétabli, aucune hémorrhagie, pas d’ictère, pas d’œdème.
Le 24. Le malade sort dans un état relativement satisfaisant, quoique l’amaigrissement ait persisté. Toutefois, il se seul bien, prétend que ses forces sont revenues, et se dit guéri.
Observation XXI
M. Dupuis (de Cuisery, Saône-et-Loire). In Th. de Françon, p. 159. — Augmentation du volume du foie et de la rate, suite d'excès de boisson. — Ascite. — Diète lactée. Purgatifs répétés. — - Guérison.
X..., 21 ans, jeune homme très robuste, sans aucun antécédent héréditaire, n’a jamais fait de maladie antérieure ayant eu quelque gravité.
Rien d’intéressant à noter jusqu’à la (in de l’année 1887. .T’ai l’occasion de le voir pendant les vacances, en août et septembre; il n’appelle mon attention (pie sur des granulations pharyngées qui le font tousser et qui sont rapidement améliorées par le sulfureux Pouillet.
Au mois d’octobre, M. X... retourne à Lille, et là, sans faire d’excès véritables, il avoue avoir bu beaucoup de bière, boisson à laquelle il était peu habitué ; puis beaucoup de café et pas mal de thé ; de temps en temps un petit verre de cognac; il fait peu d’exercice; bientôt il a des accès de fièvre; son foie devient volumineux ; le ventre augmente ; œdème des parois ; le médecin constate un peu d’ascite.
C’est alors que le malade se décide à venir dans sa famille. Le diagnostic des médecins qui l’ont vu à Lille est celui-ci: pour l’un, cirrhose hypertrophique, probablement de cause paludéenne, mais pouvant être causée par le régime plus excitant auquel le malade est soumis depuis quelques mois ; pour l’autre, cirrhose hypertrophique alcoolique.
Traitement. — Diète lactée, 'quelques diurétiques, révulsifs (vésicatoires) sur la région du foie, et, si cela ne suffit pas, iodure de potassium.
A son arrivée ici (3 janvier 1888), X... présente les symptômes suivants: ventre énorme, œdème considérable des parois, épanchement assez abondant ; le foie, très gros, difficile à délimiter, dépasse certainement les fausses côtes de la largeur de la main et remonte jusqu’à la troisième côte ; le poumon est fortement refoulé; le champ respiratoire est notablement diminué; la pointe du cœur est au niveau du sein gauche.
La température rectale est normale ; on note une différence d’un 1/2 degré entre la température prise au niveau du foie et celle prise du côté opposé. Sécheresse de la peau, état général excellent, appétit conservé, quelques douleurs au niveau du foie.
Examendes urines : pas de sucre ni d'albumine, phosphate en grande quantité; urée, 16 grammes pour environ 3/4 de litre ; elles sont épaisses et très colorées.
Diete lactée ; vésicatoire au niveau du foie.
Le lait est mal supporté; le malade a faim et réclame instamment un autre régime; l’épanchement augmente; le malade peut à peine marcher; il dort bien, il ressent une vive douleur au niveau de la région inguinale gauche et de la région lombaire.
M. le professeur Bondet, appelé sur ma demande, constate l’abondance de l’épanchement. La mensuration donne au niveau du mamelon = 100, de l’ombilic = 104, des dernières fausses côtes = 102. Le cœur est un peu déplacé; les poumons sont comprimés; le foie n’est plus perçu en bas, mais en haut il remonte jusqu’à la troisième côte.
La ponction paraît indiquée, mais le malade respire assez bien ; le cœur bat convenablement, et M. Bondet, après avoir porté le diagnostic de cirrhose alcoolique, conseille le traitement suivant : pointes de feu sur la région du foie, iodure de potassium, rhubarbe et calomel, petit vin blanc diurétique, eau de Vais, vin phosphaté ; suppression du régime lacté qui est mal supporté ; viandes grillées et œufs.
Pendant deux semaines environ, l’étal du malade reste stationnaire; un jour même je fus sur le point de faire la ponction, le malade se plaignant d’ètre oppressé et d’avoir une toux sèche, continuelle, qui le fatiguait et l’empêchait de dormir (12 et 13 janvier).
Ces symptômes ne durèrent pas; au contraire, ils marquèrent le début de l’amélioration ; le ventre se mit à diminuer, et en quelques jours, nous avions 90 centimètres au lieu de 100 comme tour de taille. Bientôt l’on put sentir nettement le bord inférieur du foie à trois travers de doigt au-dessous des fausses côtes; et enfin, au mois de mars, le foie avait à peu de choses près ses dirnen-
sions normales, le cœur reprenait sa place et, sauf quelques douleurs dans la région hépatique, le malade ne nous signalait aucun malaise.
Jamais, même pendant celte période de diminution de l’ascite, l’urine ne lut abondante ; mesurée chaque jour, elle n’a jamais dépassé 1,400 centimètres cubes, mais les purgatifs réitérés ont amené des selles abondantes ; l’iodure continué pendant quatre mois, à la dose de 1 à 2 grammes, n’a provoqué une légère éruption que ces derniers jours.
M. le professeur Bondet a vu le malade, il y a quelques semaines (1888) ; il a trouvé le foie normal, et n’a constaté qu'une légère dilatation de l’estomac.
Observation XXII
M. Hutinel. In thèse de Coutray de Pradel. —Cirrhose atrophique du foie, ou péritonite chronique alcoolique. — Guérison.
B..., Auguste, âgé de 62 ans, frotteur, entre le 28 décembre 1881 à l’Hôtel- Dicu annexe, salle Saint-Antoine, lit n° 27, service de M. le D-r Hutinel.
Bonne santé habituelle, jamais de troubles digestifs. La seule chose dont il se souvienne est, il y a six mois, une éruption cutanée sur la nature de laquelle il est difficile d’être fixé. Pas de syphilis.
Alcoolisme peu net : pas de rêves pendant la nuit, ni de tremblement des mains.
Le métier de B... est assez pénible et il raconte que, assez souvent le soir, il lui arrivait, après une journée de travail, de ressentir dans l’hypocondre droit une douleur qu’il compare à un point de côté. Cette douleur, plutôt gênante que douloureuse, avait d’ailleurs disparu le lendemain matin.
Six semaines avant son entrée à l’hôpital, un œdème passager des jambes se montra chaque soir.
Puis il devint persistant. En même temps, de l’ascite apparut. Les conjonctives devinrent jaunes et l'ictère s’étendit au reste de la surface du corps.
Etat actuel. —Ascite considérable. Œdème des jambes et du scrotum, mais non moins considérable que les jours précédents au dire du malade. Veines de l’abdomen dilatées.
Rate un peu grosse. Pas d’antécédents paludéens.
Bien que l’examen du foie soit rendu difficile par la présence de l’épanchement ascitique, on le trouve remarquablement petit.
Poumons. Rien d’anormal.
Cœur. Léger dédoublement du premier bruit.
Urines très colorées, sédimenteuses. Pas d’albumine.
Etat général assez bon. Conservation de l’appétit, pas d’amaigrissement.
5 février. L’œdème des jambes et des bourses a disparu.
8 janvier. Paracentèse de l’abdomen. On retire un litre de liquide. Pendant les jours qui suivent, l’écoulement persiste, et le liquide suinte par la piqûre, malgré une épaisse couche de collodion.
Douleur assez vive autour de la piqûre pendant quelque temps.
Le 12. Plus d’ictère.
