‹ De la curation de quelques-unes des maladies les plus frequentes ou les plus de l'espece humaineChapitre 7 sur 18 · ET DE LA DIPHTHÉRIB · texte numérisé non relu

ET DE LA DIPHTHÉRIB

Les immenses services que l'acide phénique est appelé à rendre dans le traitement des angines couenneuses et de ce que l'on a appelé depuis quelques années la diphthérie exigent que ce sujet soit traité avec quelques développements. Le croup est d'ailleurs un des grands fléaux de l'espèce humaine; quoiqu'il n'épargne pas toujours les jeunes fîlles ni les adultes des deux sexes, il frappe plus spécialement les jeunes garçons de six à dix ans; et, à ce titre, il a môme en le privilège de rendre jaloux un tyran sanguinaire^ qui s'indignait que la maladie fauch&t de jeunes épis en herbe dont la moisson devait être réservée an canon ; ii créa un prix de 100,000 fr. pour l'inventeur d'un traitement qui guérirait le croup; on en trouva plusieurs; le prix fut décerné ; mais, après comme avant la découverte de ces spécifiques, le canon trouva dans le croup un concurrent redou* table.

Dans un but exclusivement humanitaire, notre excellent maître, le Dr Marchai (de Calvi) — qui n'est pas un adorateur du canon, quoique ancien militaire (médecin) — a, non pas créé un prix, mais ouvert une enquête sur les meilleurs traitements du croup ; et, à son appel, une foule de spécifiques est apparae, tellement nombreuse que ce serait un travail que d'en dresser le tableau;... et tous ne se sont pas montrés (l).Le seul

(1) M. le D' Guillon (ne pas oublier son titre d'âDcien chirurgien conbultant du roi Louis •Philippe) considère comme absolument infaillibles les insufflations de nitrate d'argent en poudre. Il n*y a qu'une yoix sur celte infaillibilité, c'est celle de M. Guillon. — Un docteur Auge croit que la cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent vaut mieux que les insufflations; le D' Miquel (de Tours) est persuadé que la solution de nitrate d'argent au huitième et même au dixième yaut mieux que Içs insufflations et le crayoni tenus tous les deux pour

qui n'ait pas fait son apparition, c'est le traitement phéniquiS probablement parce qu'il est le meilleur, nous dirions volontiers le seul bon, quoique, parmi ceux qu'on a proposés, quciques-uns ne soient pas sans utilité, le chlorate de potasse et les mercnriaux entre autres.

Dans la première édition de cet ouvrage nous avons déjà rapporté quatre observations de croup ou d'angine coucnneuse traitée avec succès par l'acide phénique. Les deux dernières de ces observations, qui se trouvent réunies dans une seule relation, donneront une idée de la façon dont j'administrais l'acide phénique, il y a dix ans, et nous permettront d'appré* cier les progrès que nous avons réalisés depuis cette époque.

t Le 12 août dernier, disions-nous alors, je fus appelé en tonte b&te à Dublin.

« Le 13, je trouvai M. de V... atteint d'une angine couenneuse au septième jour de son début, et madame de Y... sa femme, an second jour de la même affection. J'employai de •nite la cautérisation à l'acide phénique, à 50 p. o/o au moyen d'un pinceau; les plaques pseudo-membraneuses se détachèrent rapidement chez M. de V...; mais chez madame de Y... le mal ne parut pas vouloir céder facilement ; de larges plaques

infiiUUblet. — Le bromure de potassium est souTerain, pour les uns; de nul effet,

pour les autres. — La glace réussit toujours, à en croire certains praticiens. -

Pour le D' Simorre (de Contres) tout est mauvais, fors la saignée, qui guérit à p«u

près constamment. — Le D' Bouchut (car où le D' Bouchut ne fourre-t-il f>u

Mm oez?) n'a confiance que dans l'adminislratiou de 5 centigrammes de tartre

itiblé et d'une solution de coaltar saponiné au 30* ou au 40«. Mais le D' fiovcbot,

le même qui sert de valet de chambre à M. Sanson (voir ci-dessus, p. 495) et de

tapisserie danslles antichambres, a trouvé son maître— chose difficile ! — dans le

D' Pichon; celui-ci lui a dit son fait, dans une lettre assez brève pour pouvoir

figurer ici : « Permettez-moi, écrit-il au rédacteur d'un journal de médecine, de

dire à vos abonnés que cinquante centigrammes de tartre stibié dans 130 grammci

d*eaii, et un morceau de charpie imbibé de coaltar saponiné pur, — (pur est joli,

surtout souligné par l'auteur) — > avec lequel on badigeonne, ou ramonne (toa-

joars souligné par l'auteur) la gorge couenneuse, ont une vertu bien autremnt

puissante que les cinq centigrammes de tartre stibié et le coaltar saponiné au 30*

ou au 40* du D' Bouchut. » OU le D' Pichon est inférieur au D' Bouchut, c*e»t

qu'il ne se croit pas philosophe, tandis qu'aaprès de Bouchut, Aristote — suinst

^ Bouchut — ne serait pas digne de vivre, s'il n'était pas mort. C'est probablemrDt

^^ pourquoi il est venu au monde sitôt. — C'est égal, le plus fort de tous est encore

^^L !• D' Racle, de Constantine : pour lui, toutes les méthodes guérissent, pouns

m^m qu'elles soient fortement perturbatrices ; et , loin que les traitements variés se

^^Bi eiélruiscnt, ittsorU tow bons !t Seulement, les acétates sont un préservatif absols*

K' ineot certaini — Ce n'est pas tout; mais nous croyons que c'est assez.

tapissaient les amygdales et y paraissaient incrustées; pnis, peu à peu, une teinte laiteuse se répandit sur toute la muqueuse pharyngienne, et parut s'étendre^ de haut en bas, en larges bandes. Le 16, ces bandes finirent par se rejoindre en arrière, le long de la trachée; tout le tube accessible à l'œil était envahi. Dans la matinée du 17, la respiration était sifflante, le chant du coq commençait, et tous les phénomènes prenaient de la gravité; pour la première fois le pouls était à 110.

c Je me décidai à employer l'eau phéoiquée en pulvérisation. Je renouvelai cette opération plusieurs fois, et cela pendant plusieurs heures, en ne laissant que l'intervalle indispensable au repos de la malade, très*fatiguée et très-efiPrayée. Je fis avec le petit instrument de M. Luer(l) une pulvérisation à jet violent avec de l'eau phéniquée à 20 et 25 p. o/o. Après d*horribIes suffocations et de fréquentes envies de vomir, après une salivation abondante, la malade scniit une certaine fraîcheur pénétrer dans les tissus qui la brûlaient, disait-elle. L'envahissement s'arrêta; il y eut un peu de sommeil dans la nuit. Je recommençai dans la nuit du 18, avec l'eau à 18 et 15 p o/o, que la malade avalait en partie. Le môme jour, je remplaçai l'acide par \t chlorate de potasse, afin d'éviter à la malade la sensation de brûlure dont elle se plaignait. Le mieux fut sensible; la malade put avaler un peu de bouillon et dormir. Madame de V... qui, depuis deux jours, était resiée assise sur son lit, s'y étendit le 18, dans la soirée. La nuit du 18 au 19 fut bonne. Les dernières pulvérisations furent si douloureuses que la malade se refusa à ce que j^en fisse de- nouvelles (2), je

(1) En publiant cette observation, Je signalais, en 1865, quelques imperfections de l'appareil, d'ailleurs très-ingénieux et souvenj: très-utile, de M. Luer. Les perfectionnements que j'ai apportés moi-même aux appareils de pulvérisation m'ont empêché de m'assurer si les desiderata (|ue j'avais indiqués ont été réalisés. Sans être aussi indispensable aujourd'hui, par suite des perfectionnements de la méthode, la réalisatiou de ces desiderala serait néanmoins toujours utile, car mon appareil n'est malheureusement pas portatif, et les pulvérisations peuvent encore, dans bien des cas, trouver leur application.

(2) La douleur provenait précisément d'un des inconvénients que j'avais signalés, k savoir que, par suite de l'agrandissement de ForiOce de projection, l'appareU lançait l'eau en jet très-fin, au lieu de la lancer en poussière ; en un mot, l'appareil donnait une douche fliifonne, connue par la vive douleur et l'excitation qu'elle

40 DE L*ACIDE PHENIQUE.

n'insistai pas, car les fausses membranes se détachèrent pen à pen dans les efforts incessants de loux et d'expectoration. Dans ce cas, les fausses membranes ne se sont pas détachées par plaques, mais insensiblement et par petites portions. Le 20, madame de V... était en pleine convalescence et je pus revenir à Pari^. »

Les routiniers ne trouvent souvent pas de meilleur moyen de combattre les médications nouvelles que d'accuser les au« leurs de faire de ces médications des pauacées universelles, ou plus vulgairement une selle à tous chevaux. Nous avions déjà, en 1866, de grandes raisons de croire que l'acide phénique était le médicament le plus universel de la matière médicale; et cependant voici avec quelle réserve nous nous exprimions sur'les deux faits qu'on vient de lire et sur les deux qui les précédaient et qui étaient plus concluants encore : « Tous ces faits ne sont pas rigoureusement concluanls, et je ne les donne pas pour tels; seulement, dans cette maladie si terrible, un remède de plus est précieux, et l'usage de l'acide phénique me parait avoir un double but : d'abord il n'empêche pas l'usage des autres moyens, et, de plus, il peut être considéré comme un préservatif de la contagion . >

Je ne pense pas que l'on puisse être accusé d*enthonsiasme aveugle quand on garde autant de réserve, en présence de cas de guérison aussi remarquables que ceux que j'avais observés; aussi n'ai-]e point à craindre que la mode de l'acide phénique passe, quand une fois elle aura été adoptée, et que la médication que j'ai inaugurée aille grossir la liste de toutes les panacées dont quelques-unes se trouvent citées dans la note de la page précédente, qui ont joui pendant quelque temps d'une faveur éphémère, et qui sont plongées aujourd'hui dans un oubli dont quelque rare caprice de praticien fantaisiste vient les tirer, pour quelques jours, de temps à autre. Aujourd'hui, je n'ai plus de réserve à garder; de nouveaux faits plus nombreux et plus probants encore, s'il est possible, que ceux que j'ai publiés en 1865, m'ont ddmontré l'efficacité certaine

proToqae, au lieo de donner une Téritable pulvérisation, laqueUe est toiyours et absolument exempte de douleur ; elle est même toujours calmtntc, quand le liquide ■^Ivérisé n'est pas trop excitant par lui-même.

de Tacide phéniqae contre le croup et contre les affections diphthéritiques en général ; aussi je n'hésite pas à affirmer que cette médication est celle, qui, à beaucoup près, doit aujour* d hui être préférée, et qu'elle restera.

Depuis 4865, quelques modifications ont été apportées par moi aux procédés d'application; le fait suivant^ le dernier de ceux que j'ai observés, en môme temps qu'il montrera un des plus beaux cas de guérison que l'on puisse voir, indiquera la manière dont l'acide pbénique doit être employé aujourd'hui contre le croup. Le fait qu'on Ta lire est d'ailleurs fort instruc* tif à d'autres égards, et il nous fournira le sujet de quelqies remarques qui sont de la plus haute importance et que, pour cette raison, nous répéterons plus d'une fois.

Ce fait concerne une charmante jeune personne âgée de 15 ans, fille d'un littérateur distingué, ami d'Alexandre Dumas père, M. d'A

Le 20 janvier 1872, M. d'A rentrait d'une campagne située

en Normandie, dans son domicile, rue Galilée 15, près de l'Arc -de-Triomphe. Déjà au moment de son arrivée à Paris,

Mlle d'A était souffrante; cependant elle ne pensa pas, non

plus que ses parents, à se soigner sérieusement et se coucha ayant peu mangé. — Le lendemain 23, le malaise augmenta; on crut néanmoins pouvoir s'en tenir encore h quelques soins hygiéniques ; mais dans la nuit les symptômes s'aggravèrent de plus en plus; la respiration devint tellement anxieuse qu'on pouvait redouter une asphyxie, le père de la jeune malade

vint me chercher à quatre heures du matin. M»»» d'A avait

pensé, avant le départ de son mari, de regarder dans la gorge de sa fille, et y avait découvert des plaques blanchâtres; ce renseignement me fit supposer l'existence d'une angine couen-

nçuse que M. d'A considérait, du reste, comme certaine;

je me munis, à tout événement, d'un inhalateur, d'une solution phéniquéc, et de ma seringue à injections hypodermiques, et nous''parlîmes.

Je trouvai la malade dans un état d'anxiété indescriptible • la respiration était haletante, tellement difficile que la malade tenait la bouche constamment ouverte, la langue pendant an dehors; de temps à autre, survenaient des menaces de suffoca-

12 DE L*ACIDE PHENIQUË.

tion; les amygdales, la moitié postérieure du voile du palais, l'arrière-gorge, aussi loin que le regard pouvait plonger, étaient recouvertes d'une fausse membrane épaisse et très-adhérenle; les ganglions sous-maxillaires étaient engorgés et douloureux; les parties de la bouche non recouvertes par des fausses membranes légèrement phlogosées; les mouvements de déglutition pénibles et douloureux ; il n'y avait que peu de toux ; mais elle était rauque et la voix était éteinte; la fièvre était intenso; le pouls à 150-160; il estinutile de dire que la malade p'avait pas dormi un seul instant. Des plaques d'exanthème BC&rlatineux existaient sur divers points de la peau. — Je pratiquai dans la gorge des douches prolongées d'eau phéniquée pulvérisée; je fis dans la région des seins deux injections phéniquées de cinq grammes chacune, avec la solution aqueuse à 1 p. 100; je fis allumer un réchaud à alcool, qui maintint constamment en ébuUition près de la malade une solution phéniquée; je prescrivis de 10 à 15 cuillerées de sirop à l'acide phénique dans la journée, en dissolution étendue dans de l'eau ou de la tisane.

La journée se passe sans changement très-notable; le mal de gorge cependant diminue, mais non pas les plaques diphtbéri tiques ; seulement elles ne se sont pas étendues. — Une nouvelle pulvérisation est pratiquée, et je prescris pour la nuit la coutinualion de mon sirop phénique titré, une cuillerée à bouche (10 centigrammes) environ toutes les heures; l'évaporation d'eau phéniquée est continuée toute la nuit. Je prescris d'examiner fréquemment les fausses-membranes, et d'administrer un vomitif que je lais tenir tout prêt, dès qu'elles commenceront à se détacher de la muqueuse.

Le lendemain 24, j'apprends que la nuit a été des plus agitées, qu'il n'y a pas eu un instant de sommeil, et je trouve la malade dans la situation suivante : Tétat général n'est pas mauvais; la fièvre est moindre; le pouls est à 140-150; la moitié antérieure de la langue offre cette rougeur fréquente dans la scarlatine ; les plaques diphlhéritiques ne se sont pas étendues, mais sont un peu plus épaisses ; elles paraissent être un peu ■lOins dures, mais ne se détachent encore nulle part; la toux Ea pas augnienlédc fruquencc, inni:> n'a pas changé de nature ;

APPLICATIONS THERAPEUTIQUES DE L'ACIDE PHENIQUE. 13

la respiration est toujours extrêmement pénible et imparfaite; l'air ne pénètre qu'incomplètement dans les poumons. — Le môme traitement est continué.

Dans la journée, on vient me chercher en, toute hâte;

Mlle d'A , me dit-on, est sur le point d'expirer. J'arrive et la

trouve, en effet, dans un étal très-alarmant; elle était persuadée que sa fin approchait; elle avait fait venir ses sœurs pour leur faire ses adieux et leur exprimer ses dernières volontés; elle n'avait pu avaler une gouite de liquide depuis 12 heures; par momenis, la suffocation paraissait imminente; la face bleuissait ainsi que la langue, qui était toujours projetée hors de la bouche ; la peau était presque partout d'un rouge violacé. — Je pratique quatre injections hypodermiques de 5 grammes (±0 à chaque sein) avec mon nouveauliquide.et je recommande • de nouveau de surveiller les fausses membranes — recommandation que le dévouement absolu des parents rendait sans doute inutile — et d'administrer la potion d'ipéca dès qu'on observeraitun commencement de mobilité des plaques.

