DÉMONTRÉ
C'est par un sentiment de réserve extrême, et que des gens plus royalistes que le roi — (qui ne peuvent manquer de se montrer bientôt, aussitôt que la doctrine parasitaire sera en crédit) — trouveront probablement exagéré, que nous considérons comme encore douteux, ou insuffisamment démontré, le parasitisme des maladies que nous allons passer en revues dans cette sous- section. Mais comme notre réserve ne peut nuire en rien à l'avenir de la doctrine parasitaire, nous avons voulu laisser aux investigateurs à venir le plaisir de démontrer matériellement ce que Tanâlogie et les faits, rigoureusement interprétés, établissent déjà logiquement. Le succès des recherches de M. Davaine sur le charbon est bien fait pour encourager ceux qui voudraient marcher sur ses traces.
Art. IV. — DE LA COQUELUCHE.
M. Lemaire est, comme certains gallinacés, originaire des Indes : le bruit le fait glousser. Il avait envie de se taire sur la coqueluche, mais c après le bruit que l'on a fait dans ces derniers temps, dit-il, sur les effets merveilleux que Ton obtenait des émanations des!cuves d'épuration du gaz de Téclairage pour com. battre cette maladie, j'ai cru devoir traiter la question.» Ainsi, il n'y a pas à en douter, c'est bien le bruit qui a fait glousser M. Lemaire, et comme la coqueluche n'est pas la seule chose autour de laquelle il se soit fait du bruit, nous avons lieu de croire que les gloussements de M. Lemaire feront un de ces jours, en quantité immense, leur apparition dans le monde; concurrence redoutable pour les Sommes de saint Thomas! M. Lemaire l'emportera certainement, non-seulement par le poids des volumes, mais encore parce que saint Thomas ne s'occupait que des intérêts de Dieu et que lui s'occupe des intérêts de l'histoire, c Je dois tout d'abord, dit-il, faire une remarque dam Vintérét de V histoire ^ > et cet intérêt de l'hisloue, n^u<& ^^hVcl^-l
â DE L»ACIDE PHENIQUE.
bien quel il est. M. CommeDge, qui paraît avoir inauguré le traitement de la coqueluche par les émanations des caves d'épuration, dit que ce traitement, auquel il accorde, du reste, une grande valeur, est purement empirique; mais M. Lemaire en sait, sur ce que fait M. Commenge et sur ce qui Ta inspiré on guidé, plus que M. Commenge lui-môme : t Je crois, dit-il (M* Lemaire), que ce sont, an contraire, les travaux que j'ai publiés de 1859 à 1863 sur le coaltar saponiné et ses dérivés qui ont dirigé mon confrère du Pas-de-Calais, i Voilà doBC M. Commenge bien et dûment atteint et convaincu de ne pas savoir ce qui Ta inspiré et dirigé, et c'est M. Lemaire qui « cbarge d'ôtre son éclaireur de conscience. Et pour prouver immédiatement qu'il en est digne, 1 honorable propagateur à coaltar commence par dire : t depuis près de trots ans, fai essayé à plusieurs reprises le coaltar et V acide phèniquê (b fameuse addition stéréotypée) pour combattre la coqueluche. J'ai conseillé l'emploi de leurs émanations et Veau phéniquèiï l'intérieur. > Et comme M. Commenge ne parait avoir expérimenté les émanations des cuves d'épuration qu'en 1864 on ai plus 1863, il est clair que c'est M. Lemaire qui l'a inspiré, puisque écrivant en 1865 ou 1864 et employant les émanations phéniquées et l'acide phéniqne à l'intérieur, depuis prè^ de trâi ans, mettons 9 mois, il fait ainsi remonter ses premiers essaiaai commencement de 1862. Voilà une chronologie à laquelle il n'y aurait assurément rien à reprendre, n'étaient deux pelit0 difficultés que voici : la première, c'est qu'en 1862 — M.Lemaiff le déclare lui-môme, les jours où il s'oublie et dit la vérité'* il n'avait jamais employé l'acide phéniqne (1), et qu'en 180 môme, dans la première édition, il se propose d'employer 10 émanations phéniquées contre le croup, — car de coquelaeke il n'est môme point question (en 1863!); — la seconde, c'est qf^ ce qui était supposé agir dans les émanations des cuves d'ép^j ration, c'étaient surtout des émanations ammoniacales ; et pif conséquent ce n'étaient pas les inhalations phéniquées q^ M. Lemaire se proposait de faire qui ont pu inspirer le D^Goi*
(1) ITajantpas eneore à cette époque eipérimeDté l'acide phénique k iM llMir, je B*ofai pai lui cooseilier d'en boire. (Lsmaire, l^* édit., p. 371.— TA | «Cz^rna, p. 972 du présent ouTrage.)
APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE L»ACU)E PHÉNIQUE. i
menge. Il est si vrai qu'on attribuait surtout à Taminoniaque les effets supposés produits par les émanations des cuves, que des pharmaciens industriels de la mauvaise catégorie vendent, pour remplacer ces émanations, de Tammoniaque impure qu'ils ont longtemps ramassée et qu'ils ramassent peut-être encore dans les égouts des usines à gaz. Au reste, ni les émanations des cuves d'épuration, ni surtout le produit dégoûtant vendu par lesdità pharmaciens sous le nom de gazéol n'ont d'influence bien marquée sur la marche de la coqueluche; de nombreuses expériences faites depuis celles du D' Commenge ont prouvé que cet honorable confrère s'était fait illusion. Quelques expérimentateurs ont môme accusé, mais sans motifs suffisants, les émanations des cuves d'épuration d'être dangereuses, et elles le sont en effet, dans certains cas que nous spécifierons. Pour mettre tout le monde d'accord, le fameux Bottchut-Touchatoul,|)r«mter chevalier de l'Empire (1) et officier de la République, a trouvé que les émanations des cuves d'épuration sont tantôt utiles, tantôt nuisibles, tantôt indifférentes. C'est en professant une pareille thérapeutique et une pareille diplomatie qu^on ramasse des chaires de professeur, des fauteuils d'académicien et des croix d'officier des empires et des républiques.
Le véritable résultat des expériences faites sur inaction des émanations des cuves d'épuration, c'est que la nature de ces émanations est loin d'être toujours la même; elle varie suivant les détails des manipulations des diverses usines; elle varie surtout suivant les qualités très-diverses du charbon employé. On se rappelle les différences énormes constatées par M. Cal- "vert sur les coaltars provenant des divers charbons, les uns contenant une proportion très^ faible d'acide phénique, les
(1) C'est lui«nième qui s'est ainsi longtemps qualifié, sur ses cartes de visite et daus certaines biographies payées, parce qu'en effet, il fut le premier décoré de VEmpire, pour avoir eu le talent de se placer en tablier blanc devant le passage do l'empereur, dans la visite obligée que celui-ci fit k PHôtcl-Dieu ; après le 4. septembre, le premier chevalier jeta ses cartes dans un égout, et s'en fut parader ^ns les antichambres de la République. Les républicains l'accueil lirent fort bien *t en firent un officier. Le roi futur en fera certainement un commandeur, ce ne sera pas trop pour on écrivain qui a été un des valets de chambre qui ont habillé M. Sanson en inventeur de l'acide phénique.
aiisT«s. çt •riffU'îMaL tiair îus. sitir in*?: «.
- " ^an^ nnn^ ^^ a
t)ti( ♦?; «* ♦ïwuvftéir unie iflomiaoïs. iaiEt iicctjr» =^^^***^
;«»» fmtti:. m vm -srriirBîr. fans îstauies .iiiiaaairà,^^^ i^ :l«f;^<iituBh*^*- «I îTianrtiaHiii lacxàîejv les ae^Àp» ii;.