Le 13. Dans la nuit point de côté et frissons. A l’auscultation, on entend des frottements à la base droite. Vésicatoire.
Le 15. Epanchement peu abondant dans la plèvre droite. Souffle doux.
Le 25. L’épanchement est résorbé. Il ne reste que quelques râles de bronchite.
Le 26. Balano-posthite sans cause avouée ou appréciable, disparue au bout de huit jours, après un traitement par le sulfate de zinc.
Mars. Continuation du même état; bon appétit; le liquide ascitique ne s’est pas reproduit. Bronchite chronique.
Avril. Même état.
Mai. Le malade va très bien. L’abdomen est souple, sans trace de liquide. La digestion se fait bien. Le foie est manifestement plus petit que normalement. 11 reste un peu de teinte subictérique des conjonctives.
Le malade se lève et marche toute la journée. La seule chose dont il se plaigne est la toux qui est due à sa bronchite chronique.
Observation XXIII
Freivichs. — Cirrhose atrophique du foie. — Ascite. — Guérison.
Dans l’été de 1850, j’ai été à même d’observer un malade qui, au retour de Garlsbad, vint me consulter. Il présentait tous les symptômes de la cirrhose, tels <pie : ascite, ictère léger, troubles de la digestion stomacale et intestinale, diminution de volume du foie, hypertrophie delà rate, anémie.
Sous l’influence de la rhubarbe, du choléate de soude et de l’eau dePyrmont, pris à petites doses, la digestion devint meilleure et l’anémie diminua.
Au bout de huit semaines, l’ascite disparut, et en même temps on vit se développer de gros cordons veineux, qui rayonnaient de haut en bas à partir de l’ombilic.
Observation XXIV
Leudet. — Cirrhose alcoolique atrophique du foie. — Crise urinaire spontanée. — Une ponction. — Amélioration.
J’ai vu un homme qui, après avoir présenté un épanchement dans le péritoine, graduellement croissant, était arrivé à éprouver une telle dyspnée (pie la ponction de l’abdomen paraissait urgente, quand tout à coup les urines, jusqu’alors rares et colorées par du sang, furent sécrétées en abondance. L’ascite diminua pendant quelques mois pour augmenter de nouveau et nécessiter une ponction. Chez ce malade, viveur et buveur habituel, comme le plus grand nombre de ses confrères les marchands de liqueurs, l'affection du péritoine
s'accompagnait d’une gastrite chronique et d’un dépôt athéromateux abondant dans les deux artères radiales.
J’ai constaté cnlin, après la ponction, que le foie était beaucoup plus petit que dans l’état normal, et dur, inégal, au niveau du bord tranchant du lobe gauche.
Observation XXV
Mandfield Jones. — Un cas de cirrhose du foie avec hémorrhagie et
ascite ; deux paracentèses. — Amélioration temporaire par la digitale.
H. G..., âgé de 24 ans, était admis à l’hôpital le 11 juillet 1870. Cet homme, au teint pâle et très maigre, se plaignit d’une ascite abondante qui, disait-il, n’avait été précédée par aucune douleur appréciable dans la région du foie. Les huit dernières années, il n’avait fait aucun excès de boisson, mais auparavant il s’était adonné aux liqueurs alcooliques.
Peu après son admission, ce malade fut pris d’hématémèse et d’hémorrhagie par le rectum. Ces accidents cessèrent sous l’influence d’une médication appropriée.
16 juillet. 11 était dans un grand état de faiblesse; 105 pulsations; temp. 101°, 8 Fahrenh.
Le 29. On lit une ponction, et l’on retira 14 litres de liquide.
30 gouttes de teinture d’opium furent données pendant la nuit qui suivit la ponction, et le jour suivant le malade se trouvait dans un état satisfaisant et prit bien sa nourriture; 100 pulsations assez fortes.
On prescrivit une drachme de muriate de fer avec addition d’acétate d’ammoniaque, quatre fois par jour.
Une partie du liquide évacué, qui avait été reçue dans un verre, laissait déposer une couche de fibrine. Cette couche était composée presque entièrement de corpuscules réunis en masse, dont le volume présentait de grandes variations. Quelques-uns étaient plus grands que les globules rouges; la plupart étaient extrêmement petits et ressemblaient à ceux du pus; par l’addition d’acide acétique, on faisait apparaître des noyaux. Quelques-uns encore étaient plus larges (pie les globules de pus, et tous avaient un aspect granuleux.
6 août. Le malade rendit pendant deux jours du sang comme précédemment. Il y eut des vomissements. On prescrivit le repos et 15 gouttes de teinture d’opium, trois fois par jour.
Le 27. La circonférence de l’abdomen était de 42 pouces. Une deuxième paracentèse fui pratiquée et on retira 14 litres de liquide.
La circonférence du ventre n’était plus maintenant que de 39 pouces 1/2. Il y avait aussi de l’oedème des membres inférieurs. Les veines superficielles de l’abdomen étaient encore très larges. Le foie pouvait être senti à travers la paroi, manifestement induré. L’opium fut suspendu et remplacé par une once d’infusion de digitale et une drachme d’éther nitreux, trois fois par jour. Tous les trois jours on suspendait le médicament.
3 septembre. La circonférence abdominale était de 37 pouces 1/2. Pouls régulier, fort. Urine très pâle et abondante ; œdème des membres inférieurs moins marqué.
Le 7. Le pouls marquait 88, très faible. On suspendit le traitement.
Le 10. Pouls 110, plus plein. La circonférence abdominale est de 35 ponces 1/2. Le traitement est repris.
Le 14. L’abdomen mesurait 35 pouces. Le pouls était très faible et intermittent. On prescrivit seulement une demi-once de la mixture, une fois par jour.
Le 17. Le malade avait le délire; la nuit fut agitée, probablement par l’effet du chloral qui avait été administré. Le camphre et la jusquiame lui furent substitués, et Pon reprit la première médication. A partir de ce moment, il survint une grande amélioration.
12 octobre. L’abdomen ne mesurait plus (pie 33 pouces, et la matité, qui indiquait la hauteur du liquide, remontait moins haut. Le bord inférieur du foie était situé à deux travers de doigt de l’ombilic et son extrémité gauche s’avançait jusque vers la ligne du mamelon. La rate était notablement augmentée de volume et formait une tumeur dans Phypocondre gauche. Pouls régulier et calme; le malade put manger.
Le 29. L’état du ventre était le même. La quantité d’urine rendue en vingtquatre heures fut estimée à 3 litres environ. Prescription : 15 gouttes de belladone et de eopahu, et 20 gouttes de teinture de lavande, mélangée dans une once d’infusion de quassia, trois fois par jour. L’urine rendue fut considérable, mais l’état de l’abdomen resta le même.
5 novembre. Le malade quitte l’hôpital dans un état assez satisfaisant, mais il conserva une certaine faiblesse. Peu après, il alla se reposer à la campagne et en revint plus fortifié; mais le ventre avait un peu augmenté.
Observation XXVI
Due à l’obligeance de M. Lancereaux. — Cirrhose alcoolique.
Le nommé Marie, Eugène, âgé de 39 ans, garçon de magasin, entré le 9 juillet 1885, à la Pitié, salle Piorry, lit n° 33, dans le service de M. le docteur Lanccrcaux, a joui habituellement d'une bonne santé.
Comme antécédents héréditaires, son père est mort à 60 ans, d’une maladie inconnue, et sa mère âgée de 72 ans est très bien portante ; il a également deux sœurs jouissant d’une excellente santé.