Quelques heures après les quatre injections, une détente prononcée s'opéra ; la malade put reprendre quelques cuillerées de sirop phéniqué, et, vers le soir, une tasse du bouillon, puis une tasse de lait. Elle s'endormit vers 9 heures et ne se réveilla que le matin, par suite d'une grande difficulté de respiration; cette difficulté accompagnée d'une grande agitation dura quelques heures, après lesquelles commencèrent des crachements de fragrnents de fausses membranes ; ces crachements étaient mêlés d'accès de suffocation pendant lesquels la jeune malade s'introduisait le doigt dans le fond de la bouche pour aller y arracher des plaques membraneuses; à mesure que ces produits morbides étaient expulsés, la vie semblait revenir comme un flot montant, et dès le lendemain, 27, la jeune malade était en pleine convalescence; elle mangea 1 œuf, prit du bouillon et du lait, se sentit forte; et cette sorte de résurrection inspira au bien heureux père une lettre pathétique, que l'excès de reconnaissance dont on y trouve l'expression chaleureuse ne me permet pas de reproduire. C'est d'ailleurs un enseignement important, utile à tous, que je veux tirer de ce fait'et non des louanges, qui ne peuvent avoir qu'un prix bien grand, sans doule^

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les du tombeau; elle avait été administrée, mais avait fini

se remettre. Avant devoir la bonne et la jeune fille, le mé-

in avait déjà traité des mômes affections (scarlatine et an-

couenneuse) un enfant des environs qui avait succombé, nédecin passe d'ailleurs pour très-soigneux et l'est en effet, s le sens ordinaire du mot. II n'en a pas moins été» suivant les les probabilités et, je crois môme pouvoir dire en toute Litude, le véhicule du ferment, du parasite contagieux^ ime le sont beaucoup d'autres médecins, qui ne s'en doutent , quoique les observations de l'hôpital de la Maternité de me aient depuis longtemps établi le fait en ce qui con* le la fièvre puerpérale,

es médecins s'imaginent se mettre en règle avec leuroblion professionnelle lorsqu'on sortant de la chambre d'un ade atteint de maladie contagieuse, ils font une légère ablu* L des mains; l'immense majorité néglige môme cette prélion tout à fait insuffisante : ceux qui la prennent comme X qui ne la prennent pas transportent également les ferments tagieux partout où ils vont, en sorte qu'ils n'est pas exagéré dire que, dans les grandes villes surtout, les principaux nts de contagion senties médecins, et surtout les médecins hôpitaux, qui sont peut ôtre ceux qui prennent le moins soins de propreté prophylactique.

orsque tous les médecins voudront bien se résoudre à obîer les précautions que j'ai conseillées et mises en pratique uis longues années, et que les uns négligent par une rou- ) coupable, et que les autres repoussent par un esprit d'opition plus coupable encore, ils feront disparaître une cause ve de contagion et diminueront dans une notable propor- { le nombre des maladies et des décès, surtout dans les cités uleuses. Ces précautions, aussi simples qu'efficaces^ consis*

1 à faire des ablutions après chaque visite chez un malade la t d'une affection contagieuse, avec un liquide tenant en disition un agent parasiiicide (l'acide phénique de préférence), i porter constamment sur soi un flacon de cet agent dont mbibe ses vêtements de temps en temps, de façon à former int que possible autour de soi une atmosphère parasiticide. 3c à ces précautions, qui n'exigent d'autres soins que ceux

16 DE L'ACIDE PHÉMQUE.

d'une toilette ordinaire, je puis me rendre lu justice de D*avoir jamais porté la contagion chez mes clients, et j'ai la conviction que bien peu de mes confrères pourraient se rendre un pareil témoignage, même parmi ceux qui seraient aatorisésà enseigner aux autres les bons principes et les véritables deioirs.

Quanta l'action curalive qu'ont eue Tacide phéoiqueet surtout la substance nouvelle que j'ai introduite dans la thérapeutique, dans le cas de Mit® d'A... et dans plusieurs autres cas analogues, je me bornerai à deux remarques. La première, que je répéterai fréquemment, ainsi que je l'ai déjà dit, c'est que cette action curalive ne se démontre pas seulement par chaque fait particulier, quelque concluant qu'il paraisse; il ressort plus clairement encore des résultats généraux de la pratique d'un médecin ; or, ces résultats ne sont pas très-difficiles à eoo' naître, et je vais en indiquer le moyen aux académiciens delà Faculté, Prussiens et autres, mais aux Prussiens surtout, qni orienta lac blague > quand je lis des notes officielles à l'Académie des sciences. Les bulletins de décès de la ville de Paris contiennent le nom du médecin qui a traité la personne décédée, pondant sa dernière maladie; eh bien, je mets les Pins* siens de la Faculté et de l'Académie au défi de trouver, depiis dix ans que j'emploie l'acide phénique, mon nom accolé iiut seul décès de rougeole^ de scarlatine, de fièvre typhoïde (1),<1^ fièvre puerpérale^ de croup et d'angine couenneube, et j'ajoaterais de variole,si pendant le siège je n'avais perdu deux van'oleux chez qui la maladie a offert les symptômes les plus grares dès le début. A ce premier défi, j'en ajoute un second : je défie les mêmes professeurs et académiciens, Prussiens ou non, detroi' ver un des leurs, pouvant prouver par des livres régulièrenM** tenus, qu'il a une pratique aussi étendue que la mienne, qv n'ait pas perdu un seul malade de rougeole, de scarlatine, <i0 fièvre typhoïde el de fièvre puerpérale depuis dix ans, et fit n'ait perdu que deux varioles. A ces défis nous savons ce ^

(i) Pendant que je corrige les épreuves de cet article, une exception wb f^^ en ce qui concerne la fièvre typIioTde; elle sera meotionuée dans Tartide h colle ninladic. J<! ir.'ii du roli* di* .'ippdô attpri's t\e ce nnlade qu*aB (lU la niuit élail considéril^e cuitimj iitévilubit* , uiiisi ifue ccld sera expliqué.

répondront les professeurs Prussiens et non Prussiens ; ils répondront par l'injure qu'ils tiennent toute prête, de guérisseur! oui, ils crieront: au (/uénss^ur/ Ce mot, chose inouïe, est devenu une injure dans le vocabulaire officiel : comme du temps de Molière Jes professeurs, les vrais, les grands médecins sont faits pour forger des théories et pour prescrire desrcmèdes; le reste ne les regarde pas; c'est l'affaire des malades et peut-être des guérisseurs. Quant à nous, loin de nous offenser de cette injure, nous l'acceptons comme le seul éloge qui puisse toucher le médecin. Convaincu que la médecine n'est ni assez séduisante pour constituer un art d'agrément, ni assez indépendante des autres sciences pour constituer une science pure, nous ne lui trouverions qu'un bien mince mérite, si elle ne possédait celui de soulager les malades et parfois de les guérir; le médecin qui n'est pas guérisseur peut être un rêveur honnête ; mais c'est assurément un idéologue stérile, qui ne remplit aucune fonction utile dans la société. C'est donc avec la plus vive satisfaction que nous accepterons toujours l'injure de guérisseur; et, loin de nous en offenser, notre seule préoccupation sera de nous en rendre digne. Cela dit, non pas une fois pour toutes, car nous y reviendrons, mais une fois en passant, ajoutons quelques mots encore sur le traitement des angines coueuneuses.

On a vu avec quelle rapidité, une fois le danger conjuré, la convalescence s'est déclarée chez W^^ d'A..., malgré l'extrême gravité du mal. Ce n'est point là un fait exceptionnel; c'est la règle, à la suite de la médication parasiticide, soit phéniquée, soit par le médicament nouveau dont les effets, dans les cas où il est indiqué, sont encore plus prompts et plus frappants que ceux de l'acide phénique. Non-seulement ce fait n'est pas exceptionnel dans les angines couenneuses, qui sont des maladies, en généra], à marche très-rapide; mais on verra dans tout le cours de cet ouvrage qu'il n'est pas exceptionnel non plus dans les autres maladies, notamment dans la fièvre typhoïde dont on connaît les convalescences interminables, les nombreuses complications consécutives et les fréquentes rechutes. Ainsi, ce n'est pas seulement par sa plus grande action immédiate contre le mal lui-même que la médication parasiti-

cide remporte sur toutes les autres, c'est aussi par sa supériorité à rétablir l'intégrité des fonctions, quand le danger est passé.

Nous terminerions là^ si nous n'avions quelques mots à dire de plusieurs témoignages favorables à l'acide phéniqae, et quelques remarques à présenter sur le coaltar dit saponiné, qne le faux défenseurde la médication parasiticide préfère à l'acide phénique, par les raisons qu'on va voir :

c Dans la première édition de ce livre, dit-il, j'ai rapporté des observations dans lesquelles le coaltar saponiné avait parfaitement réussi pour détacher les fausses membranes qui s'é« taient développées dans la cavité buccale (diphtbérîe) et dans la gorge (angine couenneuse). La saponiné aide à détacher les fausses membranes, et le coaltar, par Tacide phénique, la benzine, etc., qu'il contient, modifie rapidement l'état de la muqueuse. • (Lemaire, de V Acide phén., 2» éd. p. 339.)

Et plus loin :

c Lorsque la diphlhérie a son siège sur les membranes muqueuses que la main ne peut atteindre, ou sur des plaies, le coaltar saponiné me parait préférable à l'acide phénique, i cause de la saponiné qu'il contient ; celle-ci permet de détacher avec plus de facilité les fausses membranes. » {Ibid, p. 530.)

Les... inexactitudes de M. Lemaire ne peuvent sans doute plus causer la moindre surprise au lecteur; il ne sera donc pas étonné quand nous lui aurons montré que la première édition du livre de M. Lemaire ne contient aucune des observations dont l'auteur parle dans la seconde édition : voici en quoi consistent ces observations : c J'ai obtenu de l'emploi du coaltar saponiné de très-bons effets pour détacher les productions morbides du muguet et de l'angine couenneuse qui se développent dans les premières voies. La Saponiné permet de détacher les fausses membranes avec facilité. Le coaltar m*a paru modifier rapidement l'état de la muqueuse; mais lorsque l'affection envahit le tube digestif et les bronches, on comprend la difficulté de les atteindre. Ce moyen, dans ce cas, devient impuissant. 1

Quant à l'acide phénique —dont M. Lemaire, à cette époque, ivait pourtant entendu parler, ne fût-ce que dans le service de

M. Maisonneuve, où Ton appliquait ma méthode sur une vaste écbelle^ voici tout ce qu'il en dit, à la suite des dernières lignes que nous venons de citer et où M. Lemaire constate Timpuis* sance du coaltar sur les fausses membranes que Ion ne peut aU teindre avec la main, c La rapidité avec laquelle les fausses membranes sont détachées et la modification de l'état de la membrane muqueuse indiquent d'essayer l'acide saponiné en inhalations dans le croup. Je me propose de le faire à la première occasion. > (De Vac, phén, ire éd., p. 39SI.) On voit à ces dernières paroles : je me propose, que M. Lemaire avait eu vent de ma pratique et qu'il cherchait à sauvegarder sa priorité dans l'avenir ; mais cette précaution ridicule n'est pas ce qui doit nous arrêter ici ; la question de priorité est entendue et bien entendue ; ce qu'il s'agit de bien éclaircir aux yeux du lecteur, c'est la question de méthode, parce que celle-là intéresse surtout les malades, et que M. Lemaire n'y entend rien ; ceux qui s'en tiendraient à ce qu'il conseille ne rendraient pas de grands services à un malade atteint de croup.

La première et la grande erreur de M. Lemaire, — et nous lui devons cette justice que cette erreur est encore celle de la plupart des professeurs officiels dont M. Lemaire n'est qu'un écho dégénéré, — c'est de croire qu'on peut, que dis-je, qu'on doit agir sur les fausses membranes de l'angine couenneuse comme sur du linge sale ; M. Lemaire confond détacher (séparer) avec détacher (enlever des taches, en langage de dégraisseur) ; il faut donc apprendre à M. Lemaire et à ses maîtres que la thérapeutique n'est pas le moins du monde une lessive, — à moins que ce ne soit en détestable rhétorique. La saponiné, si saponiné il y a, la solution de panama, pour être plus exact, ne dissout pas la matière protéique des fausses membranes; si elle la dissolvait, ce n'est pas en les détachant (en les séparant) qu'elle les ferait disparaître, mais bien en les détruisant; pour séparer deux surfaces adhérentes, quand on ne peut opérer la séparation mécaniquement, il est indispensable d'agir chimiquement ou physiologiquement, sur l'une d'elles au moins; et comme ici l'une des deux est absolument inerte, c'est seulement sur l'autre, qui est la membrane muqueuse, qu'il faut agir. Comment pourrait y agir la solution de panama, qui n'a au-

0:mf^ %fiiMi AtMrmfii^ft sor la fiasse aeoibniie ? On ne sianil 4r%iA^^:mm^^:ui \t ^jaee%oir. !■ o'v a qae deax moyens de modifier U %mti^J: maqaea<>e adbéreote a la faiiss>e membrane. Le ^f^mu^'.f Mirait d'agir par un puissant cansUqne qui IraTerseli hnH^ mecobraoe elie-méme et pénètre jusqu'à la muqueuse; €tf q«i ferait très^îfficile tu les diffîculléi inhérentes à li €êniériiii^iïon de la gorge, quand la fausse membrane esl mince, H Umi k fait impossible quand la fausse membrane est épth^. Si X* Lemaire croit à la prétendue action détaelumUde Ui pr^tUmdnfi «aponine, ce ne peut donc être que par une compihUi iuifiteliigence de la nature des choses, inintelligence qui o'ft àUtxm%«t que daos celle à peu près égale des professeurs i^nï Mu%i*Mhtti les inslillations ou les cautérisations au nitnte é'urptuif i l'acide cblorhydrique, etc. Si cescauljSrisalions, ces {oUiUatton» pouvaient avoir quelque effet, ce serait en agis- HHUif iton pa»»ur la plaque pseudo-membraneuse, mais sur les imuUith la moqueuse n'en est point recouverte, en produisant nur m't ifOÏtiln des moillGcations qui peuvent se transmettre 4ti proche en proche jusque sur les portions de membrane n^couverte» par les plaques diphihériiiques : ainsi agissent les inhaltttion4 phéniquées, surtout celles faites avec un pulvérisai^ur; atniilagi,)snntauH8i les cautérisations avec l'acide phénique, l<}i(qu<t!hiN délruiftcnt en outre, avec bien plus de puissance mmmi que les inhalations, les organismes inférieurs qui peu* ymïmxhUr, qui existent à peu près sûrement dans les fausses mmuhrmon. Mais une indication non moins essentielle, plus AMMontinlln mémo très-probablement, c'est de détruire ces or* l^ttnUma» ou leur germe dans Tintérieur môme de l'économie, (JunN lo torrent circulatoire où certainement ils se trouvent. Les profdMMOurH de routine eux-mêmes reconnaissent depuis assez loiigtompii déjà que le croup, comme toutes les formations nounrinnuNON Hpontanéos, dépend d'une maladie générale qu'ils ont (léHi^iiéo HOUH lo nom de diphlhérie. C'est pour remplir n^ltd Indication (|uo nous administrons contre le croup, de iti^iud (|un contre toulos les maladies générales, notre sirop phénli|U(^ fi l'intérieur et que nous pratiquons les injectioos )iyp(Hlt«nnl((ueH parasllicides. L'importance de cette indication * '^i nuMJtréo d'une mauiOrc éclatante chez Mite d'A...; car,sui-

vanl la remarque de son pcre lui-même, la vie a paru revenir chez sa chère enfanl à mesure que la liqueur qu'il appelle merveilleuse pénétrait dans les veines de la jeune malade. Lors donc qu'on voit un prétendu inaugurateur de Tacide phéniquc déclarer qu'on ne peut rien contre les fausses membranes qui ne sont pas à portée de la main, et préférer le coaltar dit saponiné à l'acide phénique, sous prétexte que le premier renferme un principe (la saponine) excellent pour détacher les étoffes, ce n'est pas semontrerbien sévèreque detrouverdansun pareil Ihérapeuliste les aptitudes d'une blanchisseuse beaucoup plus que celles d'un médecin.

Encore un mot sur un autre moyen de détacher (séparer) les fausses membranes, et nous en aurons fini avec les professeurs elles disciples en routine et en blanchisserie.

On a pu remarquer que j'avais fait tenir toute prête à côté de M'ï° d'A .. une potion vomitive. C'est une pratique adoptée par une grande partie des routiniers que d'adniinisirer un vomitif ou même des vomitifs dès qu'une angine couenneuse est soupçonnée et surtout dès que les premières fausses membranes apparaissent; c'est une pratique tout simplement inepte, et qui, malheureusement pour les malades, n'est pas sans danger. C'est, en efifet, une inept e de supposer que les mouvements produits dans la gorge ou dans le larynx ou, mieux encore, dans la trachée, par quelques efforts de vomissements, suffiront pour détacher de la muqueuse des fausses membranes qu'on n'en détacherait mênae pas, si ce n'est en lambeaux, avec des pinces à pansement. Les mouvements de régurgitation ne peuvent suffire à provoquer le détachement et l'expulsion des membranes que lorsque la séparation commence déjà à s'opérer spontanément; alors, les vomitifs peuvent décider une expulsion qui, retardée de quelques minutes, presque de quelques secondes, parfois, peut achever une asphyxie commençante, et ils peuvent rendre, ainsi, un immense service : mais les prescrire systématiquement, c'est-à-dire, aveugltîment au début de toute angine couenneuse, c'est vouloir épuiser en vain les forces des malades, et s'exposer à ne plus retrouver ces forces, au moment où Ton en aura le plus besoin et où les vomitifs seraient réellement indiqués.

tS DE L'ACIDE PHÈNIQUÈ.

Voilà la véritable thérapeutique du croup, dans l*ëlat actoel de la science : aux routiniers de la comprendre; à tous les esprits progressifs de l'appliquer.

Art, Vil. — DE LA ROUGEOLE.

Nous avons peu de chose à dire sur cette afTection, Tuoe des plus contagieuses par contagium vola til , c'est-à-di re con tagiensei distance. Malgrécette propriété contagieuse énergique» il ne paraît pas que la rougeole puisse ôtre transmise par le procédé trti* ficiel de Tinoculation ; quelques expérimentateurs ont avancé que l'inoculation de la salive etdu sang d'un rubéoleux pouTÛt communiquer la maladie; rien n'a confirmé celte assertion. Le contage parait cependant résider dans les furfurs très-fins qui 86 formentjdans la période de desquamation de la roogeole;c6 qui parait positif^ c'est que c'est dans la période de desquamation que la contagion est plus active ; elle palral pouvoir s'exercer pendant environ un mois, à partir de la période d'éruption. Ces détails indiquent assez que le parasite de la rougeole n'est pas encore connu; on peut seulement supposer avec toute probabilité qu'il commence la première évolution de son existence pans le système circulatoire général, et qu'il se localise co* suite sur la membrane cutanée, et assez souvent sur quelques* unes des portions de la muqueuse respiratoire ou sur cette muqueuse tout entière.