4P«ijjj^i,jtiJ^ ^ 4»dft» e«rps «S» sent «Ces tç^i 4<w^qi à hm^^éW^ f^* ^ F*» nreaent. Ea réssiaé^ies éauatioDS 4^ 4*v^ ^^rîtî©ii dm pi d-édairaçe, par FûistabiLlé IIM^^ipt^î 4^ J^f OMUf^tion, sont m trèsHoam^ais moTen ihé- #»^^l^*^. ^•««^'^ a» coallar Inimé», panamisé on non (^^ ^ «irUMil întérieiir à 1 acide phénîqiie, malgré I« t^mf^^ 4» ^^m^tetïf et docicor Lemaire, précisément par d^ 4if^m€^» à€ eomposîiion qnll présente.
fammuif ^tr« 1«« mains de son propagateur, le coaltar pa- UmM ^i^'M «voir produit quelques [résuluts un peu avantet^m^ t^ M«tWOttp, dans troU cas dont deux sont résumés 4#M# ik mrn^i^^ «oivanlc.
* l*fmi^r(( (thu^rvatUm.-^ Mm«B..., veuve d'un pharmacien, mi r#««^^ Ami\hn deux de ses filles aiteinies de coqueluche! \/nmi^f'\m «»»' ^'»"^^« quinze ans. C'est à la fin de mars(l) Hm 1« W»t ^4billa. Kllc employa des tisanes adoucissantes, de ri//4/'»/'M«»lm «t d«» narcotiques, mais sans le moindre suc'côs. U Um «M({rr<«»t«l^ toujours. Vers la fin d'avril, elle prit une Ulfm /mMVtfUlv«» nîvctmit par quinles fréquentes aecompa- ^Whn <1« vomUMwmrtfiU. \m nuits étaientmauvaises, plus encore I ^ /|MM l^«» Joiirtirf''»» l'^»* »'<'P"» <5lnlcnt interrompus par des quin- f^
'() ()„ ^„ fiM'pll'* '•"" •**•*"•'' **•' l'O'"»'"^ nul me reproche d'une manière ni- b IIh (tt'iK M(i Ih'I'* iIm*'*" 'Mit mniMliiaiil h nos obseryalions, donne qui^lquebu k ^
tes, et les aliments en partie vomis chaque fois. Il n'y avait que quelques râles muqueux dans les bronclics. M^e B.... qui croyait tout d'abord à l'existence d'un rhume, reconnu^ à ces symptômes caractéristiques l'existence de la coqueluche.
« Depuis quelques jours, elle leur faisait prendre une poudre composée de belladone, de soufre et de poudre de d'ower (1). Ce médicament ne changea rien aux symptômes dont je viens de parler. C'est à ce moment que je fus appelé (2). Je fis cesser la médication en usage. Je la remplaçai par les émanations de goudron de houille. Un kilogramme de goudron de houille fut divisé en quatre parties que l'on plaça sur des assiettes. On mit une dose dans chaque pièce de l'appartement. Ma prescription étant faite, je priai M™e B..., femme très-intelligente, d'observer avec soin ce qui se passerait et de vouloir bien me l'écrire. Voilà ce qu'elle m'écrivit : « Vingt-quatre heures après l'intro-
> duction du goudron dans l'appartement, les quintes étaient j» sèches. Plus de mucosités, plus de vomissements. Mes filles
> toussaient aussi souvent; huit jours après, la toux élait bien
> moins fréquente et les quintes moins longues. Aujourd'hui,
> après quinze jours de la présence du goudron dans l'apparte-
> ment, lesdeuxmalades ne toussent plus que lorsqu'ellescourent
> trop fort, et les petites quintes qu'elles ont dans ce cas sont
> sans importance. Elles n'en ont pas tous les jours une et pas » du tout la nuit. Les fonctions digestives s'accomplissent
> mieux chez ces enfants qu'avant leur maladie. La plus jeune,
> qui élait revenue de nourrice avec une gastralgie, a de meil-
> leures digestions. La nuit, son sommeil était très-agité* Je
> ne parvenais à l'avoir calme qu'en lui donnant du bouillon ou
> seulement du potage pour son dîner. Depuis remploi dn ^ » goudron, elle mange comme nous, digère viandes et lé-
» gumes. > ' Cette première observation est, comme on voit, double^ et son
r (1) C'est M. Lemaire, tout ancien pharmacien défroqué qu'il soit, qui écrit
^. d'ower. Il parait probable, d'après cela, que M. Lemaire cultive l'histoire de la
pharmacie avec autant de succès que celle de la médecine. ^ (2) II est fort iniércssaut, assurément, de savoir que c'est à ce moment que
M. Lemaire fut appelé; mais s'il nous avait dit à quelle distance ce moment se ^ trouvait du début de la maladie, cela eût été beaucoup plus intéressant encore et
plus utile, pour apprécier Telflcacité de son traitement.