Lui-même n’avait jamais été malade, si ce n’est depuis trois ans. Il travaille à Paris depuis 17 ans, et n’a jamais eu de lièvres intermittentes. Pendant trois ans, il a bu de 4 à 5 litres de vin par jour, et depuis cette époque il avoue n’en avoir bu que 3 litres ; il buvait aussi souvent de l’eau-de-vie de marc, et il déclare avoir contracté ses habitudes alcooliques vers l’âge de 18 ans.
Cinq mois après il s’aperçut que le blanc de ses yeux devenait jaune : Inter-
rogé pour savoir s’il n’avait pas été atteint de coliques hépatiques, le malade répond négativement.
En même temps que la teinte jaunâtre des conjonctives, se produisait l’oedème des jambes et de la partie inférieure de l’abdomen. Le malade éprouve à cette époque de fréquentes épistaxis, à la suite desquelles il entre à l’Hôtel-Dieu, ou il demeure 7 semaines (août-septembre 1881). Soumis au régime lacté, le malade voit au bout de quelques jours disparaître l’œdème des jambes ; l’oedème de la paroi abdominale ne disparut qu’à sa sortie de l’hôpital. Les yeux avaient repris leur couleur normale, les épistaxis n’ont pas reparu.
Depuis cette époque, il a eu une bonne santé ; son appétit est toujours resté bon, mais il dort mal la nuit, rêve d’animaux, a des cauchemars, et la pituite le matin.
A la Mi-Carême 1885, il a remarqué dans l’aine gauche une grosseur du volume d’un œuf de pigeon, qui a beaucoup grossi depuis, et surtout depuis six semaines.
Au milieu du mois de mai, il s’aperçut que ses yeux redevenaient jaunes, que l’œdème des jambes et de l’abdomen réapparaissaient, ainsi que de fréquentes épistaxis, se répétant presque chaque nuit. Depuis ce moment, son état s’est aggravé, l’appétit a diminué notablement; le malade éprouve surtout du dégoût pour la viande; il maigrit et perd scs forces.
Lundi dernier, le malade remarque une tuméfaction indolente, commençant à l’angle de la mâchoire, du côté droit, gagnant la région sus-hyoïdienne, jusqu’au delà de la ligne médiane, et s’étendant jusqu’à la branche gauche du maxillaire inférieur. Impossibilité d’ouvrir la bouche, et, les deux jours suivants, légère céphalalgie.
Etat actuel. — Le malade est dans le décubitus dorsal; il a l’air triste, sombre, et répond de mauvaise grâce et par monosyllabes aux questions qu'on lui pose.
Conjonctives légèrement jaunes, pas de troubles de la vision ; langue rose et humide. La peau de la face, des membres supérieurs, du thorax et de l’abdomen présente une légère teinte subietérique.
Dans la région sus-hyoïdienne, principalement à droite, tuméfaction à droite, œdémateuse, dure, peu douloureuse, formant un véritable collier à la base de la mâchoire.
Foie. — A la percussion, la matité commence à deux travers de doigt audessous du mamelon, mais ne paraît pas dépasser le rebord costal.
Sur l’abdomen, on remarque un réseau veineux sus-ombilical assez développé; on voit surtout trois ou quatre veines dilatées, se dirigeant verticalement depuis l’ombilic jusqu’au niveau de l’appendice xiphoide. Météorisme abdominal. Ascite paraissant assez considérable, la ligne de matité remontant à trois centimètres au-dessus de l’ombilic.
Œdème mou des membres inférieurs, paraissant surtout développé à la jambe droite.
Hydrocèle. — Le liquide de l’ascite peut passer dans la tunique vaginale du
testicule gauche et former une tumeur de la grosseur d’une tète d’enfant. Lorsqu’on fait refluer le liquide, on constate un frémissement appréciable.
Rate. — La rate forme un énorme gâteau, offrant 20 centimètres dans sa plus grande largeur et 15 cent, dans sa hauteur.
Poumons. — Sonorité exagérée dans la fosse sus-épineuse droite ; quelques râles sibilants aux deux bases. Matité dans le tiers inférieur de la cage thoracique du côté gauche, due au gâteau splénique qui yproémine.
Cœur. — Souffle doux systolique à la pointe.
Les fonctions digestives sont languissantes, l’appétit nul : dégoût pour les aliments solides, et surtout pour la viande. Le malade éprouve des pesanteurs épigastriques après le repas; éructations. Constipation habituelle.
Les urines, examinées à l’entrée, donnent les résultats suivants :
Quantité : 2 litres.
Densité : 1016.
Couleur : rouge clair, mousseuses; mousse colorée en jaune.
Réaction : acide.
Albumine : 0.
Sucre : 0.
On y trouve les matières colorantes de la bile.
Traitement. — Régime lacté absolu. Iodure de potassium, 2 grammes; 4 pilules de quinquina; 1 pilule d’opium.
13 juillet. L’abcès s’est ouvert dans la bouche, à la suite d’un effort fait par le malade pour écarter les mâchoires. Lavement des peintres.
Le 17. Etat général peu modifié ; l’ascite persiste avec scs caractères.
Le 20.
Urines : Quantité : 3 litres.
Coloration: jaune clair, mousseuses.
Réaction : acide.
Albumine : 0.
Sucre : 0.
Le malade est dans un état somnolent et apathique ; il demeure dans le décubitus dorsal, et parait indifférent aux choses extérieures.
Le 23. Le teint est plus frais, la physionomie plus animée ; sur les joues, principalement au niveau des pommettes, varicosités bleuâtres, formant une sorte de lacis, qui se détache sur le fond uniformément rouge de la peau.
Les conjonctives présentent encore une légère teinte subictérique ; l’œdème a disparu ; les jambes et l’abdomen ont repris leur volume à peu près normal.
Le malade éprouve de la diarrhée; il a 5 à G garde-robes.
Urines : Quantité : 1 litre.
Coloration: jaune rougeâtre.
Réaction : acide.
Albumine : 0.
Sucre : 0.
Le 29.
Urines : Quantité : 1 litre 1/2.
Coloration : jaune rouge.
Réaction : acide.
Albumine : 0.
Sucre : 0.
Le malade pèse 110 livres.
Le météorisme a disparu ; la dilatation veineuse de l’abdomen s’est effacée.
Le 4 août.
Urines : Quantité : 1,400 grammes.
Coloration : jaune acajou.
Réaction : acide.
Albumine : 0.
Sucre : 0.
Le 8. Plus d’œdème. L’ascite a disparu complètement : il reste encore un peu de liquide dans la vaginale, mais les bourses ont repris leurs dimensions normales. Le réseau veineux qui sillonnait l’abdomen n’existe plus.
La cicatrice ombilicale ne fait pas saillie.
Le foie est toujours petit.
La langue est rose et humide, l’appétit bon. Le malade a pris hier pour la première fois un potage et a eu la permission de tremper un peu de pain dans son lait.
Les conjonctives gardent une légère teinte subictérique.
Mois de septembre et d’octobre. L’amélioration persiste. Les urines sont claires, abondantes, leur quantité varie entre 2 et 3 litres. L’appétit est de nouveau excellent ; le malade n’est plus soumis qu’au régime lacté partiel.
27 octobre. Le malade sort de l’hôpital. Son faciès est celui d’un hépatique : coloration rougeâtre des pommettes, avec dilatations veineuses capillaires très nombreuses.
Le foie ne déborde pas le rebord des fausses côtes.