Quand la rougeole affecte la forme bénigne, ce qui a lieo dans la majorité des cas, la médication phéniquée n'est pas plus indispensable que toute autre, car la maladie n'incommode guère les malades, surtout les enfants, que pendant les 24 heures qui précèdent l'éruption ; une fois l'éruption parue, c'est tout au plus si les rubéoles se sentent dans un état anormal. Mais quoique cette marche soit à beaucoup près la plus fréquente, elle n'est pas constante cependant, et il arrive souvent que U rougeole est suivie de complications ou fort incommodes ou tott à fait graves, les pneumonies et les bronchites capillaires, par exemple, surtout chez les enfants. Dans ces cas, la médication phéniquée sera appliquée avec de grands avantages; elle prévient à peu près sûrement toute complication, notamment les corn-

APPLICATIONS THÉRAPEtlTIQUES DE L'ACIDE PHÉNIQUE. ^3

plicalions pulmonaires, et elle hftte considérablement la marche de la convalescence. Un autre avantage précieux de la médication phéniquée c'est d'empêcher la contagion^ circonstance qu devient d'une importance capitale dans les cas, assez fréquents, où la rougeole revêt le caractère épidémique. II suffit, dans presque tous les cas, pour empêcher la contagion, de faire dégager des vapeurs phéniquées dans la chambre des malades ; il y a aujourd'hui divers appareils émanateurs qui remplissent parfaitement le but; mais on peut également l'atteindre sans appareil spécial en pratiquant des aspersions d'eau phéniquée dans les appartements des malades ou en laissant à l'air libre des appartements des solutions phéniquées versées dans une ou plusieurs assiettes. Cependant, quoique ces moyens soient généralement suffisants, les personnes qui devront se trouver en rapports fréquents et surtout en contact avec des rubéoles, feront bien de prendre à l'intérieur une solution phéniquée à un demi pour cent, soit mieux encore deux à quatre cuillerées à bouche, par 24 heures, de notre sirop phéniqué titré, c'està-dire 20 à 40 centigrammes d'acide phéniqué pur, qualité bon goût, de chez M. Guenon.

Les injections sous-cutanées ne seront utiles que dans les cas de complications graves.

Art. VIII. — DE LA SCARLATINE .

Il serait difficile de rencontrer deux maladies qui aient autant de particularités communes, par conséquent autant de ressemblance que la rougeole et la scarlatine : mômes périodes d'incubation, d'invasion, d'éruption et de desquamation ; môme contagion active à distance, même impossibilité d'inoculation artificielle, par conséquent même incertitude du siège du ferment; môme fréquence des complications; plus grande rareté des récidives; môme fréquence de la forme épidémique. Quelques différences cependant distinguent ces deux sœurs jumelles, et ces différences sont, en partie, fort importantes. La première, c'est qu'il n'y a pas, à proprement parler, de scarlatine bénigne : dans celle qui revêt les caractères les plus anodins, il peut se développer tout à coup une complication re-

24 DE L'ACIDE PHENIQUE.

doalable, capable de rendre mortelle nne maladie qui paraissait ôtrc parvenue, sans accident aucun, à sa dernière période; dans la rougeole, les muqueuses pituitaire, oculaire et pulmonaire sont affectées ; dans la scarlatine, ce sont les maqaenses pharyngée, tonsillaire, laryngée et trachéale, sur lesquelles ob peut craindre la complication redoutable de rinflammation couenneuse; la scarlatine offre seule la complication albuminurique, qui peut aussi acquérir de la gravité; enfin, etcest là une différence bien singulière et une circonstance bien r^ marquable sur laquelle nous insisterons à l'article variole, la scarlatine ne parait pas avoir été connue des médecins anciens ni des Arabes, et serait, par conséquent, d'origine moderne. Comme la rougeole, elle règne, du reste aujourd'hui^ dans tons les pays connus.

Ces aperçus sommaires prouvent que la scarlatine doit toojours ôtrc traitée sérieusement, môme quand elle se présente avec les caractères les plus bénins. Pour peu qu'elle paraisse grave, il faudra recourir aux injections sous -cutanées; dans les cas légers, les lotions et émanations phéniquées, et Tadministration par l'estomac d'une préparation phéniquée, telle qnc notre sirop titré, suffiront. Les personnes entourant les malades et susceptibles de contracter la maladie feront bien de se soumettre aux mômes moyens, au dernier tout au moins. Deux cuillerées à bouche par jour de sirop titré les mettront à peo près sûrement à l'abri de la contagion.

C'est grâce à ce traitement que, depuis plus de dix ans, nons avons été assez heureux pour ne pas perdre un seul malade atteint de scarlatine, soit de la scarlatine elle-même, soit d'une de ses graves complications. On a vu à l'article croup avec quel bonheur nous avions triomphé chez Mtt« d'Aembertd'unecomplication diphthéritique des plus graves ; mais on aurait sans aucun doute évité à cette charmante enfant les souffrances cruelles de la complication redoutable qui a failli l'emporter, et on lui aurait môme très-probablement évité la scarlatine elle-même, si l'on avait appliqué sévèrement nos principes en matière de contagion.

L'application de la médication phéniquée ne donne pas seulement ce grand réu^t de conjurer la mort, elle en donne un

second qui, sans avoir la même importance, ne saurait cependant être dédaigné : elle abrège considérablement la convalescence, qui, presque toujours, se prolonge assez longtemps à la suite de la scarlatine négligée ou traitée par les moyens ordinaires. La médication phéniquée prévient surtout, dans tous les cas à peu près, Tanasarque et l'albuminurie qui, ainsi que nous l'avons dit, suivent assez souvent la scarlatine. En voilà beau* coup plus qu'il ne faut pour que la médication pbéniquée dût être depuis longtemps la méthode générale de traitement de la rougeole et de la scarlatine^ et, cependant, encore à l'heure où nous écrivons, nous sommes seul à employer cette méthode à Paris, et le mot de scarlatine ne se trouve même pas prononcé dans la seconde édition du livre du prétendu inauguratcur de Tacide phénique en médecine, lequel n'est, comme nous l'avons prouvé à satiété, que le propagateur du coaltar panamisé dit saponiné.

Le docteur Hallier d'Iéna a trouvé dans le sang des scarlalineux des parasites dont la présence expliquerait Faction favorable du traitement phénique : ces parasites seraient des végétaux (micrococcus) qui se trouveraient dans le sang en plus grande nombre que les globules; ils sont en partie libres, en partie agglutinés dans une masse gélatineuse, lis se reproduisent, et, c cultivés avec soin, se développent en filaments germinaux constituant des spores d'un brun obscur, que l'on reconnaît facilement pour les spores d'une Tilletia. »

Le docteur Hallier conclut de ses recherches que le sang des searlatineux renferme le micrococcus d'un cryptogame qu'on peut désigner sous le nom de Tilletia scarlatinosa. Il peut être cultivé sur le porte-objet et être observé dans les diverses phases de développement , jusqu'à la fructification. Le micrococcus du sang searlatineux est dépourvu de mouvements; mais il prend un mouvement vibrionien très-prononcé dans un liquide riche en azote; alors il s'allonge et continue à croître transversalement. La lumière semble accroître ses mouvements.

Les recherches du docteur Hallier ont été publiées en Allemagne en 1869 et en France au commencement de 1870. Nous ne sachons pas qu'elles aient encore été confirmées par d'autres observateurs. Il reste donc à décider si la Tilletia décrite pa*^

E«tR coaf-èr» ilâm^ -m ii 3tai:is ioa li^a^rvov, est le Téri-

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Tomles les mslafies coatsfieoses sobI en réalité vîmlfulef, pvîsqae le sess le ptis ntî«cL«eI qa>a ëoÎTe altaeber a« mo* virai est eelmî iTaite maûère resfieraaat on constilaaot le principe mlérïel des aialidîes eonta^ases, et qai, iatrodoite sons la pe&a d'an antiamU reprodait la maladie qui lui a donné naissance, tantôt sar an anionl de méoie espèce^ tantôt ivr un animal d'espèce différente. Les maladies de cette sonssection auraient donc pa n'être point séparées de It sons* section précédente, ni méoie, probablement, de plosiears de celles dont nons STons formé la sons-section sniTante, et dani lesquelles des recherches nltérieares démontreront, sans aa* cnn dottte, l'existence d'an principe contagieniL d'un yéritable trlms. Qnelqnes antenrs, encore aajonrd'hni, Liébig entre autres, placent dans une même catégorie les virus et les venins, dont nous faisons une section spéciale ; mais ces auteurs nous paraissent avoir tort, pour des motifs que nous dirons en parlant des venins.

Quant à la distinction que nous avons faite enire les maladies de cette section, celles de la section précédente et quelques-unes de la section suivante, elle nous a paru nécessaire, d'une part, pour faire ressortir plus nettement les caractèrei flpdclnux nu groupe des maladies auxquelles nous restreiguoni In ({unliiicnllon de virulentes, et d'autre pari, pour ne pas cod* fotKJrn colles dont la contagion est parfaitement et définiti' vfMrioiil prouvée avec celles dont la contagion est encore prohl(1iti[ai(|uo on insufllsammcnt démontrée, et que nous conil' niioi'otiN (i dénignor nvcc beaucoup d'auteurs sous le nom de Mtnliullnit mmmaiique$»

Dans Tétat actuel de nos connaissances^ il nous parait utile de restreindre la qualification de maladies virulentes à celles dont le principe contagieux est renfermé dans la matière d'une sécrétion accidentelle, ayant des caractères déterminés, spéciaux. Ces maladies ne sont pas ou ne sont que difficilement^ problématiquement, transmissibles par le sang, si ce n*est héréditairement; du moins les faits connus et bien observés n'onl-ils point démontré le contraire (1). Sans doute le charbon se transmet aussi fréquemment, aus§i éncrgiqucmcnt que la syphilis ou la rage ; mais il se transmet aussi bien par le sang, par la bouillie splénique que par les foyers gangreneux ou séro-purulents; tandis que la syphilis ne se transmet que par le pus ou le muco-pus de la lésion locale, et la rage, par la bave ou salive morbide. C'est dans ces sécrétions que se trouve le véritable virus, sinon exclusivement, du moins prin* cipalement et avec tous ses caractères.

En outre, les maladies virulentes telles que nous les admettons ont des périodes beaucoup plus nettement dessinées que les autres maladies contagieuses, particulièrement la période d'incubation (2); et les parasites qui doivent causer ce groupe de maladies ont très-probablement beaucoup plus d'analogies entre eux qu'avec ceux des maladies contagieuses ordinaires,

(1) Si elles ne se transmettent pas par le sang, encore moins admeltrons-nous qu'elles se transmettent par le moyen d'une autre sécrétion spécifique elIe-mémc. Aussi, malgré les faits, aujourd'hui considérés comme démonstratifs par un grand sombre de médecins, et qui semblent prouver la transmission de la syphilis par l'inoculation de pustules vaccinales, ne saurions-nous croire à une pareille transmission •, nous y croirions, k la rigueur, si, en prenant du vaccin sur une pustule on prenait en même temps on peu de sang, l'inoculation du sang syphilitique pouvant, à la grande rigueur, transmettre la syphilis. Mais croire que la sécrétion spéciale où se concentre le virus vaccin puisse transmettre la syphilis, autant vaudrait admettre qu'en semant deux glands on peut faire pousser un chêne cl un sapin. Il serait, du reste, bien étrange qu'après avoir pratiqué, depuis bientôt cent ans, des centaines de millions de vaccinations, il eût fallu attendre jusqu'à Ces dernières années pour s'apercevoir que la vaccine transmettait souvent la syphilis I II y a pourtant des académiciens, grands adorateurs de l'expérience, grands Contempteurs des théories, qui croient à ces monstruosités l

(2) Nous n'ignorons pas qu'un grand syphiliographe, qui a beaucoup et Ircsheurf usement cultivé la vérole au point de vue lintamarresque, flnaucier et moral tpar euphémisme), a nié la période d'incubation dans la syphilis; mais c'était pure facétie et moyen de s'originaliser : au fond, M. Ricord ne croit pas plus à ses doctrines qu*à la vertu de ses clientes; mais il croit, pour d'excellentes raisons, lu succès acadéodique et économiqae de ses facéties et de ses petits calculs.

» DE L'ACIDE PHOIÛUE.

à plus forte raison qu'avec cenx des maladies miasmatiques. Tous CCS motifs nous paraissent Justifier le mainlieo, au moins provisoire, de cette sous-section. Les progrès de la science la feront disparaître sans doute; mais ils feront disparaître aussi toutes les autres, car un jour viendra où les espèces de maladies seront classées d'après les espèces de parasites qui en sont la cause, et, avec ce progrès, disparaîtront, Qon-seulemenl notre classification provisoire, dont nous sommes loin de voaloir grossir l'importance, mais toutes ces innombrables classifications beaucoup plus ambitieuses, beaucoup plus irrationnelles en ce qu'elles ont d'intelligible, et souvent plus obscures encore que déraisonnables, bonnes tout au plus à fournir un stérile aliment aux esprits nuageux, qui ne se plaisent que dans l'atmosphère malsaine des brouillards. Quand ce progrès, que nous appelons de tous nos vœux, sera réalisé, il n'y aura ni miasmes, ni virus, ni ferments^ si ce n'est dans la partie historique de la science; il y aura des sarcoptes, des oxyures, des trichiacs, des bactéridies, dont l'histoire naturelle sera l'histoire des conditions dans lesquelles ils se développent el vivent, c'est-à-dire l'histoire des maladies que ces parasites provoquent; il restera debout, en un mot, le grand principe de la doctrine parasitaire : alors, on saura pourquoi on ne peut guérir les maladies qui resteront incurables, et pourquoi l'on guérit celles qui seront curables.

Art. il — de la morve et du farcin.

Quoique les circonstances m'aient fait empiéter beaucoup, depuis quelques années, sur le domaine de mes confrères en vétérinaire, l'occasion ne s'est pas présentée à moi de traiter UQ seul cas de morve ou de farcin, qui n'est^ comme on sait, qac la forme chronique de la morve. Je n'ai pas davantage eu Toccasion de traiter cette maladie chez Thomme, auquel elle se transmet par le contact, on le sait également. En 1864, ud vélérinairc du 9^ régiment de chasseurs, M. Condamine, traita par l'acide phénique intus et extra deux chevaux reconnus morveux, dit-il, par M. Bouley: il a publié dans le Moniteur des sciences médicales les résultats de ces deux essais. Chez le

APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE L'ACIDE PHÉXIQUE. f^

premier de ces chevanx, les symptômes de la morve auraient disparu au bout de vingt-cinq jours; chez l'autre, une amélioration prononcée se manifesta rapidement, mais il fui abattu à rinsu de M. Gondamine. M. Lemaire, qui rappelle ces deux faiis, dit que les professeurs d'Alfortne sont pas d'accord avec leur confrère du 9^ chasseurs, sur les avantages qu'aurait eus dans ces deux cas l'acide phénique. Dans les entrevues que nous avons eues avec M. Bouley, nous avons négligé de Tinterroger à ce sujet; nous n'osons donc nous prononcer sur reûicacité que pourrait avoir notre médication appliquée au traiiement de la morve, avec les perfectionnements que nous y avons apportés depuis quelques années. Mais il est un fait sur lequel nous nous prononcerons nettement; c'est qu'il est au moins étrange que, dans une maladie constamment ou à peu près constamment incurable^ quand elle est traitée par les moyens connus, et en présence des faits, même à les supposer insuffisants, de M. Gondamine, en présence des beaux résultats obtenus, d'ailleurs, à Taide de la médication phéniquée, dans plusieurs autres maladies contagieuses, les vétérinaires soient restés, en ce qui concerne la morve, spectateurs impassibles des essais tentés et des progrès accomplis ! Gomment, devant une pareille inertie, une pareille incurie, les vétérinaires et les médecins peuvent-ils s'élonner que les pouvoirs publics soient aussi indifférents aux réclamations incessantes que nous leur adressons touchant nos privilèges? Gomment ne comprennent-ils pas que cette incurie peut laisser croire aux hommes de gouvernement que ce qui nous préoccupe le plus dans notre profession, ce sont nos intérêts, et non, comme cela devrait être, les intérêts de la santé publique? Que les médecins, que les vétérinaires y réfléchissent, et ils s'apercevront que le meilleur moyen d'obtenir justice pour soi, c'est de se montrer plus soucieux du progrès général et professionnel et de nos devoirs envers la société.

Un exemple d'honorable exception a été donné par M. Ghappard, vétérinaire à Ghantilly. Il a traité un cas de farcin et un autre de morve par Tacide phénique intus et extra, par la strychnine et l'acide arsénieux.

Dans le cas de morve, le propriétaire, craignant un insuccès,

90 DE L'ACIDE PHÊNIQUE.

a fait abaltre l'animal huit jonrs après le débat du traitement; c'est on fait nul.

Dans le cas de farcin, M. Chappard, après un traitement trèsassidu par les injections, a obienu un succès qui parait éire définitif.

Art. III. — DE LA RAGE.

