‹ De la Curabilité des Cirrhoses Atrophiques de LaënnecChapitre 11 sur 31 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

CIRRHOSE ATROPHIQE. HÉMATÉMÈSES. ASCITE. DEUX PONCTIONS. GUÉRISON PAR DES SUEURS COPIEUSES ET SPONTANÉES ET DIURÈSE ABONDANTE, in thèse Ribeton, 1881-1885.

(Service de M. le Docteur RAYMOND à l’hospice d’Ivry. Observation recueillie par M. FLORAND, interne des hôpitaux.

Le nommé M.., 46 ans, est vu en consultation par M. le Docteur RAYMOND, au mois de juin 1884.

Le malade n'offre rien de particulier dans ses antécédents héréditaires. Il est profondément alcoolique, mais il n’a jamais souffert d’aucune maladie jusqu’au mois d’octobre 1883. A cette époque et depuis lors, il a eu plusieurs crises de delirium tremens.

Au mois d’avril 1884 survinrent des hématémèses abondantes se répétant plusieurs fois. par jour et pendant 8 jours consécutifs, du 27 avril au 4 mai.

À la même époque, apparition d’une ascite à développement rapide avec œdème consécutif des deux jambes.

M. RayMoxD voit le malade pour la première fois le 13 juin 1884. Cet homme a un foie petit, une rate volumineuse ; il

existe un épanchement ascitique assez considérable et une dilatation très marquée des veines sous-cutanées abdominales.

Le cœur est absolument normal. Il n’y a pas d’ictère.

En face des antécédents, de la marche de l’affection et de l’état du malade, M. RAYMOND porte le diagnostic de cirrhose atrophique et fait quelques jours après, une ponction qui donne issue à 13 litres de liquide clair et citrin.

L’ascite se reforme rapidement et l’infiltration s’étend non seulement aux jambes, mais encore à la paroi abdominale.

Le 21 août, 2° ponction qui donne issue à 9 litres d’un liquide plus trouble que celui de la première ponction.

L’état général du malade reste bon. Pas d’amaigrissement, ni perte des forces. Selles régulières. 400 gr. d’urines par jour : brunes, elles ne contiennent pas d’albumine.

L’ascite reparait plus rapidement encore qu'après la première ponction. Au commencement de septembre, les bourses sont tellement infiltrées et volumineuses que l’on est forcé de faire des mouchetures.

Le 20 septembre, la respiration est très gênée. L’auscultation pulmonaire montre aux deux bords des râles fins d’œdème. Le malade est très affaibli et on n’ose pas tenter une nouvelle ponction d’autant qu’il existe surtout de linfiltration des membres inférieurs, des bourses et des parois abdominales.

Depuis un mois, le malade est soumis au régime lacté et prend du vin diurétique. Depuis huit jours, il prend en outre du raisin en assez grande abondance.

Les urines deviennent claires et atteignent le taux de 1.500 à 2.000 gr. par jour.

A partir de ce moment, on observe une amélioration progressive dans l’état du malade.

Le 1% novembre, l’œdème et l’ascite ont complètement disparu. Le malade reprend son régime et ses occupations habituelles.

Son. médecin, le Docteur CouRGEY, à l’obligeance duquel est due cette observation, écrit qu’à l’époque actuelle (1885), le malade continue à jouir d’une santé parfaite. Celui-ci prétend ne s’être jamais mieux porté.

Voici d’autre part des renseignements complémentaires fournis à FRANCON (Thèse Lyon, 1888), par le Docteur Cour- GEY d’Ivry, en février 1888

«. Cet alcoolique complètement guéri, a repris ses occupa-

Hope

lions et ses petits verres jusqu’en septembre 1887. À cette époque, il fut repris d’une ascite aussi considérable que celle de 1884.

Elle disparut d’elle-même et sans ponction, sans régime et sans médicament et le malade se rétablit encore.

En janvier 1888, il eut tout à coup des hématémèses abondantes et mourut en quelques jours. On ne fit pas son autopsie. »

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