Le malade pèse 119 livres; il n’en pesait que 110 à son entrée.
Cependant après un certain temps passé hors de l’hôpital, le malade y rentre, pour se soumettre de. nouveau au régime lacté ; il en sort le 15 avril 1886, considérablement amélioré, eommele prouve son poids de 134 livres ; le foie cependant est un peu volumineux, et déborde de 2 doigts les fausses côtes.
Observation XXVII
Due à l’obligeance de M. Lancereaux ; résumée dans une leçon à l’hôpilal de la Pitié ; voir Bulletin médical, 23 mars 1890.
Louvrier (Léon), âgé de 39 ans, garçon d’hôtel, entre le 7 mai 1889, salle Piorry, n° 8.
Ce malade est un alcoolique avéré. Il boit, depuis une vingtaine d’années environ, deux litres et demi de vin par jour et souvent un verre d’absinthe avant
le repas, parfois môme de l’eau-de-vie. 11 prétend n’avoir ni rêves, ni cauchemars ; mais il a du tremblement des lèvres et des mains, une diminution du réflexe plantaire et de l’hyperesthésie des membres inférieurs. Sa santé, néanmoins, s’était maintenue assez bonne, lorsqu’à la suite d’excès do table il tomba malade brusquement. L’appétit diminua, le ventre enfla, devint dur et douloureux au niveau de l’hypocondre droit et la diarrhée alterna avec la constipation.
A son entrée à l’hôpital, on constate le ballonnement du ventre, la présence d’une faible quantité de liquide ascitique, l’augmentation de volume du foie devenu douloureux à la pression, l’hypertrophie de la rate, enfin un contraste frappant entre le volume de l’abdomen et la maigreur de la face et des membres inférieurs. Circulation veineuse superficielle très développée. Ni hémorrhagie, ni ictère. Troubles digestifs signalés plus haut. Pas d’albumine dans l’urine. Poids du malade, 63 kilogr.
Traitement. — Régime lacté. Iodure de potassium.
Quinze jours après l’entrée du malade, un épanchement apparaît dans la plèvre gauche. Les autres phénomènes restent stationnaires. Le malade continue à maigrir : poids, 54 kilogr. La pleurésie disparaît au bout de trois semaines.
Jusqu’à la fin de l’année, le malade reste dans le service, soumis au régime lacté plus ou moins complet et à l’iodure de potassium. Il subit des alternatives répétées d’aggravation et d’amélioration. Vers la fin de juillet, des signes indubitables d’une lésion tuberculeuse des sommets apparaissent. Néanmoins, l’état général finit par se relever ; l’ascite disparaît progressivement en même temps que l’urination s’accuse davantage et s’élève à 2 litres, 2 litres 500 et 3 litres par jour. L’embonpoint qui, peu de temps après l’entrée du malade dans le service, avait diminué, était revenu au mois de janvier tel qu’il était au début. Aussi, se trouvant mieux, n’ayant plus d’ascite, mangeant avec un appétit satisfaisant, ne souffrant plus au niveau de l’hypocondre droit, le malade demanda sa sortie le 2 janvier : il était incontestablement amélioré.
A bout d’un mois cependant il rentra à l’hôpital où il continua à se bien porter et à s’améliorer sous l’influence du traitement initial.
Au commencement d’avril il quitta la Pitié en très bon état de santé.
Observation XXVIII
M. Bucquoy. In th. de Marini, p. 57. — Cirrhose. — Régime lacté et
iodure, une ponction. — Amélioration considérable après la ponction. — Pas de reproduction de l’ascite.
La nommée H... (Julie), âgée de 45 ans, passementière, entre le 6 janvier 1888, à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Monique, n° 24, dans le service de M. le D1' Bucquoy.
Antécédents héréditaires. — Père mort à 68 ans, mère actuellement bien portante, trois frères et quatre sœurs en bonne santé.
Antécédents personnels. — Attaque de rhumatisme articulaire dans sa jeunesse : le rhumatisme ne s’est jamais montré de nouveau et n’a laissé aucune
trace du côté du cœur. La malade a eu un enfant qui est mort de convulsions, elle est restée bien portante jusqu’au mois d’avril 1880 : à celte époque, elle s’est aperçue que son ventre grossissait et en même temps elle soufl'rait de douleurs dans les lombes.
Elle entre pour la première fois à l’Hôtel-Dieu, le 14 août de l’année dernière, en chirurgie, dans le service de M. le TV Tillaux ; on croyait à une tumeur abdominale. Elle fut ponctionnée et on retira 10 litres d’un liquide citrin. La malade sortit et l’épanchement intra-abdominal ne tarda pas à se reproduire. Elle rentre le 6 janvier courant, en médecine, dans le service de M. Bucquoy, se plaignant surtout de faiblesse, d’essoufflements, de manque d’appétit et d’une tension douloureuse dans l’hypocondre droit.
État actuel. — Amaigrissement des membres : ventre très gros, uniformément développé : l’abdomen est le siège d’un épanchement mobile qui se déplace suivant la position que prend la malade dans son lit. La peau est distendue, la circulation veineuse collatérale très marquée. A la percussion, zone de tympanisme sus-ombilical, matité des parties déclives et ligne supérieure courbe à fluctuation très nette.
Langue un peu sale ; anorexie presque absolue ; constipation.
Le foie semble petit : légère coloration subictérique de la peau et des conjonctives. Cœur et poumon normaux.
Un peu d’agitation nocturne : quelques rêves. Pas d’anesthésie ni d’hyperesthésie des extrémités. Réflexes rotuliens normaux. La malade nie énergiquement toute habitude de boisson.
Traitement. — Régime lacté ; iodure de potassium, 1 gramme.
7 février. Ponction donnant issue à 10 litres d’un liquide citrin, clair, transparent. Après la ponction, disparition delà circulation collatérale ; l’examen du foie fait reconnaître qu’il est manifestement diminué de volume ; la percussion de la rate montre une augmentation légère de la matité longitudinale. La malade supporte difficilement son régime lacté. On lui laisse manger un peu de pain : néanmoins, le taux de l’urine, qui jusqu’alors n’avait pas dépassé 500 grammes, s’élève à un litre le 11 février; l’urine est plus claire, elle ne contient pas d’albumine.
Les jours suivants, la quantité d’urine, émise dans les 24 heures, reste audessus d’un litre. La malade reprend de l’appétit et réclame énergiquement des aliments. Comme on persiste à lui imposer le régime lacté, elle quitte le service le 27 février. L’ascite ne s’est pas reproduite; les veines sous-cutanées abdominales sont encore très apparentes, mais beaucoup moins turgides. L’appétit et le sommeil sont satisfaisants; les forces sont revenues.
Observation XXIX E. Proust. In th. de Le Gall.
La nommée D..., Jeanne, âgée de 51 ans, dévideuse, entre le 11 juin à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Anne, n° 3, dans le service de M. le professeur Proust.
Celte femme, qui s’était toujours bien portée, s’aperçut en octobre dernier (1880), que ses fonctions digestives s’altéraient, que son appétit se perdait. En même temps, elle se sentait lasse et sans courage, et elle commençait à maigrir.
Depuis longtemps déjà, ses nuits étaient mauvaises, troublées par des rêves désagréables, des cauchemars. Elle se réveillait en sursaut, en proie à des hallucinations, ou bien elle était agitée par des secousses involontaires dans les jambes, et des crampes dans les mollets. Régulièrement chaque matin, elle avait un vomissement aqueux en se levant. Elle buvait surtout du vin, sans avouer quelle quantité elle en prenait. Elle buvait aussi du vulnéraire. Elle restait assise la plus grande partie de la journée, et sortait peu de chez elle.