C'est à propos d'un cas de morsure par un chien enragé qu'un honorable observateur de Tévangile Dorvaalt,dit l'Officine, conseillait d'administrer à la personne mordue c dix grammes d'acide phénique! • Un agronome de bon sens a été mieux inspiré par sa logique que le pharmacien par sa science et par son évangile: il n'a pas voulu administrer la dose conseillée sans me consulter, et il a ainsi privé la science d'une obsenration d'empoisonnement par racidc phénique, plus réel que ceux des D^s Lightfoot, Lafarguc et consorts (voir ci*dessus, p. 156 et suiv.). 11 s'agissait, dans ce cas, d'employer Tacide phénique comme préventif, car l'individu mordu venait de l'être tout récemment, et n'éprouvait d'autres accidents que ceux d'une morsure simple. N'ayant reçu aucune nouvelle subséquente de ce malade, je suppose que la morsure n'aura pas eu de suite; mais il arrive si souvent que des morsures de chiens enragés ne sont pas suivies du développement de la rage, qu'il n'y a rien à conclure de ce fait, que je n'ai point d'ailleurs observé moi-même. Je n'en connais aucun où l'acide phénique ait été employé contre la rage déjà développée ou tout au moins commençante; c'est là un sujet encore vierge, qui s'offre à l'élude des thérapeutistes de progrès. La question en reste donc an point où je l'avais laissée dans la première édition de cet ouvrage, il y a de cela plus de huit ans. Les cas de rage ne sont pourtant pas d'une très-grande rareté en France ni en Europe; mais ainsi va le progrès ! et nos confrères de la médecine humaine et vétérinaire se plaignent que le public se jette souvent dans les bras des charlatans et des empiriques ! Cependant, les faits que nous avons publiés en 1865, sans être absolument concluants, étaient bien faits pour encourager des tentatives nouvelles. Ces faits m'avaient été communiqués par un honorable pharmacien de LcvalloiA ares Paris, M. Pcyroulx.

En août 1864, un bonledogne de la race dite terrier mordit cinq chiens dans le village de Levallois; trois de ces animaux quittèrent le pays, quelques jours après ; on ne les revit jamais; les deux autres furent conduits à Alfort et y restèrent dix-neuf jours, après lesquels on les rendit à leurs maîtres. L'un d'eux (une levrette) fut prise des premiers symptômes de la rage, le vingt-huitième jour; elle était triste^ et sa maîtresse, pour l'égayer, l'excitait en promenant une chaussure de caoutchouc avec laquelle elle l'amusait habituellement. Au lieu de jouer, la chienne se précipita tout à coup sur la chaussure, et avant que sa maîtresse eût eu le temps de retirer la main, elle la mordit. Cette dame se rendit tout de suite chez M. Peyroulx. Ce pharmacien, après avoir lu, dans La Patrie, le compte rendu d'une de mes conférences sur Tefficacilé probable de l'acide phénique contre les morsures de chiens enragés^ en avait déjà fait une première expérience ; il cautérisa donc sur-le-champ les blessures avec cet acide, et en prépara une solution légère que cette malade but pendant plusieurs jours. Aucun symptôme ne s'est déclaré chez cette dame, quoique sa chienne fût réellement enragée.

Le second chien mordu et resté dans le village (chien de garde m&iiné) fut pris de rage huit ou dix jours après la levrette; comme il était attaché, on put l'étrangler immédiate-* ment.

Quant à la première expérience de M. Peyroulx sur l'emploi de l'acide phénique contre les morsures de chiens enragés, \oici dans quelles conditions elle s'était faite:

Le jour même où les cinq chiens furent mordus, on poursuivait de loin le premier chien enragé. Cet animal, se voyant serré de trop près ou agissant sous l'empire d'un accès, s'arrêta devant la porte d'un journalier, M. Jean Rey. Il paraissait anéanti, avait la tôte basse et le museau à terre, ne faisait aucun mouvement et était tourné vers la porte qui faisait face à M. Rey. Alors Jean Rey se précipita sur lui, et le saisit par le cou, afin qu'on pût lui passer une corde; mais, dans la lutte, Jean Rey fut mordu au doigt ; il alla de suite chas son médecin qui était absent, et de là se rendit chez M. Peyroulx, tout en pressant le doigt mordu et essayant de le faire saigner.

M. Pcyroulx épongea la morsure, puis la cautérisa à l'acide ))iiénique, aussi profondément qu'il put ; il prépara, en outre, une médication phéniquée, et en donna immédiatement une cuillerée à M. Rey, en lui recommandant d'en prendre plusieurs dans la journée et les jours suivants. Cet homme n'a éprouvé aucun accident à la suite de ces morsures.

J'ai déjà rappelé combien sont fréquentes les morsures de chiens enragés qui ne sont suivies d'aucun accident. Cependant cette fréquence est beaucoup moins grande quand les morsures ont été faites sur des parties nues que sur les parties recouvertes d'un vêtement; or^ c'est précisément anx mains, non ganlées, bien entendu, qu'ont été mordues les deux personnes traitées par M. Peyroulx. Ses observations, sans être absolument concluantes, je ne fais aucune difficulté à le répéter, me paraissent néanmoins assez importantes pour qu'il soit étrange qu'aucun médecin ne les ait encore répétées. On pourra s'étonner même qu'aucune expérience n'ait été faite dans les écoles vétérinaires, où il y a très-souvent des chiens en cellule grillée, enragés ou attendant la rage. Et à propos de chiens en cellule, nous ne comprenons pas pourquoi l'école d'Alfort, qui avait accepté les deux chiens mordus de Levallois, les a rendus à leurs propriétaires le 19^ jour; les professeurs de cette école savent certainemeut mieux que nous que la rage se développe souvent après le 19« jour de l'inoculation, peut-être plus souvent après qu'avant. Avec un peu plus de précautions, ils auraient prévenu deux morsures, qui pouvaient parfaitemenl avoir la mort pour conséquence.

liO contagium de la rage peut être considéré comme le type des ferments que nous avons classés dans cette sous-section, les ferments virulents : toutes les expériences tendent à démontrer qu'aucune partie solide ou liquide de l'économie autre que la salive ne recèle ce virus, et la salive rabique elle-même ne diffère en rien, à l'œil nu, de la salive physiologique. Le parasite auquel est due, à peu près sûrement, la propriété virulente de la salive rabique est donc un des plus exclusifs dans son habitat.

C'est aussi un des plus fixes : jamais un cas de rage ne s'est développé par le simple coulacl, et môme nous avons déjà

rappelé que les morsures qui sont faites à travers un vêtement, qui essuie en quelque sorte les dents de Tanimal enragé, ne sont que très-rarci^ient suivies du développement de la maladie, ce qui prouve que le parasite est facilement écarté par un frottement, et par conséquent qu'il est d'un volume relativement assez considérable. Ces particularités peuvent faire espérer que ce parasite sera découvert sans trop de difficultés, quand on le recherchera attentivement.

Si le virus rabique est exclusif dans son lieu d'élection, il ne Test pas dans le choix des espèces animales : tous ou presque tous les mammifères peuvent en être atteints ; et^ chez tous, il provoque des symptômes qui se terminent inévitablement par la mort. Le chien est toutefois, avec le loup et peut-être le re- . nard et le chacal, l'animal chez lequel le virus se développe, à beaucoup près, le plus souvent. Les oiseaux paraissent y être absolument réfractai res.

Comme la pustule maligne, la rage ne se développe jamais spontanément chez l'homme ni chez le cheval, ni probablement chez les autres herbivores. Malgré ces circonstances, qui sembleraient de nature à jeter du jour sur les conditions de développement du virus rabique, on n'a encore fait à cet égard que des conjectures sans fondement. On parait beaucoup plus éloigné de la vérité en ce qui concerne ce virus qu'en ce qui concerne le ferment charbonneux, qui est certainement int.'^oduit dans l'organisme par l'alimentation (i).

Art. IV. — DE LA SYPHIUS.

Tous les ouvrages spéciaux nous apprennent qu'il y a déjà plus de trente ans, le docteur Donné trouva dans la sécrétion des ulcères chancreux un microzoaire du genre vibrion, le vibrio lineola, et dans le muco-pus de la vaginite blennorrhagique un autre microzoaire du genre monas, qu'il désigna sous le nom de trichomonas vaginale. Depuis les observations de ce micro-

(f) Nous venons d'apprendre que M. IcD' Dumesnil vient d'obtenir par Tacide plicuique un succès sur un cas de ratte confirmée ; nous en donnerons les détails daus une troisième éditioD] s'il y a lieu.

84 DE L'ACIDE POÉNIQUE;

graphe, personDe ne les a répétées d'une manière suivie; qnelquesuns de ceux qui ont cherché plus ou moins sérieusemeot à les contrôler disent n'avoir pas fait les mômes constatations pue Donné. Des observations récentes, faites à Vienne, noo qlus sur les sécrétions syphilitiques, mais bien sur le sang des malades atteints de syphilis, tendraient à y faire admettre, sinon des microzoaircs, au moins des corpuscules qui seraient les germes. C'est le docteur Loslorfer qui a observé cescorposcules, lesquels présenteraient les caractères suivants :

Quand on place sur le champ dû microscope une goutte de sang extrait du doigt d'un syphilitique, il y apparaît, du Iroisièmo au cinquième jour, de petits corpuscules brillants, les uns immobiles, les autres agités de mouvements oscillatoires. Les jours suivants, ces corpuscules grossissent, boargeonneni; Is atteignent le volume d'un globule rouge ratatiné. Du boitième au dixième jour, une vacuole se développe dans les

lus gros corpuscules; cette vacuole grandit au point qu'ils deviennent vésiculeux. L'addition d'une goutte d'eau salée on sucrée empoche leur développement.

Ces corpuscules ont été observés par d'autres observateurs, et l'un d'eux, M. Wedl, dit même en avoir trouvé de semblables dans le sang de sujets sains; d'autres observateurs ont nié le plus important de leurs caractères : les mouvements spontanés dont M. Lostorfer les dit doués; ce qui metlriit nécessairement en doute leur nature d'organismes vivants indépendants. En somme, la question reste encore pendante, et ce n'est que par nos raisons générales, maintes fois exposées, qne nous pouvons admettre, quant à présent, le parasitisme de la syphilis; mais ces raisons, nous l'avons répété souvent aussi, sont suffisantes, à notre avis.

Il n'en est pas de la syphilis comme de la rage : plusieurs praticiens ont employé l'acide phénique contre la première de ces maladies, et M. Calvert nous apprend, d'une manière générale, qu'à Manchester le docteur Turner, et ailleurs les docteurs Barrington Cooke, Roberts et autres ont traité avec le plus grand succès, par ce médicament, un grand nombre de chancres et de blennorrhagies.

D'an||M|M note du Britith médical journal, reproduite par

At^t^LICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE L'ACIDE PHÈNIQUE. 35

un journal médical français, que nous croyons inutile de nommer, le docleur Holmes Coote, chirurgien de l'hôpital Saint-Barthélémy, de Londres, aurait obtenu des applications topiques de racide}phénique sur les plaques muqueuses de meilleurs résultats que de tout autre topique. Malheureusement, cette note est un des nombreux exemples de la légèreté ou de l'ignorance que les journalistes apportent trop souvent dans leurs fonctions, en sorte qu'on ne sait trop quel crédit on doit ajouter à leurs paroles. « La première fois, dit cette note, qu'il (Holmes Coote) employa l'acide phénique, ce fut chez une femme de vingt et un ans, qui avait de nombreuses plaques muqueuses à la vulve et à la partie interne des cuisses. Elle ne fut complètement guérie qu'au bout de trois semaines; mais le médicament avait été employé à très-faible dose (5 grains pour 30 grammes d'eau). Dans deux autres cas, il se servit d'une solution beaucoup plus active (acide et eau, quantités égales) qui fut appliquée sur les parties malades, une fois par jour, à l'aide d'un pinceau. L'emploi de ce moyen, ajoute le journaliste français, ne détermine que peu de douleur, au dire de notre confrère anglais! > 11 y a donc encore aujourd'hui des médecins et même des journalistes qui disent que l'acide phénique se dissout en toutes proportions dans 1 eau, et qui enseignent cette science à leurs lecteurs ! Nous supposons que l'honorable chirurgien de l'hôpital Saint- Barthélémy n'est pas dans ce cas, mais il devrait bien surveiller ceux qui font des comptes rendus de sa clinique. Quant aux cas choisis par l'honorable chirurgien pour essayer l'acide phénique, il n'est pas heureux, car tout le monde sait que les plaques muqueuses disparaissent souvent avec la plus grande facilité par de simples soins de propreté et reviennent de même.

Un exemple beaucoup plus détaillé et plus remarquable d'application de l'acide phénique dans la syphilis a été publié par le docteur Swoby Smith, sous le nom de« l'acide phénique dans un cas extrême. » Le cas était extrême en effet, car l'auteur décrit ainsi l'état de la malade : « Les amygdales et les uvules n'existaient plus; le pharynx, aussi loin qu'il m'était possible de l'apercevoir, ressemblait sur tous ses points à un bourbier sécrétant une espèce de pus très-tenace et cause d'une ^caude incommodité. Lu membrane musculaire à\x pVvw^toL v^^\\. ^vfe^

détruite en grande partie, en sorte que la gorge était d'sse largeur extrême; les ravages s'étendaient jnsqn'an ycXkii palais et jusqu'aux fosses nasales postérieures, donnaatliflii un écoulement constant par les narines. Mais le danger inii' nent était dans la gorge, dont l'état d'irritation rendaitexees* vcmcnt difficile et pénible la déglutition de tout alimeotsofià

ou liquide Aussi, sa maigreur était effrayante, sonpoulsl

peine sensible, et tous les symptômes présageaient une mort prochaine, par épuisement ou hémorrbagie.

> Ce premier examen date du 2 juillet 1869, et voici l'opéntion que je pratiquai immédiatement : je trempai uo pioeefl de poil de chameau dans l'acide phénique pur liquéfié, etjek promenai sur toute la partie ulcérée en commençant pvl> partie supérieure... et presque jusqu'à l'œsophage, enm'appli* quant à nettoyer les plaies autant que le permettaii la téoaciti de la matièri^ sécrétée. La malade, grandement soulagée, p*^ prendre, dès ce môme jour, conformément à mon ordonnance une pinte et demie de porter, une demi -pinte de consommé el un œuf. Elle prit, pour [médecine, cinq gouttes d'infusion ^ quinquina (?), cinq gouttes de solution d'opium de Battley, (^ dix grains d'iodure de potassium en solution dans Teau, trois fois par jour. >

L'auteur continue ce traitement, en remplaçant Tacide pbé' nique pur par une solution aqueuse phéniquée au soixantième) il constate, au le' février 4870, laguérison complète (avec rétrécissement normal de la gorge), moins un léger écoulement des fosses nasales et d'une jambe, et il résume ainsi ses impressions à propos de ce fait :

c Ce fut avec un sentiment d'admiration que je conslaUi l'immense soulagement que produisit, dès le premier jour, IV cide phénique sur la plaie du pharynx. J'ai vu, ensuite, la sécrétion purulente diminuer rapidement en quantité, en même

temps qu'elle prenait un caractère beaucoup moins mauvais

J'ai vu finalement le retour complet du pharynx à son état normal. L'acide phonique a donc été salutaire dans un cas qu'on peut dire extrême. »

On peut lire ce fait remarquable, dans tous ses détails, dans ]eifontteiir«ci0n(i/?9t4« du docteur Uncsnevilie,annéel870, p. 646.

^ serait difficile d'en trouver un plus beau dans l'histoire de t thérapeutique.

Malgré ces honorables témoignages, beaucoup d'autres cxpôences, qui ne sont pas, à la vérité, que nous sachions, trèsombreuses, nous portent à croire que le parasite ou les irasites des maladies syphilitiques doivent être classés parmi s plus réfractaires à l'acide phénique. Déjà le docteur Lemaire ai, en cette circonstance, est évidemment très-digne de foi, t isque ce qu'il rapporte est peu favorable au coaltar qu'il est argé de faire prospérer^ rend compte de quelques faits dans, squels cet agent n'a eu que des résultats très-incomplets dire la blennorrhagie. Il en a été à peu près de même de cidc phénique employé, soit en injections à 1/2 p. 100^ soit à i.lérieur à la dose d'un gramme dans un litre d'eau. I^es injections ont cependant diminué en. quelques jours, en ux jours môme, assez souvent l'écoulement, et l'ont réduit à lelques gouttes dans les 24 heures; elles ont fait disparaître paiement avec promptitude les symptômes de la période aiguë; tais, une fois ce résultat obtenu, la période chronique, à l'état e goutte militaire, paraît avoir persisté un mois et plus. Dans 'Q cas, cependant, que M. Lemaire dit tenir du regrettable Hilton, des injections de coaltar (saponiné) au dixième firent •isiice très-promptemenl d'une blennorrhagie chronique qui \ait résisté à un grand nombre de moyens. Mais un médecin onnupardesétudesspéciales,M. le docteur Clerc, semble avoir ssayé les mômes moyens sans succès ; il en est de môme, tou- Dursd'aprèsM.Lemaire, deM. le docteur Caudmont, qui s'occupe vec succès, sinon des maladies vénériennes spécialement, au loins des affections des voies urinaires. Les autres faits auxuels M. Lemaire fait allusion ont été observés parles docteurs ousseau et Sénéchal (du Muséum). M. le docteur Clerc parait, ^pendant, avoir fait disparaître en quelques jours, à l'aide de lions coallarées, ce qu'il appelle des balanites simples; mais n'est pas aisé de savoir au juste ce que M. Clerc entend par ces ots. Cet honorable praticien, ancien élève du docteur Ricord, l enthousiaste de ses doctrines, aune certaine époque^afini ar répudier les principales hérésies de son maître, devant enseignement des faits; mais il est resté entaché de quelques

erreari de son école primiii^e, qui enlèvent beaucoup de leur valear à des faiis observés par lui, quand ils sont mentionnés aussi somnnairement que le fait M. Lemaire.