6 DE L'ACIDE PHÈNIQUE.
estimable auteur, à qui elle n*a pas donné beaucoup de peine pour la faire ni pour la rédiger, puisqu'il a va une seule fois les malades, conclut de l'amélioration constatée après vingtquatre heures de l'introduction du goudron dans l'appartement et de la c rapidité de la guérison chez les deux malades, qni éiaient à la période convulsive de la maladie, > à l'efficacité dn coaltar contre la coqueluche. Si au lieu d'efficacité l'estimable auteur avait dit utilité, nous aurions partagé son avis, quoique quelques pages plus loin il attribue l'insuccès de l'acide phénique, dans quatre cas, à ce que la dose d'acide était trop faible (10 centigr. matin et soir), lui qui a pleine foi cependant dans les doses impondérables. (Voir ci-dcrsus, p. 196.) Or, nous ne croyons pas que les deux filles de Mme B... aient absorbé SOcectigrammes d'acide phénique par jour, en respirant les émanations d'une assiette plus ou moins remplie de coaltar. Il est vrai que les inhalations peuvent agir d'une manière différente de l'ingestion par les voies gastriques. Quoi qu'il en soit, le coaltar est infiniment inf(^rieur à l'acide phénique contre la coqueluche^ quoique cet acide lui-môme ne triomphe pas de la coqueluche aussi rapidement que de plusieurs autres maladies plus graves. Le parasite de cette affection auquel plus d'un médecin commence déjà à croire, est donc plus tenace ou poor mieux dire plus résistant à l'acide phénique que beaucoup d'autres plus malfaisants pour l'homme et pour les animaux; nouvelle preuve, s'il en était besoin encore, que ce n'est point la gravité de la maladie qui fait son incurabilité ou sa curabilité plus ou moins facile, mais l'espèce de parasite qui la produit. Ce qu'on peut dire, c'est que l'acide phénique est très-supérieur aux autres médications usitées contre la coqueluche, et notamment à la belladone, si hautement préconisée par le bienveillant et regrettable Trousseau ; mais, malgré sa supériorité, Vaeide phénique, même administré rationnellement, c'esu-àmienx que ne le fait M. Lemaire, met encore de quinze
à trois semaines pour triompher d'une coqueluche, ce qui
r0neore en abréger la durée de quatre à sept semaines, car tout
mda stU que cette maladie ne dure presque jamais moins de
^'MmaiDes et qu'il n'est pas très-rare de la voir durer deux
et même Jusqu'à six mois. L'association à l'acide phéni-
que du nouveau médicament que je n'ai pas encore fait con* naître, en accroît d'une manière très-sensible l'action curative : à l'aide d'une préparation dans laquelle cette association est faite et qu'on trouve chez M. Guenon, pharmacien à Paris, la durée de la coqueluche n'est, dans l'îtnmense majorité des cas* que de douze à quinze jours.
Art. V. — DU CROUP, des angines couenneuses