En février, son ventre commence à augmenter de volume. Elle ressent d’assez vives douleurs dans la région du foie, et un médecin y fait appliquer deux vésicatoires.
Au commencement de mai. apparition de l’ictère ; son état s’aggrave subitement.Elle est prise de fièvre: ses gencives se tuméfient ctdeviennent saignantes à la moindre pression.
A plusieurs reprises, épistaxis très abondantes et selles sanguinolentes.
A son entrée. — Nous trouvons une femme amaigrie, les conjonctives jaunes, avec une teinte subictérique du visage, et quelques varicosités des pommettes et du nez. Léger œdème des deux jambes, accentué surtout au pourtour des malléoles.
Ventre gros, ballonné. Cette ampliation de l’abdomen est surtout le fait du météorisme. Bruit hydroaérique à la percussion des parties déclives, mais pas de sensation de flot. Donc à peine d’ascite. Les veines superficielles de l’abdomen sont notablement dilatées et forment un réseau qui s’étend vers la partie inférieure du thorax. L’hypocondre droit est légèrement amplifié. La pression à son niveau est un peu douloureuse.
Foie volumineux. Sa limite supérieure est au mamelon, sa limite inférieure à un centimètre au-dessus de l’ombilic.
A la palpation, on ne sent aucune irrégularité de sa surface.
Son bord libre paraît épaissi. On le déplace facilement par le choc de la main, et il ne paraît pas y avoir beaucoup d’adhérences.
La rate est augmentée de volume. La percussion donnoles résultats suivants : Diamètre vertical 8 centimètres, diamètre transversal 10 centimètres. Rien au cœur.
Quelques frottements pleuraux à droite. La peau sèche est le siège de quelques démangeaisons.
Langueunpeu rouge sur les bords. Appétit très diminué; les selles sont rares et ont la coloration normale.
Urines. — Couleur acajou. Densité 1019 ; 1 litre 1/2 en moyenne par jour. Réaction très nette du pigment biliaire par l’acide nitrique.
Ni albumine, ni peptones.
Urée : 6 gr. 35.
Traitement. — Régime lacté abso'u.
Iodure de potassium, 2 grammes.
Douches écossaises sur la région du l'oie.
Lotions froides.
Sous l'influence dece traitement, la malade s’améliore légèrement et demande au bout de quelques jours à sortir de l’hôpital, pour continuer son traitement chez elle. Nous l’avons revue le 1er juillet. L’ictère avait diminué, l’oedème des jambes avait disparu. 11 n’y avait pas là de lièvre, ni de nouvelles hémorrhagies.
La malade déclare suivre son traitement très exactement.
Observation XXX
Due à l’obligeance de M. Lancereaux ; publiée en partie avec sa leçon à l 'hôpital de la Pitié, voir Bulletin médical, 23 mars 1890.
Le nommé Léonard Dorcaux, âgé de 54 ans, zingueur, entre à l’hôpital de la Pitié, le 8 octobre 1889, salle Piorry, lit n° 1.
Rien du côté de ses antécédents héréditaires ; père mort à 32 ans accidentellement. Mère âgée de 72 ans, bien portante. Ni frère, ni sœur.
Comme antécédents personnels, il raconte avoir eu la rougeole à 11 ans, une pneumonie à 39 ans. Marié avec femme bien portante, il a eu 12 enfants dont cinq sont morts entre 3 et 5 ans.
Il boit environ 3 litres devin par jour depuis 1859 (c’est pourM. Lancereaux la dose nécessaire pour produire une cirrhose) ; d’ailleurs il boit très peu d’alcool.
Depuis une trentaine d’années, pituites blanches le matin, surtout quand il a fait quelque excès de boisson la veille.
Pas de cauchemars, ni de crampes.
Le 30 septembre, le malade s’aperçoit que son ventre enfle. Quelques jours après il éprouve un violent frisson, avec point de côté à droite et en avant. L’abdomen est spontanément douloureux. Depuis unequinzaine de jours d’ailleurs le malade perd ses forces et s'essouffle facilement. Il n’a cependant pas maigri : il y a deux mois il pesait 52 kil . , aujourd’hui 53.
Etat actuel. — Le malade paraît avoir une bonne constitution.
Ses jambes présentent des varices surtout à droite : il existe une légère hyperalgésie plantaire.
L’abdomen est météorisé, légère ascite et circulation collatérale visible, mais peu développée.
Le foie est lisse, douloureux à la pression et déborde le rebord des fausses côtes. Il mesure de 21 à 22 centimètres suivant un trajet vertical qui partirait du mamelon.
La rate volumineuse est un peu reportée en arrière. Elle mesure verticalement 17 centimètres sur la ligne axillaire, et 23 centimètres transversalement au niveau du rebord costal.
La langue est blanche, l’appétit est diminué ; pas de vomissements ni de diarrhée.
11 existe des râles de bronchite dans les deux poumons. Cependant ni toux, ni expectoration.
Les urines sont claires, alcalines. Leur densité est 1024. Pas de sucre ni d’albumine.
Traitement. — Régime lacté, et 2 grammes d’iodure de potassium.
10 octobre. Le météorisme abdominal paraît augmenter ; la circonférence de l’abdomen au niveau de l’ombilic mesure 82 centimètres.
Le 11. Le malade était constipé, on lui donne 30 gr. d’eau-de-vie allemande.
Le 13. Il rend un peu de sang dans ses selles.
Le 15. Il se plaint d’insomnie, de fatigue générale, de céphalée persistante, de névralgie du côté gauche de la face. Pendant toute la journée d’hier, il n’a rendu ni selle ni urine: le cathétérisme de la vessie donne issue à quelques grammes d’urine.
Régime lacté absolu. 6 pilules diurétiques.
Le 16. Les urines sont peu abondantes. Le malade a de la diarrhée ; lacéphalée persiste, mais la névralgie a cessé. 8 pilules diurétiques.
Le 21. Le malade pèse 47 kil ., en a perdu 6 depuis son entrée. La diarrhée a cessé. Suppression des pilules; caféine, 1 gr. 50.
Le 22. La céphalée disparaît. Les urines augmentent d’abondance.
Le 25. Le malade se trouve relativement mieux qu’à son entrée. Il a perdu G kilog. de son poids, mais l’ascite a presque disparu et ses mouvements sont beaucoup plus libres, il peut se retourner sans douleur dans son lit. La rate a diminué de volume, elle ne mesure que 14 centimètres verticalement et 20 centimètres transversalement. Le foie atteint 20 centimètres sur la ligne mamclonnaire.
Le malade boit 3 litres de lait par jour.
Le 28. Diarrhée extrêmement abondante, il a été vingt fois à la selle la nuit dernière. Son poids a diminué de 1 kil.
2 novembre. La diarrhée cesse.
Le 4. L’ascile a complètement disparu. Mais il reste encore un certain degré de météorisme et la circulation veineuse collatérale est toujours assez développée.
Le poids du malade reste à 48 kil.
Le 11. Il pèse 47 kil., 5. Les urines augmentent : 1700 gr.
Le 21. Il pèse 49 kil., 5. La quantité des urines émises dans les 24 heures atteint 2 litres 750.
9 décembre. Il pèse 53 kil. 500 et le 16, 55 kil.