Quant aux chancres, M. Lemaire n'a obtenu du coaltar c «ta Vacide phènique > (la fameuse phrase stéréotypée, après nos expériences) que des résultats modérément avantageux; l'aieère, dit-il, a pris un aspect rosé, mais la cicatrisation s'est fait attendre. Mais ce qu il y a de plus curieux dans M. Lemaire, ce ne sont pas ses observations, mais l'explication qu'il en donne : c Dans la syphilis, dit-il, l'économie est souillée par un virus. Le chancre n'est que l'effet de l'action de ce viras sur les tissus. Il n'est donc pas étonnant que la cicatrisalion des ulcérations syphilitiques résiste au coaltar et à Vacide phinique » (toujours la fameuse phrase), c Appliqués en topiqne, ceux-ci ne peuvent exercer aucune action sur le virus qui est répandu dans l'économie. Les médecins savent très-bieo qu'un traitement général est indispensable pour obtenir la guérison. > Ainsi M. Lemaire^ qui a tué des moineaux en leur appliquant quelques gouttes d'acide phènique sur le ventre, qui a rappelé l'observation du professeur Brown faite sur no chien qui faillit périr pour avoir subi une friction générale àTacide phènique, s'imagine, maintenant, que l'acide phènique ne peut avoir qu'une action locale, quand il est appliqua localement, et n'a pas l'air de se douter qu'on peut l'admi* nistrer à l'intérieur, quoiqu'il prétende d'ailleurs l'avoir ad< ministre le premier! C'est à frapper d'étounement milord Dollngbroke lui-môme, dont la devise, on se le rappelle était Nil admirari,

La conclusion de cette belle théorie est néanmoins que le coaltar..... et Vacide phènique « peuvent rendre des services dans le traitcmeht des chancres syphilitiques, > car le docteur Clerc et le docteur Ricord en ont obtenu de bons résultats. Ces résultats sont attestés par un laconique certificat du second de ces chirurgiens qui, cependant, d'après ce que nous connaissons de sa pratique, ne fait guère usage de l'acide phènique, et le proscrit, au besoin, dahs les cas où il est le mieux indique. 11 est vrai que M. Ricord ne s'est jamais piqué beau- '"^up de mettre une grande harmonie dafas ses paroles et dans i

APPLICATIONS THERAPEUTIQUES DE L'ACIDE PHENIQUE. / 39

ses acles ; et pourquoi aurait-il pris ce soin ? le débraillé lui a si bien réussi !

Pour notre compte, nous n'avons employé qu'un petit nombre de fois l'acide phénique contre la sypbilis sous forme cban« creuse, blennorrhagique ou constitutionnelle. Dans les cas de blennorrhagies et de chancres, la durée de la maladie ne nous a pas paru sensiblement plus courte que lorsqu'elle est traitée par les meilleures médications usitées jusqu'ici; nous avons ce-< pendant employé, dans ces cas, l'acide phénique localement et à l'intérieur. Les résultats ont été meilleurs dans quelques cas de syphilis constitutionnelle; non-seulement, dans ces cas, les symptômes locaux ont disparu assez promptemcnt, mais l'état général diathésiquc des malades a été modifié de la manière la plus avantageuse dans un temps moindre que par les méthodes habituelles.

Dans plusieurs cas où nous avons associé l'acide phénique au sublimé, dans des injections hypodermiques, les effets des deux agents ont été des plus remarquables ; et la méthode hypodermique nous parait appelée à recevoir de celte association un progrès des plus utiles (1). Entre autres faits que nous avons observés nous citerons les deux suivants :

(l)La méthode hypodermi^e a déjà été appliquée au (raitemeni de la syphilU iTec des succès divers et dont les uns ont vraiment de quoi nous étonner au dernier point. Le Ii'ScareUzio,qui a inauguré, si nous ne nous trompons, l'application de cette méthode de traitement à la syphilis, a eu l'idée d'injecter du calomel, c'est-ii-dire une substance insoluble, et ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il n'a eu que des succès et pas d'accidents. Le D'' Max Yan Mons a communiqué à la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles plusieurs faits qui prouvent qu'il a obtenu les mômes succès que le D' Scarenzio et qu'il n'a pas eu darantage d'accidents. Cela est d'autant plus remarquable que plusieurs des injections sous-cutanées ont été faites au bras (dans une région qu'on ne spécifie pas) où l'absorption des substances même dissoutes n'est pas toujours facile. On a dit avec raison, qu'il no faut pas discuter contre des faits ; cependant, avant de nous décider k injecter du calomel sous la peau, nous attendrons que ces faits se soient multipliés.

Eu France, le D' Liégeois, un des officiels, le seul, que nous sachions, qui a payé de la vie l'accomplissement sérieux de sa mission d'ambulancier, a injecté, non du calomel, mais du sublimé, ce qui su conçoit mieux. Il parait avoir obtenu des ré> sullats Taries, et avoir éprouvé quelques légers accidents, d'après le compte rendu que nous avons lu d'une communication faite par lui en 1870 à la Société de thérapeutique. Il avait annoncé une communication ultérieure ; nous ne savons oi elle a été faite et quels résultats M . Liégeois a constatés . Ce que nous croyonfi lavoir, c'est qu'il a injecté le sublimé seul.

40 DE L*ACIDE PHENIQUE.

Un soldat avait le corps presque entier couvert de croûtes d'eclliyma syphilitique; les glaodes du cou et de l'aÎDe étaient engorgées; il existait une émaciation générale, et, par surcroît d'infortune, une salivation mercurielle. J'ai rarement vu un homme dans un état plus déplorable. Dès sa première visite, Jo prQtitjUO une injection sous-cutanéo de 5 grammes d'une solution contenant (),0â de sublimé et 0,05 d'acide phéniqae. Celto injection est très-douloureuse. Elle provoqua une induration assez, forte, de la grosseur d'une noix autour du point piqué ; mais, grftce à l'acide phénique probablement, il ne s'en est point suivi de suppuration. Quelques jours après, le mieux était des plus manifestes; l'aspect du malade était changé; la salivation presque tarie. Cette salivation ayant été causée par le proto*iodure, qui avait été longtemps employée toutes doses et dont Taclion me parut épuisée, je prescrivis un traitement très-léger, 0,0â de cyanhydrargyraie de mercure par jour; àcause de la douleur causée par la première injection, je ne pratiquai la seconde qu'au bout de quinze jours. Le mieux ze continua progressivement: les plaques croûteuses tombent, les glandes diminuent, et le malade peut aller reprendre son service^ pendant que l'umbulancier en chef et grand'amaleur de parades, de décorations cl d'exploitation des malades des hôpitaux (1), le docteur Uicord, envoyait mourir à Nice, de la môme maladie, un grand personnage auprès duquel il s'était opposé à ce que jo fusso appelé ( quoique ce personnage fût mon client depuis plus do dix ans), sous prétexte qu'en fait de syphilis il no pouvait admettre de rivaux, encore moins des maîtres. La vérité, pourtant, est que le syphiliograpbe sans maîtres ni rivaux a laissé mourir misérablement le personnage en question, qui aurnit probablement été guéri, et dont la vie, en tous

(I) Il cxihio, h c» &uj('l, une histoire instruclivc cl cdiûante que nots pourrons pul)lirr, m la rccoiumaiulanl au protccleur de fabriques de cow*pox et probs- «eur de vorlu Dcpaul, dans un ouvrage auquel nous avons déjà fait allusion piu* sieurs Toi!*, et uù nous consacrerons plus de place que nous ne pouTons le faire ici, aux niauvoises uiwursclaux mauvais préjuQés et aux mauvaises passions de U profession. Cet ouvrage aura pour litre ; La vie et la mort du duc de Gramoni- Cadervuue, Ce sera une dollc sacrée que nous paierons à la mémoire de ce braw c(i>ur et une niponse aux calomnies et aux iniquités dont nous ayons été l'objet k «ruposdo sou tcstamcnl.

cas, aurait élé certainement prolongée, par nn traitement à la hauteur des progrès de la thérapeutique.

Le deuxième fait n'est pas moins remarquable. Une jeune femme était atteinte d'une syphilis grave, qui, malgré divers traitements mercariels et iodurés bien dirigés, avait résisté depuis deux ans, et même s'était progressivement aggravée : les jambes, les cuisses et les bras étaient couverts de nombreuses ulcérations précédées de bulles syphilitiques, pemphygoïdes; ces ulcérations étaient profondes, nettement découpées, de mauvais aspect. Le traitement antisyphilitique de ces ulcères ayant été fait localement comme généralement, j'eus recours aux pansements phéniqués, qui, à ma surprise, ne produisirent qu'un eifet presque nul. J'eus alors recours à une injection sous-cutanée de 5 grammes d'eau phéniquée à 1 p. 100, renfermant 0,03 de sublimé, je cautérisai les ulcères avec l'acide sulfo-phénique. Une tuméfaction indurd'e, de la grosseur d'un petit œuf (de poule, suivit l'injection; mais aucune suppuration n'eut lieu. Comme chez le sujet de la première observation, un mieux marqué se manifesta, presque aussitôt après l'injection, et fit des progrès rapides ; la malade se rend aux eaux sulfureuses, s'y trouve bien et y complète sa guérison.

Ce second fait est en quelque sorte la contre-partie du premier : dans l'un, le traitement mercuriel seul échoue ; dans l'autre, le traitement mercuriel, seul, et le traitement phéniqué, seul, échouent également; et, dans les deux cas, l'association des deux médications réussit avec une rapidité véritablement merveilleuse. Nous avons observé quelques cas analogues, mais moins remarquables; nous en avons observé quelques-uns aussi, dans lesquels l'acide phéniquc a ajouté peu de chose à l'efficacité du mercure^ surtout dans la syphilis primitive. Mais cet acide a un avantage constant, c'est d'empêcher tout accident local, à la suite d'injections hypodermiques à base de sublimé, injections que la crainte de ces accidents a sans doute empoché de tenter jusqu'à ce jour; car il est singulier de voir ceux qui ont eu l'idée des injections hypodermiques mercurielles, Scarenzio en lôte, recourir au calomel, qui n'a pas, et à juste litre, croyons-nous, la réputation d'être d'une grande utilité contre la syphilis, employé par les voies ordinaires, et

dont rinsolabilité, presque absolue, doit s'opposer à lonte absorplioD dans le tissu cellulaire sous-catané. Grâce à l'acide phénique, les injections de sublimé seront rendues faciles par leur innocuité, et l'on pourra obtenir ainsi, dans le traitemeat de la sypbilis, des cures qui n'auraient pas été possibles auparavant, et qui ne resteront impossibles désormais qu'aux paradeurs sans maîtres ni rivaux^ qui envoient des malades moorir à Nice ou ailleurs pour que d'autres n'opèrent pas des cares qu'ils ne savent pas opérer eux-mêmes.

D'après les succès que l'on obtient avec les injections sonscutanées et la facilité avec laquelle elles sont supportées, quoique douloureuses, on pouvait espérer de beaux résultats des iojectioni pbéniquécs dans l'urètre contre la blennorrbagie. Malheureusement, la pratique n'a pas ratifié mes espérances. L'urètre est un des rares organes qui ne supportent pas le contact de l'acide phénique sans réagir très-douloureusement, et j'ai dû remplacer les injections pbéniquées par la suivante qui est à peine phéniquée.

Extrait soluble de ratanhia . 8 grammes.

Sulfate de zinc 2 —

Acide phénique 0,15 —

Eau de roses 20 —

Eau commune 100 —

Cette injection^ associée à l'usage intérieur du sirop phénique (3 à 6 cuillerées suivant les cas) triomphe assez prompte' ment des blennorrhagies récentes peu aiguës, et^ ce qui est plus précieux encore, des blennorrhées anciennes, dont on cmpèche aussi le retour généralement, en prolongeant, pendant quelques semaines après leur disparition, l'usage du sirop phénique (1).

(1) On nous pernielira, à propos de blcnnorrhagie, de publier ici un intéressaDt bors-d'œuvre historique, qui peut éclairer, sans la fixer cependant déflniliTemeoti la question controversée de savoir si François I^'' a été atteint d'une maladie vénérienne. Voici la lettre inédite du roi lui-niémc, qui semble trancher la question plutôt négativement qu'afflrmativement :

< 20 Novembre 1539.

» Monsieur de Marcillac,

» Depuis la lettre que je vous ay dernièrement escripte je vous advise quej'iy

Art, V. — DE LA VACCINE,

La vaccine est une maladie qui se transmet irès-rarement d'une manière naturelle, qu'on donne ordinairement, et qu'on ne cherche par conséquent pas à guérir, il n'y aurait donc aucune raison de la faire figurer dans ce travail, s'il n'y avait un certain intérêt doctrinal à savoir si l'acide phénique, dont nous aurons à étudier l'heureuse action contre la variole, pos« sède aussi la propriété de détruire le ferment vaccinal , et si nous n'avions à dire quelques mots, dans l'intérêt de la santé publique, sur une étrange question agitée nombre de fois parmi les médecins, qui vient de l'élre encore une fois devant l'Académie de médecine, et à propos de laquelle des académiciens se sont dit des vérités qui ne doivent pas être perdues pour le public. M. le vaccinaleur patenté, Depaul, a surtout joué dans cette question un rôle scandaleux , qu'un de ses collègues et supérieurs a justement qualifié, et sur lequel nous aurons à Insister à notre tour.

Le fait de la destruction du virus vaccinal par l'acide phénique n'était guère douteux à priori; si l'on en croit les expériences suivantes, que rapporte M, Lemaire^ il serait également établi, désormais, à posteriori,

c Neuf inoculations, dit-il, furent pratiquées sur les bras de trois personnes , sur moi et sur deux de mes domestiques, avec du vaccin que je pris sur un enfant que j'avais vacciné. Les pustules dataient de huit jours; elles étaient très-belles. Je ferai de suite remarquer que tous trois nous portions dos cica-

esté bien tari tourmenté d'un reugme qui m'est tombé sur les génitoires et vous assure que la maladie m'en a esté tant ennuyeuse et doulourease qu'il n'est pas croyable. Toutefois gr&ce à Dieu je commence très-bien a me porter et suis hors de la douleur, espérant que de brief je recouvreray telle et si bonne santé qu'elle est désirée de tous mes bons serviteurs, dont je n'sy voulu faillir de tous enadvertir. •

L'envoi de cette lettre est accompagné d'une autre du connétable au même M. de Ifarcillac, dans laquelle le connétable donne ce détail que t le mal du Koy a été percé et a rendu une infinité de sanye et d'ordure » et que bientôt après • la guérison a été parfaite rt entière. »

U s'agit évidemment là d'un abcès des bourses, et comme ces abcès sont fort rares dans l'orchite blenuorrhagique, il est peu probable que celui de François I«' fut causé par cette maladie.

44 DE L'ACIDE PHÊNIQUE.

triccs vaccinales. J'étais le plus âgé des trois. Mes Jeux domestiques, l'un (homme) avait quarante ans; l'autre, mère de Teofant susnommé, » ~ toujours l'argot de la bazoche! il est probable que M. Lemaire n'a pas seulemeut jeté aux orties If froc de rapothicaire, mais aussi celui du saote-ruisseiB.... mais passons ~ « en avait vingt-six.

• Les inoculations faites sur mon bras et celles faites sor l'homme de quarante ans ont donné naissance sur chaque bras à trois pustules vaccinales qui se sont très-bien développées. Celles de la femme ont été négatives.

• Dans le même moment, du vaccin recueilli sur les mêmes pustules a été mélangé sur une lame de verre avec parties égales d'acide phénique. Avec ce mélange j'ai pratiqué sur les trois autres bras neuf inoculations. Toutes ont donné un résultat négatif. Les piqûres n'ont pas même présenté le moindre signe inflammatoire.

» L'expérience faite sur la femme de vingt-six ans ne peot rien apprendre, puisque, dans les deux inoculations, le résultat a été négatif. Je ferai remarquer que, chez les sujets vaccinés, les inoculations échouent dans la moitié des cas. Vais le résultat que j'ai obtenu avec le vaccin pur sur mon bras et sur celui de l'homme cité plus haut, et le résultat négatif qu'a donné le vaccin mélangé avec l'acide phénique, me paraissent démontrer que cet acide empêche la reproduction du vaccio, par conséquent détruit ses propriétés.

> M. le docteur Sénéchal a bien voulu faire, à mon invitalioo, une expérience sur le bras d'un enfant qui n'avait jamais été vacciné, il fît à chaque bras quatre piqûres d'inoculation. La piqûro supérieure a été touchée avec l'acide phénique. et il ne s'y est point développé de pustule, tandis que les autres ont donné naissance à de belles pustules vaccinales. J'ai répété cette expérience avec le même succès. > (Lemaire^ de V Acide phénique, p. 169.)

Ces expériences paraissent concluantes, quoiqu'elles n'aient pas été variées autant qu'on pourrait le désirer : il n'aurait point fallu, par exemple, se contenter d'expérimenter avec un mélange de vaccin et d'acide phénique ; il aurait fallu opérer avec des mélanges de vaccin et d'eau phéniquée à 1 ou 2

p. 100, puis à 1 OU 2 p. 1,000, c'est-à-dire aux doses médicamenteuses; il aurait fallu, en outre, expérimenter avec des mélanges de vaccin et d'autres substances non parasiiicides^ afin de bien établir que c'est le parasiticide qui détruit la propriété du vaccin et non un corps délayant qui agit mécaniquement en raréfiant les molécules virulentes. Pour nous, les résultats ée toutes ces expériences sont prévus ; mais, quand on se meta expérimenter, on ne saurait trop bien faire ; les expérimentateurs ultérieurs feront donc bien de tenir compte de DOS observations.

Des expériences plus intéressantes encore seraient celles dans lesquelles on pratiquerait des injections pbéniquées hypo* dermiques, et dans lesquelles on administrerait par l'estomac des liquides phéniqués à des sujets qu'on vient de vacciner pour la première fois, afin de constater si Tacidc phéniqnc, administré par les voies dont se sert la thérapeutique, empêche encore l'action du virus.

Telles qu'elles sont, les expériences qu'on vient de lire n'en prouvent pas moins que l'acide phénique détruit le virus vaccinal, quand on les mélange ensemble, et la conséquence naturelle de ce fait, c'est que le virus est constitué par un parasite. Cette conséquence une fois admise, il ne sera pas difficile de juger une question à laquelle nous avons déjà fait allusion au début de cet article , et qui a fait grand bruit dans ces derniers temps à l'Académie de médecine.

La grave épidémie de variole qui , à partir du commencement de 1870, a sévi en France et antérieurement ou postérieurement dans plusieurs autres pays, jeta des doutes sur l'efficacité de la vaccine, et celle-ci, qui avait déjà subi, depuis plusieurs années, quelques atteintes de la part de certains médecins sans autorité, fut l'objet d'attaques redoublées, qui finirent par ébranler des hommes plus consistants. On expliqua, d'abord, l'aptitude de certains vaccinés à contracter la variole par l'épuisement, à la longue, des effets du vaccin chez l'individu vacciné; les succès des vaccinations nouvelles ou revaccinations proiivaicnt bien, en efifet, que l'inaptitude produite par la vaccination ne durait qu'un certain temps. Mais cette explication ne suffît bientôt plus à tout le monde, et

46 DE L*ACn>E PHÊNIQUE.

d'aucuns, par versatilité d'esprit ou défaut d'intelligeuee, d'antres, pcr esprit de spéculation, accusèrent le virus lui-même d'épuisement ou, pour parler le langage adopté, de dégénérescence, acquise en passant, depuis sa transmission de la vacbe à l'homme, à travers plusieurs générations humaines. Ceox-ei imaginèrent, alors, de revivifier, de régénérer le virus^ en le faisant passer par l'animal qui l'avait primitivement fourni, et une fabrique de cow-pox s'établit sous le patronage moral — M. le docteur Guérin, membre de l'Académie^ dit, au contraire, immoral — de M. le directeur des vaccinations à rAcadémie de médecine, le docteur-professeur Depaul (1). Cette défaillaDce du directeur des vaccinations à l'égard du vaccin humain oOi comme on dit^ Jennérien,ne pouvait que nuire au crédit de la vaccine que le susnommé — comme dirait son digne confrère Lemaire — est chargé officiellement de propager; mais il faat bien favoriser la propagation du cow-pox; cette mission passe avant celle de propager la vaccine. Nous ignorons si le professeur a réussi dans son protectorat; mais, ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a réussi à diminuer le crédit de la vaccine, et que, s'il trouve beaucoup de collaborateurs dans l'honnête besogne qu'il a entreprise, la vaccine finira par être à peu près abandonnée en France, grâce aux manœuvres de celui qui est payé pour la propager, et que la variole pourra reprendre son empire, tout comme aux beaux temps des épidémies meurtrières

(1) C'ekt pourtant ce môme personnage qui eut Timpudenle audace, le lendemain du jour 0(1 M . Bouley m'avait publiquement rendu justice à rAcadémie dei icience*, h prupoi de la curation du charbun par l'acide phénique, d'apostropber ce dernier par ces mots : vous avez eu tort; il est des noms qu'il ne faut Jamais prononcer. A quelques jours de là, l'équitable M. Bouley m'aborda par celle question : Qu'avez - vous donc fait A M. Depaul? — Ce que je lui ai fait? répoudis-je; je lui ai écrit, parlant à &a personne, «luelques vérités comme celles qui se trouvent éiioncéea dans la lettre suivante; et je donnai lecture incootinent, ii M. Bouley, de la copie d*une lettre que j'avais écrite à M. le professeur Depaul, lettre dont j'ai du reste envoyé une copie à son collègue le professeur Pajot, et où Je raconte quelques-uns des exploits du catonique académicien. — Eh bien! tous écrivez de jolies lettres 1 me dit en souriant M. Bouley. — Et vo< collègues de l'Académie font de jolies choses! répliquai-je. Là finit la conversation touchant M. le directeur de la vacrine, prolecleur de la fabrique de cow-pox. Mais la conversation est bonne à reprendre, et nous espérons bien la reprendre un jour et ne pas laisser s'ensevelir dans l'oubli les actes de vertu qui recommandent le nouveau «aint Vincent de Paul à la fénératiou do toutes les âmes fertueoies.

arîoles gangreneuses et hémorrhagiques. Au reste, ces forn'ont pas absolument manqué dans la dernière épidémie aris ; et tous les praticiens ont pu voir quelques cas de 3le gangreneuse. Nous ne voudrions pas affirmer que M. lo clcur de la vaccine soit pour quelque chose dans ce triste liât; mais ce qui est incontestable , c*est qu'il a tout fait r l'amener^ dans un temps donné; digne émule, en cela, Carnot, des Bavard (de Girey-sur-filaize) et autres esprits idoxaux dontle docteur Grimaud (de Gaux) est en ce moment les échantillons les plus réussis. Pour lui, la vaccine n*est ivaise ni en relardant le moment de la mort des enfants, les faisant mourir par exemple à 20 ans, de fièvre typhoïde, ieu de les laisser succomber à quatre, cinq ou dix ans, de oie), ni en leur inoculant le virus syphilitique en même temps le virus vaccinal; non ! pour le docteur Grimaud (de Gaux), la une comme Tinoculation est tout simplement de nul effet; ne préserve pas plus de la variole, que la tisane de graine lin, et elle n'a jamais préservé davantage; par conséquent irus vaccin n'a pas dégénéré. L'opinion paraît très-plaite, et elle l'est, en effet, à tel point qu'on pourrait croire à gageure de mauvais plaisant, si le docteur Grimaud (de Gaux) mi toutes les apparences d'un homme sérieux. Son opinion donc sérieuse ou tout au moins sérieusement paradoxale, i n'est guère plus absurde, cependant, que celle des raineurs qui croient, avec M. le catonique directeur de la cine, à la dégénérescence du vaccin Jennérien. Nous n'avons la prétention de faire saisir toute l'absurdité d'une pareille nion à des professeurs de la force de M. le directeur de la cine, qui, habilués h prendre pour un nouvel évangile les ilques idées qu'ils sont parvenus à loger dans leur étroite velle, ne veulent rien entendre et ne peuvent guère rien iprendre de ce qui n'est pas renfermé dans le cercle de ces es; mais tous ceux qui n'ont pas l'esprit obscurci par les jugés de l'école ou par une vanité pathologique comprennt, et cela sufiit.

•e virus vaccin, comme tous les autres coulages, comme s les ferments, est constitué, on n'en saurait guère douter ourd'hui , par un être vivant, microphyte ou microzoaire,

48 DB LUCIDE PHÊMQCE.

microzodre probablemenl. Or, les théoriciens qui parlent de dégénéresceDce ont-ils bien réfléchi à ce que pourrait êlrc la dégénérescence d'an microzoaire? Ont-ils songé le moindrement que parler de cette dégénérescence, c'est exactemeol la même chose que de parler de la dégénérescence du hanncloa ou d'une chenille quelconque ? Que penseraient-ils, ces grands théoriciens, d'un brave paysan qui, voyant que les chenilles et les vers blancs font peu de ravages cette année, dirait : les vers blancs, les chenilles ont dégénéré ou sont épuisés !

Le brave paysan les ferait sourire de pitié; pourtant il professerait exactement la même théorie qu'eux; il ne lui roanqucraii, pour être à leur niveau^ qu'un bonnet carré et beau* coiip de prétentions.

Mais les théoriciens officiels, prolecteurs ou non des fabriques de cow'poi, ne s'en tiennent pas exclusivement à leurs théories, quelque confiance qu'ils y aient : ils f e disent aussi partisans des faits; ils invoquent les faits. On ne peut pas contester, disent-ils, que la variole ne se développe assez souvent aujourd'hui^ pendant la dernière épidémie notamment, chez des sujets vaccinés avec le vaccin Jennérien. Le fait est iDCOUtestable sans doute; mais en lui-même que signifîe-t-il ? Âbso* lumcntrien. Pour qu'il signifie quelque chose, il faut*queH.le protecteur des fabriques de cow-pox et ses codoctrinaires lai en accolent un second, qui est celui-ci : la variole ne se développe pas chez les sujets vaccinés avec le cow-pox. Ce fait-là, M. le protecteur des fabriques de cow-pox rafiirmel)ien, cl peut-être est-il convaincu qu'il est exact; mais, s'il en est convaincu, il n'en est point certain, assurément. Il y a plus: le fait fût il exact, que signifierait-il encore? Absolument rien. Le vénérable et honnête M. Bousquet, du fond de sa retraite, a été obligé de le faire remarquer à M. le protecteur des fabricants de cow-pox; M. le protecteur ne l'a pas compris ou a feint de ne pas le comprendre. La remarque n'était pourtant pas hors do la portée du premier vaccinateur ou même de la première vaccinalrice venue.

La vaccine, praiiqué.î avec le vaccin humain, ne préserve pas indéfiniment de la variole, voilà le fait acquis. Mais en est-il autrement de la vaccine avec le cow-pox fabriqué? Pour le

savoir, il ne suffît pas de prendre dix ou vingt ou cent vaccinés par le cow-pox et autant par le vaccin humain ou Jennérien, et de voir dans quelle catégorie il y aura des varioles ou plus de varioles : pour que l'expérience ou les faits soient concluants, il faut prendre deux séries de vaccinés par le cow-pox et par le vaccin humain, dans les mêmes conditions, c'est-àdire : io qui aient été vaccinés de la môme façon; 2o avec le môme succès — sous le rapport du développement de la vaccine^ bien entendu—; 3o qui le soient depuis le môme temps, — circonstance la plus importante—; 4» enfin, qui aient le même Age et le môme sexe. Or, M. le prolecteur des fabricants de cowpox a-t-il deux séries de faits réunissant toutes ces conditions? A-t-il môme songé à les rassembler? S'en soucie- t-il môme? Tout cela est fort douteux : je crois que ce qui l'occupe, c'est surtout de faire prospérer le cow-pox et sa plaisante doctrine; le reste est du superflu.

Mais M. le protecteur invoque un autre fait en faveur de son cow-pox; c'est celui que nous avons déjà mentionné à l'article syphilis : la vaccine par le vaccin humaiu communique souvent, ou quelquefois, ou rarement tout au moins, la syphilis. Une foule de médecins l'ont constaté; M. le protecteur l'a constaté lui-môme, et j*en suis fâché pour lui : il a été, il est vrai, aussi vérîdique et aussi perspicace dans celte (irconstance que dans beaucoup d'autres; mais, malgré sa véracité et sa perspicacité, je croirais aussi volontiers un jardinier qui viendrait me dire qu'il a vu sortir à la fois un papillon et un hanneton d'un cocon de ver à soie, que je crois M. le protecteur et ses protégés, quand ils prétendent trouver dans une pustule vaccinale (humaine ou animale) le parasile de la vaccine et celui de la syphilis. Et puis, quoi donc! est-ce que la vaccine et la syphilis datent d'hier? Est-ce que les délices de Cnpouc ont obscurci la vue de M. le protecteur, depuis le début de SCS éludes jusqu'à ces dernières années? Ce serait prolonger l>ieD longtemps la durée des délices, car, enfin, M. le protecteur n'est plus de l'âge de Don Juan ; et puis, M. le protecteur et ses protégés ne sont pas les seuls vaccinateurs qui aient cxisié, sans compter Jenner, l'inventeur de la vaccine. M. Bous- <inet, le môme qui a fait^ette si |xist^ remarque. (^acs M. b. p<o^

tecteur n'a pas comprise ou a feint de ne pas comprendre, M. Bousquet a vacciné pendant cinquante ans, et il n*a pas hésité à déclarer, donnant à la fois à son successeur une leçon de morale et de bon sens médical, qu'il vaccinerait son propre enfant avec du vaccin pris sur un enfant syphilitique; feu M. Husson a vacciné pendant aussi longtemps et, pendant presque aussi longtemps, a été médecin résidant d'un vaste collège d'enfants et de jeunes gens; l'ancienne commission de vaccine a vacciné pendant nombre d'années; des milliers d'autres médecins ont pratiqué des millions de vaccinations; et il aurait fallu attendre jusqu'à Tâge critique de M. le prolecteur pour s'apercevoir que la vaccine peut transmettre la vérole î Ah ! plus que personne, nous croyons à la lenteur du progrès comme à la lenteur de la justice, et nous avons de bonnes raisons pour cela; mais jamais on ne nous fera croire que les symptômes de la syphilis eussent pu échapper à l'observation de tous les vaccinateursqui se sont succédé dans tous les pays, depuis Jenner, si ces phénomènes s'étaient déclarés sur des enfants, à la suite de la vaccine. La raison générale non moins que la raison doctrinale, fondée sur l'histoire naturelle, repousse donc cette invention d'esprits biscornus on tapageurs, adoptée d'enthousiasme parles fabricants non patentés, mais qui voudraient bien Tôtre, de cow-pox, et par leur austère protecteur, qui s'intéresserait probablement un peu aussi à la patente, et qui, à défaut d'elle, ne serait pas fàcbé d'établir une fabrique de cow-pox sous le patronage de l'Académie et de Tadministralion. On n'use pas plus noblement et plus libéralement d'une fonction salariée, créée dans l'intérêt général de la santé publique.

Les fabricants ne paraissent plus, du reste, s'en tenir à la vérole: le vaccin Jennérien peut, à les entendre, communiquer une foule d'autres maladies auxquelles est sujette l'espèce humaine. A quoi M. Grimaud (de Caux) — où diable la logique va-t-elle se nicher! — répond par la question suivante: « Est-ce que les amateurs de cow-pox s'imagineraient que la vache et le cheval se trouvent à l'abri de toutes les maladies et sont des alambics de purification ! » Ah ! si la vaccine pouaii. I»ansn3et1xe autre choaercite la vaécine, les humeurs delà

che ne seraient probablement pas beaucoup plus salubres e celles d'un enfant, et le cow-pox, comme le vaccin Jenrien, serait une bolie de Pandore. Mais, par bonheur, i traifsformations prétendues d'une espèce de parasites dans e autre espèce sont des billevesées d'esprits infirmes ou s calculs d'esprits spéculateurs. Le virus vaccin, comme le us varioleux, comme le ferment charbonneux , comme le ment croupal, comme tous les virus et tous les ferments, nme tous les êtres de la création, ne peut se transmettre e dans son espèce, et il en sera ainsi jusqu'à ce que quelun ait transformé les lois naturelles; ce quelqu'un ne sera, srois, ni M. le protecteur des fabricants de cow-pox, ni les ricants eux-mêmes.

^a vaccine restera donc ce qu'elle a été depuis la grande déiverte de l'immortel Jenner : le meilleur préservatif de la 'iole. Mais ce n'est pas un préservatif absolu et perpétuel, ' il ne saurait y avoir de préservatif absolu et perpétuel, isi que nous l'avons expliqué dans notre introduction. Mainianl,le vaccin, puisqu'il n'est pas dégénéré, puisque la dégé- Tation, en ce qui le concerne, est même un non-seus, préirve-t-il aujourd'hui aussi bien qu'il préservait du temps de mner? C'est la même question en d'autres termes; elle ne importe que la même réponse. Mais en voici une qui est tout itre, que le prolecteur du cow-pox ne s'est pas posée, et que petit cours de ses petites idées ne lui permettait guère de ! poser : le vaccin préserve-t-il également contre toutes les irioles ou plutôt contre toutes les épidémies de variole? Cette icstion ne veut pas dire que nous admettions plusieurs espèsde variole; mais nous ne pouvons, pas plus que personne, et ms ne voulons en rien méconnaître qu'il y a des varioles intensités différentes, considérées individuellement, si l'on lUs permet le mot, et des épidémies, considérées dans leur semble, d'intensités très-différentes également. Or, sans ntrer ici dans tous les développements que nous avons donnés ce sujet dans notre introduction, il suffira de rappeler que ntensité d'une maladie parasitaire ne peut dépendre que de nature du terrain où le parasite se développe et de la vitale du parasite lui-même. Sur tout individu vacciné, le terrain

sera évidemment peu favorable au parasite varioleux, et d'autant moins favorable, probablement, que la vaccinatioa sera plus récente; mais le parasite pourra avoir une vitalité trèsdifférente; il y a des années où les pucerons de nos jardins sont malingres et souffreteux; il y en a d'autres où ils sont vigoureux et alertes; il peut, il doit évidemment en être de môme des animalcules morbigènes, de celui qui engendre la variole comme des autres. Or, un terrain qui sera suifisammeDt modifié pour empêcher le développement d'un parasite de vitalité faible ou ordinaire, pourra très-bien ne l'être pas assez pour empêcher le développement d'un parasite plus vigoureux ; c'est une question de doses. De ce que, dans une épidémie donnée, un grand nombre de sujets vaccinés sont atteints, il n'en faudrait donc point conclure que le vaccin a cessé d'être un préservatif; tout ce qu'on en pourrait conclure, c'est qu'il n'est point un préservatif absolu. Quanta sa préservation relative, elle se démontre en comparant, hors l'état épidémique, et même dans les épidémies peu ou moyennement intenses, la proportion de varioleux sur des nombres égaux de sujets vaccinés et non vaccinés, et le diegré d'intensité de la maladie chez les uns et les autres. Or, sur ce point, des milliers d'observations ont prononcé sans retour, et il faut les yeux sans pareils de M. Grimaud (de Caux) pour prétendre que la vaccine n'agit absolument en rien, ni sur le développement, ni sur la marche de la variole. Avec de tels yeux, on a sa place marquée aux Quinze-vingts, pour peu qu'on soit allé en terre sainte^ et, si nous sommes bien informé, nous croyons qae le docteur Grimaud y a pour le moins toujours un pied. Nous allons voir, cependant, tant sont innombrables les bizarreries de l'esprit humain, que M. Grimaud (de Cauxj a su voir un autre préservatif plus puissant, quoique moins durable, que le vaccin ; seulement, le susnommé (style LemaireJ docteur Grimaud n'a pas su voir, malgré tous les flambeaux divins dont sa conscience est éclairée, à qui était due l'initiative de ce préservatif nouveau.

APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES DE L'ACIDE PHÉNIQUE. 53 Art. VI. — DE LA VARIOLE.

La médicaiioD phéniquée a eu la bonne fortune d'être appli* quée par beaucoup de médecjns, sans compter M. Grimaud (de Caux), voire môme par plusieurs académiciens, dont un professeur, à la curation de la variole; mais l'auteur de la médication n'a pas eu la bonne fortune de trouver un de ces médecins qui eût la mémoire assez bonne ou la conscience assez étroite pour rappeler à qui était dû le traitement qu'il employait avec succès. Celui qui paraît avoir été le premier, après moi, du moins en France, à appliquer l'acide pbénique au traitement de la variole, et dont les essais, quoique peu nombreux, ont eu le plus de retentissement, est M. le professeur Chauffard. Après avoir lu la relation de ses essais et le compte rendu d'une discussion dont ils furent l'objet devant une société, je crus devoir écrire une lettre particulière à M. Chauffard, pour revendiquer mes droits à la priorité de Tapplication qu'il venait de faire avec succès, et je fis suivre la lettre de renvoi d'un exemplaire de la première édition de cet ouvrage. M. le professeur s'empressa de me faire la réponse suivante :

a Paris, 8 novembre 1870.

> Monsieur et bonoré confrère,

» Je vous remercie de l'envoi que vous avez bien voula me faire de votre ouvrage sur les nouvelles applications de Tacidc pbénique. Je ne crois pas que l'on paisse vous contester une large part dans l'étude thérapeutique de ce médicament. En ce qui me concerne, je n'ai jamais élevé la moindre prétention sur aucune question de priorité relative à l'acide pbénique. Je l'emploie dans certaines affections fébriles et dans quelques états cbroniques à marche hectique; je cherche à voir par moimême ce que vaut cette médication encore imparfaitement étudiée; s'il y a lieu, j'apporterai ma petite contribution à l'œuvre entreprise par d'autres ; je n'ai pas d'autre but ni d'autre prétention.

5i DE L'ACIDE PHÈNIQUE.

• Veuillez, monsieur et honoré confrère, agréer TassnraDce de mes senlimenls de considération et de bonne confraternité.

» Chauffjuid. >

II. Chauffard a été élevé dans un monde dont il a conserfé l'urbanité et les bonnes manières, il n'est pas de ]araeedesL^ maire, pas même de celle desDepanl. Mais le milieu où il s'est développé n'exclut point la diplomatie; au contraire, je crois; et sa réponse en fournirait au besoin la preuve. Je ne répliquai point, cependant, parce que, d'abord, je croyais alors l'ap* parition de la seconde édition de mon travail bien plas prochaine qu'elle ne l'était en effet, et, ensuite, parce que je jugeai qu'il était parfaitement inutile de dire à M. Chauffard descboses qu'il savait pour le moins aussi bien que moi. Aujourd'hui, j'écris pour la justice, c'est-à-dire pour Tinlérôt de tous en même temps que pour le mien^ et je ne puis me dispenser de faire remarquer que la lettre de M. Chauffard ne répond nullement à ma réclamation, ou que, pour mieux dire, elle ne répond à rien et laisse la porte largement ouverte à toutes les pirateries; M. Chauffard lui-même en conviendra, s'il n'en est convaincu d'avance, quand il aura parcouru les quelques remarques suivantes, car on le dit irès-sévère observateur de la morale sociale et môme catholique et romaine.

io M. Chauffard ne croit pas qu'on puisse me contester une large part dans l'étude thérapeutique de l'acide phénique. Je l'en remercie, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agissait; je crois, moi, que j'ai appliqué, le premier, l'acide phénique à la thérapeutique en général et à la variole en particulier; ce n'est pas la même chose. M. Chauffard croit-il que j'ai raison ou que j'ai tort?

2<ï M. Chauffard croit-il que, lorsqu'on ne fait que répéter une application, encore récente, déjà faite par d'autres, il convient de rappeler le nom de celui qui l'a faite le premier? S'il ne le croit pas, c'est une manière de voir qui n'est pas celle de tout le monde, qui n'est pas même, je crois, conforme à la justice; mais, enfin, c'est une manière devoir; s'il le croit, pourquoi déclar er, co mme M. Chauffard l'a fait en pleine société, en plein|^^|^ttOn, que « l'idée de cette médication

a été suggérée par le travail de M. Sanson sur les heureux ts de l'emploi de Tacide phénique à haute dose (4), appli- ! au traitement du mal de montagne? • Gomment M. Chaufi a-l-il pu aller puiser Tidée d'appliquer l'acide phénique médecine de l'homme, chez un vétérinaire qui l'a appliqué is une maladie des animaux très-dififérente, surtout quand t été démontré partout et déclaré en pleine Académie des mces, que ce vétérinaire l'avait lui-môme puisée dans l'ou* ge du médecin que llll. Chauffard aurait dû citer, lequel vénaire n'avait fait que répéter sur les animaux ce que ce iecin avait déjà pratiqué sur l'homme? Que M. Chauffard onde à cette question, et nous lui dirons ensuite si sa mo< t est égale ou inférieure à son urbanité.

o M. Chauffard n'a jamais élevé, dit-il, la moindre préten* L sur aucune question de priorité relative à Tacide phéne.

'abord, nous ne croyons pas qu'il soit d'usage d'élever 3s prétentions sur des questions, » M. Chauffard est assez faier avec les principes de la grammaire pour qu'il soit inutile Le lui faire remarquer. Mais à supposer que cette phrase ^n français, intentionnellement ou non, douteux — veuille e que M. Chauffard n'élève aucune prétention à la priorité l'application de la médication phéniquée au traitement de la riole, cet honorable académicien se croit-il bien certain que (satellites qui gravitent, ou plutôt rampent toujours autour ' quiconque est tant soit peu professeur ou académicien, mprendront les intentions et prétentions de M. Chauffard mme il les comprend lui-môme ? Il n'est pas assez na'if pour voir pu supposer un instant. Il devait donc savoir, il savait ivance que cette manière équivoque de présenter ses recheres laisserait croire au troupeau des ignorants et ferait dire à tourbe des flagorneurs que c'était bien lui, M. Chauffard, i avait, le premier, appliqué l'acide phénique au traitement de variole. En effet, ce que M. Chauffard a dû prévoir, n'a pas nqué d'arriver : voici ce qu'on lit dans un article sur le trainent delà variole, publié par un certain docteur Cersoy (Santé

l) Nous nous sommes déjk expliqué sur cette prétendue haute dose (Voir noules applications deTacide phénique, p. 193, et p. 231 et suiv., article charbon.

56 DE L'ACIDE PHENIQUE.

publique, 14 avril 1870): < Je tiens à dire quelques mots partieslièremenl d'un acide minéral qui a déjà fait un grand cbemio dans la thérapeutique en peu de temps : je veux parler de V acide phinique,

• L'acide phénique est très-connu (1), mais son emploi dans la variole est encore ignoré de beaucoup de médecins.

• C'est M. le docteur Chauffard, médecin des hôpitaux de Paris, qui, LE PREMIER, a eu l'idée d'employer ce médicameot dans la petite vérole. Tout dernièrement, ce clinicien disliigué vient de faire connaître ses premiers résultats à la Société médicale d'observation » — (le docteur Cersoy connaît la Société médicale d*observation à peu près comme il connaît Tacide phénique, et ce n'est nullement à cette Société que M. Chauffard a fait connaître ses premiers résultats ; mais ce n'est point évidemment pour être exact que le docteur Cersoy écrit; illii suffît probablement d'écrire une méchante platitude à l'adresse d'un médecin des hôpitaux de Paris), — « résultats, du reste, Irès-brillanis et qui doivent encourager, etc.... »

Après ce que M. Chauffard avait semé, voilà évidemment» qu'il devait récolter, ce qu'il ne pouvait ignorer qu'il récolterait. A-t-il réclamé contre ces basses et niaises flagorneriest Non. 11 a humé, sans se moucher, cet encens de mauvais aloii et il nous a autorisé, par son silence, à croire que cet encens lui plalt. Nous voulons bien, toutefois, ne pas le croire encore; nous admettons seulement, jusqu'à plus ample informé, (H^^ M. Chauffard n'est pas aussi ferme que juste, qu'il n'est pt* aussi ferme que M. Bouley, par exemple, et qu'il n'a pas osé prononcer un nom dans la crainte de s'attirer, comme M. Bonley, une apostrophe de quelque vertueux protecteur de cow-pox- Mais qu'il aille donc demander à M. le professeur Pajot on ^ M. Bouley lui-môme ce qu'il faut penser de ces protecteurs-Ui et ce que pèse leur vertu! Quant à nous, nous dirons francbc* ment à M. Chauffard, car nous aimons à le croire digne d'en-

(l)Pas du D' Cergoy, en tous cas, qui en fait un aci<lo minéral. Après rel», peut-être le D*^ Cersoy ignore-t-il ce que c'est qu'un acide minéral, ou bien s'eil* il créé une chimie ii son usage, comme il s'est créé une histoire de la Ibérf peutique, à l'exemple des Lemaire, des Sanson et autres grands modèles en luf toire et piraterie scientiQques.

idre la vérité, que c'est faillir gravement à ses devoirs de ofesseur et d'académicien qac de donner de pareils exem- 3s aux jeunes médecins qui doivent nous suivre dans la cartre. Ce même docteur Cersoy, qui a attribué à M. Chauffard e priorité que M. Chauffard n'a pas réclamée, mais qu'il n'a s repoussée non plus, déclare être • un jeune praticien plein foi dans la thérapeutique. » M. Chauffard aurait dû apprendre ze jeune praticien qu'il est bon d'avoir foi dans la thérapeu- [ue, mais qu'il faut d'abord avoir foi dans la jastice et le ouver en la pratiquant. Mais M. Chauffard n'a pas plus averti docteur Cersoy qu'il n'a réclamé contre le docteur Amédée rdieu, — ce grand géographe, qui, à l'exemple de certains i nos généraux, place, dans une < Étude topographique de la RiOLE, » Sèvres, Chavllle et, qui plus est, Levallois, < au sud de iris; • — contre le docteur Audhoui, chef de clinique de la iculté; contre le docteur Godefroy, professeur à l'École de innés; contre le docteur Desnos, médecin de l'hôpital Lari- Msière; contre lesdocteurs MartinelIi,Douillard et autres, tous ands savants autant qu'esprits indépendants et cœurs houles, qui parlent « de la méthode du docteur Chauffard^ des exriences du docteur Chauffard, » mais qui, nulle part, soit ignonee, soit servilité, soit l'une et l'autre^ ne disent pas le oins du monde que M. Chauffard n'a fait que répéter ce que docteur Déclat avait fait plusieurs années auparavant, ce l'il faisait encore à Paris même, à côté du docteur Chauffard^ run théâtre pour le moins aussi étendu, quoique moins rcntissaut. Ëh bien, je le demande en conscience à M. ChaufrJ,à un homme profondément versé, dit-on, dans l'étude et pratique de la morale et de la religion, à un homme qui a jamais • élevé aucune prétention sur une question de priolé, » M. Chauffard pcnse-l-il que le mutisme qu'il garde de- Qt cette bande d'ignorants ou de plats courtisans, qui lui >nncnt ce qui ne lui appartient pas et ce qu'il ne réclame pas, nse-t-il que ce mutisme soit ce qu'on devrait attendre, je ne J pas d'un bon confrère, — j'ai trop appris depuis longtemps qu'il faut penser de la confraternité médicale, — je ne dis 5 même d'un galant homme, mais seulement d'un homme de )biié vulgaire ? Quant à moi, voici ma réponse :

5^ DE L'ACIDE PHÊNIQUE.

La propriété d'une idée, d'une application quelconque est, pour le moins, aussi sacrée que celle d'une bourse ou d'un lopin de terre ; entre deux voleurs, dont l'un vous vole la bourse et Tautre l'idée, la différence est tout à l'avantage du premier, car il sait qu'il s'expose aux sévérités de la loi, tandis que le second sait qu'il peut voler impunément, la propriété intelleC' tuelle n'étant réellement pas protégée. Aussi voit-on parfois qne levold'uneboursemène à la police correctionnelle, tandis qnele vol d'une idée mène à l'Académie ou à la Faculté. Que M. Chauffard, qui ne pratique pas seulement, paraitil, la morale et la religion, mais qui étudie encore la casuistique, veuille biao méditer sur les principes que je viens d'exposer sommairement, et m'en dire son avis; je m'en rapporte à lui.

A la suite de M. Chauffard et du docteur Cersoy ont appan une foule d'autres partisans de l'acide phénique, qui n'atteodaient probablement que le saut d'un mouton de qualité pour sauter à leur tour avec entrain. Gomme on le pense bien, noits ne nous occuperons pas des évolutions de ces compagnons de PanUrge, adorateurs zélés de la dernière heure; l'un d'eux, ce^ pendant, qui n a pas l'habitude, à ce qu'il répète souvent, d'adorer les faux dieux, et qui semble parfois prendre pour exemple le grand prêtre Joad, M. le docteur Grimaud (deCani) nous arrêtera un instant. Lui aus^i a préconisé l'acide pbéni* que comme curatif, et surtout comme préservatif de la variole, mais sans en attribuer la priorité à personne, pensant peutêtre que c'était le moyen que tout le monde la lui attribuât; il a fait, en un mot, acte de professeur. Malgré cela^ nous ne lui consacrerons pas un long paragraphe ; nous nous contenteroni de lui dire que, puisqu'il est encore entaché de cette vaaité professorale de vouloir se faire parer de plumes arrachées à autrui, c'est qu'il n'a pas assez récité les litanies que le savant abbé Moigno a composées tout exprès à l'usage du susnommé (toujours style Lemaire) docteur Grimaud (de Caux).le susnommé a réellenicut grand tort de négliger les méditations de ces litanies; elles devraient être son bréviaire. Nous ne connaissons pas de vanité qui puisse résister à des récitations persévérantes de ce petit chef-d'œuvre de l'abbé Moigno (1).

(1) Voici à queUe occasion ce petit chef-d'œuvre fut mis au monde : le D' Gn*

AÎ>PLICATI0NS THÉRAPEUTIQUES DÉ L»ACll)E PHÊNIQUE. Ôd

Malgré l'honorable piraterie (honorable pour nous : « Vous nous faites, seigneur, en nous pillant, beaucoup d'honneur l >0 de M. Grimaud (de Caux) et autres professeurs de la môme école, l'usage de la médication phéniquée s'était peu généralisé ; les varioleux mouraient en grand nombre, et les journaux étaient pleins de recettes contre la variole, publiées les unes

maud (de Caux) avait l*ambition d'obtenir le prix Bréaiit, ce qui est une ambition Irès-honorable et très-légitime — (on sait que ce prix a été destiné par le fondateur à l'auteur d'un traitement efficace du chuléra ou k celui qui démontrerait clairement la cause de cette maladie; îi défaut du prix, l'auteur ou les auteurs qui éclairent un poiut quelconque de l'histoire du choléra peuvent obtenir les intérêts du capital de 1U0,000 fr. affecté au prix). •— Mais ledit Grimaud (de Caux) voulait obtenir le prix Bréant, en cassant des encensoirs sur le nez des académiciens chargés de le décerner, ce qui était beaucoup moins légitime et nullement stipulé dans le testament du fondateur. Ce qu'il y a de piquant) c'est que la méthode adoptée par ledit Grimaud lui avait déjà réussi à lui faire donner 4^000 fr. sur les arrérages du prix Bréant, ce qui l'encourageait à persévérer dans son système. L'abbé Moigno, agacé sans doute par ce stratagème, malgré son peuchant extrême à l'iodulgence, résolut, un beau jour, de flageller ce plat flagorneur, ou, comme il le dit, « de chasser ce vendeur du temple. » 11 le fit par un procédé conforme à son caractère sacerdotal, en traduisant en versets de litanie les manœuvres duD<' Grimaud. Voici quelques-uns de ces versets, qui valent bien ceux des litanies des saints, et qui occuperont certaieement un rang distingué dans l'histoire des flagorneries humaines. Inutile de dire que les saints invoqués par le D^ Grimaud, dans ces litanies^ sont des membres de l'Académie des sciences chargés de décerner le prix Bréant. C'est le D' Grimaud qui parle :

« Illustre Serret, dont j'ai fait un génie en vous proclamant digne de discuter la formule de ma démonstration mathématique de l'introduction du choléra à . Marseille, par voie de mer et par transmission, intercédez pour moi/

• Illustre Daubréôf dont j'ai placé les oeuvres à la hauteur des travaux les plus brillants, intercédez pour moi!