Le 23. 56 kil.
Le 26. L’abdomen est toujours météorisé, il y a de nouveau de l’ascite qui remonte à 3 travers de doigt de l’ombilic. La circonférence de l’abdomen au niveau de l’ombilic atteint 88 centim.
9 janvier. L’ascite remonte jusqu’à l’ombilic. Le foie ne déborde pas les ausses côtes ; la quantité des urines est tombée à 500 gr.
Caféine, 2gr.
Le 15. Le malade pèse 55 kil.
Le 17. Suppression de la caféine; 6 pilules diurétiques.
Le 23. Douleurs abdominales vives ; ascite remontant jusqu’à l’ombilic.
Le 27. L’ascite a diminué un peu. Diarrhée légère hier. Suppression des pilules. Caféine, 1 gr. 50.
Le 31. Le malade se plaint de sueurs nocturnes depuis 3 jours; la caféine n’occasionne plus de douleurs précordiales ni de palpitations ; l’ascite est stationnaire. Pas de selles depuis deux jours. Le poids du malade est tombé à 51 kil.
3 lévrier. Urines, 1,500 gr., claires, sans dépôt sédimenteux. Densité 1018 ; l’état général du malade s’améliore.
Le 11. On supprime la caféine que le malade a rendue deux jours de suite immédiatement après l’avoir bue.
Le 17. L’ascite a complètement disparu ; les urines atteignent 2 litres. La rate est toujours très grosse.
18 mars. L’amélioration persiste toujours. On met le malade au 1er degré.
Le 20. Le malade mange 4 degrés.
28 avril. L’amélioration persiste; le malade est encore à l’hôpital , mais ne présente plus aucun accident.
Observation XXXI
M . Letulle. Communication à la Société viédicale des hôpitaux de Paris.
Séance du 23 juillet 1886.
La nommée H..., Louise, quarante-six ans, entrait le 16 juillet 1883, salle Sainte-Monique, pour une affection abdominale de date récente, si l’on s’en rapporte aux renseignements circonstanciés qu’elle fournit. Il paraîtrait en ell'el que toujours bien portante jusque-là, cette femme aurait commencé à se sentir souffrante trois semaines environ avant son entrée. Elle aurait constaté un notable œdème des membres inférieurs le soir en se couchant. Puis, brusquement en trois ou quatre jours au plus, l’abdomen devint volumineux et sensible.
La malade éprouva une grande difficulté à la marche, sa respiration devint gênée au point de contraindre la patiente à garder le lit.
Inquiète de cet état si rapidement grave, la malade, au bout d’une dizaine de jours, se décide à entrer à l’hôpital , où nous la trouvons dans l’état suivant :
L’abdomen est très ballonné , il existe une ascite considérable ; la peau du ventre est lisse et tendue ; les veines sous-cutanées du côté droit forment un lacis bleuâtre fort apparent. La palpation de l’abdomen éveille une douleur modérée. Les deux membres inférieurs sont très œdématiés. La percussion même légère, produit une douleur vive au niveau de l’bypocondre droit. On ne peut, vu l’ascite, déterminer le volume du foie.
Les poumons et le cœur sont sains. La conjonctive oculaire est un peu jaunâtre. Les urines, très rares, laissent un dépôt rougeâtre très épais ; elles ne contiennent ni sucre, ni albumine.
La malade nie tout antécédent alcoolique ; elle prétend ne faire usage exa-
géré d’aucune boisson. Il n’cxiste aucun trouble gastrique; les selles sont bien colorées.
C’était, malgré les dénégations intéressées de la malade, à une hépatite chronique qu’il fallait néanmoins penser. Je [tasse sur les motifs qui me permirent d’éliminer les différents diagnostics d’abcès du foie, de kyste, hydatique et de pyléphlébite auxquels on aurait pu songer ; je n’insiste pas davantage sur la difficulté réelle qu’offrait un tel diagnostic. Je me contenterai de noter les phénomènes les plus importants, qui indiquèrent les jours suivants, d’une façon bien nette, le développement d’un processus inflammatoire au niveau du foie.
C’est ainsi que le 19 juillet l’observation recueillie par mon élève et ami, le Dr Collet, signale des douleurs abdominales très vives surtout dans la région du foie. La malade qui, dès son entrée, avait été soumise au chiendent nitré et au régime lacté, ne rend que 400 grammes d’urine par jour, contenant 5 grammes d’urée environ.
Le 21. L’abdomen est tellement sensible qu’on applique un vésicatoire au niveau de l’hypocondre droit.
Dès le 25, les phénomènes aigus que nous n’avions pas craint de qualifier de péritonite périhépalique, s’atténuent et les urines sont un peu moins rares (000 grammes contenant 5 gr. 50 d’urée).
Le 27. Le ventre est moins tendu. L’œdème des membres inférieurs est considérable, il a gagné la paroi abdominale; œdème pulmonaire. Nous prescrivons : teinture de digitale, 1 gr. 50.
Le 29. La diurèse s’établit, 1,100 grammes d’urine contenant 16 gr. 50 d’urée sont rendus ; le 30, 1 litre et 16 gr. 29.
Cependant le 3 août l’action diurétique de la digitale s’affaiblit : 900 grammes d’urine. Les contractions du cœur sont un peu précipitées, l’œdème pulmonaire augmente.
Bref, le 4 août, cédant aux sollicitations de la malade, qui réclame à grands cris un peu de soulagement, je pratique la paracentèse de l’abdomen à l’aide de l’appareil Potain, sans aspiration préalable, avec le trocart n° 2, afin d’évacuer lentement le liquide péritonéal. 10 litres de liquide citrin sont extraits, dont l’analyse chimique sera rapportée plus bas. Voulant rechercher l’effet produit par cette opération sur la température locale de l’abdomen et sur la température générale, je fais prendre la température avant et après la ponction ; nous obtenons :
T. locale (sous-ombilicale).
Avant l’opération 36°, 8
Après l’opération 37°, 6
T. axillaire.
Avant l’opération 38°
Après l’opération 38°, 8
Aussitôt après l’opération, ou constate sans peine que le foie est très petit, très dur, mais nullement bosselé.
Dans les vingt-quatre heures qui suivent la paracentèse, la malade ne rend
que 8 grammes d’urée. Le 5, 1,200 grammes d’urine contenant 6 grammes d’urée. Le 6 et le 7, 1,400 grammes d’urine avec 12 grammes d’urée. Le 8, on note la réapparition de l’ascite en très légère quantité ; le foie est encore très sensible à la pression ; 900 grammes d’urine, contenant 16 grammes d’urée.
■'Bniiuiii'i
RIlIRilll'IRBRlilEBEBRI iiiiBeiiniiiiiiaiiin ■imuaiiii ■■■iiiiiiiiI
lIBBUBIBBlBEtUBBBBBR
BB’E'BM lEaiKBK!