> Illustre d'jàrchiact vous dont la fécondité et la clarté sont proverbiales aa Moséam comme à l'Institut, intercédez pour moi ï

» Illustre Cloquetf qui, dans la séance du 7 novembre 4865, avez donné le véritable et dernier mot de la théorie du choléra, sidération du système nerveux^ intercédez pour moi/

» Illustre Velpeauj qui, dans la séance du 30 octobre 1865, sur l'interpellation du triS'il lustre Leverrier, avez donné « Vindication publique du laudanum^ » (sic) remède spécifique et certain de la cholérine, intercédez pour moil

• Illustre Decaisne, qui, dans votre discours d'adieu à l'Académie que vous préaidez si bien, nous avez donné un modèle accompli de sincérité, de simplicité et de délicatesse, intercédez pour moi !

• Illustre Chastes, que j'ai doué du don d'infaillibilité géomélri(|ue, vous dont chaque pas en avant est une découverte, de telle sorte que vous demander de vous reposer, c'est tarir la source de brillantes inventions ; vous, en l'honneur de qui ]*ai provoqué trois bourras solennels, lors de votre croix de commandeur, de totre médaille de Gopley et de votre présence à Gompiègne, intercéder pour moi!

» Illustre Elie de Beaiimontt vous dont la théorie des soulèvements et le réseau pentagonal ont causé un ëtonncment général, et resteront comme une des ÔBuvres de génie marquant une époque inscrite au panthéon français ; vous qui, daos reloge de Bravais, nous avei donné le joyau le plus brillant, le vrai dis-

t: DE L'^ODK PHOK'CE.

par des médecins. les antres par des aaatears, tontes égale- BenL boaaes, car ancnae ne parait aToir sauvé qd malade. Dans ces tristes eireouslaaces. je crus deToir publier dans les joamaux uoe très-courte acte renfermant des indications nécessaires pour permettre à tout le monde d'employer la médication phéniquée^ au moins dans le plus grand nombre des cas de f ariole ; je m'étais déjà tenu à la disposition de mes confrères pour les mettre au courant de la nonvelle médication; mils mon appel n'avait pas été moins inutile qu'il ne le fut plus tard, à propos de la fièrre typhoïde, ainsi qu'on le yem bientôt. Je renouTclai néanmoins cet appel dans ma note. Je recueillis quelques adhésions tacites et des attaques broyantes; le mal paraît toujours plus hardi que le bien. Ces attaques, cette fois, ne Tinrent pas cependant des professeurs, et lev origine même nous dispenserait de toute réfutation.

Quelques jours après la publication de ma note^ le hasard flt tomber entre mes mains un numéro du Propagateur de l'ÂMbt, où je lus une longue série d'inepties, dont je me contenterai de cueillir quelques-unes :

niant de Toire conroone de secrêlaire perpétael iacomparable, intercédez ffHf moi!

> Ulofllre Ckerreut^ Toas, le tyi»e aceonpli de b gloire solide et de Hllislntîon européenne, dont on pcvt dire qn'on B*t jtnwts fn de Tic de savant pla longue, plos féconde, pins riche de déoniTertes et de triTiax utiles, constamoint accrus avec Tàge; tous qui, toujours bien en avant de votre siècle, atez ^i^ d'un seul bond à la chimie organique de devenir ce qu'elle est; tous^ constitotiii et nature excellentes, dont la vie est pleine, exubérante, dont tous les ramncBlSi depuis soixante ans, sont marqués par l'étude et de glorieux travaux; doué «fane force d'àme asseï grande pour avoir préféré à l'étalage des vanités du monde et à l'éclat futile de ses pompes, les plaisirs de Fétude et la dignité paisible du fojer, intercédez pour moi .' — elc . , elc . •

» Divine Académie des sciences, qui êtes par votre constitution la mauif«stitioi la plus élevée de l'intelligence de l'honmie; qui régnes dans une sphère oîib v(^hié, seul objet de vos prëocrupalions et de vos recherches, tous Tient de tontes fiarts et peut se iiianirester^ vous dans tous ses détails, par toutes ses faces; VM> < dont la mission est de relever les erreurs scientifiques, et le doToir, surfoot, de » discuter et de condamner, comme les plus dangereuses pour l'humanité, cdin » (|ni ont été dictées et imposées par la passion des temps » — (lu en pleine Aeademie, le Inndi 21 août 1866, et inséré aux comptes rendus).,., Accordez-IOI U PRIX BréantU»

Malgré intercessions et litanie», le D' Grimaud ne palpa point le prix IMsoU

et l'abbé Moigno put terminer son homélie par ces mots : « Tout le monde

nous féliciteta d'avoir humilié le pharisien et chassé le vendeur du temple. > Oi nous permettra d'ajouter que, si le U^ Grimaud n'a pu décrocher le pris Bréant] il l'Académie) ce n'est point une raison pour nous raccrocher l'acide phénique^

c Le simple sentiment d'humaniléme fait un devoir de ne

pas laisser le charlatanisme profiter des circonstances pour faire de la réclame, môme aux dépens des malades. N'ayant en vue que le désir désintéressé > — absolument comme le docleur Lemaire — « d'être utile à mes semblables, je me suis empressé d'examiner, par moi-même, » — rien que cela I ce monsieur examine par lui-même, 11 n'est pas si grand seigneur que le vétérinaire Dupont, de Bordeaux (voir nouvelles applications de l'acide phénique, page 533), qui fait examiner par ses valets)..., examine doncpar lui-même, et probablement se promène par lui-même, absolument comme Louis XIV! — « la découverte du docteur Déclat, et je puis affirmer que vous rendrez un vrai service à la santé publique en prémunissant la société contre les inconvénients qui ne peuvent manquer d'être le résultat de l'emploi de celte drogue, la plus contraire au but pour lequel elle est préconisée.

» L'ayant étudié, j'ai pensé qu'il était de mon devoir défaire connaître les propriétés physiques et chimiques de Tacide phénique...» Nous pensons pouvoir dispenser nos lecteurs des études de l'auteur, excepté cependant des suivantes, qui démontrent que c'estun homme de riche imagination: « Il communique à l'eau dans laquelle il est dissous sa saveur épouvantable, atroce! Son action sur les tissus vivants est des plus caus*

tiques » — L'auteur l'a sans doute examiné |)ar lui-même.

— € Son action en ce sens » — retenez bien en ce sens — « est si vive qu'il coagule l'albumine. • — < Connaissez-vous un autre caustique assez violent pour coaguler l'albumine,... à moins que ce ne soit le vinaigre de nos salades! Et pour confirmer toutes ces grandes découvertes, ce grand chimiste cite trois cas, rapportés par un M. Machun ou Machain, « où TON se servit par mégarde d'acide phénique, au lieu de soufre,» — on n'avait pas un fameux nez ; cet ON-Ià serait-il, par hasard, le grand chimiste LUi-MÊMK? « Deux malades purent se remettre; le troisième mourut. » Voilà l'événement horrible, épouvantable, rapporté par M. Machun ou Machain, lequel a vu, en outre, tans lunettes, à ce qu'il parait, que < Tacide phénique longtemps continué à petites doses provoque des altératioDS du foie et des reins: > -^ Quel Machain que ce Machun-là!

62 DE L'ACIDB PH£NIQUE«f

Sait une foule d'expériences plus ou moins grotesques, faites probablement sur quelques moutons champenois, par us Hachain quelconque, pui3, les deux paragraphes suivants, qui terminent ce chef-d'œuvre :

c Comment admettre l'emploi d'un traitement d'une savetr épouvantable, caustique, styptique, qui coagule > — horresco referensU! — « le sang et 1 albumine, qui donne la soif dans une maladie t — lisez bien — c dahs une maladie si pkofoH'

DÉHEUT XORBIDB l

» Terminons en empruntant la phrase suivante à Sydhenbam, qui vient confirmer notre opinion : < 11 est aussi delà plus haute » importance de combattre comme dangereuse, funeste ao » malade^ toute médication externe, toute lotion phénique oa » autre, qui peut arrêter l'éruption ou la suppuration des bon- » tons varioliqucs, attendu que si cet accident venait à se mani-

> fcslcr, l'infection purulente pourrait avoir lieu et tuer promp-

> temenl. >

> Si vous jugez. Monsieur le Rédacteur, mes observations susceptibles de rendre des services, je vous prierai de vouloir bien accorder à ma lettre l'honneur de la publicité.

» X... pharmacien-chimiste. »

Et l'honneur de la publicité fut accordé!!!

Quand j'eus pris connaissance de cette étrange excrétion de cerveau atrophié, que le hasard plaçait sous mes yeux, j'éproavai quelques scrupules à réfuter une oeuvre qui avait coulé tant de sueurs à l'auteur; mais l'intérêt des Champenois l'emporta; me rappelant le vieux proverbe, je craignis qu'il ne se trouvât en Champagne des gens capables de croire à la chimie et à la rapsodie du pharmacien-chimiste X..., et j'écrivis ce qui suit à M. le Rédacteur du Propagateur de VAube :

c Monsieur le Rédacteui*,

• Vous avez publié, dans le numéro du 10 juin courant, une lettre d'un certain M. X..., pharmacien plus ou moins chimiste, dans laquelle je lis ce qui suit : » — Je reproduis ici l3 prétendue citation de Sydenham.

t Au premier abord, celte citation semblerait prouver cfl^

M. X... qui, par modestie sans doute, a cru devoir dérober sou nom à la postérité, n'est pas seulement plus ou moins chimiste, mais qu'il est aussi plus ou moins médecin ; en réalité, la lettre de M. X... prouve tout simplement Tune des deux choses suivantes :

> Ou qu'il a voulu vous mystifier^ Monsieur le Rédacteur, vous et vos lecteurs;

> Ou qu'il est aussi étranger qu'un Huron à l'histoire de la médecine, de la chimie et, je le crois bien, de la pharmacie; je ne parle pas de l'urbanité.

» Sydenham était un médecin très-perspicace et très-prévoyant; je ne crois pas, cependant, qu'il l'ait été assez pour proscrire, en 1770 ou 1780— (car il est mort en 1789) — l'acide phénique, découvert par Runge — un véritable chimiste, celui-là, — en l'an mil huit cent trente-quatre (1834)!

I» Tout, absolument tout ce que contient la lettre de M. X..., pharmacien-chimiste, est exactement de la même force ; je ne perdrai donc pas mon temps ni la place de votre journal à le réfuter. Qu'il me suffise de vous dire. Monsieur le Rédacteur, uniquement pour vous et pour vos lecteurs intelligents, que M. X. . . est probablement le seul à ignorer, à l'heure qu'il est, que l'acide phénique est employé aujourd'hui, et d'après les indications que j'ai données, sur tous les points civilisés du globe, et notamment dans les hôpitaux de Paris, comme cnratif de plusieurs maladies, de la variole entre autres, et dans la ville de Paris, comme désinfectant et anticontagieux.

» Malgré cette immense consommation d'acide phénique,

la science ne compte que trois ou quatre exemples d'accidents qu'on puisse attribuer à cet acide, et qui sont dus à des médecins qui pratiquent la médecine comme M. X... doit pratiquer la chimie. > (M. Machun ou Machain, par exemple.)

« Veuillez agréer, etc.

» Déglât. >

M. le pharmacien 'Chimiste X... ne crut pas devoir réclamer contre cette rectification, ce qui prouve qu'il n'a pas perdu tout bon sens et toute pudeur ; il en avait déjà donné une prclïiière preuve, du reste, en dérobant son nom à la postérité.

Il y a des gens qui n'ont pas la même pudeur, et de ce nom-

a DB L'ACIDE PHÉNIQUE.

bre, on le devine sans peine, est M. Bobœnf. Lui aussi enl devoir attaquer ma note et l'acide phéoique, mais par on tout autre motif que le pharmacien champenois ; pas si CbtBpenois que cela, M. Bobœuf ! Voici quelques passages à'm lettre qu'il écrivit dans les journaux, à l'occasion de ma mit, et après en avoir écrit, sans occasion, une ou plusieurs antres, c Un médecin de Paris a publié... etc.

> Or, l'intérêt de l'humanité > — (encore un qui est inspiré comme M. Lemaire; comme tous ces philanthropes se ressemblent !} -~ c me commande de déclarer que ce médecin, en agissant ainsi, commet une imprudence inqualifiable.

• En effet, il est notoire que l'eau, môme à 18 degrés, ne dissout au plus que 2 pour 100 d'acide phénique.

> Si donc on a la mauvaise inspiration de vouloir faire de l'eau phéniquée avec 4 pour 100 d'acide, on peut être certain que la moitié au moins de l'acide reste au fond du vase. Il arrivera alors fatalement ceci : le malheureux qui absorbera la fin du liquide sera empoisonné, corrodé à l'intérieur et moorra dans d'alroces souffrances, non pas, à la vérité, de la petite vérole, mais de la prescription qu'il aura suivie. >

On se làie trois fois pour le moins, avant de donner la réplique à M. Dobœuf ; mais le public crédule — celui pour lequel écrivent tous les Bobœuf et tous les Lemaire — est si nombreui,et la variole était si grave, que je me résignai : j'adressai aux journaux qui avaient publié la prose de l'audacieux industriel, la lettre que voici :

c Monsieur le Rédacteur,

•'Je ne sais où M. Bobœuf peut avoir puisé le droit qu'il s*attribue, à propos de phénol et d'acide phénique, de faire U leçon aux médecins en général, et en particulier à celui qoi a appliqué le premier cet acide au traitement de certaines maladies. Je me contenterai de répéter que les doses que j'ai indiquées sont celles qui doivent être employées ; je les prescris depuis dix ans; elles m'ont permis de guérir beaucoup de ma* lades... sans avoir jamais empoisonné personne. Aujourd'hui, médecins, savants^ industriels môme connaissent cette vérité, et M. Bobœuf est prob^diUBt le seul à l'ignorer.

APPLICATIONS THERAPEXJTIQUES DE L'ACIDE PHÉNIQ0E. 65

» Ce que dit l'honorable industriel de la solubilité de Tacide phénique dans l'eau, prouve qu'il n'a aucune connaissance chimique de cet acide et qu'il ne Ta probablement jamais vu qu'à l'état d'impureté...

» Quant à la substitution à l'acide phénique dn phénol {{) que préconise M. Bobœuf, à titre, je le répète, de simple industriel et non de médecin, tout ce que j'en puis dire de moins défavorable, c'est de n'en rien dire du tout...

» Etc.

9 Df DéCLAT. »

M. Bobœuf appartient à la catégorie des industriels^ qui sont contents, pourvu qu'on parle d'eux, de quelque façon qu'on en parle ; cependant il ne parut pas satisfait de ma lettre, et la preuve, c'est que, dans une longue réponse qu'il y fit, il fut fort imprudent; il serait très-inutile de reproduire ici ce morceau de haut goût; nous nous contenterons d'en citer la fin, qui en est le seul passage important :

c Pour en terminer : puisque M. Déclat est certain de l'innocuilé de son eau phéniquée^ qu'il consente à boire, soit en présence de l'Académie des sciences ou de médecine, l'une des deux dernières cuillerées d'un litre d'eau phéniquée à 4 pour 100 d'acide phénique, et je rendrai alors justice à sa confiance et lui saurai gré de chercher d'être utile à l'humanité. >

Je ne pouvais qu'être reconnaissant à M. Bobœuf de ses bons sentiments; ce dont je lui savais gré surtout, c'était de l'espoir qu'il donnait d'en terminer avec lui, car j'avais toujours cru un peu que M. Bobœuf est de ces gens avec qui l'on n'en ter-

(l) On sait que phénol et acide phénique sont synonymes parmi les chimistes (voir la partie chimique, chapitre !«'); mais, pour M. Bobœuf, phénol est un tenne d'argot qui désigne un produit impur, indéterminé, souvent inactif ou à peu près, et parfois dangereux. M. Bobœuf a bien la prétention que son phéttol soit une manière de phénatc de soude; mais il n'y a que les chimistes de sa force, s'il en existe, qui croient à ses théories. Voici, par exemple, un passage d'une lettre que m'écrivait un chimiste, moins fort peut-être que M. Bobœuf, mais qui A un peu plus de crédit dans la science : n Vous vous rnppelez la dissertation de SobcBuf sur la nécessité de combiner la soude à l'acide phénique. Cela était absurde comme ce 9u*i7^(Ti/au;otir(fAut. Vous trouverez dans les numérosdu l*>'etl5 (^tobre 1865 du Moniteur scientifique une réponse à ses prétentions. Vous y lirez (|Qo le phéuate Bobœuf n*est bon qu'à laver les trottoirs et les égoutSt et c'est toujours vrai, aujourd'hui comme eu 1865. — 28 juin 1870 — » Signé : D'QnEs*

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