BBBII
IBBli
Blill'l
IIBÉI
IVIIBBI
IBBIBII
IIIBBBB
IBBBBIIB
BIBBBII
IBIBIIIiSSIBBBBOBIBïaBEI feBIBIlBIBiilINRIlBKISIIS IBIBIIlIBBIISRIiBBIBSSBI flBBBIIIBiBlBfelIBPBIB^IE IIIIIIIUIIIIIIII IIIIIIHI IBIBBIBI1 IBRBREni iIBBIBBB IBIBlIIIHBEtlARGfSSl* BBBBlIRBIBtB.EatlI/BREIB BIIRIIIIlIllilIkJ TA^dlSB RIBIIIERlIflTIEHilll BRI ■BPBBBM9B I I IRHBilll BOT l^à'RPMlBi IHHÜHIHIBIB ’â’t IIIT4IB IIIEBIBEIIRiâHBk MII1IIIRIIBI1BBBSIBBBBIKB EIIIHIIBIBIIIHEilllHIIIRI BIIBHHISBRIIIBIBBIBB BBBII BIIBHBBBIIIIRBBBIIBBBIIBI
«mm
ÏSSélBSH ■biiiiibb
HBBBIIBBIB ■ifREHIlIBSB B BÜSIBRIIBBB
: 'imm
» IBUBBBliBB
(^■IBBBIBIH
■LRF9M
IsSbiS
Enfin le 9, 1,200 grammes; le 10, 1,800 grammes; le 11, 2,000 grammes; le 12 et le 13, 1,500 grammes ; et le 14, 2.000 grammes d’urine sont recueillis; l’urée oscillant chaque jour entre 14 et 16 grammes. L’alimentation est toujours très modérée, la malade ne prenant, et cela sans grand appétit, que potage et lait.
Terminons cette observation en disant que le 26 août, trois semaines après l’opération, l’appétit était revenu, les forces s’étaient relevées; l’ascite est très légère ; la diurèse persiste (3 litres 1/2 ce jour-là).
Pendant tout le mois de septembre, la malade demeure dans notre service, très améliorée, au point que lorsqu’elle quitte l’hôpital, le 30 septembre, toute trace d’ascite a disparu ; l’abdomen est souple et indolore ; le foie, qu’on peut sentir par la palpation, n’a pas une matité exagérée, il reste dur cependant ; la rate est grosse, et l’état général est excellent.
La malade revint souvent nous voir dans le courant de l’automne, et, quand je quittai le service au mois de janvier 1884, je pus m’assurer par moi-mèmc de son bon étal de santé. J’avais appris incidemment, de source certaine, que la sobriété, dont elle se faisait gloire, était souvent mise en défaut aussi bien avant sa maladie, qu’après sa guérison. J’ai su depuis, par le Dr Collet, qui l’a revue à l’hôpital Beaujon en 1884, que de nouveaux accidents hépatiques avaient reparu au printemps, et nécessité une nouvelle ponction. Depuis lors, je n’eus plus de ses nouvelles. Tl n’en reste pas moins acquis qui1 pendant près de huit mois, les divers phénomènes abdominaux inquiétants et dont l’allure était si rapide s’étaient singulièrement amendés.
Si j’ai aussi longuement insisté sur ce fait clinique intéressant, c’est que l’examen chimique du liquide extrait de l’abdomen au moment même de l’évo-
lutiou des accidents aigus rapidement esquissés plus haut, fut pratiqué avec le plus grand soin par mon ami le I)r W. Ilogg et qu'il a fourni des résultats extrêmement importants, ce qui permet de distinguer celte ascite d’une hydropéritonite subaiguë, l’ascite cardiaque ou cirrhotique.
Observation XXXII
M. Millard. Communication à la Société médicale des hôpitaux de Paris, 23 novembre 1898, p. 480. — Cirrhose alcoolique. — Ascite, pas d’albuminurie, flux hèmorrhoïdaire. — Régime lacté prolongé, diurétiques et purgatifs, sans iodure de potassium, ni ponction. — Guérison depuis cinq mois.
M. Ch..., 53 ans, épicier marchand de vins à X... (Seine), a depuis longtemps l’habitude de boire chaque jour beaucoup de vin, et surtout du vin blanc — deux litres au moins eu mangeant, et dans l’intervalle des repas: il prend en outre plusieurs verres de vermouth, supporte bien ces excès quotidiens, n’a jamais été vu en état d’ivresse.
Il a eu la fièvre typhoïde à dix-sept ans, la variole en 1870, n’a jamais toussé, n’a jamais vomi d’aliments, mais est sujet à de la diarrhée et à un ilux sanguin hèmorrhoïdaire. Il est pâle, jaunâtre, émacié et anémié, et offre, au premier abord, l’aspect d’un phtisique, quand, le 25 mars (première consultation), il se présente dans mon cabinet. Il n’a jamais eu ni syphilis, ni fièvre intermittente. Il fait remonter au mois d’octobre 1887 le début des accidents abdominaux actuels. Il a été pris d’un point de côté à gauche (?) ; son ventre a commencé à enfler et a toujours grossi depuis ; en même temps, le visage et les membres supérieurs maigrissent et les forces se perdent de plus en plus.
Pas de bruit morbide au cœur. Rien du côté des organes respiratoires. Pas d’albuminurie. Anémie très prononcée. Ascite considérable (8 à 10 litres environ). Foie volumineux, induré, sans bosselures. Rate difficile à mesurer. Pas d’œdème des membres inférieurs. Le malade a été soigné par un confrère qui a prescrit le régime lacté, mais au début seulement.
Je porte le diagnostic : hépatite alcoolique avec ascite, et je fais la prescription suivante :
1° Se nourrir exclusivement de lait liquide (3 litres par jour). Plus tard, et graduellement, on ajoutera au lait des féculents (riz, tapioca, semoule, etc.) ;
2° Tous les huit jours, purgation avec scaminonée, 1 gramme :
3® Tous les jours, prendre en quatre ou cinq fois la potion diurétique suivante :
Baies de genièvre, 10 grammes, faites infuser dans eau bouillante, 200 grammes.
Ajoutez : nitrate et acétate de potasse, àà 2 grammes; oxymel scillilique, 30 grammes ; sirop des cinq racines, 35 grammes ; F. S. A.
4° Si, dans dix jours, le ventre n’a pas désenflé, faire pratiquer la ponction, et après trois ou quatre jours de repos, recommencer le traitement.
S'abstenir de toute boisson fermentée, de cidre, de bière, de vin, de liqueurs.
27 mars (deuxième consultation). — Amélioration; l’enflure a diminué, les urines sont abondantes, le malade se plaint d’insomnie la nuit. Je lui prescris du sirop de chloral, la continuation du traitement, et je permets d’ajouter au lait des féculents et même un peu de pain, et prochainement des huîtres et quelques asperges.
19 avril (troisième consultation). — L’amélioration a fait encore des progrès; le foie est moins volumineux, mais l’ascite persiste. Le malade se plaignant do flux hémorrhoïdaire, je supprime la purgation hebdomadaire avec la scammonée et la remplace par une petite dose d’huile de ricin deux fois par semaine. La potion diurétique est continuée chaque jour. On ajoute au lait des tisanes de queues de cerises, de pariétaire ou de chiendent. Pastilles de chlorate de potasse pour combattre une gingivite chronique.
20 mai (quatrième consultation). — Nouveaux progrès, mais lents. Même traitement.
21 juin (cinquième consultation). — Amélioration plus marquée, beaucoup moins d’ascite, foie moins volumineux, mais flux hémorrhoïdal assez fréquent. Le malade mange avec appétit et digère bien son lait et quelques légumes. Je conseille : continuer tout le traitement jusqu’au 1er juillet, et, à partir de ce moment, ne plus prendre la potion diurétique que tous les deux jours.; cesser les purgations régulières bi-hebdomadaires, et se borner à surveiller la liberté du ventre. Dès que le temps le permettra, prendre des bains de Pennés (deux par semaine). En cas de flux hémorrhoïdal, lavements froids et lotions froides.
23 juillet (sixième consultation). — Je note un progrès considérable. Fuie revenu presque à l’état normal. Disparition totale de l’ascite et des flux hémorrhoidaux. Pas de tuméfaction de la rate. Persistance de l’anémie, mais augmentation des forces et de l’appétit. Retour manifeste à la santé qui frappe tout son entourage.
Je prescris : continuer l’usage du lait (2 litres par jour, y compris celui qu’on continuera de boire aux repas) ; dragées de lactatc de fer, d’abord deux, puis quatre par jour, si elles sont bien supportées. Ajouter au régime un peu de viande rôtie, des œufs, du poisson, du riz, etc., etc. Continuer les bains de Pennés. S’abstenir toujours des boissons fermentées, mais prendre un peu de thé ou de calé léger.
22 octobre (septième consultation). — Le malade revient me voir pour la dernière fois. Il est transformé : il s’est coloré. Quoique encore amaigri, il se sent plus vigoureux, a repris ses affaires et son régime comme auparavant; son foie est rentré dans ses limites; les fonctions digestives sont parfaites ; l’appétit est développé, mais le malade continue à boire du lait aux repas et à s’abstenir de tout spiritueux.
La guérison paraît assurée.
Observation XXXIII
M. Rigal. lu thèse do Ribeton, p. 15. — Cirrhose alcoolique. — Ascite.
Douze ponctions. — Amélioration remarquable.
Le nommé V..., âgé de 38 ans, in lirmier, entre à l’hôpital Neckcr, dans le service de M. Rigal, le 29 mai 1883.
Il n’y a rien de particulier à noter dans ses antécédents héréditaires.
Antécédents personnels.— Rien à signaler durant l’enfance et la jeunesse, l’as de maladie grave antérieure. Il n’existe aucun indice de syphilis ; mais nous constatons des symptômes avérés d’alcoolisme ; cet homme reconnaît d’ailleurs sans difliculté que depuis longtemps il se livre à des habitudes d’intempérance.
Il existe de l’insomnie ; sou sommeil est troublé par des cauchemars fréquents. Le malin il survient de la pituite. Léger tremblement des mains.
Le malade ne peut préciser la quantité de boisson qu’il absorbe chaque jour, mais il ressort de ses déclarations qu’elle est assez considérable.
Le début de sa maladie remonterait environ à six mois avant son entrée à l 'hôpital. Cet homme remarqua tout d’abord qu’il existait une exagération des troubles gastriques qu’il ressentait habituellement. Aussi n’y (it-il pas grande attention.
Mais bientôt il éprouva un certain endolorissement dans l’hypocondre droit et il s’aperçut (pie son ventre augmentait de volume. En même temps, il perdit une partie de ses forces ; un certain degré d’amaigrissement survint. Les urines diminuèrent de quantité et prirent une coloration rouge briquetée. Il n’y eut jamais d’ictère ni d’hémorrhagie.
Mais voyant que ces phénomènes anormaux persistaient, en même temps que l’abdomen prenait toujours un volume plus considérable, cet homme se décida à entrer à l'hôpital.
A ce moment, l’état est le suivant :
Ventre volumineux, fluctuation manifeste. Œdème des membres inférieurs. Intégrité de toute la partie du corps située au-dessus du diaphragme. L’exploration de l’abdomen est impossible à ce moment-là. Gêne do la respiration. Cœur normal.
Le 11 juin 1883, on fait la première ponction, qui donne issue à 8 litres de liquide clair jaune citrin.
Mais l’ascilc se reproduit rapidement, et à partir de ce jour, on est obligé de pratiquer des ponctions successives et rapprochées, dont voici le tableau dressé par le malade lui-même
juin
ponction
juillet
août
Ce
3 septcmb. 1883, 7° ponction, 14 litres.
1er octobre » 9e » 12 —
A partir de ce moment, le liquide ne se reproduit plus que très lentement, et la 10° ponction n’est faite que le 9 mai 1884 et donne issue à 7 litres de liquide.
3 juin 1884, 11e ponction, 4 litres.
Les dix premières ponctions donnèrent issue à un liquide jaune citrin très clair. Le liquide des deux dernières ponctions était au contraire d’une couleur rougeâtre assez foncée, et au loucher il paraissait plus consistant.
Nous voyons le malade pour la première fois au mois d’avril 1885.
Depuis le mois de juin 1884, il ne lui a été fait aucune nouvelle ponction.
Son abdomen contient encore une certaine quantité de liquide, mais la quantité ne semble pas augmenter.
Le ventre est ballonné, mais cependant assez souple pour permettre l’exploration.
Le foie est petit; le rebord en est mousse et irrégulier; la rate est volumineuse ; la peau de l’abdomen est sillonnée de vergelures.
Il existe une dilatation très marquée des veines cutanées abdominales.
Les urines sont un peu rougeâtres, varient comme quantité de 800 à 100a grammes par jour; elles ne contiennent point d’albumine.
L’état général est bon, les forces conservées.
Jusqu’à ce jour, l’étal du malade est resté sensiblement le même. Rien ne semble indiquer une recrudescence des phénomènes morbides.
III. — Disparition des accidents hépatiques chez des sujets qui ont été suivis pendant un temps variable, sans récidive.
Observation XXXIV
M. Wetzler. Archives de médecine, 1827. — Guérison d'une hydropisie ascite avec induration du foie.
Un vieillard, âgé de 64 ans, pelil, maigre, à peau basanée, adonné à l'eaude-vie, n’ayant jamais été sérieusement malade, fut affecté en juin 1810 d’une hydropisie ascite. Un chirurgien le traita pendant 8 jours sans aucun succès. Le Dr Wetzler, appelé alors, trouva le ventre extrêmement distendu, très fluctuant et les pieds très œdémateux ; il y avait de l’orthopnée ; le pouls donnait plus de 100 pulsations par minute ; l’urine était brunâtre, trouble, peu abondante. Le malade était près de périr de suffocation; il n’y avaitqu’une cure héroïque qui pouvait le sauver. On prescrit donc 12 doses de poudre de calomel, chacune de 8 grains ; le malade en prit deux le premier jour, trois le second et quatre le troisième. En outre, il se pratiquait deux fois par jour des frictions dans l’hypocondre droit avec un gros d’onguent mercuriel ; pour boisson il eut une décoction d’herbes diurétiques. Dès le deuxième jour, l’urine commença à couler abondamment, mais le quatrième quand le malade eut pris huit poudres, il y eut déjà un commencement de salivation. Le sixième jour, l’hydropisie avait totalement disparu, du moins quant aux signes extérieurs. L’induration du foie n’avait pu être reconnue dans le principe, à cause de la distension du ventre, mais alors on pouvait facilement se convaincre de son existence en explorant l’hypoeondre; la respiration était devenue tout à fait libre, la salivation se porta à un haut degré et dura pendant 15 jours ; elle fut d’abord combattue par des purgatifs, puis par des toniques. Une infusion de sauge avec du miel rosat et de la teinture de myrrhe se montra très efficace contre les ulcérations qui s’étaient formées dans la bouche. Après trois semaines de traitement, le malade était parfaitement rétabli ; un léger gonflement du foie qui existait encore se dissipa par la suite, car le docteur Wetzler n’en trouva plus aucune trace, lorsque deux années après il eut occasion de revoir cet individu pour le traiter d’une fièvre intermittente ; à en croire son assertion, il avait abandonné l'habitude de prendre de l’eau-de-vie.